CONTRIBUTION DU RESEAU ETHIQUE ET PEDAGOGIE AU DEBAT SUR L’ECOLE

 

Contribution du Réseau Ethique &Pédagogie au débat sur l'école

 

QUAND L’UTOPIE S’INVITE AU DEBAT…

 

Octobre 2003

 

 

 

 

Le Réseau Ethique et Pédagogie affirme dans son texte de référence (Texte fédérateur pour une école éthique Mai 2000) sa volonté de « changer l’école » tant du point de vue des pratiques pédagogiques que du fonctionnement des établissements et au delà, de l’institution en général.

Une telle volonté anime bien des groupes qui réfléchissent aux questions liées à l’école et l’approche du Réseau Ethique et Pédagogie converge avec celle de groupes amis avec lesquels nous travaillons.  Au sein de ce mouvement qui vise à bâtir une école plus humaine, le Réseau Ethique et Pédagogie a une approche qui lui est propre.

 

Nous savons bien que  l’école, en tant que collectif, ne va pas bien…

Il ne s’agit pas de noircir le tableau mais de reconnaître les malaises et les dysfontionnements très fréquents. Evoquons simplement ces classes traversées par l’ennui, par des tensions diverses allant jusqu’à la violence, ces établissements scolaires-ghettos que les parents d’élèves cherchent à éviter, rappelons le gouffre qui existe la plupart du temps entre les textes officiels et la réalité du terrain, entre les besoins des élèves et la façon dont les enseignants mettent en oeuvre leurs missions,  le temps perdu entre l’émergence d’un problème et l’ébauche d’une solution. Tout cela pour souligner combien il est devenu indispensable de transformer le fonctionnement de ces structures collectives, que ce soit le groupe-classe, l’établissement scolaire ou  l’institution pyramidale qui administre l’ensemble du système.

 

Et si nous regardions du côté des  acteurs… ?

Dans la liste fort longue des raisons qui bloquent un  changement souhaitable et nécessaire, celles qui touchent aux acteurs  nous interpellent particulièrement. Là encore, nous pointons un climat, un état d’esprit qui prévaut trop souvent. On connaît les effets  stérilisants de l’inertie, la frilosité, le conformisme, le manque d’intérêt, la rigidité, quand ce n’est pas le comportement pathologique de tel ou tel acteur. Le mal-être dans l’école est  perceptible à tous niveaux. L’amertume, l’incompréhension, le découragement, le sentiment d’être méprisé sont trop souvent le lot aussi bien d’élèves, de parents, que de membres du personnel. Si l’on veut prendre le problème à la base, il nous paraît qu’il faut s’interroger sur ces acteurs à la fois verrous et moteurs du changement.

 

Entrons dans le problème : si changer l’école c’était d’abord changer les acteurs en profondeur ?

Les problèmes que nous évoquons : climat, malaise, souffrance, ne peuvent être abordés et encore moins résolus, par des changements relatifs aux contenus ou aux méthodes d’apprentissage. La question qui se pose est celle du changement du « moral » des acteurs,  de leurs convictions,  de leur regard sur l’autre. Autrement dit un changement qui touche « la personne » dans sa dimension profonde, au delà des fonctions et des rôles qui caractérisent les différents acteurs.

Autant dire un changement  qui ne se décrète pas, ni pour soi même ni pour l’autre, encore moins. Mais affirmer que ce changement est possible n’est pas irréaliste. Chacun a fait l’expérience de changements parfois importants dans sa propre vie. De même chacun sait qu’il est capable d’opérer, si besoin, de nouveaux changements.

Or, quand « la personne » change, la façon dont l’acteur agit sur le monde change. Les relations qui s’établissent entre les acteurs au sein des groupes changent. L’état d’esprit, le climat  des collectifs change également. Ainsi émerge l’idée que pour changer l’école, il faut d’abord que se réalise  le changement des acteurs, dans la dimension profonde de « la personne ».

 

Mais comment change « la personne »  ?

Le changement de « la personne » procède d’une alchimie subtile et complexe que nous ne prétendons pas connaître mais dont nous pressentons qu’elle mobilise des champs multiples tels que l’identité, les affects,  l’inconscient, les valeurs, de telle sorte qu’à moment donné une configuration nouvelle, le changement, fait sens pour la  personne et s’impose.

