ARGUMENT 7
La
"PROMOTION COLLECTIVE” autrement
dit la"FRATERNITE",
ALTERNATIVE A L'INDIVIDUALISME
Le
concept "promotion
collective" est issu des espoirs et des pratiques du mouvement ouvrier,
qui, au XIXème siècle, se souciait, à
la fois, du bien commun et de “l’émancipation” de l’individu. La
perversion de ces espoirs au cours du XXème siècle a entraîné des
connotations négatives à l’emploi du
terme “collectif ”, abondamment exploitées par le libéralisme.
En prenant
soin de s’appuyer sur des exemples concrets qui illustrent le double souci,
individuel et collectif, il devrait être possible de réhabiliter cette idée qui
constitue l'alternative à
l’individualisme et à la promotion individuelle liée à la compétition
qui définissent la philosophie du système actuel.
Bruno
Mattéi, professeur de philosophie à l'IUFM de Lille et président du groupe
lillois de "Changeons l'école" (Marie-Danielle Pierrelée), à la suite
d'une exécution magistrale du mythe de l'égalité des chances se réfère à la
devise républicaine et écrit :
La
Fraternité nous obligerait à prendre conscience de la vraie nature de notre
rapport à l'égalité, et à reconsidérer l'histoire encore impossible et parfois infernale du couple
liberté-égalité. Si la Fraternité devient le fondement de l'être ensemble et de
l'agir humain, alors la liberté n'est plus celle de chacun contre l'autre,
activée par la compétition et la concurrence. (…)
nous
pourrions énoncer qu'une école de la Fraternité et qu'une éducation par la
Fraternité sont possibles dès maintenant, quand bien même les rouages
essentiels de la société et de l'économie sont encore dominés par l'esprit
d'inégale liberté qui nous éloigne indéfiniment de l'égalité des droits et de
son fondement, la fraternité.
Aucun texte,
rien, n'interdit de faire vivre une école de la Fraternité, comme certains s'y
sont essayés et s'y essaient d'ailleurs.(cf. Revue N°18 L'école aujourd'hui et
demain.) Autour notamment des pratiques coopératives, d'entraide scolaire, de
tutorat entre élèves, d'échanges et de partages de savoirs, avec suppression
des notes, des classements et des incitations compétitives, ce qui ne veut pas
dire d'émulations positives et d'un rapport intelligent et vivant à des savoirs
reliés, comme le propose Edgar Morin. La fraternité à l'école, c'est aussi
développer des apprentissages qui permettent à chacun d'aller jusqu'au bout de
son potentiel intellectuel et humain (…)
Tiré du N° 29 de la revue de psychologie de la Motivation .
Dans la
pratique de cette pédagogie, l’expérience montre, surtout quand les
réalisations issues de projets
collectifs sont présentées par les enfants eux-mêmes, que les compétences et la
fierté dont ceux-ci font montre provoquent un intérêt réel auprès des parents
de tous les milieux. Les uns regrettent de ne pas avoir bénéficié de cette
éducation qui leur aurait évité l’échec, d’autres qui ont bénéficié de la vie
militante ou associative établissent une analogie avec leur parcours, leur mode
de promotion, d’autres encore, les bons élèves, mesurent tout ce qui leur a
manqué. Et ils l’expriment. La “réussite” de leur propre enfant reste tout
naturellement prioritaire, mais le désir se trouve modifié, réorienté. Les "chef-d'œuvres
pédagogiques" les "TPE (Travaux Personnels Encadrés) réalisés dans ce
climat de promotion collective, de fraternité, provoquent les mêmes effets.
La
multiplication de lieux éducatifs de ce type, que nous entendons soutenir, fera
pénétrer nos préoccupations dans l’opinion d’une manière significative,
permettant d’espérer une généralisation, et jouera en faveur des changements
pour lesquels nous militons dans et hors du champ de l’éducation.