Argument
15 PRODUCTION DE
SAVOIR… en mathématiques
Pour lancer la réunion publique du
9 mars 2001 (avec Bertrand Schwartz), un des sujets de réflexion portera
sur les mathématiques. Charles Payan nous en donne ci-après un avant goût…
Le principal lieu institutionnel
de production de savoir est la Recherche. D'où l'idée de créer
des situations où les élèves se mettent en recherche, en confrontation avec de
véritables problématiques ouvertes.
On connaît assez bien la "Main
à la pâte" (où l'aspect expérimental est très présent), un peu moins "MATH
en JEANS" pourtant plus ancien (où l'aspect "recherche" est
plus développé).
Ces "actions" visent
bien sûr l'apprentissage et (/par) la production. Mais aussi (et surtout) le
développement du sens critique - rapport à la vérité, au doute -, la
coopération, l'émulation plutôt que la compétition, l'auto évaluation, le
plaisir de la création ... Ceci par :
-la nature du travail (avoir un
regard scientifique sur des objets et non un regard sur des objets
scientifiques, expérimenter, modéliser, construire ses "outils",
etc...)
-la forme d'organisation de ce
travail (travail en groupe, communication, débat).
En corrélation avec MATH en
JEANS, des réfexions plus théoriques existent :
- A Grenoble, une équipe de
recherche à cheval sur les maths et la didactique s'intéresse aux savoirs
transversaux (preuve, définition, implication, induction,...) en s'appuyant
principalement sur les "Maths Discrètes" qui ont l'avantage d'offrir
à travers des problèmes immédiatement compréhensibles (ex : problèmes de
pavage, d'empilement, de coloration...) l'accès à des questions réellement
ouvertes. (disons pour simplifier que les Maths Discrètes sont les maths de
l'informatique, mais pas seulement. En France, ce domaine est absent de
l'enseignement).
Cette équipe ("Combinatoire
naïve et apprentissages mathématiques" au sein d'un labo CNRS
"Leibniz") mène des recherches théoriques en math. et sur
l'enseignement, mais a aussi des actions pratiques : module en DEUG (jeux
combinatoires et raisonnement mathématique), intervention en collège, au CLEPT
de Grenoble, à la Fête de la Science,... Réalisation (en chantier) d'une
"valise pédagogique" (ensemble de situations-recherche sous forme de
site Web + CDRom)
- Un groupe de chercheurs et
enseignants de Paris, Lyon, Grenoble, expérimente et étudie les conditions
d'introduction des "situations-recherche" en classe.
Actuellement les actions ou
réflexions autour de "l'apprentissage par la recherche" s'intéressent
essentiellement à "l'élève". Rien ou presque en direction des
enseignants. (à part des interventions ponctuelles, par ex. les nôtres ds des
stages de formation moniteurs, en IUFM, en direction de quelques profs. Et 2 ou
3 Universités d'Été "Math. en Jeans".
Or on constate que les
principales difficultés qu'ont les profs - en l'absence de chercheur - à
conduire avec leurs élèves des situations-recherches vient de leur rapport
quasi nul avec la production scientifique.
Il faudrait sans doute créer des
"lieux" et des "temps" où les profs puissent se confronter
avec de vrais problèmes de recherche, éprouver le plaisir de la création et de
la production scientifique (mais sans doute aussi littéraire, etc...). Ces
lieux pourraient être des revues de recherche "amateur" où ils
puissent publier, des relations avec des labos, ...
Les innovations suscitent très
souvent beaucoup de méfiance. Elles proviennent souvent de certaines
communautés et sont destinées à d'autres communautés. Or les communautés sont
en général très fermées et même carrément autistes. Les psycho-socio qui
s'intéressent aux conditions de la transmission des savoirs sans prendre en
compte leur contenu, les didacticiens qui ne s'intéressent qu'à la
transposition des savoirs disciplinaires (sans d'ailleurs questionner les
contenus), l'administration et/ou les politiques, + qques commissions ad hoc
qui pondent des programmes, les enseignants qui se démerdent comme ils
peuvent...
La piste "regarder ce que
le point de vue "recherche" peut apporter à la construction d'un
enseignement vivant, citoyen, (etc) et s'en donner les moyens" est
sans doute importante. Elle peut contribuer à donner un peu d'air au système.
Nous sommes en tout cas un certain nombre à le penser. Nous croyons que ça peut
rejoindre d'autres volontés de changement. Mais pour que les choses avancent
dans ce sens on a besoin que des volontés politiques, institutionnelles se
manifestent.
Charles Payan chercheur
CNRS (membre de DECLIC 38)