Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit
mûr.
1 ‑ Parce que l'affectif de l'être humain enveloppe son Intellect[2], parce que nos passions dépassent parfois notre raison, l'A.é.r.é. préconise l'apprentissage de la relation humaine avant tout autre savoir.
2 ‑ Pour développer l'esprit de fraternité, notre association s'appuie sur l'augmentation de notre capacité à réfléchir et à débattre ensemble en utilisant des moments de réflexion silencieuse en commun et leurs extensions[3].
3 ‑ Réfléchir et
débattre sont des activités qui, malgré leurs différences, ont des points
communs. Elles ont en commun d’être de l’ordre du dialogue.
-
L'individu qui réfléchit débat
en quelque sorte avec lui‑même.
-
Des personnes qui débattent,
réfléchissent collectivement et développent leurs relations... positivement si
cela se passe bien[4].
Les allers et retours
entre l'individuel et le collectif se nourrissent l'un l'autre.
4‑ Le moment de réflexion silencieuse en commun est un outil qui permet de retrouver le fil du dialogue ou du débat lorsque les techniques les plus intelligentes, cessent d'être efficaces ‑ parce que les passions et les affects aveuglent nos cortex ‑ et que la précipitation, l'hétérogénéité ou la complexité font le reste[5].
5‑ Le moment de réflexion silencieuse en commun nous met sensiblement à égalité, sans hiérarchie pré‑établie devant la difficulté présente.
-
Il nous donne un temps
d'autonomie personnelle. Recherche, concentration, repos ou autre utilisation:
à chacun de choisir.
-
‑ C'est un moment de
moindre pression (sociale et temporelle) qui autorise davantage de liberté, de
créativité pour imaginer des solutions ou des éléments de solutions aux
problèmes du jour.
6‑ La capacité de débattre est au cœur des transformations souhaitées. Le moment de réflexion silencieuse en commun est au cœur de la capacité de débattre.
[1] A.é.r.é.
Association pour un éveil à la responsabilité à l'école.
Regroupe
des éducateurs de toutes catégories. Elle
a été fondée en 1981 par
des enseignants et parents d'élèves de l'éducation nationale.
Publie, 5
fois par an depuis vingt ans, le «Courrier Aéré", bulletin d'échanges de
pratiques et de réflexions. 5 place St Sauveur, 56400 AURAY.
[2] Le
fonctionnement du cortex, siège de la logique et du raisonnement, dépend du
cerveau limbique siège des émotions.
[3]
Extensions
du moment de réflexion silencieuse: tout ce qui renforce la réflexion dans un
débat (ralentissement du rythme des échanges verbaux, temps de silence de fait,
... Voici plusieurs pratiques apparentées au moment de réflexion silencieuse en
commun:
‑ La
circulation d'un micro qui interdit la superposition de plusieurs paroles au
même instant. Le choix d'un symbole ou bâton de parole : seul celui qui tient
ou porte l'instrument voit sa parole valorisée. Effets étonnants même avec des
adultes. ‑ Le déjeuner‑débat bien connu des négociateurs en tous
genres. La prise de nourriture crée, de fait, des moments de silence dans une
situation familière. Si le locuteur s'exprime en langue étrangère, renoncer à
la traduction laisser dire puis traduire avant de poursuivre. La vitesse de
débat est réduite de moitié. Ce qui peut être profitable lors de négociations
difficiles.
"Arbre
à palabres" divers avec, par exemple :
-
obligation de reprendre la dernière phrase prononcée par le
locuteur précédent
-
phrase commençant par une formule imposée comme "Tu as
raison et..." qui implique une reconnaissance, au moins mécanique, de la
parole précédente
-
dans le débat, prises de rôles différents
(accusation/défense ‑ recherche d'arguments pour/recherche d'arguments
contre ‑ etc..) attribués à certains. Changements de rôles
-
mise par écrit de certaines observations. Lecture
silencieuse par tous... mais nous sommes alors plus dans le scolaire,
l'apprentissage, l'entraînement.
‑ La "minute de silence" quasi officielle rejoint aussi notre technique. Mais un débat en petits groupes est très rarement prévu à sa suite. ‑ etc... Comme en musique, par des silences, on favorise une meilleure réflexion et un meilleur débat.
[4][4]
Dans
le compte-rendu de l'intervention d'Anne-Marie
Vaillé, présidente du CNIRS, lors de la réunion d’Ethlque et Pédagogie à laquelle nous participions, la fragilité du
débat nécessaire est bien montrée :
"Le problème de la transférabilité des expériences reste épineux, faire partager ses expériences est toujours une gageure car il faut donner l'envie de changer sans générer de la peur ni du rejet, cela nécessite de travailler aussi sur la communication ; il faudrait également parvenir à modéliser les expériences sans les répéter d'une manière mécanique, tâcher de faire naître le débat pour avancer vraiment, de façon à ce que chacun puisse s'approprier telle ou telle "invention". Mais, animer un débat est délicat, cela s'apprend et l'on peut malgré de la bonne volonté courir à l'échec si l'on n'y prend garde."
[5]
Nous
avons été confrontés à la difficulté de dialoguer: entre parents et enseignants les
tensions sont parfois vives, entre enseignants du public et du privé, avec nos
enfants, avec nos élèves... Notre slogan: " Nous ne sommes pas d’accord
mais nous restons ensemble." pourrait devenir celui d'une laïcité enfin
adulte.