Aéré 15 02 01   la violence et l¹ennui,
                                arsenal pour débutants
             
  A la recherche d¹une autorité justifiée -

  Dans l¹enseignement, face à la violence de quelques uns et à l¹ennui de beaucoup, nous sommes trop souvent en panne. En panne parce que nous n¹avons pas de ³méthode² et sommes limités au coup par coup. Usant.
    Pour en sortir, voici ce que nous proposons. Ce qui suit est basé sur des expériences multiples dont certaines ont été publiées dans des ³
Courrier Aéré² ou dans ³Eduquer à la responsabilité² productions de l¹A.é.r.é. association pour un éveil à la responsabilité à l¹école (au sens le plus large).
Chacun peut s¹inspirer de cet arsenal et se constituer une ³boîte à outils²personnelle. Le plus diff est l¹engagement personnel. La difficulté est sans doute maximale au départ puisque, souvent maintenant, l¹autorité du professeur ne va plus de soi.

1- Choisir un fait inadmissible Notre méthode consiste d¹abord à sélectionner, dans ce qui se passe devant nos yeux, le comportement le plus répréhensible. Nous ressentons puis analysons ce comportement comme inadmissible. Il peut être clairement illégal, incivil, inquiétant,... inqualifiable.
     
Inadmissible est un comportement que moi, professeur (ou parent) je juge en conscience ne pas devoir tolérer. C¹est un choix personnel dont je dois être convaincu. Inadmissible à mon égard, inadmissible à l¹égard d¹un autre ou à l¹égard d¹un autre élève.
Inadmissible peut signifier simplement tombant sous le coup de la loi,

  A ce sujet se rappeler que les écoles font partie du territoire de la république et que la loi s¹y applique, là comme ailleurs. Il y a des élèves de plus de treize ans et même de plus de dix-huit ans qui peuvent avoir à répondre de leur comportement devant la loi.

 
      mais il y a d¹autres ³inadmissibles². Par exemple des faits qui heurtent notre conscience et ³bénéficient² d¹un quasi vide juridique (harcèlement moral par exemple).

Les transgressions morales, très subtiles parfois, concernent tous les quartiers. Elles flattent parfois des parents ou des enseignants irresponsables, idolâtres du Q.I de leur progéniture. Idolâtres du Q.I. ou enfermés dans l¹idéologie du ³rapport de force², sans scrupules pour faire sa place au soleil, à l¹école et dans la vie.
L¹école doit veiller constamment à ne pas survaloriser l¹intellect. Ce moyen privilégié d¹apprendre (cortex) doit laisser place au reste du corps. Sans cela, l¹école perd ceux qu¹elle ne prend pas suffisamment en considération pour ³faiblesse intellectuelle²(qui peut très bien n¹être que provisoire). Elle perd aussi les ³surdoués² qu¹elle surcote et gâte ou dégoûte.

Certains élèves, brillants intellectuellement ou non, sont volontiers moqueurs, méprisants ou méchants pour ne pas dire pervers. Pas physiquement agressifs, mais moralement agressifs à l¹égard des professeurs et surtout d¹autres élèves moins favorisés. Ces histoires ne font pas la une des médias, mais elles empoisonnent la vie ensemble, la convivialité. Elles empêchent la construction d¹une citoyenneté effective.
L¹école diffuse des savoirs, c¹est son rôle économique, mais la construction du lien social est une obligation éthique. Cette obligation dépasse en urgence l¹accomplissement du programme scolaire.
La violence n¹est pas que physique. Il y a, aussi, plus tard, la délinquance en blouse blanche, costume trois pièces, attaché-case, internet, etc...

