1 / INTRODUCTION
Aller vers un « autre monde » nécessite de remettre en question des pratiques, depuis longtemps installées, et recouvrant insidieusement les valeurs de l’ordre établi. Différents chantiers sont à ouvrir, dont deux de grande importance : la démocratie et l’éducation.
Nous proposons ici d’examiner un instrument expérimenté qui concerne une des modalités du débat démocratique (travail en ateliers, en séminaires etc..).
Une autre modalité (incontournable sans doute) mériterait réflexion, les réunions de type meeting, « plénière », car les participants s’y trouvent en situation de consommation (d’opinions, d’informations, de mots d’ordre etc…) ou/et de communion (situation humaine ambivalente) de fausse participation :. « la parole à la salle » est trop souvent contre productive (confuse, frustrante)..
Ce qui suit est le fruit de diverses « expérimentations » avec des publics variés invités à se considérer « en recherche » et partie prenante des objectifs de la démarche.
Des sujets comme « réalités de la promotion collective » ou « conditions favorisant des apprentissages durables » , « l’hétérogénéité comme fondement d’apprentissages solidaires » ont été déjà traités avec des résultats qui nous incitent à formaliser la démarche, et à proposer à différentes associations et personnalités de s’associer à l’expérimentation, à la réflexion et à l’expansion de pratiques analogues.
2 / DOUBLE OBJECTIF DE LA DEMARCHE
¨ Obtenir l’implication de chacun des participants dans le débat, quel que soit son niveau d’étude, ses difficultés avec l’expression, sa timidité.
¨ Lui permettre de faire appel, si nécessaire à des « experts », à des savoirs constitués, à des militants chevronnés, en « connaissance de cause », avec des questions fondées, sans complexe d’infériorité et en pleine conscience de ses insuffisances et de la complexité d’un sujet.
3 / GROUPES CONCERNES – CONDITIONS MATERIELLES- ENCADREMENT
¨ Cas 20 participants dans une seule salle,
¨ Cas multiples de 20. Exemple : le cas 80 nécessite deux petites salles(au minimum) et une grande
¨ On appellera P.G.les mini-groupes (au choix et selon les sujets 2, 3 ou 4 personnes)(1) G.G. (grand groupe) les groupes de 20 . AG assemblée générale des différents groupes.
¨ Deux militantEs / animateurs par groupe de 20 (G.G.).
Hypothèse : dans
les deux premiers temps, les « experts »
présents participent à la démarche en simples participants ou en animateurs
_________
(1) l’idée de procéder par interviews est dûe à certaines
pratiques du GFEN
4 / PROCEDURE
4.1/ A.G. quelques minutes les animateurs invitent les participants à se considérer chercheurs dans une démarche
- qui vise à prendre en compte leur expérience personnelle et à leur donner réellement la parole,
- dont l’enjeu politique est de mettre en action ici, maintenant, l’idée de démocratie participative,
- dont l’enjeu social : l’intelligence collective où le tout est plus que la somme des parties.
- les G.G. de 20 sont formés d’une manière aléatoire (procédure d’attribution d’un numéro
1, le 2 au voisin immédiat, le 3…etc…) et se répartissent dans les lieux.
4.2/ Installation
du G.G.
Les animateurs forment immédiatement 5 P.G. de 4 personnes de la même manière aléatoire (assouplie en fonction des nécessités, ex : traduction ). Elles devront parler à voix basse…
Ils distribuent, à chacunE , la feuille de consigne qui porte les coordonnées des organisateurs. (pour mémoire)
La feuille de consigne est lue silencieusement (ou à haute voix par l’un des membres du P.G..).Elle indique :
- la méthode : 3 membres du P.G. interrogent le 4ème – et ce chacun à son tour (en commençant avec un volontaire qui se sent le plus à l’aise avec la démarche proposée)
- le sujet : rappelé en quelques mots - il peut faire appel (selon le cas) à l’expérience de vie, aux représentations du problème, aux questions que chacunE se pose
- les contraintes : a/ consacrer 15minutes max par personne (avec un temps de silence (30 ‘’) après chaque interview pour souffler et permettre au suivant de réfléchir à ce qu’il va dire )
b/ s’en tenir au sujet par des questions appropriées, y ramener impérativement s’il y a lieu , avec délicatesse, et ce dans l’intérêt collectif
L’expérience révèle
une très grande satisfaction des participants qui se sont sentis reconnus,
valorisés, aidés par les autres, préparés à une entrée sans complexe dans un
débat élargi en assistance et plus général.