Parmi ces champs multiples, le Réseau Ethique et Pédagogie accorde une importance particulière à la question des valeurs et au partage de celles-ci. Nous pensons que le  respect dû à la personne est une valeur essentielle parce qu’elle fonde « l’humain de l’homme ». Nous avons la conviction que le respect change « la personne »  tant soi-même que l’autre. En effet,

respecter l’autre, c’est accepter de se changer soi-même, c’est aussi faire en sorte que l’autre, se sentant reconnu dans sa dignité, change également. Respecter l’autre c’est donc ouvrir  la voie à des  changements profonds.

 

Et si l’on s’appuyait sur le respect de « la personne » pour changer l’école ?

Pour changer l’école, plaçons « la personne au centre », accordons   lui, qu’il s’agisse de l’élève ou de l’adulte, le respect qui lui est dû et découvrons les changements que cette approche induit.  Les acteurs entrent  en effet dans un processus très impliquant où de façon sans cesse renouvelée ils questionnent le quotidien et la façon dont ils agissent. Leur capacité à se remettre en cause, nourrit la démarche. Leur questionnement les amène à dire individuellement et collectivement l’école qu’ils veulent, et les moyens qu’ils se donnent pour la construire ensemble. Alors, et alors seulement,  l’école peut « faire sens » pour eux…

C’est dans le sens partagé que se source l’épanouissement, l’optimisme, l’allant, la motivation, le plaisir, qui manquent si cruellement dans l’école en crise d’aujourd’hui. C’est ce qui fait du respect un  moteur puissant pour un changement  de l’école en profondeur!

 

Alors,  on se prend à rêver d’une école éthique…

Une école où l’institution  fait confiance au terrain, riche de tous les savoirs liés à l’expérience, et  avec lequel elle établit des liens contractuels.

Une école où les acteurs investissent leurs espaces d’autonomie pour trouver par eux-mêmes les réponses les mieux adaptées aux problèmes.

Une école ou la question de l’exemplarité de l’adulte ou du supérieur est une préoccupation constante.

Une école de l’authenticité, bien loin du mépris,  de la langue de bois, ou de la logique du pas de vague.

Une école de la responsabilité où l’infantilisation des acteurs, adultes comme élèves, est bannie.

Une école où prévaut l’idée d’une déontologie professionnelle, ce qui est l’opposé de la faiblesse ou de la démagogie.

Une école qui ouvre des espaces de paroles à différents niveaux  afin que la parole soit accueillie et écoutée et les problèmes exprimés.

Une école où la loi et son application effective ont toute leur place parce que la parole ne peut pas tout résoudre

Une école où l’on cherche  des réponses qui prennent en compte la personne celle de l’élève et celle de l’adulte.

Une école dans laquelle il n’y a ni structure, ni méthode miracle mais la recherche pragmatique et constante de solutions pertinentes.

Une école qui met en musique la diversité, orchestre la complexité.

Une école ouverte au changement et où  se remettre en cause est aussi naturel et bienfaisant que respirer une bouffée d’air frais

Une école plus humaine qui cherche l’épanouissement des élèves et développe la coopération en lieu et place de la compétition.

Une école où les acteurs s’autorisent à questionner le quotidien, réfléchissent par eux-mêmes dans une démarche sans cesse renouvelée.

Une école qui fait sens et apporte sa pierre à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel.

 

Oui, avec le Réseau Ethique et Pédagogie, l’utopie s’invite au débat… Sans complexe. Le XXème siècle n’a pas été tendre avec l’utopie, mais nous sommes au début du troisième millénaire et nous pensons qu’il est grand temps de laisser à l’imagination sociale  sa dimension constitutive de la vie en commun. Vous dites que le quidam triste qui passe hausse les épaules et sourit avec condescendance… ? Dommage pour lui… il ne doit pas savoir qu’au delà des grilles de l’école et des barrières de l’esprit, s’étendent les terres fertiles  de l’utopie des possibles, qu’elles sont passionnantes à explorer. Généreuses et vivifiantes aussi, pour tous ceux qui pensent  qu’il vaut mieux « imaginer le futur que le subir » et aiment s’y aventurer.

 

Aline Peignault 

Réseau Ethique et Pédagogie

Lydiev2000@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

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