  2- Délit flagrant Quoiqu¹il en soit, l¹auteur du comportement inadmissible nous est directement connu: c¹est un délit, flagrant à nos yeux au moins.
Pratiquement la ³masse² de la classe est témoin ou victime. Les élèves ne peuvent nier sans tomber dans le faux-témoignage ou la non-assistance à personne en danger. Deux comportements punis la loi.
  La masse des élèves - sauf cas de situations très dégradées mais possibles dont nous allons parler plus loin - n¹est ni vraiment insolente, ni complètement rebelle, ni sujette à racket, mais elle est profondément troublée dans sa scolarité voire dans ses valeurs par des comportements inadmissibles. La logique est d¹attaquer d¹abord le plus inadmissible. C¹est le comportement que vous attaquez et non la personne.

3- Partage de pouvoir et de responsabilité Notre méthode substitue à l¹autorité du seul professeur (ou à celle des meneurs installés) celle du groupe constitué par la totalité des présents: élèves, professeur et éventuellement d¹autres personnes (voir renforts plus loin).
Elle vise à installer une autorité démocratique, c¹est à dire appuyée sur une majorité
- de l¹unanimité du groupe, au mieux, - à une majorité simple, au pire.
  Notre méthode n¹est pas neutre socialement. Tout acte pédagogique a, par nature, une dimension éthique et politique. Notre action objective est clairement appuyée sur l¹esprit de démocratie.

4- Engagement Si le versant objectif de l¹action est indéniable. Son versant ³subjectif² est aussi incontournable. C¹est moi, professeur qui fixe l¹inadmissible.
Une fois que nous avons lancé l¹action contre ce comportement précis, avéré, d¹un seul élève, observé par plusieurs, nous nous engageons à aller, non pas ³jusqu¹au bout², mais jusqu¹à la limite de nos forces et de celles débloquées par notre initiative.
Nous espérons un changement observable en terme humain d¹abord, puis scolaire à terme. Nous sommes certains d¹une réussite humaine: quelque chose aura bougé et sera ressenti comme authentique. Par nous et par les personnes concernées.
    Notre méthode est un engagement. Bien plus qu¹un baroud d¹honneur. Il s¹agit de plus que de ³résistance². La résistance est une valeur, mais nous cherchons du ³neuf², un nouveau souffle, un nouveau terrain.
 
Pour vivre heureux nous devons accepter notre humanité. Ce qui est humain cherche un dépassement. Notre engagement implique courage et détermination. Il y a risque et chance, occasion. Des ingrédients d¹aventure, sur place, sont présents. Le groupe concerné ressentira tout cela.
Il n¹est pas question, par exemple, de capituler devant les premières et inévitables ripostes de ceux qui voient leur position attaquée (dominations installées dans le groupe...mais aussi des positions confortables de paresse).

Il n¹y a plus désormais ni professeurs, ni élèves mais des êtres humains qui ont à trouver ensemble une solution plus satisfaisante à un problème humain et non pas scolaire.
Problème de vie (violence ou ennui) devant lequel il n¹y a pas de diplôme. Toute situation est inédite. Pas de hiérarchie automatiquement performante; seulement une expérience de la vie plus grande chez l¹adulte et aussi, généralement, une moins grande connaissance des faits qui ont précédé le fait incriminé qui nécessite peut-être, enquête, information.

5- Question tactique que je choisis de traiter la question ³à chaud² et arrête le cours immédiatement (voir plus loin)?
Est-ce que je surseois pour un règlement statutaire : heure de vie de classe, conseil d¹élèves, temps spécial en fin de cours - ? La question est à trancher...par vous.

Notez bien que dans une situation dégradée, un sursis à la définition de la loi et à la sanction pourra être interprêté comme un abandon. Par ailleurs un délai de réflexion est favorable à une justice équilibrée...
Toutes analyses faites, le mieux, pour surseoir ou non à l¹arrêt du cours, est de faire confiance à son intime conviction. Intime conviction et intuition font partie du réel subjectif et de l¹arsenal de la raison.

