Un remarquable N° du “ BULLETIN du REP
d’Echirolles ” (novembre 2001) met en question les devoirs à la maison,
prenant en considération : “ Le manque de travail personnel des
élèves ” (déploré par les enseignants) - “ ce que pensent les
acteurs ” (questionnaire et
entretiens avec enseignants, élèves, parents, aides éducateurs, bénévoles de
l’aide aux devoirs) – “ le point de vue de l’Inspection Générale et des
chercheurs ”.
Il rappelle les “ textes
officiels ” : Circulaire du 29 décembre 1956
qui évoque “ l‘excès du travail écrit généralement exigé des élèves ”
… “ le développement physiologique et intellectuel d’un enfant de moins de 11 ans ”
… “ En conséquence aucun devoir écrit, soit obligatoire soit
facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe ” …
“ Ces devoirs …c’est pendant la classe qu’ils seront faits ”.
Les circulaires du 28 janvier 1958, du 17
décembre 1964 du 28 janvier1971 rappellent cette
interdiction. Ce qui portait à croire qu’elle n’était pas respectée. Il semble
bien que ce soit toujours le cas. La revue “ Education et
Formations ” N°44 (1995) estime même que “ 10% des enseignants de
maternelle donnent occasionnellement des travaux à faire à la maison ”
et indique que “ 66,5% des instituteurs déclarent donner tous les jours
du travail à leurs élèves ”.
A l ‘école, la
circulaire du 6 septembre 1994
précise “… des études dirigées d’une durée quotidienne de trente
minutes, sont mises en place dans chaque classe pendant le temps scolaire ”.
NDLR : pourquoi les inspecteurs, si férus d’autorité,
n’ont-ils pas fait respecter ces circulaires ?
Au collège, où
du “ travail personnel ” doit être “ effectué
pendant les heures de classe ”, mais aussi “ en dehors des
heures de classe, en étude et à la maison, pour apprendre des leçons et faire
des devoirs ”, les profs interrogés expriment des avis
divergents, depuis : “ en classe, je n’ai pas le temps, le travail
de fond doit être fait à la maison ” jusqu’à : “ est-il
hérétique de penser que dans l’heure de cours, l’enseignant pourrait à la fois
transmettre l’essentiel des connaissances et se préoccuper en même temps (en
classe) d’une véritable appropriation de ces connaissances par l’ensemble des
élèves ”. Une prof., très honnêtement, suite à la remarque d’une mère, a fait faire
les devoirs, prévus pour la maison, en classe : “ …je me suis
aperçue que les idées, vagues , que j’avais sur le temps nécessaire
pour faire le travail étaient fausses ”. Des instituteurs :
“oui, je donne du travail à la maison afin de revoir avec les parents ce qui
a été fait dans la journée ”. Selon les uns ce travail demande 10 à 20
minutes… tel CM1 “ donne tous les jours une leçon en français, un
exercice de math et une leçon d’éveil…(soit) une demi-heure (de
travail) ” tel CE2 prévoit “ 45 minutes (quotidiennes)
pour les exercices d’application ”. Les parents font le plus
souvent des remarques de bons sens : “ J’aide mes enfants à faire leurs devoirs…C’est normal, c’est
mon travail de parent. Mais je vois autour de moi beaucoup de familles qui
laissent leurs enfants faire un peu ce qu’ils veulent…des mamans me disent
qu’elles ne savent pas ou bien qu’elles n’ont pas le temps ”. La
qualité des “consignes ” données par les enseignants,
apparaît fort inégale alors qu’essentielle. Un enfant : “ En
techno, j’apprends bien parce que la prof donne une fiche-aide pour savoir ce
qu’on doit faire à la maison…et en
français, quand la prof commence en cours l’exercice qu’on doit finir ”.
Quant aux leçons, la conclusion du bulletin est
encore plus alarmante “ …les leçons occupent une place particulière.
L’absence de support nécessite encore plus d’efforts de la part des
élèves et la question du soutien devient primordiale ”.
C’est au plus haut niveau de la
hiérarchie qu’on est le plus conscient. ! Dans l’étude de l’Inspection
Générale (sept.94) il est noté que face “ à l’attrait du jeu,
de la rue et des copains…et des nouvelles et puissantes sollicitations -
télévision, jeux vidéo… les élèves cèdent à ces tentations au-delà du
raisonnable en proportion inverse de leur adhésion à l’école et de leur
réussite scolaire ” et l’on s’interroge sur le travail
personnel “ hors la classe ” : “ Facteur de réussite ou
d’échec, lié aux conditions familiales, ne serait-il pas une source d’inégalité
devant l’école …un facteur limitant sa démocratisation ? ”.
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NDLR : Ne
s’agit-il pas d’un problème fondamentalement politique ? N’est-il
pas urgent d’analyser, avec les enseignants de bonne foi, avec les syndicats,
ce problème des devoirs, et au-delà,
ce qui dans les pratiques les conduit à “ la reproduction ” de la
hiérarchie sociale, souvent en contradiction avec leurs convictions ?
D’engager un dialogue sur l’éducation avec les parents, eux-aussi
traversés par des contradictions ? De mettre en cause, dans un débat citoyen,
le caractère mutilant pour tous les enfants, qu’ils réussissent ou
qu’ils échouent, d’un système basé sur la compétition et la sélection et
débouchant sur la ségrégation, l’exclusion et la violence ?