L’éducation à
l’environnement :
quelques
éléments d’histoire,
par André
GIORDAN,
Professeur à l’Université
de Genève.
L’idée d’environnement
L’intérêt de l’homme pour la Nature est
très ancien. On pourrait citer pêle-mêle des écrivains, des penseurs, des
poètes comme Pline, Saint Augustin, Giordano Bruno, Campanella, Ronsard,
etc.. Dans ce sens, le XVIIIème siècle
fut une époque particulièrement significative, et Rousseau l’un de ses chantres
majeurs... De même, certains dysfonctionnements ont été dénoncés depuis
l’Antiquité. Ce fut le cas de certaines pollutions urbaines ou de nuisances, comme
le bruit ou l’insalubrité dans les cités romaines ou encore les embouteillages
des grandes villes européennes du XVIIème siècle. Toutefois l’idée d’environnement est plus récente, son
émergence ne fut pas immédiate. Deux dates symboliques peuvent être mises en
avant : 1872-1972.
1872, c’est le triomphe de l’industrie
dite moderne. Parallèlement une idée nouvelle, celle de la protection de la
nature, fait son chemin. Elle est symbolisée d’une part par la création du
célèbre Parc National de Yellowstone sur le territoire des Indiens Crow, décrit
comme une merveille de la Nature. D’autre part, elle se concrétise avec la
naissance d’un ensemble d’associations pour “conserver” la faune et la flore
sauvages d’une part, les sites et les monuments d’autre part. Parmi les plus
prestigieuses, citons le Sierra Club et l’Audubon Society aux Etats-Unis, la
National Trust en Grande Bretagne et la Société Zoologique d’Acclimatation en
France.
1972, c’est la première Conférence
internationale sur l’environnement, qui se déroule à Stockholm. Le document
final en 26 points constitue une sorte de complément à la Déclaration des
droits de l’homme. L’article premier proclame notamment : “Tout homme a droit à un environnement de qualité et le devoir de le
protéger pour les générations futures”.
Entre-temps, un siècle, durant lequel
notre Terre a connu le plus formidable développement économique et
démographique, et surtout une exploitation acharnée des ressources matérielles
et énergétiques. En retour, un sentiment se propage parmi les cercles informés
: “ne va-t-on pas trop loin” ? Cette réaction sera largement partagée par le
grand public, à l’occasion de plusieurs chocs que vont populariser les médias :
- 1962, Printemps silencieux, le livre du biologiste Rachel Carlson trace
un sombre tableau de l’environnement gravement pollué par une série de produits
chimiques ; le DDT était alors mis en avant,
- 1967, la marée noire d’un
super-pétrolier, le Torrey Canyon, montre concrètement les périls qui guettent
les mers et les rivages, d’autres naufrages par la suite renforceront cette
première impression;
- 1965-1968, l’émergence progressive de
ce qui deviendra le scandale de Minimata -en date d’ailleurs de 1953- ; cette
affaire apporte la preuve du “black-out” par
des industriels et des décideurs sur ce qui peut menacer les hommes.
Il faut également mentionner, dès les
années 60, de vastes mouvements contre l’arme atomique dans de nombreux pays.
Cette mise en place de l’idée
d’environnement sera renforcée dès 1973 avec le choc pétrolier qui entraîne la
prise de conscience du gaspillage dans toutes les couches de la population. Le
rapport “Halte à la croissance” du Club de Rome va dans le même sens. La même
année encore, l’essai de l’Américain Schumacher Small is beautiful apporte une
nouvelle vision du monde (le livre est traduit en français en 1978).
LES DEBUTS DU
MOUVEMENT ECOLOGISTE
Avec l'idée d’environnement “en tête”, le commandant Cousteau, Paul
Emile Victor ou encore Edouard Goldsmith se font les porte-parole et popularisent
les recherches de nombreuses personnes et associations travaillant sur le
terrain, comme des moines birmans ou
Chico Mendes en Amazonie . Les premières actions de Greenpeace sur les baleines
démarrent et Franz Weber, accompagné de Brigitte Bardot, lance sa première
campagne pour sauver les bébés-phoques.
