ARGUMENT 12 (décembre 2000)

ARGUMENT 12   (décembre 2000)

ECOLE ET ORGANISATION DU TRAVAIL

 

SCIENCES HUMAINES - N° 111 - décembre

Deux Québecois  TARDIF et LESSARD abordent le problème du changement sous un angle nouveau (auquel on aurait pu penser plus tôt, et notamment les marxistes !)

.Quatre pages sont consacrées à montrer que toutes les réformes se heurtent à ce que nous dénonçons : "Pour beaucoup d'enseignants, la classe apparaît aujourd'hui comme un refuge où ils peuvent mettre en jeu leur autonomie, se soustraire aux changements qu'ils perçoivent téléguidés d'en haut et échapper aux pressions multiples qui s'exercent sur eux. Mais en même temps, la classe est aussi la limite de leurs actions et pouvoirs : ils sont les rois d'un royaume bien étroit et dont parfois les turbulences apparaissent difficiles à contenir" .

Ce qui est neuf est de lier cet attachement "aux conditions quotidiennes de travail"  en particulier dans "l'école secondaire trop souvent bloquée par les clivages disciplinaires et une organisation du travail tout à fait taylorienne ou fordiste". 

Nous pouvons ajouter que c'est la division du travail qui justifie le refus des enseignants de parler pédagogie avec les parents, qui fait clamer "nous ne sommes pas des animateurs! "

Or  cette organisation du travail étant devenue archaïque,  "les réformateurs , du moins dans les pays anglo-saxons (…) s'inspirent explicitement des courants actuels en management et suggèrent que l'école se restructure selon ce nouveau credo". (…) l'école de masse du XXe siècle s'est inspirée du monde du travail , en se coulant dans le moule de l'industrie triomphante, suivant les principes du taylorisme. Sur le même principe les réformateurs actuels proposent que l'école se modernise sur le modèle du travail du XXIe siècle" .

Leurs propositions "décentralisation, établissement pivôt du système, formation des maîtres plus professionnelle, cycles d'apprentissage, pédagogie différenciée, pédagogie du projet, curriculum construits suivant l'approche par compétence." recoupent beaucoup des nôtres.

 

La droite  ne va pas tarder à s'emparer de l'argument pour colorer de modernisme ses propositions .

 Rencontres du RPR 2 décembre (selon le Monde du 5):

"Le moment serait donc venu de séduire une partie des enseignants déçus par l'immobilisme de la gauche(…) toute tournée vers "la question des moyens" (étant donné que) "86% des sympathisants de la gauche plurielle attendent de la droite qu'elle dise ce qu'elle pense de l'école  (…)

Claude Goasguen  : le système éducatif  n'est plus seulement tourné vers la diffusion du savoir ".

Madelin (Grand Jury RTL-Le Monde 11déc.):"… suppression de la carte scolaire…liberté aux chefs d'établissement, aux équipes enseignantes de faire une meilleure école. Et liberté pour les parents de choisir l'école de leurs enfants…quand on est en bas de l'échelle sociale , dans le quartier le plus déshérité de la plus déshéritée des banlieues, c'est le moyen de donner une meilleure chance à ses enfants".    

 

Nous pouvons poursuivre la réflexion ouverte   (MARCHANDISATION DE L'EDUCATION QUELLE ALTERNATIVE ? argument 8) :

 

- si "le modèle  du travail du XXIe siècle" recoupe, en effet, l'organisation du travail que nous préconisons à l'école, au collège, au lycée,

- si  les compétences que nous entendons  développer correspondent, en effet, à celles  nécessaires à l'insertion dans le monde du travail,

- en revanche, les valeurs que nous cultivons -coopération, solidarité, responsabilité, esprit critique- s'opposent à l'individualisme et l'esprit de compétition toujours de règle dans le système éducatif.

C'est donc à nous d'interroger : qui roule pour le libéralisme ?

 

(Même si nous avons du mal à convaincre, l'évolution du travail, plus la révolution informationnelle se chargeront d'opérer le changement. Celui-ci sera alors subi alors que nous proposons de le dominer…)

 

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