6- Epreuve   Dès le départ cependant, nous devons avoir présent à l¹esprit que c¹est une épreuve. Epreuve pour nous, épreuve pour les élèves aussi. Toute crise est douloureuse, mais elle est aussi l¹occasion d¹un véritable mieux.

  Vous vivez une épreuve, non pas seulement comme professeur ou comme élève, mais plutôt comme être humain. D¹avoir le courage de poser le problème dans sa vraie dimension, vous sortirez grandis. Même en cas de déception, d¹échec social apparent ou de demi-victoire: vous aurez une meilleure image de vous, vos élèves aussi.Vos propos et vos actes auront des conséquences à long terme. Les élèves s¹en souviendront.
C¹est un combat fort qui doit rester non-violent de vôtre côté. Vous avez droit à toutes les ressources du théâtre.Vous plongez à l¹évidence dans une aventure (Vous aurez moins besoins d¹addictions et de sports extrêmes, vous-même): des libertés existent, des pouvoirs, individuels et collectifs, sont mis en jeu. C¹est un risque que vous avez pris la décision d¹assumer, une véritable pièce de l¹évolution de l¹être humain. Aussi profonde que du Shakespeare ou du Molière, soyez-en sûrs.

Cette épreuve a de grandes chances de se passer au collège, à l¹âge de l¹adolescence. L¹adolescence, par nature, cherche à transgresser et transgresse gravement parce qu¹elle ne trouve pas suffisamment d¹adultes qui cherchent à grandir en face d¹elle, comme elle a besoin de le faire.

7- Arrêt du cours   Devant le comportement inadmissible sélectionné, nous arrêtons le cours, nous arrêtons notre métier d¹enseignants. Nous l¹arrêtons logiquement, puisqu¹en réalité il n¹est plus possible. Les cortex sont en panne.
C¹est une forme de grève. Le droit de grève est reconnu par la constitution dans les cas graves et nous y sommes.
    Il n¹y a pas d¹action sans risque. Celle-ci peut entraîner un conflit avec des élèves qui se découvrent subitement consciencieux, intimident, menacent même de l¹intervention parentale puis au contraire se prennent en charge, etc (voir ³Eduquer à la responsabilité² le lâcher-prise ).

8- Pas d¹hypocrisie   La transmission de savoirs, l¹enseignement est basé sur le fonctionnement du cortex. Toutes les études ont montré que le cortex ne peut fonctionner que dans un climat de sécurité physique, émotionnelle et affective.
Faute de rétablir la sécurité et un certain plaisir d¹être ensemble, un cours continué de façon strictement mécanique et règlementaire, ne servirait à rien puisque les cortex sont en panne.

  9- Prendre à témoin J¹arrête le cours et je prends à témoin la masse des élèves.
- ³Telle ou telle chose se passe ici en ce moment, qu¹en pensez-vous?²

  La masse des élèves et le professeur est alors transformée en un groupe. Il n¹y a plus d¹élèves, plus de professeur, seulement des êtres humains devant leur conscience. Il n¹y a plus de parole déjà là, elle est à construire.

Laisser planer et résonner le vide. Cela peut provoquer un étonnement qui amène à un silence de réflexion ou d¹observation.
Les élèves sont sollicités de donner leur avis sur un comportement dont ils viennent d¹être témoins. On fait appel à leur capacité de jugement, de proposition. Ils sont reconnus comme interlocuteurs valables. Le groupe devient un groupe de recherche, un conseil, un jury, un tribunal peut-être, une sorte de ³cour de jurisprudence². Puisque, s¹il y a eu transgression, on peut considérer que la loi n¹existe pas encore (surtout en début d¹année scolaire) et qu¹il faut l¹établir.

