A PROPOS DES MESSAGES OFFICIELS DE L’EDUCATION NATIONALE

A PROPOS DES MESSAGES OFFICIELS DE L’EDUCATION NATIONALE

AUTOUR DE L’EEDD

 

                                                                                                Yannick Bruxelle

                                                                                              21 septembre 2004

 

 

 

Un regard sur la naissance de l’EEDD

par une attention portée aux contenus des textes et au choix des « mots ».

 

En à peine deux années le vocable « EEDD » est né avec semble-t-il une grande ambition sociale : celle de se développer pour tous et partout et notamment dans le monde scolaire.


A l’Education Nationale, une circulaire « EEDD » remplace, 27 ans après, une circulaire « EE ».

De quoi développer des curiosités, une envie de comprendre.

D’où un regard attentif sur le fond et la forme des messages officiels émis par l’institution.

 

Ce travail s’appuie essentiellement sur une comparaison de deux textes le second venant officiellement remplacer le premier :

-         la circulaire n°77-300 du 29 août 1977

-         la circulaire n°2004-110 du 8 juillet 2004 (parue au B.O. n°28 du 15 juillet 2004 ; http://www.education.gouv.fr/bo/2004/28 ):

 

mais aussi  sur d’autres documents tels que :

-         la circulaire n°2004-015 du 27 janvier 2004 (dite circulaire de rentrée), parue au B.O  du 5 février 2004

-         le bilan national des expérimentations menées dans 10 académies en 2003-2004 ; http://www.eduscol.education.fr/D0173/bilan_eedd_30juillet04.pdf

-         des textes sur le site du ministère « Eduscol » ; http://www.eduscol.education.fr/eedd )

 

et est éclairé par quelques textes intermédiaires ou préparatoires diffusés seulement en interne

 

Des affichages différents :

 

-         la circulaire de 1977 intitulée : « Instruction générale sur l’éducation des élèves en matière d’environnement » a été signée par le ministre de l’éducation René Haby.

-         la circulaire de 2004 s’intitule : « Instructions pédagogiques » (c’est ce qui apparaît au sommaire du B.O., le sous-titre étant « Généralisation d’une éducation à l’environnement pour un développement durable (EEDD) - Rentrée 2004 ») ; elle est signée par délégation par Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l’enseignement scolaire pour le ministre de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche (dont le nom n’est pas mentionné).

 

Des justifications différentes  du rôle de l’école:

 

-         En 1977 : « A une époque où la dégradation de son milieu de vie pose à l’homme des problèmes de choix déterminants pour son avenir, une éducation en matière d’environnement s’impose de toute évidence. Cette éducation répond par ailleurs au besoin généralement rencontré chez l’enfant et l’adolescent de comprendre la nature et le monde qui les entourentAinsi est-il apparu indispensable que l’école apporte aux élèves /…/ une formation /…/.»

-         En janvier 2004 : « Le futur citoyen doit avoir conscience, dès le plus jeune âge, qu’il est acteur du développement durable : il doit donc être informé et formé comme le prévoit le projet de charte de l’environnement et la stratégie nationale du développement durable »

-         En juillet 2004 : « (la présente circulaire) s’inscrit dans la stratégie nationale en faveur du développement durable, adoptée par le gouvernement en juin 2003, qui souligne le rôle déterminant du système éducatif. La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit sans catastrophisme mais avec lucidité, les aider à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci ainsi qu’au développement d’une solidarité mondiale. Selon le souhait du Président de la République, la Charte de l’environnement intégrée à la Constitution française aux côtés des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et des droits économiques et sociaux de 1946 implique la responsabilité de tous ; c’est pourquoi ‘‘l’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs’’ définis par la Charte (art.8). »

 

 

Des hésitations :

 

-         L’évolution des termes

 

·               le basculement du « vers » vers le « pour », tout en conservant le sigle EEDD.

