ARGUMENT 9 ( novembre 2000)

ARGUMENT 9   ( novembre 2000)

"DEMOCRATISER LA LANGUE ECRITE…"

Dans nos réunions récentes, il a parfois été question de la fermeture du Centre Lecture, de la préparation du contrat de Grenoble Ville-Lecture. Une douzaine d'adhérents de DECLIC 38 sont engagés dans des innovations, des recherches, des productions concernant la langue écrite. Ils militent à l'Association Française pour la Lecture, dans le Collectif Lire Ecrire, en faveur de "la démocratisation de l'usage de l'écrit". Cet engagement à la fois pédagogique et politique justifie un "Argument" (nécessairement concentré dans le fond et la forme !).

 

Le problème ne se pose pas en termes binaires : savoir lire ou non. A côté des "illettrés" (qui ont pourtant passé 12 ou 14 ans à l'école), il existe de nombreux lycéens et étudiants qui ne se servent de l'écrit que pour leurs études. En conséquence, la grande majorité des citoyens ne fait qu'un usage utilitaire d'un instrument essentiel permettant de prendre de la distance avec les évènements, de les mettre en mémoire et en perspective, d'analyser les contradictions, toutes choses indispensables au plein exercice de la citoyenneté. Essentiel également pour s'interroger sur la vie, sur soi-même. Nous désignons ainsi "la lecture experte".

- 1er OBJECTIF :  "déscolariser" l'écrit. L'AFL est à l'origine de la constitution des BCD dans les écoles qui vise cet objectif. Il s'agit de faire découvrir aux enfants qu'ils peuvent trouver dans la littérature jeunesse, dans les documentaires des réponses aux questions qu'ils se posent (et non pas que l'école leur pose à propos d'une lecture en manuel). L'objectif est loin d'être atteint faute d'être bien compris ( fixation sur les "programmes"). 

- 2ème OBJECTIF : considérer l'apprentissage comme celui d'une langue spécifique dans laquelle on entre progressivement par hypothèses sur le sens, vérification, mémorisation des mots dans leurs occurrences successives, découvertes des règles spécifiques etc…Le parallèle avec l'apprentissage du langage par le petit enfant conduit à considérer que le rapport à l'écrit se construit , dès qu'il y a constat de son usage dans l'environnement, et qu'il s'étale sur une très longue période. Il ne s'agit donc pas de la transmission en quelques mois d'une technique (le déchiffrage) sans aucune fonctionnalité autre que l'exigence sociale. L'échec conduit à une première exclusion...(à l'âge de 7 ans !). La mauvaise qualité du rapport établi avec l'écrit au long de la scolarité élémentaire conduit à  ces résultats (évalués en 6ème  par la DEP  en 1994) : 14, 4% ne maîtrisent pas les compétences de base, 34,1% maîtrisent uniquement ces compétences de base, seuls 20 % des enfants possèdent les compétences dites "remarquables" permettant l'accès à cette "lecture experte".

- 3ème OBJECTIF : faire précisément de la "lecture experte" l'objectif visé dès les premiers rapports avec l'écrit. Ceci implique qu'on construise une didactique qui s'appuie sur ce que fait le lecteur expert et non sur l'étude des correspondances entre les lettres et les sons (déchiffrement). Les travaux des psycho-linguistes (centrés sur le lecteur et non sur la langue) fournissent  les éléments nécessaires à cette construction. L'AFL a mis au point des logiciels d'entraînement adéquat (usage familial y compris). Il s'agit donc d'un apprentissage complexe qui doit nécessairement s'étaler dans le temps , qui devrait se poursuivre, profs de math  de géographie, de sciences devraient y contribuer, vu la spécificité de leurs écrits ( Stella Baruck explique l'échec en math  par une carence en la matière).

- 4ème OBJECTIF : considérer le problème avec une "pensée systémique". Le fait que les 20% qui accèdent aux "compétences remarquables" en 6ème appartiennent massivement à des milieux qui utilisent l'écrit d'une manière "experte" amène à s'interroger sur le lien existant entre statut social et statut de lecteur. Il conduit à la fois à compenser ,en enrichissant le rapport à l'écrit dès la maternelle, en déscolarisant la lecture, en faisant de l'écrit  un outil fonctionnel  (permettant notamment aux enfants de prendre du pouvoir sur leur vie scolaire : conseils d'enfants, etc)  , et à informer les parents sur les enjeux de l'écrit, son fonctionnement, leur propre rôle. 

 

L'idée qui découle de ces différentes observations est que la lecture "c'est l'affaire de tous", idée qui rejoint notre attitude vis-à-vis du système éducatif. Idée qui exige une mise en synergie de tous les acteurs concernés parents, enseignants de tous degré, bibliothécaires, libraires, producteurs d'écrits .

 Cet objectif s'exprime dans le projet de "ville-lecture" que nous considérons abandonné aux professionnels du livre et de l'enseignement par les politiques alors que l'exclusion de l'écrit est un problème majeur dans la cité !

Dans son action interrompue,le Centre Lecture déscolarisait la lecture (et les enseignants en stage) grâce à un travail intense sur la littérature jeunesse, à la production quotidienne d'un journal "écrit en circuit court" invitant les enfants à une activité réflexive sur leur vécu de la veille, grâce à un entraînement intensif sur micro-ordinateur, à un travail de théorisation des pratiques . formation majeure des enseignants abandonnée …

Des enfants en difficulté participant aux " vacances- lecture" connaissent le même traitement en un temps réduit et en sortent transformés. Les parents, par contrat, participent à une journée du séjour et découvrent les activités et les productions de leurs enfants. Différentes actions sont conduites visant à transformer leurs attentes. .ETC….  (Des militants sont à disposition pour expliciter ces conceptions,  présenter matériel, logiciels...)

 NB:  ces conceptions sont en contradiction totale avec la pensée unique qui notamment attribue la dyslexie, l'illettrisme et l'exclusion à des difficultés dans "la segmentation des mots en leurs sous-unités, en particulier syllabiques" (LE MONDE 09 10 00 ). Question : la Chine où l'écrit est entièrement idéographique a-t-elle des dyslexiques, quelle explication ?) 

 

 

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