Argument 16 février 2001

Argument 16   février 2001

                                                 Convergences encourageantes ?

Le mensuel  "Sciences Humaines "   ( février  2001) :  rend compte de

 la rencontre d'une centaine d'experts venus de 24 pays "riches" sous l'égide du

CENTRE DE RECHERCHE SUR L'EDUCATION DE L'OCDE  :

"Il y a trente ans, l'un des buts majeurs de l'enseignement des pays les plus avancés était la détection des meilleures aptitudes , pour former l'élite.(…) Le niveau général de sortie du système fait aujourd'hui l'objet de toutes les attentions. (…) il faut inverser la mentalité du corps enseignant en affirmant et en prouvant que tous les élèves peuvent arriver aux résultats définis par les standards" (selon le conseiller de Tony Blair…)

 

"Dans tous les pays , l'Etat et les collectivités publiques , loin de se désengager demeurent fortement présents et interventionnistes. Ils continuent à promouvoir "l'école pour tous" :

-école accessible, ouverte, ou chacun suit son parcours personnel d'apprentissage pour que les savoirs toujours plus importants soient acquis par la fraction la plus large possible de la population

- école comportant des standards et définissant une culture citoyenne commune car de l'avis général, l'éducation demeure le socle de l'établissement de la communauté politique nationale"

 

Convergences ?

Ces propos  "d'experts" ( dont on peut éventuellement se méfier, mais qui recoupent quand même de nombreuses analyses, dont la nôtre) devraient nous servir , d'autant plus qu'ils évoquent aussi "la coopération des acteurs, enseignants notamment " et "l'ouverture vers l'extérieur" pour que les établissements scolaires deviennent "de véritables organisations apprenantes" et des centres de ressources communautaires locaux".

 

La marchandisation de la connaissance a fait "l'objet de longues discussions" qui concluent à son importance certaine pour ce qui concerne "certaines connaissances notamment professionnelles" et du fait "de la volonté désormais de plus en plus forte  des individus de poursuivre leur formation et leur apprentissage durant leur vie professionnelle".

Cette marchandisation n'aurait "aucune raison de se propager aux aspects civiques et aux apprentissages communs".

Il ne faut sans doute pas minimiser cette menace (qui jouera sans doute dans le sens d'un accroissement des inégalités…qui existent déjà entre enfants selon , par ex., la place de l'écrit dans leur famille).

Par ailleurs, l'efficacité de la "culture du management" conduit à préconiser  "l'autonomie des établissements (responsabilité accrue des chefs d'établissements, rénovation des méthodes de gestion)". Cette perspective qui n'est pas sans arguments, peut dissimuler une menace grave , en contradiction avec les objectifs éducatifs cités plus haut : noter et payer les enseignants selon leur rendement (mesuré évidemment en fonction des résultats aux examens).

Notre projet d'équipes soudées autour d'un projet, de responsabilité partagée, suppose un minimum d'autonomie, mais certainement pas celle qui relève du management !

 

Le conservatisme n'est certainement pas le moyen de lutte contre ces deux menaces.

Pierre Bourdieu le reconnaît :"il m'arrive aujourd'hui d'être suspecté de reniement ou accusé de contradiction lorsque je défends une école publique dont je n'ai cessé de rappeler qu'elle remplissait une fonction conservatrice. (école) qu'il faut continuer à soumettre à la critique la plus impitoyable" (Politis  11 janvier 2001)

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