Février 2008

Mars 2008

Fondation pour le Progrès en Education

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Memorandum des Réformes

2ème partie

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Efficacité et Qualité de vie

 

            Nous estimons que ces deux termes vont, dans une large mesure, de pair.

         Cette affirmation ne signifie pas que l’école doive être une abbaye de Thélème. Sa devise ne peut être : « Fais ce qu’il te plaît ». Mais si elle parvient à « Aime ce que tu fais », en attendant peut-être, avec une orientation réussie, d’atteindre « Fais ce que tu aimes », les avantages pourront se rejoindre. Toutefois, cette conjonction ne peut se réaliser que si l’on y veille et que des contraintes sont acceptées. Elles devraient pouvoir être largement compensées par le plaisir d’apprendre et la socialisation, si la qualité de vie est bonne.

         Affirmer cela est évidemment faire la part belle à la motivation et on peut le discuter. Du moins doit-on essayer de se donner les moyens que cela réclame. Et non obéir à ce qu’on pourrait appeler des « priorités intermédiaires » (ou secondaires). Par exemple, se fixer comme but que les programmes de telle année aient été vus dans ladite année – mais sans se demander ce qu’il en reste dans les esprits l’année suivante d’une part et de l’autre si ces programmes ont été compris, c’est-à-dire saisis dans leur rôle d’outil et d’explication du monde environnant. C’est une question de finalité réelle, mais aussi de personnalisation, d’acceptation de la diversité.

         Ce qui suit trace les axes principaux auxquels nous pensons qu’il faudrait prêter une attention plus grande dans l’enseignement public. C’est fait dans les écoles innovantes, même si elles choisissent des solutions qui diffèrent quelque peu les unes des autres.

 

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         Dans le domaine des conditions de travail, la question qui revient le plus souvent est de loin celle du temps, des « rythmes scolaires ». Ils posent évidemment problème, que ce soit au titre de la chronobiologie ou simplement de l’observation et du bon sens. De nombreux constats ont été faits, qu’ils soient scientifiques ou éducatifs. Ils sont tous négatifs. Pour être juste, il faut cependant les replacer parmi les impératifs existants : programme, salles, vœux des professeurs. Etablir des emplois du temps ressemble parfois à la quadrature du cercle.

 

 

On sait depuis des années par enquêtes, articles, comparaisons internationales, que nous avons l’année scolaire la plus courte et la journée de classe la plus longue en Europe.

La première a des inconvénients, tant au point de vue des études que des inégalités sociales. Les enfants peuvent s’ennuyer et oublier pendant les longues vacances. On peut ajouter qu’idéalement, il est dommage que les locaux scolaires, qui sont publics, payés par les impôts et appartiennent à tous restent inutilisés tout l’été. Il existe d’heureux et rares exemples d’ouverture, au moins partielle, des écoles au profit des jeunes et plus généralement de la société environnante. Ce peut être pour l’éducation permanente, des révisions, ou des activités de tous ordres formatrices et ludiques.

         Sans opiner sur l’organisation de la semaine, pour laquelle des systèmes divers fonctionnent actuellement, nous voulons insister sur le fardeau journalier. Nous allons prendre pour exemple une classe de Quatrième réelle, dont nous reproduisons, en annexe, l’emploi du temps de l’année dernière. Il en ressort que 32 heures sont passées à l’école, dont deux journées de 8 heures, une de 7 heures et une de 6 heures. Les élèves soupirent.

 

Toutefois, quand on parle du temps scolaire, il est utile, pour bien juger, de savoir il se passe. Pour cela, il faut distinguer l’école, la classe, le cours. L’inconvénient des empilements ne sera pas le même.

         L’école est un bâtiment où ont lieu des activités diverses : cours, détente et jeux, bibliothèque et centre de documentation, administration. A ce niveau, la journée n’est peut-être pas trop longue. On peut penser que les élèves y sont aussi bien que dans la rue ou chez eux. La surcharge horaire ne s’applique pas, ou peu, dans ce cas.

         La classe n’est pas – ou ne devrait pas être, pour la clarté – le nom d’un lieu ou d’une période d’enseignement, mais celui d’un groupe : permanent, il assure un suivi, un sentiment d’appartenance et d’attention personnelle pouvant aboutir à de la coopération. Son mentor est le professeur principal, dont la tache doit être valorisée. En début de journée, un moment banalisé peut être un sas entre le sommeil presque toujours insuffisant et les temps de vigilance : un début en douceur pour relire les leçons, s’entretenir avec le professeur principal, régler quelques problèmes.