Des associations locales se mettent en place, relayées par
les journaux de proximité. Tous tirent la sonnette d'alarme sur un ensemble de
problèmes à la fois globaux ou locaux. La plupart des grands thèmes actuels de
l'écologie sont déjà mis en avant :
- l'épuisement des ressources et les grandes pollutions planétaires,
- la déforestation,
- la réduction de la biodiversité,
- la mauvaise qualité de l’eau et de l’air,
- le danger nucléaire,
- les pluies acides, ...[1]
Ces thèmes rassembleurs prennent de la consistance sur le
plan local où ils font l’objet d’actions militantes, parfois violentes :
grandes «manifs» du Larzac dès 1974 contre l’occupation d’un espace par
l’armée, premières manifestations
antinucléaires à Malville dès
1977, à Fessenheim et à Bugey, manifestations contre des constructions de
barrages, de routes, grandes manifestations en Allemagne et ailleurs; certaines
actions aboutissent, comme l’occupation du site de Kaiseraugst près de Bâle, en
Suisse, par 40 associations pendant une
année; la centrale nucléaire ne sera jamais construite.
Un
mouvement de pensée et d’action se crée ainsi en ce début des années 70, il
provient de la convergence entre plusieurs courants:
- les protecteurs de la nature et du cadre de vie, les
“anciens” plutôt naturalistes ou adeptes des “belles pierres”,
- les multiples
mouvements de contestation des années ‘60-’70, aux Etats-Unis, en Hollande (les
provos), en Allemagne, en France après 68 et en Tchécoslovaquie,
- les adeptes de la vie «naturelle» (retour à la terre,
alimentation biologique, médecines douces, etc.) dont les racines idéologiques
plongent parfois du côté de l`extrême-droite.
La
contestation antinucléaire va agir comme catalyseur en réunissant ces groupes
disparates au sein d`un même mouvement : l'écologie.
Celle-ci se situe alors en rupture radicale par rapport à la société.
L'opinion
marque un intérêt grandissant pour
l'environnement, sans toutefois être convaincue par les propositions des
écologistes, souvent considérés comme farfelus et excessifs. Le succès des
listes vertes aux municipales est très limité et très éphémère.
Dès
le milieu des années 70 et plus encore au début des années 80, la crise
économique relègue au second plan les préoccupations d'environnement. Les
associations écologistes perdent une grande partie de leurs adhérents et les
partis verts, l’essentiel de leurs électeurs.
En
réalité, cette période de recul est en fait une phase d'incubation. Une multiplication
des catastrophes (marée noire de
l’Amoco-Cadiz en 1978, accidents de Bhopal en 1984 et de Tchernobyl en 1986)
et la montée des problèmes (pluies acides, couche d'ozone, effet de serre,
développement de la démographie et même les nouvelles épidémies, etc.)
perturbent durablement l’opinion publique et affinent la réflexion.
Pendant
ce temps, la persistance de ce qu’on nomme “la crise” fait perdre confiance en
un progrès sans limite. L'opinion prend conscience que les problèmes soulevés
par les écologistes sont bien réels. C’est durant cette période que se mettent
en place les premières actions éducatives.
le retour
en force et l'institutionnalisation
Début
1988, l'hebdomadaire Time fait sa
couverture sur la Terre dénommée : “planète de l'année”. L'intérêt de l'opinion
pour l'environnement et les scores verts remontent en flèche. A première vue,
rien n’a vraiment changé depuis : on peut seulement constater une pléthore de
manifestations et de colloques et de trop rares mesures. Pourtant quand on y
regarde de plus près, tant les mouvements écologistes que la perception des
problèmes d'environnement par le grand public se sont radicalement transformés
au fil du temps.
