Pour ou contre le Collège unique ?

En ce moment, le concept de collège unique est de plus en plus contesté par des personnes et des groupes d'horizons parfois opposés. Certains réclament le retour à des filières qui rappellent ce que furent les premiers CEG et CES (enseignement de type "lycée", enseignement de type "cours complémentaires", voire filière de "transition" ou "technologique"). D'autres prônent carrément la mise en concurrence des établissements (avec sélection à l'entrée pour certains). Les arguments invoqués sont divers : ne pas pénaliser les "plus doués" en leur imposant le rythme des "moins doués" dans une même classe ; mais aussi permettre de "remédier" aux insuffisances de nombreux jeunes en leur proposant un enseignement plus adapté à leurs "capacités".
Les adversaires de cette École à plusieurs vitesses se réclament d'abord des valeurs républicaines qui ne peuvent exister que dans une co-éducation de tous les jeunes, au moins durant la période de scolarité obligatoire. Ils rappellent que c'est l'école primaire qui a fondé la République dans les mentalités de nos ancêtres, une École qui accueillait tous les enfants du peuple (95 % de la population dans la première moitié du 20ième siècle). Une École largement rurale, comptant de très nombreuses classes uniques ouvertes aux enfants de 5 à 12 puis à 13 et enfin à 14 ans.

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UNE INTRODUCTION AU DEBAT

Dans le Quotidien LIBERATION du 22 mars 2001, François DUBET, sociologue à l'Université de Bordeaux, publiait un article intitulé "Aller vers un collège pour tous".

En voici quelques extraits :

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Coup sur coup, les déclarations de Jean-Luc Mélenchon (Libération du 4 mars) et le sondage réalisé auprès des jeunes professeurs (Libération du 14 mars) signent la faillite du collège unique."

"En choisissant le collège unique au milieu des années 70, la France n'a pas choisi le collège pour tous, elle a choisi le lycée d'enseignement général, elle a choisi d'étendre à tous le petit lycée longtemps réservé aux enfants de la bourgeoisie et de l'élite scolaire."

"Dans un tel système, l'enseignement technique et professionnel fonctionne principalement comme un mode de gestion de l'échec."

"Ce qui pourrait être une orientation est d'abord une relégation."

"Jean-Luc Mélenchon se saisit de la crise du collège unique pour proposer l'ouverture de quatrièmes et de troisièmes technologiques au lycée professionnel."

"En fait, la solution proposée par Jean-Luc Mélenchon creusera la distance entre les deux jeunesses, celle des classes moyennes et celle des «autres», et affaiblira plus encore la fonction intégratrice de l'école. "

"Si cette hétérogénéité paraît plus insurmontable au collège, c'est parce que le collège unique n'a pas été fait pour tous les élèves, mais pour une minorité d'entre eux."

"En ces temps où la pensée républicaine n'est souvent que le masque des vieux conservatismes, Jean-Luc Mélenchon sort des faux-semblants et des euphémismes. Il ne propose rien moins que de revenir sur le principe de l'école unique obligatoire, et le sondage réalisé auprès des jeunes enseignants de collèges montre qu'il ne parle pas dans le vide."

"Si l'alternative consiste à opposer la fiction du collège unique aux filières, nécessairement hiérarchisées à partir de l'idéal intangible du lycée d'enseignement général, l'affaire est entendue: débarrassons-nous du collège unique. Quand on se sent incapable de faire décrocher le collège du modèle du lycée d'enseignement général, on propose de faire décrocher les élèves «indignes» du collège lui-même."

"Mieux vaut une culture commune maîtrisée par tous qu'une culture d'élite ignorée par la plupart. C'est là un objectif bien plus ambitieux que celui qui vise à mettre chacun à sa place, c'est-à-dire à la place fixée, dans la plupart des cas, par sa naissance."

"Si derrière des formules toujours nuancées et humanistes, celle des blocs disciplinaires différents et non hiérarchisés par exemple, on renonce au collège pour tous, qui nous garantit que le mouvement ne descendra pas vers l'école élémentaire et l'école maternelle? Après tout, là aussi des élèves sont «hétérogènes et en échec!»."

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Cet article a le mérite de poser le problème très actuel des enjeux d'une co-éducation de tous les jeunes, quelles que soient leurs origines sociales. Il rappelle les origines du Collège actuel. Mais il soulève aussi quelques questions actuellement en suspens ; par exemple :
·        que pourrait être "une culture commune maîtrisée par tous" ?
·        décrocher le collège du modèle du lycée d'enseignement général : oui, mais quel autre "modèle" inventer ?
·        les jeunes sont "différents" les uns des autres : comment favoriser le développement optimal de chacun dans un "collège pour tous" sans pénaliser personne ?
·        que peut être une "pédagogie différenciée" hors de l'organisation en "filières" ?
·        ……

La question du Collège unique est l'une de celle qui peut déclencher un débat approfondi sur la refondation de l'École obligatoire pour tous. La dernière remarque de François DUBET rappelle opportunément que les problèmes ne naissent pas ex nihilo au niveau du Collège.


Le texte intégral de l'article de François DUBET peut être obtenu en fichier joint (rtf) sur simple demande à assoreveil@wanadoo.fr

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