         C’est le cours, le temps de la transmission des savoirs, qui est le facteur sur lequel on peut jouer pour se rapprocher des préconisations de la chronobiologie : même lorsqu’il s’agit de disciplines plus théoriques que pratiques, il y a des moments plus intenses que d’autres, à ne pas mettre dans les creux de vigilance, si possible, alors que les applications, parfois collectives, sont normalement plus détendues. Le jeu des options, à effectif plus réduit, peut faciliter les choses.

 

 

         Il reste à parler de deux points : la terrible fragmentation des emplois du temps, le « zapping mental » auquel on soumet les élèves, et la nécessité des pauses.

 A notre avis, passer constamment d’une matière à l’autre en de relativement courtes périodes nuit gravement au bénéfice réel de l’enseignement, celui qui aboutit à la compréhension (par exemple, des liens, des causalités) et non seulement à certaines connaissances dispensées sans réelle immersion. A cet égard, rien ne nous paraît meilleur que les « classes nouvelles » (ou pilotes) instaurées après la guerre, à la suite du plan Langevin-Wallon, réellement civilisatrices parce que pluridisciplinaires, donc intégrant la complexité.

 

Quant aux pauses, leur nécessité est-elle assez reconnue ? Il ne semble pas. Certaines existent mais devraient être mieux employées. Il peut s’agir des pauses dans la journée, dans l’année, mais aussi dans les cursus individuels. Ce qui suit est un résumé de ce qui réussit :

a.   Les récréations doivent non seulement être de bonne durée – vingt minutes sont considérées nécessaires – mais mieux utilisées. On sait que les filles restent à bavarder entre elles, tandis que les garçons s’exercent à des bagarres amicales. Elles seraient beaucoup plus utiles si un aide-éducateur entraînait tout le monde à bouger ou jouer.

b.  Dans l’année : autant les petites vacances, dans l’année, sont utiles et donnent de bons résultats, autant nos deux mois « vacants » d’été sont discutables (on ne sait pas d’ailleurs à quoi cette longueur correspond exactement). Les municipalités, surtout en ville, s’efforcent de les garnir d’activités. Du point de vue des savoirs cependant, ce serait le rôle de l’école de faire profiter de cette longue pause les élèves qui le désirent ou en sentent le besoin. 

c.  Enfin, il peut y avoir intérêt à ménager des pauses dans les cursus. Les séjours à l’étranger sont à l’heure actuelle la forme qu’elles prennent. Ils sont facilités pas les programmes tels qu’Erasmus, et très bien accueillis. Mais c’est au niveau supérieur. Moins reconnu, par contre, est le bienfait qu’apporte parfois une interruption dans la succession des années de classe, dont dix sont obligatoires. Il s’agit là d’un terrain pratiquement non défriché et dont nous voudrions souligner l’efficacité. Quand une pause existe, c’est le plus souvent par suite de circonstances (par exemple, maladie) plutôt que par schéma construit. Mais les raisons pourraient en être plus diverses.

Il peut s’agir d’un jeune qui hésite sur le choix à faire en fin de Troisième et souhaiterait « perdre une année » (terme fallacieux) pour mieux se connaître et changer d’occupation : à la campagne, dans le caritatif, etc. Il faudrait l’aider à organiser ce temps.

Mais ce serait aussi un remède à l’indiscipline chronique, celle d’un jeune qui ne « tient pas en place » et ne supporte pas le côté statique de l’école – surtout parmi les garçons. Ou qui ne voit pas  « ce qu’il fait là », parce que l’abstraction le rebute. Au lieu de rebelles ou « déscolarisés » on aurait peut-être à la sortie, des adolescents plus mûrs et pouvant se prendre en main, parce qu’ils ont vu autre chose que l’école, ce qui les a calmés et intéressés.

Il va sans dire que nous pensons tout particulièrement à l’introduction de ces pauses de diversion et de détermination pour ceux qui ont le malheur de vivre dans l’univers désolant du béton. Nous sommes sincèrement convaincus qu’il y a urgence à mettre en place ce genre d’alternative qui n’est pas spécialement scolaire, mais relève d’une sollicitude intelligente de la société pour aider la jeunesse défavorisée. Actuellement, la mise en internat, avec l’accord des familles, est pratiquement la seule mesure existante de ce type. Elle est bien accueillie, mais reste scolaire, alors qu’une ouverture temporaire reconnue, ouvrant vers des champs plus vastes, serait parfois précieuse pour la construction de l’être.