Au
niveau international, les préoccupations écologistes sont synthétisées en 1987
dans un rapport intitulé Notre avenir à
tous. Préparé par la Commission dite « Brundtland », du nom de
Madame Gro Harlem Brundtland, premier ministre norvégien qui l’a présidée, il
consacre le terme de "Sustainable Development", déjà proposé par l’UICN
(Union internationale pour la conservation de la Nature) en 1980 dans son
rapport sur la Stratégie Mondiale de la Conservation. Sa traduction est
français, développement durable est très réductrice.
Quelques
accords internationaux sont signés sur l'ozone, le climat, la biodiversité
ainsi que le traité de l’Antarctique. C’est aussi à cette époque que Willy
Brandt sort son premier Rapport Nord-Sud.
Dans les supermarchés, on voit apparaître les «produits verts»: lessives sans
phosphates, aérosols qui «protègent la couche d'ozone ». Les entreprises
s'ouvrent de plus en plus à l'écologie, surtout quand elles espèrent y gagner
de l'argent ou qu'elles risquent d'en perdre[2] !
Le
développement durable (DD) sera
consacré par 182 Etats lors de la Conférence des Nations Unies sur
l'Environnement et le Développement
CNUED, ou Sommet de la planète Terre en 1992 à Rio de Janeiro. "Le
DD satisfait les besoins des générations présentes sans compromettre la
possibilité pour les générations à venir de satisfaire leurs propres
besoins ». Les principaux
maux seraient :
- l'érosion de la biodiversité et la dégradation des
écosystèmes ;
- l'excès de consommation de biomasse ;
- la question de la pérennité de la couche protectrice
d'ozone ;
- la dégradation des sols ;
- l'effet de serre ;
- le problème de la disponibilité de l'eau.
Sont incriminés : les modes de consommation et de
production non viables. Les 173 Etats participant sont alors amenés à s'engager
sur cinq textes plus ou moins contraignants :
- la Déclaration de Rio sur l'environnement et le
développement ;
- la Convention sur les changements climatiques ;
- la Convention sur la biodiversité ;
- la Déclaration des principes relatifs aux forêts ;
- l'Agenda 21 générique aussi appelé Action 21.
Si les conventions sur les climats, la biodiversité et
les forêts correspondent à une volonté de connaissance et de protection des
milieux naturels, les deux autres engagements montrent l'interdépendance qui
unit l'économie, le social et l'environnement. Il faut déterminer une harmonie,
un équilibre dynamique entre les trois sommets de ce triangle vertueux.
Le triangle
magique de l’EDD
![]() |
L’Agenda 21 produit par le sommet de la planète Terre en
1992 à Rio de Janeiro met l’accent sur nombre d’aspects. Il insiste
notamment :
- sur nombre de précautions en matière d’environnement
avec une intégration de la protection de l'environnement comme partie
intégrante du processus de développement (p 4), Il convient de développer les
études d'impact (p 17) et toutes mesures qui, sans constituer de barrières
injustifiées au commerce (p 12) développent la responsabilité de ceux qui
causent des dommages (p13) tout en évitant le transfert d'activités polluantes
(p14) ;
- la Responsabilité et solidarité internationale: la protection
de l’environnement et la lutte contre la pauvreté concernent tous les pays (p
6) selon des responsabilités communes mais différenciées (p 7) .
- La coopération entre les Etats basée sur la bonne foi (p
27) sans nuire aux autres Etats (p 2), qu’il convient d’avertir de toute
catastrophe (p 18) ou activités dangereuses pouvant les affecter (p 19), sans
remettre en cause le droit souverain de chaque Nation à exploiter ses
ressources ;
- le principe du Pollueur-Payeur permettant d’internaliser
les coûts environnementaux (p 16).
- la participation pour une nouvelle gouvernance :
l’implication des citoyens dans les décisions est indispensable (p 10) dans le
cadre de mesures législatives efficaces (p 11) . Les groupes majeurs ont un
rôle particulier à jouer : les femmes (p 20), les jeunes (p 21), les
communautés locales et autochtones (p 22).