10- Laisser un temps de réflexion   ³Telle ou telle chose se passe ici en ce moment, qu¹en pensez-vous? que proposez-vous?²

 
Cette phrase lance une réflexion libre et veut amorcer une participation puis un débat. Peut être y aura-t-il un silence, un mutisme peut-être. Attendez, rien ne presse1 il est urgent d¹attendre. Chacun se met devant lui-même ou discute avec ses pairs.
Qu¹ils construisent une phrase authentique, ressentie ou qu¹ils répètent ce qui se dit dans leur milieu...
  Une main finira bien par se lever. Une puis deux puis plusieurs. Ou des prises de parole plus ou moins sauvages. Allez-y donnez la parole un par un.
-²Ici, on parle un par un. Chacun pourra parler, mais à son tour.² N¹hésitez pas à donner cet ordre. Il y a des choses importantes à dire, même si elles ne sont pas suivies par tous.

11- Débat     Un débat qui va de l¹agression par inertie jusqu¹à la ³forte houle² s¹engage. L¹objectif du débat est que ce groupe fixe sa norme, règle ou loi par rapport au comportement inadmissible constaté et fasse des propositions constructives pour sortir de cette violence ou de cet ennui.
    Vous faites partie du groupe, n¹hésitez pas à donner votre opinion en faisant bien attention de n¹occuper que votre part du temps de parole (en fait: de là, à la fin du cours. Si vous le pouvez, objectivez-le. Votre part est égale à la durée divisée par le nombre de locuteurs).Laissez des silences, des vides que certains pourront saisir.
 
Vous bénéficiez en toute justice du temps nécessaire à l¹organisation du débat lui-même (environ 10% du temps; raison de plus de faire attention à la remarque précédente).
Ramenez bien la discussion sur le présent, le fait inadmissible. Pas question de fuir sur les difficultés dans le quartier ou autre. Il faudrait arriver à une reconnaissance des faits, du genre:
- ³
C¹est moi qui ai fait cela.² signature d¹une responsabilité assumée.
Remarque : la conduite des débats peut aussi être confiée à des élèves volontaires. Impossible de conseiller hors de la situation considérée.
 

12- Difficultés Nous ne pouvons exclure que les choses tournent à plus grand chahut. En cas de d¹ingérabilité du groupe, soit du fait de nos erreurs d¹appréciation, soit de l¹hostilité invétérée du groupe des ³apprenants²...
Hostilité dont nous ne sommes probablement que très peu responsables, surtout en tout début d¹année.
Il est utile de bien préparer son opération auparavant, même si on saisit un événement fortuit comme occasion. Parlez-en à des collègues et à des amis et arrêtez ensemble des alliances, des parades.

 
Certains trouveront très ³militaires² nos conseils. Mais ont-ils été réellement confrontés aux difficultés intenses dont nous parlons?
Il s¹agit bien de développer la paix civile dans un groupe, de sortir d¹une situation d¹inhumanité (violence morale ou physique, ennui). Nous retournons la proposition classique: ³Si tu veux la paix, prépare la paix².

    .. Nous n¹hésiterons pas à appeler du renfort.

13- Renforts   Mis en difficulté par un groupe, ³irrécupérable² au vu de nos seules forces, nous n¹hésiterons pas, sans culpabiliser, à faire appel à quelqu¹un en qui nous avons confiance.
QQuel que soit son statut social dans l¹établissement ...ou que les élèves ignoreront (c¹est encore mieux. Une occasion de découvrir l¹humain plus profond que le social).

Ce peut être le conseiller principal d¹éducation, un collègue libre d¹élèves à ce moment, un supérieur hiérarchique avec qui on s¹entend, une tierce personne quelconque de votre choix, un ami, un ou des retraités (Courrier n°) ou, pensez-y, un parent ou grand-parent d¹élève. - ressources pratiquement jamais exploitées -
avec lequel vous avez eu l¹intelligence d¹entrer en relation auparavant.

Celui par exemple qui sera venu se plaindre d¹un climat détestable dans la classe.
Ne le prenez pas comme un ennemi: il est de votre côté comme la majorité des élèves. Et s¹il vous a accusé, il a besoin de constater la réalité. Ce constat va lui voir les choses autrement.

