ARGUMENT n°13

ARGUMENT  n°13

• Faire du droit à l’existence d’établissements pionniers dans le service public l’objectif prioritaire de la Fédération

Je suis globalement d’accord sur le fond avec les textes de Bruno Mattéi. Les slogans comme celui de "l’égalité des chances" cachent non seulement des ambiguïtés mais également une certaine imposture. Il n’en demeure pas moins que "cet idéal" fut à une époque, défendu par de nombreux militants (de gauche!) car il s’agissait de placer le plus d’enfants et d’adolescents sur une même ligne de départ dans une compétition nationale. Ceci n’en constituait pas néanmoins un progrès considérable (même si celui-ci peut être considéré comme illusoire) par rapport au système dualiste qui caractérisait l’école publique française depuis Jules Ferry. Ainsi "l’égalité des chances" ne fut pas seulement un mythe, elle fut également une réalité pour des centaines de milliers d’enfants des classes populaires capables désormais de rivaliser avec la progéniture des couches sociales dirigeantes. Et nombreux sont ceux qui réussirent (dans ce domaine). L’école joua ainsi pendant au moins deux décennies son rôle de promoteur social. Ceux dont les parents appartenaient, durant l’après-guerre, au monde ouvrier (surtout à l’aristocratie ouvrière) ou à la petite bourgeoisie devinrent ingénieurs, médecins, magistrats, enseignants, après avoir accédé aux universités ou aux Grandes écoles. Ceux-là conservent un attachement compréhensible et souvent passionnel à ce principe "d’égalité des chances", à ce sésame de leur réussite sociale, réussite dont les critères et l’échelle de valeurs sont bien évidemment celles d’un élitisme républicain et libéral. Parmi eux, une partie du corps enseignant dont les enfants essaiment si l’on se réfère à de récents articles du Monde de l’Education, sur les bancs des classes préparatoires puis des Grandes écoles d’aujourd’hui.

Une réflexion et un véritable débat sur l’école, sur ses finalités, sur le sens de la mission de l’enseignant est donc nécessaire et doit avoir lieu avec toutes les composantes de la société française. On ne peut toutefois espérer un brusque retournement des valeurs, un consensus suffisant pour permettre des évolutions significatives et rapides vers une école plus humaine et fraternelle. Par contre, nombreux trouveront tout à fait normal et logique que dans le cadre d’une école nationale et publique (qui compte soixante mille écoles et dix mille collèges et lycées) existent des établissements innovants ou pionniers, deux ou trois par départements, une dizaine par académie, quelques centaines sur la France. Des milliers de parents, d’enseignants, d’adolescents attendent ces ouvertures, sont prêts à les provoquer, à s’engager pour cela. Nous avons déjà obtenu et pouvons continuer à obtenir le soutien de fédérations de parents-d’élèves, d’associations, de syndicalistes et de syndicats. C’est dans la mise en pratique de nos idées, de nos valeurs que nous serons appréciés et jugés. C’est de la réussite des écoles pionnières que dépend l’adhésion d’un plus grand nombre de Français et la généralisation progressive des expériences entreprises. Il serait donc nécessaire de considérer l’ouverture de tels établissements comme l’un des objectifs essentiels, prioritaires de la fédération et le dénominateur commun de toutes les composantes qui y adhérent.

.

Afin d’être lisible et crédible, il me semblerait également cohérent que ce combat soit mené par une fédération présentant non pas l’aspect d’une nébuleuse d’associations, d’individualités, de groupements hétéroclites, ni par une fédération à l’allure monolithique prétendant proposer un modèle de société ou d’école, mais par une fédération constituée de personnes morales et physiques associées par des quelques principes simples et des valeurs partagées et se proposant d’expérimenter à l’échelle nationale diverses voies menant à la construction d’une autre école ou d’autres écoles, non élitistes et non-sélectives, plus humaines. L’accomplissement de cet objectif parce qu’il exige une mobilisation d’une partie de la société, mobilisation nécessaire pour lever les verrous et les entraves du conservatisme, nécessite une organisation bien structurée et centralisée. Celle-ci devra par ailleurs présenter un aspect cohérent face aux médias et à l’opinion publique car faut-il rappeler que l’on ne pardonne guère à ceux qui innovent dans le domaine éducatif et scolaire. Selon les stratégies de chaque groupement local, il serait possible d’envisager au choix la création de comités départementaux "Changeons l’école" ou d’ associations départementales "Changeons l’école", les deux pouvant statutairement cohabiter au sein d’une même fédération, chacun des groupements départementaux envoyant des représentants au congrès national, instance chargée de désigner les cercles dirigeants de la Fédération. Tout ceci n’empêcherait nullement l’autonomie des associations locales. Ce qui est certainement le plus à craindre dans la genèse d’un tel mouvement n’étant pas les déficiences du fonctionnement démocratique mais l’exercice mal maîtrisé du débat démocratique qui pourrait très rapidement être perçu de l’extérieur comme une douce cacophonie de "pédagos".

Philippe Peyronnin,

"Changeons l’Ecole" 13

 

retour à la page "arguments" de RRM