. Circulaire de rentrée 2004 publiée en février 2004 : « La mise en œuvre d’une éducation à l’environnement vers un développement durable doit être généralisée à la rentrée 2004 dans les écoles, les collèges, les lycées »

. Circulaire de juillet 2004 : « L’éducation à l’environnement pour un développement durable est généralisée dès la rentrée 2004 » (dans le texte préparatoire diffusé en interne dès mars 2004 comme dans tous les documents liés à l’expérimentation on utilisait le « vers » qui était le résultat d’une discussion en comité national) 

·               des formulations qui se cherchent

Une éducation « à l’environnement » (circulaire de 1977), une  éducation  « à l’environnement et au DD » (rapport des IGEN, 2003), « vers un DD » (année d’expérimentation jusqu’en juin 2004), « pour un DD » (circulaire de juillet 2004), ou encore « au DD ».

Mais aussi : une « sensibilisation cohérente et progressive à l’environnement pour un DD » (communiqué de presse du ministère, 13 juillet 2004), un « enseignement de l’EEDD» (dans le communiqué de presse, site de l’académie de Poitiers) 

 

-         Des horaires attribués ou pas.

 

. Pendant toute la période de l’expérimentation et dans le texte préparatoire de la circulaire (diffusé en interne dès mars 2004) : « les élèves bénéficieront d’une EE vers un DD qui leur assurera une formation progressive d’au moins 60 heures au cours de leur cursus scolaire : 30 heures à l’école, 20 heures au collège et 10 heures au lycée. »

. Circulaire de juillet : « les élèves bénéficieront d’une EE pour un DD qui leur assurera une formation progressive tout au long de leur cursus scolaire »

 

-         Des liens plus ou moins établis ou visibles

 

. La circulaire n° 2004-86 du 25/05/2004, parue au B.O. n°22, intitulée « Actions éducatives – Actions éducatives à caractère scientifique et technique et ateliers scientifiques et techniques », présentée comme une « actualisation de la circulaire de 2001 », ne cite pas la généralisation de l’EEDD parmi les « grandes orientations en cours faisant référence à l’actualité du moment ». Pourtant sur le terrain un fort pourcentage des ateliers scientifiques et techniques porte sur des sujets environnementaux et la circulaire EEDD de juillet 2004 dit « La pratique des partenariats a été largement développée dans le cadre des actions culturelles et éducatives (notamment les ateliers de culture scientifique et technique). Il conviendra donc de s’en inspirer. »

 

. Une note de service, n° 2004-097, signée le 19/05/2004 et parue au B.O. n°25 du 24/06/04, intitulée « Education au développement et à la solidarité internationale » fait apparaître le développement durable comme l’un des cinq thèmes à développer : « Les questions d’environnement et plus généralement de développement durable ont partie liée avec les domaines ouverts par l’éducation à l’environnement vers un développement durable qui intègre pleinement, par le regard porté au niveau national, européen ou international, les valeurs associées à un développement solidaire. ». Il est même fait référence au cœur du texte à la circulaire sur l’EEDD en cours de publication ; on aurait donc là un lien clairement établi.

 

Une constante : il ne s’agit pas d’une nouvelle discipline.

 

. Circulaire de 1977 : « L’environnement ne peut en aucun cas constituer une nouvelle discipline. Il doit ‘imprégner’ l’enseignement dans son ensemble. Toutes les disciplines apporteront leur contribution à cette action éducative. »

. Circulaire de janvier 2004 : « Il ne s’agit en aucun cas de créer une nouvelle discipline mais d’ancrer cette préoccupation sur les programmes, de s’appuyer sur les dispositifs pluridisciplinaires et sur les actions éducatives conduites en partenariat. »

. Circulaire de juillet 2004 : « Une éducation ancrée dans toutes les disciplines », « L’EEDD ne constitue pas une nouvelle discipline. Elle se construit de façon cohérente et progressive tant à l’intérieur de chaque discipline ou champ disciplinaire (entre les différents niveaux d’enseignement) qu’entre les différentes disciplines (à chaque niveau). »