En résumé, toute personne capable d¹écouter avant de réagir.
  L'épisode que vous vivez, est une occasion d¹apprendre ou de développer cette capacité
 
La présence d¹un témoin supplémentaire entraîne une prudence supplémentaire du groupe. Elle est de bon aloi à peu de frais. Il sera la démonstration qu¹un meilleur comportement est immédiatement possible (Courrier Aéré n°)

En résumé, le renfort pourra être toute personne - si possible quelqu¹un en qui nous avons déjà confiance
Ou en qui nous aurons confiance... après... en cas d¹urgence extrême.

14- Renforts techniques Vous pouvez aussi, ostensiblement et en avertissant les présents (obligation légale) enregistrer ou filmer (ou faire enregistrer et filmer) la salle. Cet oeil extérieur (reconnu), peut avoir un effet régularisant certain.
Ce sera la démonstration qu¹un meilleur comportement est immédiatement possible... donc exigible. S¹il y a une protestation, taxez-la de duplicité. Vous pouvez aussi en rire.
    Toute destruction de matériel tombant sous le coup de la loi et constituant un nouvelle infraction, peut-être plus urgente que la première.

 
On applique alors la règle des parenthèses en mathématiques qui veut que la dernière parenthèse ouverte soit à fermer en premier. Cette règle pourra être appliquée face à toute nouvelle infraction dans le cadre de l¹examen d¹une autre.
 
Ce peut être utile pour recentrer l¹intérêt sur un fait précis alors qu¹on commençait à se perdre dans des méandres. On reviendra ultérieurement sur le fait initial. Ici c¹est à chacun de peser en conscience le chemin qu¹il suit en fonction de sa priorité personnelle.
 
Certains peuvent craindre la lourdeur de notre démarche.Mais...
- c¹est plus long à écrire ou à lire qu¹à faire
- et puis il s¹agit de prendre de ³nouveaux plis². Une fois installés, ils faciliteront notre avenir scolaire et celui des élèves.
 
Combien de jeunes se retrouvent un jour devant la police ou la justice parce que jamais personne ne leur a clairement dit ³non²?(Courrier Aéré n°73)

15- Renforts hiérachiques En cas de rébellion acharnée (violente ou passive) du groupe, sous la férule de meneurs violents, physiquement ou moralement. Vous ferez appel au chef d¹établissement ou à tout autre responsable hiérarchique pour qu¹il intervienne avec vous.
  àLà encore, chacun, y la hiérarchie, doit bien être conscient que vous n¹allez pas abandonner cette affaire: il y aura des vagues...qui rendront le bain plus agréable...ultérieurement.

 
Pour réussir, là comme ailleurs, il faut accepter le principe des efforts. L¹effort n¹est pas un masochisme mais un investissement.
 
Vous avez voulu intervenir, vous avez aimé intervenir, vous avez choisi votre terrain, les vents sont contraires: vous devez persister et vous aurez à y revenir.
 
Tous ceux qui ont goûté à cette dimension humaine du métier ne veulent plus s¹en passer. Car il y a eu réciprocité ou recherche de réciprocité.
    Comme en amour, passée l¹idylle, il faut s¹efforcer, volontairement et parfois péniblement, de construire l¹amour qui lui pourra durer.
16- Renforts institutionnels extérieurs Enfin, ayant épuisé ces divers recours sur un rythme plus ou moins rapide, vous n¹hésiterez pas à utiliser un téléphone ou votre portable pour avertir la police. Non pas pour que ³force² reste à la loi, car la force est parfois trop proche   de la violence, mais pour qu¹autorité reste à la loi.
    Dès le début de l¹affrontement, vous devez prévoir cette hypothèse. Le fait de la prévoir ne l¹entraîne pas; au contraire. Elle participe de votre détermination interne.