 

         Les locaux en tant que tels sont bien moins souvent incriminés que le temps. Ils ont été construits en cohérence avec le cours traditionnel. Certains choix pédagogiques amènent parfois des dispositifs différents et plus conviviaux. Mais, en général, même sans indiscipline particulière, la position peut être fatigante pour les élèves : en rang les uns derrière les autres, les yeux braqués, en principe, sur le tableau et celui qui parle auquel ils doivent prêter attention. Les enseignants qui, à l’intérieur du cours, offrent de petits moments de gestuelle propres à la détente, s’en trouvent bien. Une innovation, dont ceux qui la pratiquent disent grand bien, est la « salle de silence » où les jeunes qui se sentent énervés se rendent volontairement. Il n’en reste pas moins que dans cette disposition, aucune coopération n’est possible et qu’en général, toutes les salles ont la même taille, prévue pour une classe complète. Les établissements construits actuellement sont souvent plus attrayants que les casernes (le mot n’est pas trop fort) du temps d’« un collège par jour ». Des salles plus petites sont-elles cependant prévues pour les exercices en petit groupe ou les options ? Il est difficile de le savoir puisque la responsabilité est régionalisée.

 

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En résumé, les modalités assurant efficacité et qualité de vie, principalement à l’adolescence, se définissent par un certain nombre de réductions : de la taille des établissements et des classes, des heures d’enseignement, des programmes. On pourrait dire : une école plus modeste mais en même temps mieux armée pour faire réussir.

         Ces révisions à la baisse ne sont pas tout. Il est indispensable, dans un enseignement de masse, de mieux équilibrer le concret et l’abstrait, les réalisations manuelles et celles de l’esprit. La nature humaine veut aussi du plaisir, des récompenses, la reconnaissance de l’effort, ainsi que des rituels. Tout cela a été réduit à l’excès.

         Enfin, on ne peut faire l’impasse sur les pédagogies innovantes, même si elles s’expriment peu jusqu’ici dans les établissements publics et s’abstenir de profiter de leur apport.

         A cet égard, on pourrait imaginer la disposition suivante. Elle consisterait à ce que chaque quartier en ville ou chaque canton à la campagne (voire arrondissement) dispose de deux types d’établissements : les uns classiques, améliorés comme il l’a été suggéré, et au moins un autre, utilisant des méthodes et des structures différentes. Sans les développer dans ce résumé, disons que les objectifs et les programmes seraient les mêmes, mais par des voies différentes pouvant amener l’intérêt et la participation d’élèves également différents et offrant aux familles une liberté de choix accrue. Il s’agit d’une proposition pour le moyen terme, mais qui pourrait être esquissée dès maintenant.

 

         Les apprentissages – nous employons ce terme à dessein au lieu de programmes – doivent donc être diversifiés. La scolarité obligatoire est une période de construction de la personne sur tous les plans et ceux qui y concourent (ici, les écoles) doivent viser à les conforter tous. S’il est normal qu’à l’école la priorité soit donnée à l’instruction, c’est-à-dire à l’esprit, le corps (par exemple, la main) et le cœur (par exemple, les arts, le sentiment de l’autre…) sont aussi des parties prenantes à ne pas négliger. Si l’on veut obtenir l’efficacité, il faut réfléchir sans parti pris à leur répartition.

 

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Conclusion

 

         En appelant cette partie du Memorandum « Efficacité et Qualité de vie », nous avons voulu indiquer nos priorités. Elles vont dans le sens d’une résolution, ou du moins d’un allègement, d’un des facteurs de la crise. Car nous sommes convaincus que les difficultés que nous connaissons, mises bout à bout, reviennent, en partie du moins, à une préférence pour la quantité au détriment de la qualité. Cette illusion volontaire n’est certes pas le fait de ceux qui sont sur le terrain ; mais elle satisfait, au moins superficiellement, ceux qui regardent les choses de haut.

 

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Un emploi du temps en 4ème

 

 

 

LUNDI

MARDI

MERCREDI

JEUDI

VENDREDI

8h30 - 9h20

Histoire/Géographie

S.V.T.

Histoire/Vie de classe

Sport

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Musique

Maths

Maths

Sport

Arts Plastiques

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Causerie

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-

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Espagnol

Sport

Espagnol

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Espagnol

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Anglais

Maths

Anglais

Anglais

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Cantine

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14h - 15h

Physique/Techno.

Français

 

Histoire

SVT/Physique

15h-16h

Physique/Techno.

IDD

 

Histoire

SVT/Physique

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Français

IDD

 

Français

 

17h - 18h

Latin

Latin (aide et soutien)

 

Français

 

 

 

 

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