L’erreur sans faute

L’erreur sans faute !

Une première mesure d’urgence serait de rendre complètement étanches les situations d’apprentissage et les situations de contrôle et passer plus de temps pour permettre aux élèves de vivre de véritables situations d’apprentissage. Des situations bien repérées où l’on peut résoudre des problèmes, expérimenter et tâtonner, bref faire des erreurs sans risque d’être affaibli, comme ne s’en privent pas d’ailleurs beaucoup de jeunes quand ils sont seuls avec leur ordinateur. La recherche en didactique a montré que c’était possible et que cela ne prenait pas plus de temps, surtout si on tenait compte de l’acquisition réelle de concepts et de la capacité de les mobiliser pour résoudre des problèmes non-routiniers [i].

Une seconde mesure indispensable va consister à promouvoir une culture et une pédagogie pour séparer le « registre du bien  et du mal » du « registre allant du résultat attendu au résultat non attendu ou erroné ». Il s’agit donc d’opérer une rupture épistémologique pour qu’au sein des apprentissages la dimension des valeurs et la dimension cognitive ne soient plus confondues.

 

 

             Registre du résultat attendu                                                    Registre du résultat non attendu

 


ß----------------------------------------------------------REGISTRES----------------------------------------------------------->

À SÉPARER

Registre du Bien                                                                                      Registre du Mal

 

 

 

 

Apprenants et enseignants pourraient ainsi développer une nouvelle sécurité cognitive non plus fondée sur la stabilité des savoirs mais sur la capacité à modéliser réversiblement la réalité pour mieux se la représenter ou pour pouvoir agir plus efficacement.

Si, "la vie économique contemporaine, comme le renouveau de la citoyenneté, demandent des acteurs ouverts, prêts à changer de métiers, capables d'apprendre tout au long de leur vie, de prendre en charge eux-mêmes leur formation permanente, bref, des entrepreneurs de leur propre savoir" (Authier et Lévy, 1992)[ii], il devient difficile d'enseigner comme par le passé.

Dans notre contexte social, économique et culturel, le problème lié au changement de représentation de l’erreur entraînée par le développement du concept d'évaluation formative pourrait s'inscrire dans un autre problème beaucoup plus vaste posé aux acteurs de l’Éducation qui est : comment abandonner des représentations, des valeurs, des méthodes et des attitudes pédagogiques adaptées à un monde qui change peu (le monde occidental jusqu’au XIX ème siècle) pour en définir d'autres favorisant l'adaptabilité d'un sujet en devenir dans un monde qui ne peut que changer ?

Ou vu du point de vue de l’élève : comment cesser de démotiver l’apprenant en lui permettant d’expérimenter, de tâtonner, d’explorer, d’errer, sans que ses erreurs soient comptabilisées pour le faire échouer personnellement ou pour l’affaiblir au regard des autres ?

 

Daniel FAVRE



[i] FAVRE D. & I. VERSEILS I. (1998) Étude de l’acquisition et du réinvestissement du concept de surface portante, Aster, 25, 133-57. REYNAUD C. & FAVRE D. (1999) Évaluation d'un dispositif didactique utilisant une approche conceptuelle en écologie, l’apprentissage par résolution de problème et le débat socio-cognitif à l’université, Didaskalia 14,131-145.

[ii] Authier M. & Lévy P. (1992).Les arbres de connaissances, Paris : La Découverte.

 

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