17- Pouvoir de décision   La norme dégagée par le groupe pourra être trop sévère ou trop laxiste, mais il faudra partir de là (ou demander du renfort si la décision du groupe viole la loi). Ayez la sagesse d¹adopter la décision du groupe. Ce n¹est pas la vôtre. Elle vous déplaît ou vous surprend. Dans les deux cas, bravo: vous avez réussi quelque chose.
Le débat doit aboutir à une décision effective. Il n¹est pas question de faire semblant de donner des responsabilités et de ne pas donner un réel pouvoir.
(³Un an de conseil d¹élèves², édité par Aéré)
    Vous entendrez des choses qui n¹ont rien de nouveau, de simples répétitions d¹opinions toutes faites. Mais vous entendrez aussi des innovations, des idées parfois surprenantes: il y a des ressources inattendues en eux. Rappelez-vous que les élèves sont les premières victimes des mauvais comportements ou du mauvais esprit de la classe. Ils sont potentiellement motivés.C¹est votre travail de mettre à jour un goût certain pour la bonté, la beauté, le juste, le bien.

18- Remise en cause des ³territoires² des pouvoirs     Souvent la majorité, trop muette habituellement et peut-être inhibée par des ³caïds² (moraux ou physiques), se sent protégée par notre pratique qui vise la justice, la justesse.
Beaucoup deviennent prolixes(signe du réveil des cortex et des coeurs). Tant mieux même si cela complique l¹organisation du débat.
On est heureux de développer des arguments, de faire des propositions de projets ou de sanctions dont certaines vous surprendrons par leur imagination.
Vous n¹êtes plus seul à faire la classe: il y a peut-être trente cervelles qui réfléchissent.

  Parti d¹un point de discipline, vous pouvez entrevoir des perspectives pédagogiques valables pour votre programme scolaire.
Tout le monde est heureux de voir les meneurs injustes ³rentrer dans le rang². Attendez-vous à la résistance des meneurs ou à leur conversion rapide à votre nouveau système.

Des insultes, des menaces? Insultes et menaces tombent sous le coup de la loi et sont interdites, on peut le rappeler à l¹occasion. Les menaces de vengeance à la sortie, dans le quartier, proférées publiquement, doivent être immédiatement prises en compte dans la méthode (voir plus haut sur les ³renforts²). Elles peuvent permettre d¹exiger des excuses ou justifier une plainte en justice.

Notez que des pardons peuvent intervenir, mais ils ne sont jamais une obligation. Pour accorder un éventuel pardon, il doit avoir été demandé.

19- Patience     Cependant, d¹une façon générale, ne les censurez pas sur ce qu¹ils disent (la tchatche... ce ne sont que des mots) mais sur le fait qu¹ils dépassent régulièrement leur temps de parole, fait objectif.

  Il y a là une prise de conscience possible que l¹autre, les autres existent également. D¹où la nécessité de partager équitablement la parole. C¹est la meilleure façon de dégonfler l¹influence des meneurs abusifs et d¹augmenter celle des trop silencieux.
 
Le temps de parole, égal, limité et assuré à tous est une règle mesurable, objective dans toute cette subjectivité. La liberté d¹inspiration et de parole (sous réserve des insultes et des menaces) est une bonne chose: chacun a son point de vue et peut aborder le problème sous son angle à lui. Nous nous enrichissons des différences...Cela prend du temps mais l¹enjeu humain est énorme.

 
size=3>Peut être la découverte de l¹ego des autres comme prélude à la fraternité...Il est indispensable de rêver. Avoir un idéal, ou mieux un cap est une motivation pour poser les actes quotidiens. Cultivez votre cap. L¹univers est ³plastique² il a tendance à devenir ce qu¹on croit qu¹il est. Rien n¹est trop beau, souvenez-vous en.

