Argument N° 19 Bis avril 2001
"COLLEGE POUR
TOUS" ?
§
Libération 22 mars ALLER
VERS UN COLLEGE POUR TOUS par François
DUBET (sociologue, auteur de "L'hypocrisie scolaire" avec Marie
Duru-Bellat - Seuil sept. 2000)
Dubet explique "la faillite du collège unique"
pour avoir "choisi d'étendre à tous le petit lycée longtemps réservé
aux enfants de la bourgeoisie et de l'élite scolaire" "Difficulté pour les enseignants(référence
au sondage cité)…Difficulté pour les élèves qui ne font qu'éprouver au
collège leur indignité scolaire, leur incapacité, leur faiblesse, leur
nullité" "réserver les formations techniques et professionnelles
aux élèves en difficulté(…)ce qui pourrait être une orientation est d'abord une
relégation" il faudrait que (cette culture) soit offerte à tous les élèves
du collège" "Etre à gauche(…) surtout c'est promouvoir une culture
commune le temps de la scolarité obligatoire" "la solution
proposée par Mélenchon creusera la distance entre les deux jeunesses…"
"..il faut que le collège trouve sa propre finalité en
lui-même et ne soit plus à la remorque du lycée d'enseignement général. Il
importe que la nature des apprentissages soit diversifiée et que le collège
vise une culture commune, celle dont chaque citoyen doit être armé quel que
soit son avenir scolaire et professionnel… que le collège affirme une fonction
éducative et civique" " "Mieux vaut une culture commune
maîtrisée par tous qu'une culture d'élite ignorée par la plupart
Dans ARGUMENT N° 9 "DEMOCRATISER LA LANGUE ECRITE
, je rappelais que selon la DEP,
seulement 20% des enfants entrant en 6ème possèdent ces
"compétences remarquables" en lecture, clés essentielles de la
réussite dans la plupart des matières. Donner ces compétences à 98% des enfants en commençant à l'école
maternelle et en poursuivant l'effort jusqu'en 4ème apparaît comme
un objectif majeur qui justifierait une modification des programmes . Un petit
article de A. BENTOLILA plaide éloquemment en ce sens :
§
Le Monde de
l'Education mai 2000
On n'enrichit pas son vocabulaire pour parader aux yeux de
ses pairs, mais parce que l'on a compris la nécessité de nommer avec précision
les éléments du monde. On ne respecte pas les règles de la grammaire par simple
souci de conformisme, mais parce que l'on veut s'assurer que les autres
pourront saisir avec exactitude ce que nous leur disons. En d'autres termes, on
se donnera la peine de maîtriser la parole, la lecture et l'écriture uniquement
si l'on a été invité et incité à sortir d'un cercle étroit de familiarité et
de connivence à l'intérieur duquel cette maîtrise n'est pas requise. Ceux
qui n'ont jamais eu cette chance sociale et culturelle n'ont ainsi que peu de
raison de fabriquer des instruments riches et pertinents. Non parce qu'ils
seraient incapables de les acquérir et de les utiliser, mais parce que dans
le petit périmètre qui leur est concédé, ces instruments n'ont pas leur utilité.
Lorsqu'un groupe social est tenu à l'écart des cercles de réflexion collective,
des lieux d'influence et des centres de décision, il va naturellement se doter
de moyens linguistiques réduits ; ceux-ci constituent la réponse pertinente à
la situation culturelle et sociale qui leur est imposée. Pour oser développer sa parole, mettre son sens
sur des mots écrits par d'autres et exposer à tous les regards ses propres
traces écrites, il faut avoir compris que la langue constitue, plutôt qu'une
menace, une promesse d'exercer à travers elle un peu d'influence sur le monde.
C'est parce que nous sommes
convaincus du bien-fondé de cette analyse que nous défendons la pédagogie du
projet, la vie coopérative, le tutorat, toutes occasions de" sortir
du cercle étroit"… au bénéfice de tous les élèves.
Avoir "un peu
d'influence sur le monde" c'est possible avec une école "ouverte"
sur les réalités de celui-ci, et qui entreprend de transformer ces réalités,
dans les limites du possible.
Il s'agit donc de donner du contenu à l'idée de
"CULTURE COMMUNE" : l'ARGUMENT 19 ter se propose d'amorcer la
réflexion