ARGUMENT
4 (octobre 2000)
"L'AFFAIRE
DE TOUS"… (complément)
extrait du
livre collectif dirigé par Ph. Meirieu PARENTS ET ENSEIGNANTS…
POUR UNE
NOUVEAU "PACTE EDUCATIF"
L’enjeu est
de taille : un nouveau “ pacte scolaire ” peut-il être défini
aujourd’hui ? Comment réarticuler, en son sein, les intérêts individuels –
légitimes dans toute démocratie – et le “ bien commun ” capable de
les transcender ? Pour avancer dans ce domaine et tenter de sortir des
interminables parties de bras de fer entre adversaires qui ne s’écoutent plus,
nous proposons de reprendre ici la question à partir ici d’un paradoxe rarement
repéré et sur lequel, pourtant, il pourrait y avoir un large consensus :
l’instruction est obligatoire, mais l’apprentissage, lui, ne se décrète pas.
Voilà ce qu’on ne dit jamais et qui, pourtant, détermine tout. (Philippe
Meirieu)
………..
CONCLUSION ( Walo Hutmacher)
Quel avenir
pour l'École publique au temps de la mondialisation ?
Pourquoi une
telle question ? Existe-t-il des gens qui, délibérément ou non, sont en
train de préparer la privatisation de l’École ? Certains le craignent. Un
“ complot ” est-il en préparation ? Un groupe de pression
international serait déjà à l'ouvrage, formé d'une cinquantaine d'entreprises
européennes d'envergure mondiale, connu sous le nom de “ Table ronde des
industriels européens ” (ERT dans l'abréviation anglaise) et qui
bénéficierait, par ailleurs, de l'oreille attentive de la Commission de la
Communauté européenne. …….
De même,
l'institution scolaire doit reconnaître que ses “ usagers ” - les
parents et les élèves – peuvent contribuer à la faire progresser pour qu’elle
soit vraiment fidèle au projet qui la fonde : démocratiser l’accès aux
savoirs, former des citoyens lucides, actifs et solidaires. Cela n’implique pas
que tous les élèves et leurs parents soient contents des résultats qu’ils
obtiennent à l’école, ni qu’ils s’expriment publiquement à tout propos en
montant en épingle leur cas individuel. Mais cela suppose qu’ils puissent
s’exprimer sur les conditions de travail et d’apprentissage que l’École leur
offre. Et, plus encore, qu’ils adhèrent au sens de l’institution scolaire.
Des
changements profonds s'opèrent dans nos sociétés : les citoyens exigent
plus de transparence, davantage d'informations, une rigueur plus grande dans
l’explicitation des projets et des moyens mis en œuvre par leurs institutions.
C’est la conséquence du développement du sens critique que l'École a elle-même
contribué à promouvoir. C’est une réussite des enseignants. Il faut s’en
réjouir et ne pas craindre, frileusement, que cela paralyse ou handicape nos
institutions. Il faut, surtout, donner aux “ usagers ” les cadres
nécessaires pour s’exprimer en tant que “ citoyens ” sur les
institutions qui sont les leurs. C’est ainsi, par la confrontation des points
de vue de chacun sur l’institution de tous, par la concertation régulière et
poussée entre les différents partenaires de l’École, par de vrais débats
démocratiques sur l’éducation que nous entendons donner à nos enfants, que
l’institution scolaire progressera.
L’École
publique : une garantie et une chance
Le XIXe
siècle, siècle “ éducateur ” par excellence, faisait de l'instruction
la condition de l'exercice de la démocratie. Il faut inverser la
proposition : c'est la décision démocratique qui, aujourd’hui, doit
déterminer les finalités, les modalités et les conditions de l’enseignement
dans l'institution scolaire publique.
Ainsi,
l’École publique restera publique si ses “ usagers ” participent à la
définition de son projet et à l’invention des moyens de sa réussite. Elle
restera publique si ses “ usagers ” croient fermement que le
caractère “ public ” de cette institution représente pour eux, tout à
la fois, une garantie et une chance. La garantie qu’aucun groupe de pression -
social, idéologique ou commercial - ne viendra y imposer ses intérêts privés.
La chance de pouvoir participer collectivement, dans un processus démocratique,
à la définition de ses missions. Mais il faut, pour cela, que ceux qui en ont
la charge sachent montrer que cette institution est bien effectivement,
concrètement, une garantie et une chance… Et l’École, alors, restera publique
parce qu’elle fera en permanence la démonstration de sa qualité.
En dépit, ou
à cause, du spectre de la privatisation, dans le contexte de la mondialisation,
un chantier considérable est ouvert : refonder l'institution scolaire. Les
enseignants et leurs associations professionnelles y sont évidemment, de droit,
les ouvriers de la première heure. Mais qui peut contraindre leurs partenaires
– et les parents d’élèves, en particulier - à ne se présenter qu'à la onzième
heure, quand la tâche serait finie et que les ouvriers rentrent à la
maison ?