20- Sanction et nouveau rapport à la loi   Débattre n¹est pas renoncer à la sanction. Ecouter, mener une enquête, questionner c¹est chercher à comprendre. Comprendre, expliquer ce n¹est pas renoncer à punir ou à féliciter (il faut être prêt à tout) Débattre c¹est l¹occasion de différer, c¹est du temps pour mieux peser.Trouver la sanction qui réparera le mieux et ne donnera pas envie de recommencer. L¹indulgence peut être aussi coupable qu¹une sévérité extrême.
Si nous étions initialement dans le cas d¹une atteinte au professeur, ce n¹est plus le professeur qui se venge ou qui joue les ³zorros² mais c¹est le groupe d¹humains qui décide une règle et une sanction, un tarif.
On sort du cas par cas. La règle établie pourra être appliquée sans nouvelle discussion lors d¹une récidive.
  Pas question de discuter à tout propos. Le fait de discuter dans certains cas change le rapport des élèves à la loi, à toutes les lois. L¹intérêt social est évident au-delà de l¹école.

Quand un groupe participe réellement à l¹élaboration de sa règle, les transgressions deviennent nettement moins nombreuses.
 
L¹observation de ce fait est constante. Les transgressions sont beaucoup moins nombreuses que lorsque la loi émane du seul professeur ou d¹un règlement intérieur auquel ni les élèves, ni des représentants bien élus n¹ont participé (Courrier Aéré n°).

21- Formation professionnelle nécessaire   Il nous semble que l¹attitude qui consiste à faire référence au groupe ³en tant qu¹êtres humains², est généralisable et enseignable facilement à de futurs professeurs dans le cadre de leur cursus.

  Ces pages visent à donner de bons réflexes devant la difficulté. Elles visent à sortir de la réactivité: colère, invective, passivité. Elles mettent en avant les questions de caractère et de courage.Elles cherchent à soigner une maladie dont nous souffrons tous à des degrés divers.

  Notre méthode nécessite des qualités de patience, d¹honnêteté, de détermination pour construire une autorité. L¹autorité n¹est pas admise d¹emblée dans de plus en plus de classes, mais elle est très ³constructible². Il est même possible de redresser des situations compromises. Compromises par la violence ou l¹ennui.

22- Polémique inutile   A ce sujet, on peut noter qu¹il y a en fait deux sortes de groupes-classes:  
1- Ceux qui veulent étudier spontanément et sont prêts à accepter l¹autorité du professeur, voire son pouvoir.
2- Ceux qui s¹opposent à tout pouvoir extérieur au leur et même à des autorités légitimes.
    Entre ces deux extrêmes caricaturaux, on trouvera toute la gamme des possibles...avec beaucoup de ³mélanges² où il suffit d¹un ou deux opposants pour faire basculer un groupe, de un en deux.
    L¹existence de ces deux situations détermine quasiment deux positions professionnelles pour ne pas dire deux métiers différents. Si différents qu¹on comprend l¹incompréhension qui existe entre Alain Finkielkraut avec les ³républicains² et Philippe Meirieu avec les ³pédagogues².
Voilà un clivage impertinent de notre point de vue
.
  ¹L'un, professeur à polytechnique, est un enseignant heureux, il parle brillamment des premiers et croit que par une action intellectuelle il pourra amener les opposants à devenir volontaires. Mais il ignore la réelle difficulté humaine. Son excellent discours ne tient que devant les politiciens ou les parents qui fuient devant la crise.
 
¹L'autre pose brillamment le problème de l¹éducation pour tous. Il n¹oublie pas la seconde catégorie, celle qui est violente physiquement (quelques uns) ou moralement (beaucoup) par ennui, démotivation ou désespoir (Pour plus ³Vers une spiritualité et une laïcité justes² (2001) édité par Aéré)
 
éRépublicains et pédagogues sont tous deux partisans d¹élever chaque élève à son maximum. La démocratie peut les réunir.La république doit être pédagogue et le pédagogue, démocrate.