 

Des nuances et des évolutions :

 

Au niveau des finalités, objectifs et démarches :

 

-         En 1977 : « Permettre (aux élèves) de saisir les problèmes de l’environnement de façon intelligente et constructive. /…/ Développer chez l’élève une attitude d’observation, de compréhension et de responsabilité à l’égard de l’environnement. »

Démarche : « Pour saisir rationnellement l’environnement, les élèves auront à acquérir un certain nombre de connaissances » (acquisition des concepts de temps, d’espace, des notions de relations et d’interactions) « et de méthodes de travail » (moyens d’investigation et d’analyse, réalisation de synthèses, expression) et « L’éducation à l’environnement s’appuiera sur une découverte concrète du milieu et dans toute la mesure du possible sur un projet interdisciplinaire » (en fonction de l’intérêt des élèves et des questions qu’ils se posent, les différentes phases du projet étant décrites)

-         En juillet 2004 : « Permettre (aux élèves) d’acquérir des connaissances et des méthodes nécessaires pour se situer dans leur environnement et y agir de manière responsable. »

Démarche : « L’EEDD doit s’appuyer sur les enseignements disciplinaires /…/, sur les croisements des apports disciplinaires /…/, sur les dispositifs transversaux inscrits dans les grilles horaires /…/, sur les temps de débats. »

En deux points de cette circulaire, l’accent est mis sur l’approche systémique (terme qui n’était pas utilisé avant).

« Les valeurs associées à un développement solidaire » sont présentées comme une « nouvelle dimension pédagogique » ce qui confirme les liens explicitement établis entre les différents textes au niveau de la solidarité (comme nous l’avons vu ci-dessus).

 

La place attribuée au « terrain » :

 

-         En 1977 : « La prise de conscience de ces problèmes suppose une confrontation directe avec les réalités du milieu de vie » /…/ « en mettant l’élève en relation directe avec différents milieux de vie » « cette découverte se fera si possible grâce à la transplantation de la classe dans des structures d’accueil favorables à l’initiation à l’environnement » (un paragraphe entier de la circulaire concerne le terrain)

-         En 2004, dans la circulaire de juillet « Les sorties scolaires sous toutes leurs formes (y compris les classes de mer, de neige, les classes vertes…) constituent dans cette optique un cadre particulièrement favorable ». (deux lignes).

-         Et dans le communiqué de presse du ministère, le 13 juillet 2004) présentant l’EEDD : « Elle reposera sur des démarches pédagogiques diversifiées privilégiant des situations concrètes : sorties scolaires sous toutes leurs formes, avec en fonction des ressources locales la mise en place de partenariats »

 

Les  partenariats : De quels partenariats parle-t-on ?

 

. En 1977, une allusion à un possible partenariat pédagogique : « Une telle démarche gagnerait à être conduite par une équipe associant des enseignants de différentes disciplines, le chef d’établissement et éventuellement des personnes extérieures compétentes »  Une mobilisation pour la documentation : « avec les organismes particulièrement concernés par l’environnement : parcs naturels nationaux et régionaux, agences financières de bassin, organisations d’études d’aménagement d’aires métropolitaines, ateliers d’urbanisme, services éducatifs des archives… »

. Dans la circulaire de juillet 2004 : « En fonction des ressources locales, les enseignants mettront en place des partenariats propres à enrichir les démarches pédagogiques. La pratique des partenariats a été largement développée dans le cadre des actions culturelles et éducatives (notamment les ateliers scientifiques et techniques). Il conviendra donc de s’en inspirer. »  /…/ « Reposant sur l’engagement des enseignants et des élèves, (ces actions éducatives) gagneront à être inscrites au projet d’école ou d’établissement, en liaison directe avec la réflexion menée sur les enseignements. »

 

. « Un certain nombre d’actions éducatives conduites depuis plusieurs années en concertation avec d’autres ministères ou avec des collectivités peuvent entrer dans les orientations présentées ici.» (juillet 2004). A noter que la version initiale de la circulaire (mars 2004) mentionnait « Mille défis pour ma planète », « A l’école de la forêt » et les « Fermes pédagogiques ».

