ARGUMENT 10 INNOVATION,
FONCTION ENSEIGNANTE ET SYNDICATS
.
Les réformes décidées d'une manière volontariste
(centralisée, arbitraire etc…) sont vouées à l'échec. Si elles font l'objet
d'une concertation avec toutes les parties concernées elles s'enlisent et se
dénaturent. Nous faisons l'hypothèse qu'elles doivent être
entreprises partout où certaines conditions
sont réunies (notamment sur "initiative citoyenne"…) avec
l'idée que "c'est en marchant qu'on crée le mouvement" et (peut être)
la contagion. Même s'il existe des militants syndicalistes qui sympathisent
avec cette idée pragmatique, les divers syndicats auront du mal à se
prononcer en faveur des mesures administratives permettant des innovations
durables et à prendre plus ou moins ouvertement partie pour certaines
innovations qui constituent un désaveu des pratiques majoritaires.
D'où notre nouvelle
hypothèse : renverser la
tendance en se plaçant sur le terrain même du syndicalisme : celui de l'amélioration
des conditions de travail des enseignants.
Salaires, vacances, effectifs (moyens), moyens matériels (en
général) : on peut améliorer, mais à la marge…
Satisfaction morale, sociale, politique, professionnelle,
culturelle, relationnelle : il y a beaucoup à faire.
Les innovations significatives ouvrent une voie qui
permet de revaloriser la fonction enseignante.
- UN TRAVAIL
EN EQUIPE
Seul maître à bord dans sa classe, l'enseignant connaît
souvent la solitude, le doute, le découragement. La "massification"
généralise cette souffrance. Si le travail en équipe augmente les
contraintes horaires, cette augmentation est amplement compensées
par la coopération et les liens amicaux et culturels qu'elle instaure, par
l'intelligence collective (qui est plus que "la somme des parties")
qui permet de mieux faire face aux problèmes. Il s'agit d'une réelle amélioration
des conditions de travail qui ne sera réelle et durable que si
l'équipe est animée par un projet ambitieux et à long terme et si les syndicats
exigent les moyens de sa constitution et de sa pérennité.
- UN
PROJET
"Elever" , "instituer le citoyen",
cultiver, conscientiser, rendre autonome,
émanciper, équiper intellectuellement et socialement le futur
travailleur … Ces objectifs, apparemment officiels, sont en contradiction avec
un système qui exalte le mérite individuel, la compétition, la docilité, qui
glose sur "l'égalité des chances", qui entend transmettre des savoirs
finis, compartimentés, mis en concurrence, etc… Les effets de cette
contradiction, et de l'hypocrisie officielle
objectivement ressentie par les élèves, sont aujourd'hui flagrants et
explosifs.
Prendre ces
objectifs au sérieux constitue un projet ambitieux et à long
terme, un défi pour l'équipe qui se
trouve dans l'obligation d'inventer, en puisant dans le capital accumulé par
les grands précurseurs et en l'adaptant, le dépassant compte-tenu des nouveaux
facteurs (psychologiques, sociaux , techniques etc…), des recherches théoriques
( toujours évoquées, rarement prises en compte), et du travail en équipe au
niveau d'un établissement ( cas relevant de l'exceptionnel !). Le rôle
social de l'enseignant en sort valorisé
.
LA RELATION AVEC LES PARENTS
Autre facteur nouveau et "révolutionnaire" : le
modèle scientifique moderne qui invite à la pensée systémique. En
ce sens, les enseignants, quittant l'artisanat, prennent en compte l'ensemble des facteurs et particulièrement
le facteur familial.
Nul ne peut nier que les parents sont des
"co-éducateurs. Si l'école doit rester le lieu où l'enfant échappe
à la tutelle parentale, ce n'est pas une raison pour lui faire subir une
incohérence éducative ; d'où la nécessité de dialoguer avec les
parents sur le bien fondé des objectifs poursuivis. Dialogue d'autant plus
fructueux que pourront être présentées concrètement les réalisations, les
compétences acquises, les démarches de construction et de production de
savoirs. L'effet dialectique est considérable. Les adultes
découvrent l'enfant sous un angle nouveau, lui reconnaissent, de fait, un
statut de personne à la conquête de son autonomie, ayant des droits et des
devoirs. Les enseignants découvrent les parents, leur culture, leurs
difficultés et comprennent mieux l'enfant. Mieux compris, le
comportement de l'enfant s'en trouve transformé au plan scolaire. Le statut
social de l'enseignant en bénéficie . Les conditions de travail sont ainsi considérablement améliorées.
Le dialogue peut être partiellement collectif (notamment
avec les associations) mais il doit
aussi être singulier. L'instauration de rencontre individuelles
trimestrielles est indispensable. 20 ou 30 minutes passées (par
l'instituteur ou le prof "tuteur") avec chaque famille, c'est un gain
de temps pour les apprentissages des enfants. Un temps consacré à ces
rencontres doit être dégagé à cet effet : voici une
revendication syndicale" entièrement fondée.
- INSPECTION,
EVALUATION
L'enseignant est une personne, collectivement engagée
dans un projet. Un regard extérieur qui tient compte de cette nouvelle réalité
est indispensable. Une nouvelle fonction se dessine sous l'ancien terme
d'inspecteur . La rupture avec des attitudes réellement où
simplement ressenties comme infantilisantes et humiliantes,
constitue une autre amélioration des conditions de travail, une
revendication syndicale fondée. Ce que vient observer
"l'inspecteur" devenu "incitateur pédagogique" (à
nouvelle fonction, nouveau titre !) c'est l'adéquation des pratiques éducatives et pédagogiques aux
objectifs collectivement poursuivis. Ceux-ci supposent une remise
en cause de "l'évaluation" qui doit intégrer le moyen terme et
le long terme. Associés aux chercheurs, les syndicats ont
là un vaste champ de réflexion , de propositions et d'exigences à
exprimer. Ils peuvent être porteurs avec les associations pédagogiques et
de parents d'un projet fondamentalement
politique, de transformation des attentes de l'opinion vis-à-vis du système éducatif.