4pages

Manifeste pour un débat public sur l’école

 

Crise de l’école ? Un nouveau projet pour l’école du XXIème siècle.

 

Priorité à l’éducation !?

Tout le monde est pour, de même que tout le monde veut mettre fin à l’échec scolaire, faire reculer la violence et les incivilités, permettre à tous les jeunes de sortir du système éducatif avec une qualification etc.

Mais dès qu’on quitte le domaine des généralités, des déclarations de principe, dès qu’on arrive au concret, au comment faire  et à ses détails, le consensus de façade s’effrite. Tout cela nécessiterait des débats approfondis, qui aillent à la racine des choses. Débats difficiles, période électorale ou non, d’autant qu’il n’est pas sûr que les termes en  soient bien posés, lorsque les effets de manche et les déclarations pseudo-lyriques prennent le dessus sur la discussion sur des réalités, et à partir des réalités.

Point de départ obligé : un état des lieux.

Comment va l’école en France ?

D’un côté, on a envie de dire : il n'y a jamais eu autant d'élèves et d'étudiants, ni autant de diplômes délivrés, et dans la majorité des établissements on travaille paisiblement. Mais d’un autre côté, comment ne pas voir que l’école reste, à travers ses dispositifs d’enseignement, d’évaluation et d’orientation, une machine à sélectionner et à reproduire la stratification sociale.

L’échec scolaire persiste et s'enkyste. Il frappe toujours plus fortement les jeunes issus des familles les plus modestes.

Une sélection à l’envers tend même à s’aggraver ; on le voit en comparant  le recrutement des différentes sections de lycée, ou bien celui des classes préparatoires aux grandes écoles avec celui des universités, ou encore, au sein des universités, celui du premier cycle avec celui du troisième cycle.

Assurément, l’école n'est pas responsable de la fracture sociale, mais elle contribue encore trop à la reproduire, voire à la creuser plus encore.

Þ Si l’on veut être fidèle à l’idée d’école républicaine qui donne des chances à tous, il nous faut aller de l’avant et à travers ce débat public que nous appelons de nos vœux, bâtir un nouveau projet pour l’Ecole du XXI ème siècle.

·        Un projet qui rende plus lisible la portée politique de la mission de l’école et de la mission des enseignants.

·        Un projet qui concerne bien sûr les élèves et les étudiants, mais aussi tous les citoyens, et pas seulement comme contribuables.

·        Un projet qui agrège la dynamique militante de tous les acteurs de l’éducation :           

      -    la compétence professionnelle des personnels d'enseignement et d’éducation,         
      -    la capacité d'innovation et d'engagement citoyen des mouvements associatifs, pédagogiques et d’éducation populaire,

     -     le devoir d'interpellation des familles face à la ségrégation sociale et à l'échec scolaire, leur droit à être informées des décisions qui concernent leurs enfants et à être associées à l'élaboration des choix fondamentaux.

Þ Aujourd’hui les questions qui concernent l’école et l’éducation sont, la plupart du temps, confisquées par l’Education Nationale.

Þ L’école doit trouver sa place au sein du débat public.

Þ Tous les citoyens sont concernés par ce débat.  

 

L’école doit à la fois transmettre à tous un socle culturel commun

et

 valoriser les potentialités de chacun .

 

Aujourd’hui, devant l’accroissement exponentiel des connaissances et les nouvelles  missions qui lui sont confiées (maîtrise des nouvelles technologies, éducation juridique, éducation à la santé, apprentissage des langues à l’école primaire...), l’école ne sait pas définir ce qu’il est essentiel d’enseigner pendant la durée de la scolarité obligatoire.

A travers ses dispositifs d’évaluation et d’orientation, elle survalorise un nombre restreint de connaissances et de compétences, qui sont  vides de sens pour un grand nombre d’élèves.

Or, l’humanité,  pour se construire, s’est de tous temps appuyée sur des talents, des connaissances, des savoir faire  divers.

La société de demain aura toujours besoin de cette diversité.

 

Dans la logique actuelle de son fonctionnement, affirmer que l’école s’intéresse au développement de ces diverses intelligences, que toutes les disciplines sont importantes et que tous les savoirs, toutes les compétences jouissent d’une égale dignité, est d’une profonde hypocrisie.

Par exemple :

- les évaluations en CE2 ou en sixième ne portent que sur le français et les maths à l’écrit ; - l’admissibilité du concours d’entrée à l’IUFM ne repose que sur  une épreuve de culture

générale écrite  et un devoir de maths ;

- la technologie est trop souvent considérée comme une sorte d’enseignement de remédiation pour les élèves en échec scolaire…

 

Þ Il faut définir, après une large consultation nationale, les éléments du socle culturel de base que tous les élèves devront avoir acquis à l’issue de la scolarité obligatoire. Les  procédures d’évaluation mises en place tout au long de la scolarité obligatoire doivent être en cohérence avec ce socle culturel de base.

Þ L’école doit s’affirmer également comme un lieu d’identification et de valorisation des diverses formes d’intelligence et permettre à tous de découvrir les domaines dans lesquels il pourra s’engager.

Þ L’enseignement de la technologie doit être développé au collège, et repensé en utilisant les pédagogies actives.

Þ L’interdisciplinarité doit être développée, dans la pratique quotidienne et dans les examens et dans la formation des enseignants. Les travaux personnels associant plusieurs disciplines doivent être développés durant toute la scolarité.

 

Éducation à la paix et à la démocratie

 

Il ne s’agit pas seulement de donner une formation minimale à tous les petits Français et de construire une culture commune durant la scolarité obligatoire.

Il faut aussi, concrètement, amener les citoyens de demain à vouloir résister aux menaces qui pèsent sur la démocratie, il s’agit de lutter contre les dangers de l’exclusion, et de contribuer à faire vivre ensemble des personnes d’origine sociale ou culturelle différente.