Les personnes ne sont pas méchantes principalement de par leur volonté. C¹est plutôt un laisser-aller, un abandon fautif qui couronne une situation réellement pénible socialement ou humainement.
- ³Tu dois être très malheureux pour te comporter aussi mal² est une phrase qui peut faire tilt dans une relation individualisée. Elle touche car elle révèle au ³coupable² sa part d¹innocence.


23- Démocratie   La meilleure autorité possible est l¹autorité démocratique.
    é Autorité démocratique apparaît comme une contradiction logique. Des sophistes peuvent le maintenir. Mais la réalité des rapports humains est plus de l¹ordre de la réciprocité que de l¹égalité (même entre citoyens). L¹égalité risque fort de n¹être que théorique ...ou de tuer la liberté.
 
La réciprocité permet, elle, de combiner égalité et liberté, de mêler hiérarchie (parentale, pédagogique, institutionnelle) et anarchie (conviviale, imaginative).Mais ce n¹est pensable qu¹avec une dose de fraternité (ou de solidarité) pour ³huiler² l¹interface égalité-liberté par l¹amitié qui elle-même peut devenir corruptrice (Népotisme, copinage).
 
Pour servir vraiment les valeurs, ne devons-nous pas trouver leurs limites?...qui sont les nôtres (Courrier Aéré n°93)
    L¹école est de s¹en souvenir pour survivre à cette tempête de violence. Tempête aussi d¹ennui, de démotivation, de désespoir.
  La base démocratique pour vaincre violence et ennui passe par des discussions ou des débats, à la fois politiques et éthiques. Justes, ouverts et fermes (Règles de la communication orale éditées par Aéré). Débats qui mettent en marche la conscience, l¹imagination, l¹inventivité de chacun et conduisent à des décisions collectives, définissant des règles, des sanctions, mais aussi des projets

- Qu¹est-ce qu¹on peut faire d¹autre? Qu¹est-ce qu¹on peut faire de neuf? Quelle est notre marge de liberté? Notre pouvoir ici et maintenant?

24 - Projet politique délibéré     Les enseignants sont les personnes les plus qualifiées du pays pour conduire des débats dans leurs groupes. (³Règles pour la communication orale² édité par Aéré). Des discussions à la fois, spontanées sur le fond, et organisées dans la forme, contiennent l¹avenir du pays.
  Les enseignants sont généralement bien plus performants et compétents dans l¹organisation des discussions authentiques que la plupart des politiques et des hommes de télé (à quelques exceptions près).
  Mais ils n¹ont pas assez conscience de leur pouvoir. Ils restent trop enfermés dans l¹idée de ³programme scolaire². Il est vrai que la transmission de savoirs est leur raison sociale.
Rappel: sans sociabilité ni respect généralisé, les cortex tombent en panne, c¹est un fait. L¹humain (subjectif) est incontournable (objectivement). A l¹école comme dans l¹entreprise, l¹humain doit passer avant l¹économie. A l¹école, l¹économie c¹est le programme scolaire.  

25- Conclusion     Notre méthode est garantie à 100% humainement. L¹échec ne sera au pire que socio-professionnel dans les cas où on aura présumé de ses forces, sans faire appel aux renforts ou à des renforts insuffisants. Humainement on y aura gagné et fait gagner à l¹école un goût pour la vie. Vous aurez affronté et fait affronter notre grand challenge commun: devenir tous, vous et eux, plus humains. La tentation éthique est de donner la leçon, l¹action éthique de donner l¹exemple en payant de sa personne.
  Si vous vous décidez à suivre notre méthode, ne restez pas seuls. Parlez-en d¹abord en salle des professeurs, en réunion de parents, en réunions amicales, professionnelles, syndicales, politiques, religieuses ou philosophiques et commencez à appliquer, dans ces réunions, les mêmes principes.

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Eveil à la responsabilité à l¹école - Aéré   place St-Sauveur F56400 Auray
 
michel.portal@wanadoo.fr

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