. Faisant référence au deuxième protocole d’accord de 1993, la circulaire signale que « la collaboration interministérielle se décline localement, avec des services déconcentrés des ministères concernés, des collectivités territoriales et locales, des institutions internationales, de grands organismes et les réseaux du secteur associatif. » (seule allusion de tout le texte au travail des associations d’éducation à l’environnement)

A noter, par contre, que dans la note de service déjà citée sur l’éducation au développement de juin 2004, il est dit : « De nombreuses associations assurent une mission d’information, d’accompagnement et d’éducation en matière de développement » et que cette note est co-signée par trois directeurs de deux ministères (Education Nationale – éducation scolaire et relations internationales et Jeunesse et sports, vie associative).

 

Dans la conclusion du bilan national des expérimentations EEDD, l’un des défis cité comme à relever concerne le partenariat : « S’ouvrir au partenariat tout en sachant résister aux sollicitations des partenaires quand elles portent sur des sujets sans lien avec les programmes ou qu’elles risquent de conduire à des démarches militantes et partiales » et « Un plan stratégique de formation pour la généralisation de l’EEDD doit répondre au besoin d’une aide méthodologique au partenariat ».

 

 

Des dispositions prises, des moyens mis en place

 

-         En 1977 : « Des dispositions seront prises tant au niveau pédagogique qu’au niveau de l’organisation administrative ».

. une « documentation sur l’environnement » : Le rôle du CNDP, des CR et CDDP est central mais aussi « un apport documentaire extérieur au ministère de l’Education »

. des « stages de formation initiale et continuée » prenant en compte une initiation à l’environnement

. des « dispositions nécessaires afin de permettre des sorties de classes sur le terrain et de rendre possible une coopération entre les enseignants » à prendre par les directeurs d’écoles et chefs d’établissements

. une « liberté d’initiative » pour les enseignants « qui donnera toute son efficacité à cette action éducative »

 

-         En 2004 : « une mise en œuvre concertée et cohérente de cette démarche » avec :

. un travail collectif dans l’école ou l’établissement : « l’opportunité de la prérentrée », « des équipes pédagogiques appelées à définir de manière collégiale des temps forts et des points d’ancrage dans chaque discipline pour construire une progression coordonnée », « la participation au projet d’établissement », « l’investissement des personnels non enseignants ».

. un accompagnement institutionnel : « un document d’accompagnement pédagogique élaboré par l’inspection générale et la direction de l’enseignement scolaire (qui) apportera des éléments méthodologiques et présentera les points d’ancrage dans les programmes », et « Les recteurs sont invités à prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer la mise en œuvre de l’EEDD »

. des lieux ressources (incluant le partenariat): « Au niveau national diverses instances comme de CNDP, participeront à cette démarche » (à remarquer que dans la version finale de la circulaire il n’est pas fait allusion à l’Observatoire de l’EEDD en cours de constitution ni au Muséum d’histoire naturelle) et « au niveau régional, dans le cadre de démarches partenariales contractuelles, seront développés des relais pour le recueil et la diffusion des ressources relatives à l’EEDD ».

. des actions de formation « tant dans le cadre du programme national de pilotage que dans celui des plans académiques de formation »

 

 

Ce document se veut simplement être un éclairage, un regard sur des textes de portée officielle, permettant à chacun, responsable institutionnel ou praticien, ou encore partenaire éducatif, de se faire sa propre opinion sur cette histoire naissante de l’EEDD : Peut-on trouver des fondements stables et solides à l’EEDD ? Quelles sont les évolutions visibles, les espoirs, les déceptions ? Qu’abandonne-t-on ? Qu’introduit-on de nouveau ? Y a-t-il des indicateurs éthiques qui apparaissent ? ….

 

 

retour à la page d'accueil