La déclaration de Rio s’attache enfin à anticiper sur les risques liés aux conflits
: la paix, le développement et la protection de l'environnement sont interdépendants
et indissociables (p 25), les règles d'environnement doivent être respectées en
temps de guerre (p 24) et pour les populations occupées ou opprimées (p 23).
Cette montée en puissance de l'écologie à la fois dans les instances politiques et les entreprises, se heurte cependant à des limites. En France, on observe dans les années 90 un certain désintérêt de l'opinion. Une situation sans doute due à la récession, à une overdose médiatique sur l'environnement au début des années 90, aux bisbilles des divers courants écologistes, mais aussi à l'idée selon laquelle, grâce aux mesures prises, les problèmes sont en partie résolus. Une impression hélas fausse : si des engagements ont été obtenus, reste à les concrétiser.
LES DEBUTS DE l’Education pour l’Environnement
Il faut attendre 1974 pour que
l’UNESCO, en liaison avec le PNUE (Programme des Nations Unies pour
l’Environnement), tente d’impulser une
éducation relative à l’environnement.. Le point de départ officiel est la
conférence de Belgrade (1975), suivie deux ans plus tard par la conférence
intergouvernementale de Tbilissi.
A la suite, ces institutions patronnent
une série de recherches pilotes, dont la recherche INRP-UNESCO-PNUE (1976 à
1980) coordonnée par André Giordan en France[3]. Dans le même temps, elles créent la première collection de
documents pour la formation des enseignants : Série documentation environnementale dont un grand nombre de
numéros sont réalisés par Christian Souchon (Université Paris VII). Toujours à
Paris VII, Christian Souchon met en place le premier enseignement universitaire
et fait soutenir les premières thèses.
Pour soutenir et enrichir leur action,
ces deux organisations mettent en place une suite de conférences régionales
ainsi que la conférence intergouvernementale de Moscou (1987) qui reste sans
doute le point d’orgue de cette phase institutionnelle. Toujours en Europe, la
Commission européenne et le Conseil de l’Europe patronnent tour à tour un
réseau d’écoles pilotes.
Toutes ces initiatives jouent un rôle
moteur sur un plan institutionnel en sensibilisant les décideurs. Des
commissions de réflexion sur l’EE sont mises en place dans chaque pays.
Quelques programmes ou curriculums sont réorientés, comme dans les Pays
scandinaves ou en Suisse romande ; des recommandations sont insufflées,
notamment en France, Espagne et Italie.
Sur le plan de la généralisation dans
les écoles, elles n’auront pas beaucoup de suite. L’essentiel des actions
réalisées reste l’affaire de quelques enseignants ou d’animateurs qui se
mobilisent dans leurs propres classes[4]. Souvent naturalistes, humanistes ou militants écologistes,
ces enseignants jouent un rôle non négligeable dans la mise en place de cette
éducation, malgré leur isolement et quelques maladresses. Caractérisé par un
“bon vouloir” écologique, celui-ci masque souvent une absence de méthodes
pédagogiques, tant pour aborder les problèmes que pour les solutionner. Il en
résulte beaucoup de spontanéisme dans les changements souhaités, dans le même
temps qu’ils perpétuent beaucoup d’illusions.
Certains vont cependant se regrouper de
façon autonome en créant des associations qui vont jouer un rôle de
démultiplicateur, en fournissant des idées et des données. Parmi les plus
actives, on peut noter le réseau Ecole et Nature en France et le réseau IDEES
en Belgique.
Parfois, des ateliers, des projets
soutenus par l’administration de l’Education Nationale sont menés à terme avec
un certain succès. En France, ce fut le cas pour nombre de PAE (projets
d’action éducative) à la fin des années quatre-vingt ou des opérations type Mille défis à la suite. De nombreuses
administrations nationales ou régionales, des entreprises privées et publiques prennent alors conscience de
l’importance du mouvement. Elles promeuvent une documentation importante, notamment
à l’intention des écoles. Toutefois cette documentation n’apparaît pas toujours
pertinente sur le plan de la prise de conscience des problèmes comme le
démontre un ensemble d’évaluations. Très souvent, l’information reste
publicitaire, elle constitue une sorte de “faire-valoir” de l’entreprise ou des
élus. Quand elle cherche à informer, elle demeure fréquemment illisible ou
incompréhensible.