 

Þ L’école doit  se définir comme le lieu de construction de la solidarité humaine et  d’apprentissage de la démocratie, et  mettre en cohérence son fonctionnement global et les pratiques des enseignants avec  les principes dont elle se réclame et  les valeurs auxquelles elle se réfère.

Þ La solidarité, l’entraide, la coopération, doivent  se trouver au cœur de la vie des classes, au cœur des situations d’apprentissage,  de la  maternelle à l’Université.

 

Les pratiques pédagogiques ne sont pas neutres

 

Tous les enseignants manifestent le désir de former des citoyens instruits, autonomes, solidaires, responsables, conscients de leurs droits et respectueux de leurs devoirs. Mais comment rendre efficace l’enseignement ?

Les détracteurs de la pédagogie affirment que l’efficacité de l’enseignement dépend quasi exclusivement du niveau de maîtrise disciplinaire du professeur. La pédagogie ne serait qu’une affaire de talent personnel de l’enseignant, un don secondaire qu’il exercerait comme bon lui semble au nom de la « liberté pédagogique ».

 

Il n’est pas question, bien entendu, de contester l’importance tout à fait essentielle de la connaissance de la discipline enseignée,  ni de remettre en cause la liberté de l’enseignant. Mais les travaux en didactique des disciplines et en psychologie cognitive réalisés ces dernières décennies montrent clairement que la façon dont les savoirs sont  transmis conditionne largement leur acquisition.

L’attitude de l’enseignant, le regard qu’il porte sur ses élèves, les encouragements qu’il leur prodigue, le soutien qu’il leur apporte, les responsabilités qu’il leur laisse assumer, le statut qu’il donne à leur parole, les temps d’échange, de confrontation, de questionnement qu’il met en place... sont tout aussi importants que la façon dont il aura  articulé les savoirs présentés.

 

            Þ La  réflexion pédagogique doit être affirmée comme un élément constitutif de l’enseignement et de l’éducation. La formation, initiale et continue, des enseignants  doit accorder autant de place à la dimension professionnelle qu’à la dimension disciplinaire.

            Þ Les mouvements pédagogiques et d’éducation populaire, qui bénéficient d’une riche et longue expérience dans ce domaine,  doivent être associés aux diverses formations.

          Þ La recherche pédagogique doit être fortement développée, et ses acquis mis à la disposition des enseignants.

 

 

Droits de l’enfant et statut d’apprenant

 

De nombreux textes nationaux et internationaux, et en particulier la Convention internationale des droits de l’enfant, définissent  les droits qui doivent être reconnus aux mineurs.

Or force est de constater que le statut d’apprenant, dans l’école française semble conférer à l’élève, quel que soit son âge, un statut d’irresponsabilité. Nombre de circulaires et de dispositifs qui permettent aux mineurs l’exercice de leurs droits (droit d’expression, droit d’information, droit d’association, droit de participation...) ne sont pas mis en œuvre.

 

            Þ L’école française doit placer la problématique des  droits de l’enfant  au cœur de ses pratiques et des projets d’établissement. (Cette question des droits de l’enfant n’étant en fait qu’un élément de la problématique générale des droits de l’homme.)

            Þ Les élèves doivent pouvoir bénéficier, dès la maternelle, d’un réel apprentissage actif de l’exercice de la liberté  et de la responsabilité.

 

Dépasser les blocages et les hypocrisies

 

Þ Le débat sur l’école doit identifier les blocages qui s’opposent à une évolution nécessaire.

Parmi ces blocages :

- la sacralisation d’un système d’évaluation et d’examens contraire à ce qu’a établi la docimologie, différent de ce qui se fait dans un grand nombre de pays développés, qui entraîne des pratiques souvent stériles telles que le redoublement, et ne  prend pas en compte la capacité à réinvestir en dehors du cadre scolaire les connaissances et compétences acquises dans ce cadre.

- la définition du service des enseignants uniquement en terme d’heures de « cours », ce qui marginalise toutes les autres formes d’acquisition des connaissances par les élèves.

-  la focalisation trop courante du débat sur les seuls aspects quantitatifs et sur  l’obtention de moyens supplémentaires,  présentés comme un préalable à tout changement.

 

Þ Le débat doit aussi chercher comment mettre fin à l’hypocrisie qui règne dans certains secteurs du système éducatif, (dans les façons de contourner par exemple la sectorisation ou dans une inégalité dans  les dotations en postes qui privilégie trop souvent les établissements ou les filières déjà privilégiés.)

 

Mais il ne faut pas  se tromper de débat : contrairement à ce que certains croient ou affectent de croire, l’école ne peut pas, à elle seule ni  rapidement,  corriger les effets du chômage, de décennies d’urbanisme ségrégatif, de la médiocrité des media, de l’évolution des mentalités vers toujours plus d’individualisme, de la marchandisation envahissante. 

Mais c’est aussi en pensant à tout cela qu’il est urgent d’ouvrir le débat sur l’école.

 

Jacques George                     Jacky Beillerot          Alain Bérestetsky                  Luc Bérille    

Maurice Charrier                  Gilles Ferry              Claire Héber-Suffrin            Marc Héber-Suffrin

Claude Lelièvre                     Gilbert Longhi          Philippe Meirieu                   Nicole Mosconi

Claude Rebaud                      Dominique Sénore    Georges Vigarello                 Jean-Luc Villeneuve

Jean-François Vincent         Thierry Volk              Jean-Michel Zakhartchouk             

 Ce texte résume les idées proposées dans le Manifeste pour un débat public sur l’école Editions de La Découverte

Vous pouvez dès maintenant participer au débat sur le site forum de discussion

http ://www.occe.net/federation

retour à la page précédente