EGALITE , EQUITE , MOYENS, SYNDICALISME

ARGUMENT N° 18     mars 2001

 

 

EGALITE , EQUITE …  SYNDICALISME

 

Le Monde du 31 mars 2001 : "le Le Haut Conseil de l'évaluation de l'école affirme  que la politique de réduction des effectifs menée depuis trente ans n'a pas été efficace. Seule une politique de réduction de la taille des classes "très ciblées sur les petites classes de primaire" et "dans les écoles où est concentrée la population la plus défavorisée"  "a une chance d'être efficace" et dans ce cas, "il faut aller vers des classes ayant nettement moins de 20 élèves".

Une telle proposition relève du bon sens mais sa mise en oeuvre se heurterait sans doute encore à la tradition "républicaine" de la répartition égalitaire des moyens.

 

LES MOYENS…EGALITE OU EQUITE ?

Les moyens ont été longtemps scandaleusement insuffisants. Au temps des trente glorieuses, l' objectif  principal pour la très grande majorité des enseignants et de leurs syndicats était d'améliorer le fonctionnement du système. La baisse des effectifs (les classes de 45 élèves au cours des années soixante étaient courantes) et la revalorisation de la fonction (les salaires étaient indignes) étaient des revendications majeures. "L'ascenseur social" fonctionnait encore (pour les enfants "méritants"), les mauvais élèves trouvaient du travail, l'injustice et l'exclusion de la culture étaient déjà présentes mais ne choquaient qu'une minorité.

 

Au cours des années 80-90  l'évolution démographique et un budget en hausse ont permis de diminuer les effectifs de toutes les classes ( de 1966 à 1999, les moyennes nationales sont passées  de 43,7 à 25,5 en maternelle, de 28 à 22,3 en primaire, de 27,5 à 24,2 au collège, de 30,8 à 28,8 au lycée).

Il n'empêche : selon un sondage SNES-FSU auprès des jeunes professeurs (moins de 35 ans) rapporté par Le Monde  du 14 mars 2001  : c'est"massivement la réduction des effectifs par classe " qui est préconisée .

De plus 73% des sondés considèrent le collège unique comme "un objectif irréaliste".

 

Ainsi, devant les difficultés, ce n'est pas la mise en cause du fonctionnement du système, mais une régression concernant ses objectifs proclamés (démocratisation de la culture) et une fuite en avant revendicative (les effectifs) qui auraient les faveurs des jeunes enseignants… 

Différents indices montrent, pourtant, que les jeunes générations sont capables de se mobiliser, non plus en faveur d'une mythique "égalité", mais d'un minimum "d'équité".

Une mesure qui créerait"des classes ayant nettement moins de 20 élèves" irait dans ce sens. Elle supposerait que d'autres classes voient leurs effectifs augmenter …

Les syndicats seraient alors tentés de condamner "l'aménagement de la pénurie"...

 

SYNDICALISME…

Les propositions d'innovation ou de transformation de l'école ont longtemps été considérées comme des critiques implicites et offensantes pour les enseignants, notamment par les syndicats.

 

Aujourd'hui, une analyse réaliste devrait  conduire ceux-ci, non plus à vouloir aménager un système qui ne marche plus, dans lequel leurs mandants et les élèves sont de plus en plus mal à l'aise, mais à vouloir le changer. Non seulement à prendre position en faveur de l'équité, en terme de moyens (plus personne ne critique les ZEP sur ce plan), mais à rompre avec toutes les mesures uniformes (1) qui condamnent à l'immobilisme.

 

La constitution d'équipes, autour de véritables projets, avec des dispositifs nouveaux de contrôle et d'évaluation, de formation, de recherche, une conception de la fonction rompant avec l'organisation "tayloriste" du travail, et valorisant le rôle culturel et social des enseignants, soucieuse d'une véritable, durable, formation intellectuellle et civique des enfants…autant d'objectifs qui finiront par s'imposer et qu'un syndicalisme moderne aurait tout avantage à anticiper, même au risque d'une perte provisoire d'influence.

La lutte pour donner  "des moyens" à une nouvelle ambition éducative prendrait alors tout son sens.

 

 

(1) rappelons que la limitation  à 25 élèves au CP- uniformément appliquée conformément aux règles de l'institution-  a constitué un progrès en terme d'humanisation, sans pourtant améliorer notablement l'apprentissage de la lecture et diminuer le nombre de redoublements) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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