Argument N° 22
juin 2001
L'INSPECTION COLLECTIVE - des faits nouveaux…
L'expérience montre
que si le corps d'inspection se montre en général incapable d'initier le
changement (et même de faire appliquer les directives officielles, cf les
devoirs etc…), il peut nuire gravement aux innovateurs. C'est pourquoi la
lettre de DECLIC 38 au CNI (8 juillet 2000) concernant un nécessaire "statut
de l'innovation", fait allusion à " l'évaluation
formative" et à la nécessaire
"redéfinition du rôle de l'inspection" .
Avant 68 , nombre d'enseignants considéraient insupportable
le mode de contrôle suspicieux et infantilisant pratiqué par la majorité des
inspecteurs. Les plus indignés engageaient individuellement des actions usantes
et rarement profitables. Il fallait que l'attitude hiérarchique soit
particulièrement scandaleuse pour que les syndicats soutiennent les
contestataires
Après mai 68 un mouvement collectif, minoritaire mais
bruyant, a préconisé le "refus d'inspection" (récusé par les
syndicats englués dans la co-gestion).
On venait de découvrir que "bébé est une personne"
et il semblait logique que des individus majeurs à qui l'on confie l'éducation
des enfants, à qui l'on recommandait officiellement d'abandonner la notation
(pour des raisons psychologiques et des
raisons objectives fournies par la docimologie) ne soient pas notés et
traités comme des irresponsables.
L''institution pyramidale créée par Jules Ferry, qui
imposait une organisation tâtillonne de
la journée , de la semaine, de l'année, et qui visait le conditionnement
idéologique des enfants (de la ligne bleue des Vosges, au rôle civilisateur
dans les colonies, en passant par l'exaltation des familles nombreuses)
supposait un contrôle rigoureux des instituteurs considérés comme de simples
exécutants (catégorieB) par des supérieurs hiérarchiques d'une compétence
supérieure par définition. Il en reste
bien des traces dans les pratiques actuelles.
L'inspecteur Robert Gloton, alors président du GFEN, fut
sans doute le premier (années 60) à adopter la formule inspection collective
d'équipe. En toute logique, puisqu'il avait initié les écoles
expérimentales du XXème sur la base du travail en équipe.
A la Villeneuve de Grenoble, une petite minorité des
nombreux inspecteurs de passage a repris la formule à la satisfaction générale.
L'inspecteur actuel qui sévit depuis 9 ans (champion de la durée et de
l'acharnement anti-éducation nouvelle) vient de se trouver, enfin, désavoué.Une
équipe, scandalisée par ses pratiques et ses rapports a demandé et obtenu une
contre-inspection. Deux inspecteurs nommés par l'IA (par quel miracle?) ont
joué le jeu. Après avoir rencontré l'équipe, et étudié le projet collectif, ils
ont pris connaissance des pratiques et ont posé les questions relatives au projet, apprécieé les réalisations,
exposé leurs réserves, écouté les arguments…et donné à rêver d'une suite qui
les verrait participer aux bilans d'équipe, à l'élaboration et au suivi de
nouveaux projets.
L'équipe est, et a
toujours été unanime quant à l'utilité d'un regard et d'un questionnement
extérieur qui se distingue dans la forme et l'esprit du "contrôle"
traditionnel. Attitude qui ne peut se confondre avec "le refus
d'inspection".
Peut-on rapprocher ce changement d'attitude avec la décision
"expériementale", généralisée à tout le département des Hautes-Alpes,
de l'inspection collective des écoles ,
rapportée dans le Monde de l'Education de Janvier 2001 sous le titre "L'EXPERIENCE
QUI EBRANLE L'INSPECTION ?
Souhaitons-le, et ne manquons pas, lorsque nous aborderons
le problème de l'évaluation , de consacrer un chapître particulier à celui de
l'inspection. Et souhaitons que dans des collèges pionniers, des projets
collectifs et l'interdisciplinarité imposent une évolution (?) comparable.