L’Agenda 21 et l’éducation
Le chapitre 36 de l'Agenda 21 est consacré tout
particulièrement à l'éducation et trace les grands principes de celle-ci :
«
L'éducation, y compris l'enseignement de type scolaire, la sensibilisation du
public et la formation, doit être considérée comme un processus permettant aux
êtres humains et aux sociétés de réaliser leur plein potentiel. L'éducation
revêt une importance critique pour ce qui est de promouvoir un DD et
d'améliorer la capacité des individus de s'attaquer aux problèmes
d'environnement et de développement. L'éducation de base constitue le fondement
de toute éducation en matière d'environnement et de développement, mais cette
dernière doit être incorporée en tant qu'élément essentiel de l'instruction.
L'éducation, de type scolaire ou non, est indispensable pour modifier les
attitudes de façon que les populations aient la capacité d'évaluer les
problèmes de DD et de s'y attaquer. Elle est essentielle aussi pour susciter
une conscience des questions écologiques et éthiques, ainsi que des valeurs et
des attitudes, des compétences et un comportement compatibles avec le DD, et
pour assurer une participation effective du public aux prises de décisions.
Pour être efficace, l'enseignement relatif à l'environnement et au
développement doit porter sur la dynamique de l'environnement
physique/biologique et socio-économique ainsi que sur celle du développement
humain (y compris, le cas échéant, le développement spirituel), être intégré à
toutes les disciplines et employer des méthodes classiques et non classiques et
des moyens efficaces de communication.»
Cette éducation de base, passe par l'intégration de
l'éducation écologique et du développement social, économique et spirituel au
programme des écoles primaires et secondaires, mais aussi par des programmes
d'éducation et de sensibilisation du public. En effet, l'information du public
et sa participation présupposent une éducation de sa part.
Les chapitres concernés à l'éducation sont : la santé
(chap. 6), la démographie (chap. 5), la désertification (chap. 12), le
développement rural (chap. 14) et la pauvreté (chap. 03).
Certains de ces thèmes concernent en priorité les pays
du Sud, mais d'autres doivent être développés dans les pays du Nord : pour
adopter des modes de consommation qualifiés de rationnels, mais qu'il faut
appeler viables ou durables.
Des structures d’information ou des
lieux d’accueil pour des activités environnementales sont mis en place dans le
prolongement de l’école. En France, ce fut le cas des CPIE (Centre permanent
d’initiation à l’environnement). Ces structures sont “porteuses” de
potentialités tant en ressources humaines (proposition d’animateurs) que
matérielles (hébergement et laboratoires). Mais leur nombre reste insuffisant
par rapport aux demandes. Dans le même temps, elles manquent de moyens et leur
personnel reste encore insuffisamment formé.
Avec la montée en puissance du
développement durable, l’EDD (Education pour le développement durable) se met
en place, toutefois avec beaucoup de difficultés. Les conditions matérielles de
l’école ne le favorisent pas : l’emploi du temps demeure le plus souvent
fractionné et les programmes disciplinaires. L’obstacle est le plus souvent
épistémologique, les enseignants ou les animateurs de part leur formation ont
d’énormes difficultés à tisser les aspects environnementaux, sociaux et
économiques.
La plupart ne maîtrise pas l’analyse
systémique ou la pragmatique. Les aspects éthiques de même sont souvent évacués
car jugés souvent trop risqués. Il en résulte très souvent que sous le nouveau
vocable se perpétue des approches naturalistes ou géographiques dans une option
de conservation de la nature et du patrimoine. Les quelques approches
novatrices portent :
-
les questions
planétaires, type effet de serre ou trou de l’ozone,
-
sur l’approche
d’écobilans (jus d’orange, piles, ampoule électrique,..)
-
la consommation
équitable et
-
l’économie solidaire
notamment avec les pays du Tiers-Monde.
