ARGUMENT N° 26 septembre 01

ARGUMENT N° 26       septembre 01

 

EVALUATIONS  1   ( quelques données d'actualité)

 

§         Pour apprécier les déclarations estivales de J.Lang, en la matière, il faut avoir à l'esprit que l'évaluation encore majoritairement pratiquée est "sommative" (somme des acquisitions) bien que la "docimologie" (H.Piéron) ait montré que "la notation est toujours aléatoire" . En revanche "l'évaluation "formative" "s'intègre dans le processus pédagogique…se met délibérément au service de la fin poursuivie"… "son ambition …est de se centrer sur l'élève pour mieux le connaître afin de mieux l'aider à apprendre. "Malheureusement : "elle correspond à des pratiques  qui sont davantage prônées, et rêvées, que réelles". (Charles Hadji).

 

Depuis 89 des évaluations sont pratiquées systématiquement au CE2 (après le cycle 2) et en 6ème (après le cycle 3). Des instruments bien faits et intelligents sont mis au service des enseignants (maths et  français). Ils font essentiellement appel à la réflexion et ils visaient initialement (…) à provoquer une évolution d'une pédagogie  majoritairement portée sur la restitution et le montages de mécanismes.

Des observateurs ont pu constater le développement d'une tendance à faire bachoter les élèves  qui confirme que les conceptions "sommatives" de l'évaluation restent dominantes (rien d'étonnant quand on sait que les enseignants sont eux-mêmes notés!)

 

- Ce constat, cet effet pervers, a dû échapper aux conseillers de J. Lang qui, le 11 Juillet (cf Le Monde du13), annonce l'instauration  d'une "évaluation de l' expression orale de tous les enfants à l'entrée de la grande section de maternelle et une autre à l'entrée au CP".

Notre école maternelle, "la meilleure du monde", a sans doute des progrès à faire pour développer cette compétence. Les enfants culturellement favorisés, avec lesquels l'enseignant dialogue tout naturellement peuvent donner l'illusion que l'objectif est atteint. Un dispositif d'évaluation peut souligner les insuffisances, et, plus certainement, transformer une pédagogie généralement fonctionnelle en un enseignement normatif et formel (retour massif aux "leçons de langage" etc…).

 

- De son côté,  le collège comprendra une évaluation chaque année : " en 6ème, en 5ème, une épreuve anticipée en 4ème et le brevet en 3ème". Brevet  ? "je souhaite en faire une sorte de bac marquant la fin du parcours du collège et un élément déterminant de l'orientation en fin de 3ème" . "Un cahier des exigences du collégien…définira la culture que l'on peut attendre d'un élève en fin de 3ème" .

Cette référence à une  "culture" qui ne se réduirait pas aux connaissances disciplinaires ("le cahier des exigences" permettra de vérifier)  pourrait provoquer une évolution de la pédagogie. Mais on imagine aisément que des évaluations annuelles, s'ajoutant vraisemblablement aux habituels contrôles, favoriseront vraisemblablement le bachotage. "Une sorte de bac"…l'expression alimente l'inquiétude !

 

-Le Monde du 30 août relève d'autres déclarations qui laissent perplexe : à l'école primaire, " il faut faire et refaire des dictées, lire et écrire en permanence jusqu'au collège". La maîtrise de la langue écrite est certes un objectif majeur. Mais les dictées ! Elles confondent depuis toujours apprentissage et contrôle et les conseillers du ministre ne l'ignorent pas. On sent comme un petit fumet électoral…

 

- Apprécions cependant : "(le brevet) comprendra aussi une épreuve anticipée en 4ème portant sur les itinéraires de découverte". Dégagera-t-on du temps pour permettre une mise en œuvre sérieuse de  cette innovation qui, comme les TPE (travaux personnels encadrés) au lycée relèvent, enfin, de cette évaluation formative.

Le lobby enseignant, farouchement accroché au bac traditionnel a évidemment été entendu (toujours les élections)…les TPE ne compteront pas pour le bac. Les profs qui  voyaient dans les TPE une lueur d'espoir et qui protestent (voir la pétition qui circule) sont à classer avec les " théologues, rarement représentatifs, qui connaissent mal les lycéens et les enseignants et qui pensent de leur bureau qu'on peut imposer l'application des TPE" .

Lang n'est pas Allègre.Il importe que les enseignants, tous admirables selon les propos de rentrée, en soient persuadés. L'évaluation formative peut attendre.

 

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