La presse vient de rapporter une information (…): les
risques d’échec scolaire sont significativement plus nombreux chez les enfants
nés en fin d’année civile que chez ceux nés dans les premiers mois de la même
année[1].
Quelles réflexions, quelles mesures cette constatation
va-t-elle entraîner ? Aucune, bien sûr, comme toujours !
Bien sûr, l’âge chronologique des enfants à l’entrée
en CP n’est que l’un des nombreux facteurs qui vont se combiner, se neutraliser
ou se renforcer mutuellement pour favoriser le succès ou entraîner l’échec
scolaire. Chaque enfant est unique, tous les enfants sont différents, mais si
la Constitution leur reconnaît, comme à chaque être humain, le droit d’être
égaux en dignité, il devrait en résulter qu’ils ont un
droit égal à être considéré dans leur singularité. S’agissant de l’École,
celle-ci ne devrait faire que du “ sur mesure ” alors qu’actuellement
elle ne propose qu’une “ taille unique ”. Et, puisque l’École a pour
mission de faire “ progresser ” les jeunes, c’est à dire de les faire
avancer, remarquons qu’une taille unique de chaussures ne conviendra au mieux
qu’à un nombre limité d’enfants[2]
mais qu’elle gênera la marche de ceux dont le pied n’entre pas exactement dans
le “ moule ” proposé (imposé ?).
Périodiquement, certains responsables ont cherché
des solutions du côté de la “ confection ”, c’est à dire en classant
les jeunes en catégories différentes. C’est ainsi que, dès le début du 20ième
siècle, les “ arriérés ” ont été regroupés dans des “ classes
spéciales[3] ”.
Il y a un peu plus de 30 ans, l’idée de tenir compte de la maturité (ou plutôt
de l’immaturité) de certains enfants au moment de leur entrée à l’école
primaire, a conduit à la création de “ classes d’attente ”,
structures intermédiaires entre l’école maternelle et l’école élémentaire.
Comme cela ne résolvait pas tous les problèmes, se sont ajoutées des
“ classes d’adaptation ”, intermédiaires entre le CP et le CE1. A la
même époque, l’admission au Collège de tous les enfants, avait entraîné la mise
en place de trois “ filières ” :
-
la
filière de type “ lycée ” (qui n’existait pratiquement que dans les
Lycées de ville)
-
la
filière de type C.E.G. (nouvelle appellation des cours complémentaires
secondarisés depuis 1942)
-
la
filière de “ transition ” destinée aux enfants dont le niveau
scolaire était jugé insuffisant pour suivre un enseignement de type secondaire.
Or ce “ traitement par groupes ” a
été abandonné. S’est on demandé pourquoi ? Pourquoi les classes d’attente
ont-elles disparu très rapidement ? Pourquoi les classes d’adaptation
ont-elles été détournées de leur vocation première ? Pourquoi les classes
de transition ont-elles été fermées par René Haby, ministre pourtant non
suspect “ d’idéologie égalitariste ” ? Les classes de
“ perfectionnement ” et leurs prolongement dans les SEGPA (ex-SES),
répondent-elles bien aux finalités qui leur avaient été attribuées par leurs
fondateurs ? Quelles leçons ont été tirées de ces tentatives de traiter la
diversité individuelle par des traitements de groupes ? Qui connaît les
autres voies qui ont été explorées ?
Bien sûr, à l’école primaire, on parle depuis
longtemps de la nécessité d’“individualiser l’enseignement ” : mais
que recouvre celle expression dans la réalité quotidienne des classes ? Au
collège, on parle de “ pédagogie différenciée ” : mêmes questions.
Quelle frontière sépare la pédagogie différenciée des filières ?
Peut-on répondre à ces questions avant d’avoir
redéfini les finalités de l’École et les objectifs de chacun des niveaux
successifs du système scolaire en fonction des réalités aussi bien individuelles
que sociales, mais aussi des “ valeurs ” tant morales
qu’intellectuelles que l’on veut promouvoir, du “ modèle ”
d’homme aussi bien que de société que l’on entend faire émerger ? Et ON
désigne, dans ce cas, tous les citoyens, notamment les parents, les
enseignants, voire les élèves eux-mêmes, du moins à partir d’un certain âge.
[1] Quand on sait que l’échec est d’autant plus sévère qu’il est précoce, le simple bon sens devrait suffire pour réaliser que, de deux enfants entrant au Cours préparatoire en septembre, celui qui est né en janvier ou février a de fortes chances, toutes choses égales par ailleurs, d’être physiologiquement plus développé que celui qui est né en novembre ou décembre.
[2] une moyenne ? or on sait ce que vaut cette notion purement statistique dans la réalité !
[3] devenues, par la suite, des classes de perfectionnement (sic) pour “ déficients intellectuels légers ou moyens ”.