Le point le plus marquant de ces
dernières années en matière d’EE puis d’EDD est la mise en place de réseaux
pour le développement et la qualité de l’éducation à l’environnement. Il existe
des réseaux à différents niveaux, reliés (ou non) entre eux. Le niveau de base
est local ; au minimum, il consiste en une collaboration entre une école et une
municipalité, pour réaliser ensemble un projet d’environnement qui comporte
nécessairement une phase pratique et une phase de communication.
L’échelon
suivant est régional ; il peut comprendre, outre des écoles primaires et
secondaires, une réserve ou un centre nature, le gouvernement régional, des
associations... ce fut le cas du projet du Laboratorio didattico sull’ambiente
di Pracatinat : “Rete di servizi sull’educazione ambientale”. Ce réseau
regroupe plusieurs localités, en collaboration avec l’IRRSAE-Piemonte, et se
constitue de groupes de travail; ses activités impliquent plusieurs centaines
d’enseignants chaque année. Le niveau régional est aussi celui où interviennent
les IRRSAE (Istituto Regionale di Ricerca Sperimentazione e Aggiornamento
Educativi) qui sont responsables de la formation continue et de la recherche
éducative. Ils contribuent au développement de l’EE par la fourniture de
documents pédagogiques et ainsi constituent des références pour les enseignants[5] .
En France, le
projet LABNET (réseau expérimental de soutien aux activités d’environnement),
associé à PLANET (prototype de réseau de laboratoires), se proposa de
constituer la coordination globale des réseaux régionaux, c’est donc un réseau
de réseaux. En Grande-Bretagne, le Council for Environmental Education a
coordonné des actions en Education pour l’Environnement dans les écoles, tout
en collaborant avec autant d’autorités locales, des départements
gouvernementaux et des industries. En Allemagne, le Centre d’Education à
l’Environnement (ZUE) de l’Université d’Essen partage la collecte et la
redistribution des documents avec l’Institut de Pédagogie des Sciences
naturelles de l’Université de Kiel et le Ministère fédéral de l’Environnement.
Mais les
réseaux ne se constituent pas seulement selon une hiérarchie administrative.
Ils peuvent relier à distance des écoles concernées par un problème
d’environnement commun; ainsi, c’est la menace de la pollution marine qui créa
le lien et la motivation de “Baltic Sea Project”, qui regroupa des associations de Suède, de Finlande et du
Danemark) tandis que l’étude pilote CADISPA intéresse les régions peu peuplées.
Des réseaux purent aussi jumeler des écoles, comme The Hertfordshire and
Norvegian Schools project, issu de préoccupations norvégiennes envers les
pluies acides, bientôt partagées en Angleterre.
La formation
des intervenants fut une autre occasion de constituer des réseaux : RIF en
Europe du Nord offre une formation continue pour les enseignants; ITEE, dans
plusieurs pays de la Communauté européenne s’occupe de la formation initiale
des enseignants. Ecole et Nature en France (relayé sur le plan régional par les
GRAINES) et IDée (Belgique) créent des liens entre animateurs nature et écoles
francophones. Le projet OCDE/ENSI est le plus largement diffusé; dans chaque
pays participant, des enseignants animent des projets, les résultats sont
collectés, analysés et diffusés par un groupe d’experts, avec l’objectif d’en
préciser les conditions de développement et de les soutenir par une
coordination et un réseau.
Enfin il faut
signaler de multiples rassemblements de chercheurs, d’innovateurs ou
d’enseignants, Ce fut d’abord le cas avec les Journées internationales CECSI
de Chamonix (1986 , 1991, 1997), l’université d’été européenne de Toulouse
(1904) puis des éditions successives de Planet'ErE (Québec en 97, France en
2001, Burkina-Faso en 2005)[6]
et les Congrès Mondiaux sur l’Education à
l’Environnement (WEEC) qui se sont tenus successivement à Rio (2004) et
à Turin (2005).