Cette période en P.G. dure 1H15
4.3 / retour au G.G. de 20
N.B Il n’y a pas de compte-rendu des travaux des P.G. : rupture délibérée avec des pratiques généralement très insatisfaisantes qui nécessitent prises de note, rapport par un des participants au G.G., et souvent dénaturation involontaire des propos tenus.
Le modérateur choisi à l’avance est présenté, son rôle précisé : exiger la concision, (qui a été appréciée dans les P.G.) , refuser la monopolisation de la parole (pratique courante), favoriser les échanges en veillant à la continuité ( tu changes de sujet… quelqu’un souhaite-t-il poursuivre sur le sujet en cours ?). Les personnes peut habituées aux débats compétitifs, exigeant rapidité, agressivité, sont souvent désemparées et exclues , ce que le modérateur doit précisément éviter.
N.B. l’usage
du « bâton de palabre »,
demanderait à être expérimenté, ainsi qu’un court temps de silence après
chaque intervention pour éviter les attitude compétitives
Les organisateurs/militants conduisent le débat du G.G. d’une manière directive.
Ils resituent le sujet et l’objectif armer chacun (aux plans politique, social, culturel, éducatif, méthodologique) pour rendre possible la démocratie participative sans risque de la voir confisquée par les couches sociales les plus instruites.. .
Ils en justifient le choix , en présentent les aspects (historiques, philosophiques, politiques). Ils procèdent aux développements théoriques appropriés ( en experts ou en citant les travaux d’experts).
Ils invitent ensuite chacun à entrer dans le débat,
- à questionner les « experts » (soit invités soit militants expérimentés)
- à établir, s’il y a lieu , un lien avec ce qui a été vécu et exprimé dans le P.G.( nul
« rapporteur » ne le fait à la place d’un autre mais un membre du G.G. peut inciter à reformuler une contribution,
- à procéder à ses propres considérations théoriques.
Ainsi l’expertise
devient réellement fructueuse, non pas consommée pour être plus ou moins
rapidement oubliée, mais pleinement intégrée dans le questionnement de chacun.
Elle s’intègre au projet démocratique.
Ainsi, la liberté
d’expression est réellement pratiquée et conjuguée avec la volonté de savoir.
Ainsi, un processus
éducatif portant sur la méthode est mis en œuvre (dans l’esprit de
« l’éducation populaire »)
5 / RETOUR EN A.G.
5.1 . tous les participants sont invités à remplir et détacher le talon de la feuille de consigne destiné à recueillir : coordonnées ; vœu de figurer dans une liste pour information ultérieure , engagement éventuel à rédiger et à envoyer plus tard un texte d’une page maximum, relatant l’essentiel de la contribution.
N.B. la dernière clause (rédaction) n’a pas été
expérimentée. Hypothèse d’un double intérêt : - traces du témoignage pour
les organisateurs - formatif pour le
participant ( prolongement de la conscientisation amorcée , mise en ordre
concise de la réfexion , via l’écrit,
facilité par le questionnement subi)
5.2 Les organisateurs de chacun des G.G. commentent le fonctionnement de leur GG., (opinion qui peut être confortée ou contestée par les membres du G.G.).et lancent un débat de courte durée :
- sur l’ intérêt de la procédure en terme d’implication, de facilitation de l’expression, d’utilisation de l’expertise
- sur ses défauts et les modifications souhaitables (rappel : il s’agit d’une recherche continue dans laquelle chacun est acteur) .
- sur les ruptures opérées avec les procédures habituelles
- sur l’extension envisageable à d’autres moments de la vie sociale et sur les limites de la formule TEXTE
La parole peut-être donnée à l’expert invité (s’il y en a un pour connaître ses conclusions)
6 / REMARQUES
6.1 Le renouveau du militantisme est un espoir. Les jeunes qui s’engagent sont imprégnés d’une culture individualiste (et de zapping) qui peut les rendre volatiles. Cette recherche entend déboucher sur un fonctionnement qui les satisfait et les fait évoluer.
6.2 La recherche devrait s’étendre aux techniques utilisés sur internet. A cet effet deux participants très « branchés» sont sollicités pour réfléchir à un fonctionnement d’esprit comparable sur et à partir de la «toile »
6.3 s’étendre aussi à d’autres publics (ceux que nous avons touché jusqu’ici étaient des personnes en recherche, sinon militantes associatives) notamment dans des actions au niveau de quartiers…
6.4 Trop souvent les réunions s’achèvent avec un sentiment d’inachevé ou de bâclé. Il faut donc impérativement conjuguer objectifs démocratiques et rigueur.
