En
septembre le débat sur le voile commençait. II semblait alors utile de relever
diverses déclarations susceptibles d’alimenter notre réflexion commune… mais le
débat a pris une telle ampleur que vous n’avez pu y échapper ! Il est peut-être
temps d’y revenir. Rappel :
En
mai, Alain Touraine (sociologue membre de la commission Stasi) signait
une pétition dénonçant « la loi d’exception » qui s’annonçait.
Aujourd’hui, il s’y convertit.. Il dit qu’il ne renonce pas à « défendre
ces filles qui négocient un passage difficile vers la modernité » mais
qu’avant de poursuivre le dialogue nécessaire « il faut avoir donné un
coup d’arrêt. Avoir dit clairement que le communautarisme, on n’en veut pas,
que la pensée rationnelle, l’égalité entre les hommes et les femmes, la
citoyenneté, ça existe ». Il pense que « la France a profondément changé » ces
derniers temps.
Les
3000 jeunes femmes qui défilent à Paris (21 Décembre ) lui donnent
peut-être raison. Le fait qu’elles soient encadrées par un service d’ordre
masculin incite à s’interroger. En même temps ces jeunes filles affirment que le port du foulard est leur « choix
».C’est vrai pour nombre d’entre elles … et c’est à coup sûr le cas d’Alma
et Lila Lévy ! Les justifications du
choix ne sont pas toutes religieuses. Il s’agit parfois d’affirmation
identitaire. Mais on ne peut négliger les témoignages qui révèlent le
durcissement du règne traditionnel des « grands frères » (et même des
petits). Porter le voile permet d’être « respectée » et dans le cas
contraire la menace peut être redoutable (Soan !). Chahdortt Djavann,
dans son livre “ Bas les voiles ! confirme. Elle a
porté le voile en Iran pendant dix ans et affirme « Le voile n’est
nullement un simple signe religieux (…)il met l’enfant ou la jeune adolescente
sur le marché du sexe et du mariage et la définit entièrement par et pour le
regard des hommes». Elle déclare sur France culture :
« accepter le voile serait un acte de non assistance à enfance en danger ».
Alma
et Lila ont
été exclues de leur lycée alors que
« une majorité de syndicats enseignants (sont) hostiles à la loi
sur le voile » et préfèrent « un rappel solennel et clarifié
de la réglementation actuelle » comme la FCPE, la Ligue de
l’Enseignement, le MRAP, la Ligue des Droits de l’homme. Le Président Chirac
se prononce pour une loi interdisant les signes religieux ostensibles. Beaucoup
l’approuvent. La gauche est divisée.
ALORS ? POUR ? CONTRE ? ET SI LE PROBLEME
ETAIT AILLEURS ?
Partons
de deux avis apparemment contradictoires .
Un
intellectuel français (et juif) déclare (le …octobre) “ dès qu’un
enfant arbore un signe religieux, l’adulte et ses camarades ne voient plus en lui l’enfant mais le Juif, le
Musulman, le Chrétien ” (…) “ c’est donc sa qualité d’enfant
et son potentiel de libre développement qui s’en trouvent aliénés ”.
Gaby
Cohn-Bendit “ peut importe qu’une jeune fille entre au collège avec un
voile ; l’important c’est qu’à la fin de sa scolarité elle décide de
l’enlever ”(1).Edgar Morin dit à peu près la même chose
« je suis pour le maintien de ces jeunes filles au sein de l’école laïque afin de leur
permettre d’évoluer »
Alors,
oui, si l’école devenait réellement “ émancipatrice ” ? Si elle ne se contentait
plus de proclamer le « rôle émancipateur du savoir » ? Si
elle cultivait effectivement « l’esprit critique » ?
Si, par exemple, le sexisme était mis en
question dans toutes ses manifestations dès l’école maternelle et dans le
dialogue avec les familles ?
Si,
dans un climat de respect généralisé, une réflexion anthropologique et
historique était organisée à l’école, au collège (2), pour questionner les
traditions, les conventions, les tabous, les préjugés ?
Et
pour revenir au foulard, si l’on expliquait qu’en France, avant 1936, une femme
«en cheveux » , sans « bibi », ou chapeau ou foulard sur la
tête, était considérée comme une fille de “ mauvaise vie ”, une
« pute » dans le langage d’aujourd’hui ?
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(1)
idée développée dans sa “ Lettre ouverte à tous ceux qui n’aiment pas
l’école ” collection nomad’s
land.
(2)
cf : la contribution (RR Millot) au colloque du 13 décembre sur le « collège unique, outil de la
promotion collective » sur le site
www.collegeunique.org