30 ANS APRES…
Education par l’Environnement, Education relative à l’Environnement, Education
pour l’Environnement ou Education pour le développement durable.. Approches
sensible, manuelle, intellectuelle ou méta-cognitive... Investigations sur le
patrimoine, les milieux protégés ou les milieux urbains,.. Depuis 30 ans, les
actions d’éducation ou de médiation ont donc foisonné dans la biosphère. Même,
les Etats-Unis avec Bush, non signataire du protocole de Kyoto, la Chine, le
premier pollueur actuel, et toutes les multinationales dont Total disent
promouvoir des initiatives en faveur de l’environnement !...
Malgré les travaux des scientifiques, le dévouement des militants,
les mesures prises par certains Etats, la percée du «fait écologique» dans
l'opinion surtout par le biais des médias, l’environnement continue de se
dégrader irrémédiablement. Cette détérioration est aggravée par la
mondialisation de l’économie et les déséquilibres grandissants entre les pays
riches et les pays pauvres. L’absence de volonté politique de mettre en place
des régulations planétaires n’est pas pour faciliter.
Bien sûr, pas
question de se lamenter… Et «ce n’est pas parce qu’on est convaincu»
comme disait Scott Fitzgerald « que les
choses sont sans espoir qu’il faut renoncer à vouloir changer les choses. »
Toutefois, si l’on veut peser en tant qu’acteur de l’EE ou de le EDD, ne faudrait-il
pas devenir plus sérieux. Oui ! Plus sérieux… Trop d’opérations
d’éducation, de médiation sont faites avec enthousiasme certes, mais avec
beaucoup d’illusions. Les évaluations entreprises, quand elles le sont, les
montrent très limitées dans leurs impacts.
L’Education à l’environnement (EE) et l’éducation au développement
durable (EDD) restent à la croisée des chemins. Vivement souhaitées, tout
paraît en perpétuel recommencement... De telles éducations sont confrontées à
un double défi. D'une part, concevoir des approches ainsi qu'une organisation
qui tiennent compte de la complexification croissante due à l'imbrication des
problèmes. D'autre part, elles se doivent d’accroître leur pertinence en
ciblant mieux leurs destinataires. Il ne s’agit donc plus seulement
d’entreprendre des actions, il est surtout nécessaire de mieux les penser et de
se donner les ressources et les outils pour un «partage éducatif» optimal,
notamment par le biais de processus d’évaluation et de mutualisation. Mais en
parallèle faudrait-il s’interroger sur les réseaux, l’histoire, la formation
des acteurs ou l’indigence de la recherche.
Les
réseaux IDEE, Ecole et Nature et Planet’ErE pour ne citer qu’eux ont le grand
mérite d’exister. Ils permettent la rencontre, la diffusion et le partage.
C’est beaucoup d’efforts et d’énergie pour ceux qui les font vivre au quotidien
qu’il faut reconnaître et saluer. Mais pourquoi ne sont-ils pas devenus des
forces écoutées ? Plusieurs dysfonctionnements sont à clarifier. Les acteurs de
l’EE ou de l’EDD, comme souvent les écolos, restent engoncés dans des chapelles
inconciliables. Trop d’énergies «non renouvelables» (!) sont dispersées en
interne sur des détails, comme le vocabulaire («à», «de», «pour»,
«relative»… ; «durable», «soutenable», «renouvelable»,.. pour ne prendre
que les plus permanents !). Des oppositions stériles de territoires ou
d’approches se perpétuent alors qu’elles sont à mettre en tension. Et cela au
dépends du pragmatisme et de la créativité.
L’EE
ou l’EDD, d’ailleurs pourquoi toujours ces deux vocables ?… n’ont pas
atteint le stade de l’Histoire. Leurs acteurs réinventent en permanence la roue
ou l’eau tiède, c’est selon ! Dans les rencontres, les colloques, est
présentée avec enthousiasme certes, mais avec un manque de curiosité, la nième
innovation sur le recyclage des déchets, la petite rivière et le sauvetage de
l’espèce du coin, sans tenir compte des expériences passées, sans un retour
pour dépasser les obstacles récurrents.
