ARGUMENT N° 38 - janvier 2003-  COLLEGE UNIQUE, A QUELLES CONDITIONS ?

 

Les difficultés que rencontre le “ Collège unique ” ne sont pas nouvelles. Elles font actuellement l’objet de campagnes qui ne sont pas sans évoquer la campagne sécuritaire et produisent des effets semblables. Les professeurs finissent par adopter l’idéologie de ceux qui disent vouloir leur venir en aide et qui, au nom des “ valeurs individuelles et des talents ” préconisent ouvertement un système sélectif (cf Argument N° 37 “ les valeurs, les talents ”).

Ainsi selon le sondage FSU/ SOFRES du 20 Novembre, 62%  des enseignants de collège (contre 44% du primaire et 53% du lycée)  pensent maintenant que “ le collège unique est un principe qu’il faut abandonner ”. La FSU qui affirmait  encore (juin 01) “ s’opposer  fermement à tout retour à des formes de filiarisation, à des paliers d’orientation avant la 3ème ” campera-t-elle sur cette position de principe ? Dans le même document, elle reconnaissait : “ Dépourvues des moyens, des pratiques, des contenus, des démarches qui leur permettraient de scolariser efficacement tous les jeunes, les équipes éducatives confrontées à l’extrême hétérogénéité des élèves peinent à trouver des solutions concrètes à cette situation qui fait obstacle à l’ambition d’une culture commune pour de nombreux jeunes ” .

La défense du collège unique permet, et impose , une réflexion sur les conditions de sa réalisation effective, et donc l’examen  des difficultés réelles et des réponses souhaitables.

Voici quelques éléments du débat, et quelques solutions issues de l’expérience :

- Savoir lire. “ 14,4% ne maîtrisent pas les compétences de base, 34,1% maîtrisent uniquement ces compétences  et seuls 20% possèdent les compétences dites remarquables ” (évaluation en sixième – DEP 1994). Les SEGPA accueillent le plus grand nombre des premiers (100 000 élèves en 2002). Une partie du tiers médian perd progressivement pied. Le problème ne peut être nié et doit être traité comme un problème majeur ,à l’école mais aussi, dans la continuité au collège  (cf Argument N°9  “ Démocratiser la langue écrite ”). Les propositions fondées et expérimentées de l’AFL pourraient être enfin entendues.

- Hétérogénéité . A l’école, elle est de règle et sa bonne gestion dépend d’une bonne pédagogie. Au collège, dans la conception actuelle, elle est une souffrance pour les enfants et les professeurs. Les enfants habitués à un seul enseignant et trop rarement à une équipe d’adultes ont tous besoin d’un dispositif de transition. La polyvalence des professeurs en 6ème/5ème est une des solutions (qui de plus favorise l’interdisciplinarité souhaitée). Les dispositions suivantes permettent de gérer l’hétérogénéité :

q       Tutorat. L’expérience montre qu’il permet de répondre aux multiples problèmes que rencontrent tous les élèves/adolescents, et plus encore ceux issus des milieux populaires : manque de confiance en soi, peurs et interrogations diverses, difficultés relationnelles, méthodes de travail, exécution - sur place - des devoirs, exploitation de documents, réalisation des projets.

q       Equipe d’adultes La présence d’une infirmière ou d’une A.S.  aux côté du Conseiller Principal d’Education et l’existence d’un réel partenariat entre les différents adultes (y compris  gardien ou concierge) font disparaître la majeure partie des problèmes relationnels. Le travail en équipe devrait faire partie des obligations professionnelles .Il implique un temps de présence plus grand dans l’établissement.

q       Vie démocratique. La vie “ coopérative ” et l’institution de conseils  où dans le respect mutuel sont abordés les problèmes de gestion, d’organisation, de médiation, des projets d’établissement, permet de réguler la vie de l’établissement. L’autorité des enseignants en sort légitimée. Cet apprentissage concret de la  “ citoyenneté ” devrait faire partie des objectifs officiels.

q       Ouverture sur le monde ( physique et social) et pédagogie du projet permettent aux enfants, et notamment ceux dont le milieu est très éloigné des savoirs visés par le collège, de rattacher ces savoirs aux réalités connues, d’entretenir la curiosité, de stimuler le désir d’apprendre , d’agir sur l’environnement et donc d’évacuer “ l’ennui ” qui accable la majorité des élèves – bien au-delà des élèves “ décrocheurs ”. Les programmes devraient intégrer cet objectif et s’y adapter.

q       Diversité des intelligences  et non évocation d’une “ intelligence concrète ” pour mieux justifier l’exclusion. Nico Hirtt dénonce cet argument de “ ses amis ” de “ Sauvons l’Ecole ”). Et quand il souligne “ que les enfants du peuple ont un autre rapport aux savoirs, et certainement un rapport moins positif à l’école telle qu’elle leur est proposée ”  et s’interroge “ sur la façon dont nous – les enseignants avec nos pratiques et nos moyens , l’école avec ses programmes et ses conditions d’organisation- construisons l’intelligence des uns et des autres ” il rejoint lui aussi nos préoccupations. La diversité des intelligences,  justifie le projet d’apprendre à vivre ensemble, et l’objectif d’une “ promotion collective ” qui reste attentive au développement de chaque enfant (rôle des “ groupes de besoins ” pour l’aide et le développement des potentiels) et qui récuse toute exclusion. Dans un Collège “ unique ” et “ pour tous ”.

 

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