L’expérience montre que c’est possible. Voici un décompte du temps étape par étape
1 A.G. 5 minutes
2 G.G. 5’ pour l’installation, 5 minutes pour les consignes
3 P.G 1heure 15’
4 G.G. 1H 30’
5 PAUSE 15 ou 30’
6 AG 30 ou 15 ‘ AU TOTAL 4H
6.5 prise en compte des inévitables retardataires : une affiche à l’entrée les invite à se munir de la feuille de consigne et se grouper 3 par 3 ( ce qui leur permettra d’avoir fini en temps prévu.
6.6 parmi les « experts » que nous devrions consulter en ce qui concerne nos propositions nous pensons à : Miguel Benassayag (son livre Résister c’est créer nous encourage dans notre démarche) et qui pourraient nous aider à organiser et à faire connaître cette recherche..
Raymond Millot le 17 novembre 03
NB . une fois formalisée (à partir de cette esquisse et des avis
d’experts) il faudra monter à l’assaut …d’ATTAC, des organisateurs du FSE
etc….de la presse, des assos etc…
A CET EFFET REAGISSEZ VITE IL FAUT BATTRE LE FORUM
PENDANT QU’IL EST CHAUD !
A lire : UNE VAGUE MONTANTE chronique de Serge Marti dans le Monde supplément Economie du 25 nov. P III . Il cite 4 avancées des FORUMS SOCIAUX « rien de cela n’aurait certainement vu le jour si la société civile ne s’était pas mobilisée… Le mouvement, aujourd’hui protéiforme va se structurer » Il sera même capable de « soigner ses maladies infantiles ». Marti n’est pas un gauchiste ni un exalté.
Faisons l’hypothèse que son analyse est juste. Notre responsabilité est grande s’agissant de faire avancer une autre manière de débattre , d’éduquer, d’instruire, d’aller vers la démocratie participative.
Inspirons nous du judo
pour constituer une force.
1/ Plan méthodologique (application au champ politique)
prenons appui sur le fait que les associations d’Education Populaire, les mouvements pédagogiques ont depuis longtemps inventé, mis au point des techniques mettant leurs membres ou les participants à leurs stages en situation d’acteurs. Chacun de leur côté et d’une manière quelque peu jalouse…la survie ou la renaissance des « vieilles maisons » semblait en dépendre.(1) En conséquence, et compte-tenu de la nouvelle donne (FSE) - qui a déjà permis aux militants de dialoguer- INVITONS toutes ces forces, ces compétences , à s’impliquer en commun vers cet AUTRE MONDE , et a étudier les différentes façons de transposer, dans le débat politique et social des techniques qui se mettraient au service d’un double projet : PROMOTION COLLECTIVE et DEMOCRATIE PARTICIPATIVE..
Indiquons leur que nous avons commencé à quelques un-e-s et que nous leur soumettons nos premières réflexions articulées sur des expériences. Cherchons ensemble à établir des liens internationaux ( de Paulo Freire à Rhabbi ,de Francisco Ferrer à Freinet, de Miguel
Benassayag à Bourdieu, de ...à….)
2/ plan éducatif :
prenons appui sur les travaux de Porto Alegre, des Forums Education, pour faire apparaître les contradictions dans lesquelles se trouvent ceux qui pourfendent, avec nous, le néo-libéralisme, la marchandisation et qui défendent un système éducatif basé sur les VALEURS du libre-échange (compétition, loi du plus fort) et sur la marchandisation du savoir ( travailler pour des notes, des diplômes parce qu’ils sont MONNAYABLES).
Indiquons à nos partenaires que cette opération a fait l’objet du manifeste, « OUI, UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE, ET POUR LE CONSTRUIRE,UNE AUTRE ECOLE EST INDISPENSABLE » dont la diffusion a été interrompue par le 21 avril.. Que sa rédaction pourrait être reprise en commun.
De même, pour le texte en circulation sur la PROMOTION COLLECTIVE.
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RM le 26 NOV. 03
(1)
Les clivages politico-idéologiques , AUJOURD’HUI DEPASSES, pouvaient justifier
le chacun pour soi. Des structures comme le CLIMOPE s’efforçaient sans grande
audience de trouver les dénominateurs communs. Ensemble Changeons l’Ecole a pu
rêver de « fédérer » sur trois thèmes : lancer « un débat
national » : (échec : c’est aujourd’hui la droite qui prétend
s’en charger) multiplier les « établissements pionniers »
(échec : un INRP absent, un CNIRS impuissant, (aujourd’hui une droite
totalement hostile) – exiger une « évaluation indépendante » de
l’institution qui prendrait en compte les dégâts actuels au plan éducatif et
justifierait à la fois l’intérêt des innovations officielles (IDD, TPE) et les
systèmes alternatifs - pionniers, coopératifs – (aujourd’hui inimaginable dans
un climat réactionnaire).