La formation des personnels, enseignants et animateurs, chargés
d’animer cette évolution est trop limitée. Sans eux, aucune évolution n’est
possible, les meilleurs programmes d'études et les meilleures structures ne
peuvent avoir les effets désirés, si ceux qui en ont la charge ne se sont pas
appropriés les priorités, s'ils ne maîtrisent pas les publics, …
Enfin
la recherche, ou simplement la réflexion stagne, pour des raisons économiques
certes, mais pas seulement. Le mouvement de l’EE ou l’EDD n’a toujours pas pris
conscience ou trop peu de l’importance de la «veille et de l’émergence
cognitive». Les obstacles sont dans les têtes, les façons de pensée habituelles
ne sont pas suffisamment interpellées. Beaucoup de solutions évidentes se sont
révélées pire que les problèmes qu’elles prétendaient traiter. La «bonne
conscience» préside à l’action. Une interrogation au quotidien sur nos
paradigmes, nos valeurs, ce qu’elles drainent, portent ou empêchent serait un
optimum. De même, nombre de «savoirs émergents» sur le travail en réseau, le
dépassement des conflits par le haut, l’identité et le vivre dans la
différence, seraient profitables.
[1] Durant
cette période, on observe également la création de ministères de l'Environnement
dans les divers pays européens. Le Rapport du Club de Rome sur les limites de
la croissance va jouer également un rôle de moteur pour s’interroger sur le
développement. On constate également un premier engouement pour l'énergie solaire et l'agriculture
biologique, pas toujours suivi d’effets persistants...
[2]
Le naufrage du Valdo-Vasquez en 1989
et les indemnités d'un milliard de dollars versées par Exxon ont sensibilisé
les analystes financiers aux coûts de l'irresponsabilité écologique.
[3]
La recherche INRP-UNESCO-PNUE est la première grande entreprise d’Education
mise en place sur le plan international. Elle a concerné plus de 2000 élèves de
25 écoles primaires et secondaires. Ce travail a duré 4 ans, plus de 30 thèmes
différents ont été traités. Elle mit en avant les points suivants :
- partir de problèmes
vécus par l’apprenant (comme l’aménagement d’un espace, une pollution, une
nuisance, ..)
- développer des
investigations multiples telles que des enquêtes, des analyses systémiques, des
simulations,..,
- développer un
projet qui débouche sur des activités concrètes, exemples :
* expositions pour informer les
autres élèves/les parents,
* interventions auprès des
autorités locales,
* réalisation de matériel à
partir de produits de récupération,
* activités réelles telles que
contre-projet d’autoroute ou aménagement en relation avec la municipalité.
Elle est à l’origine
de divers outils pour la formation des enseignants ou des animateurs sur le
plan international ; elle a également servi de point de départ pour préparer la
Conférence de Tbilissi et pour rédiger les premières circulaires ministérielles
en France.
[4]
Dans tous les pays européens, il est possible de recenser des centaines
d’enseignants qui pratiquent des cours d’EE. Parti des pays nordiques et
anglo-saxons, ce mouvement se répand dans l’Europe latine et la Grèce. Les
thèmes les plus fréquents sont les problèmes généraux de l’environnement,
suivis par la nature (forêt, montagne, milieux aquatiques, faune), sa
conservation (parcs nationaux, protection des animaux, oiseaux...), son
exploitation (agriculture), la pollution (air, ozone), la gestion de
l’environnement urbain (les déchets), etc.
[5]
A l’échelon régional, parmi les réseaux pionniers, on remarqua ALDEA, le
programme d’éducation à l’environnement du gouvernement d’Andalousie; le Centre
d’éducation et d’investigation en didactique de l’environnement du gouvernement
Basque, le Réseau Education Nature de la FRAPNA-Isère, les programmes des
Länder allemands, dirigés par les ministères de la Culture, et bien d’autres.
[6]
Pour en savoir plus sur Planet'ErE : www.planetere.org et www.planetere3.bf