ARGUMENT N° 40 février 03

ARGUMENT N° 40   février 03

CULTURE COMMUNE

Philippe Meirieu dans un article  du Monde (24 janvier) rappelle en les approuvant les objectifs que Octave Bréard  fixait pour l’école (en 1898) :  apprentissage “ des fondamentaux de la citoyenneté ” et “ ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ” Il en ajoute un celui du “ vivre ensemble ”. C’est sans doute sur cette base que l’on peut envisager une  refondation des missions de l’école. Il reste bien sûr à définir le contenu de ces trois objectifs .C’est d’autant plus nécessaire si, comme nous sommes très nombreux avec Dubet à considérer que le collège ne doit plus être l’institution sélective qui fonctionne comme la première marche du lycée,  mais le prolongement de l’école gratuite, laïque et obligatoire.

Ce qu’il n’est pas permis d’ignorer relève d’une part du bon sens : la maîtrise, par tous, de la langue écrite et parlée (également instrument indispensable à l’exercice de la citoyenneté), les bases de l’esprit scientifique, et de  l’autodidaxie (méthodes de travail, documentation, informatique) qui permet la poursuite ou la reprise des études aux différentes étapes de la vie ; d’autre part certaines connaissances, constamment actualisées par une “ commission nationale des programmes ” composée de savants et de représentants de la société civile et ayant le pouvoir de s’opposer efficacement à l’empilage encyclopédique de savoirs non durables.

Le savoir vivre ensemble  est sans doute indissociable des fondamentaux de la citoyenneté . C’est en effet à l’école qu’une nouvelle étape de la socialisation s’opère. Il s’agit de permettre à la petite collectivité que constituent la classe et l’établissement, de mettre à jour la nature des relations, des comportements, et d’élaborer ensemble les règles de la vie commune. C’est à partir de ce vécu , de multiples actions de l’école sur son environnement proche et lointain, de productions collectives et individuelles issues d’une “ pédagogie du projet ”, que les “ fondamentaux de la citoyenneté ” peuvent se construire d’une manière non formelle.

 

La période de crise (de société, de l’école) vient chaque jour souligner l’importance, voire l’urgence, qu’il y a à traiter certains problèmes qui se manifestent déjà à l’école et plus massivement au collège. Celui-ci conjugue ses propres problèmes et ceux  d’une adolescence de plus en plus déboussolée.

 

Il est en effet des réalités “ qu’il n’est pas possible de passer sous silence ” . La violence sous toutes ses formes. Les maltraitances. Le suicide. Les rapports filles garçons. La sexualité. Le viol. Le sida. Les conduites à risque. La “ dictature des marques ”. La prévention de l’obésité. Le racisme, etc…

Actuellement, et dans le meilleur des cas, au hasard des situations, un prof, une infirmière, un conseiller d’éducation, prend personnellement la responsabilité d’y faire face.

D’autres sujets, moins sensibles dans l’immédiat, font l’objet de représentations, d’appréhensions, de fantasmes et de peurs fondées qui nécessiteraient d’être parlées, mises à distance. L’avenir, le travail, les guerres, les désastres écologiques, les sciences folles , la télé, la pub,  le sport décervelant etc…

Le tumulte du monde est dans les têtes et pénètre à l’école qui ne peut être “ un sanctuaire ”.

Il ne s’agit, évidemment pas de mettre ces sujets au programme, d’en imposer l’enseignement, mais d’admettre qu’il faudra les traiter, quand ils se présentent ou avant qu’ils se présentent. Il conviendrait de décrire et rassembler les moyens et les démarches qui permettent d’étudier “ ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ” à partir d’une très riche littérature “ jeunesse ” ou classique, du cinéma et de la vidéo, d’internet, de la presse.

Le recours à l’écrit, à l’exposé, la recherche, l’exploitation, l’analyse, la critique, la production de documents sont alors l’occasion d’apprentissages réellement fonctionnels, bénéficiant de “ la médiation du social ” que permettent le travail en groupe, le fonctionnement coopératif de la classe et de l’établissement. Il pourrait en être de même, au plan individuel, avec les “ Itinéraires de Découverte ” (IDD), les “ Travaux Personnels Encadrés ” (TPE).  Les “ classes lecture ” pour lesquelles DECLIC 38 s’est beaucoup battue - sans succès - illustraient très concrètement le réalisme de cette conception. De nombreuses  réalisations peuvent également en témoigner.

Une telle  “ culture commune ” produit vivant d’une “ auto-socio-construction ” (selon l’expression du GFEN appliquée habituellement aux savoirs), ne peut se confondre avec le rêve de faire renaître les “ hussards noirs de la République ” pour mieux conditionner les esprits à certaines “ valeurs ” de la nation -hymne, drapeaux, Histoire glorieuse- et à celles du marché .

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