NOTE CONCERNANT LA FORMATION INITIALE ET CONTINUE DES INSTITUTEURS - PROFESSEURS D’ECOLE -

CONTRIBUTION A UNE REFLEXION SUR

LA FORMATION INITIALE ET CONTINUE DES INSTITUTEURS - PROFESSEURS D’ECOLE -

1. CONDITIONS PREALABLES :

2. PREMIERE FORMATION ET FORMATION PREMIERE :

a. période probatoire :

b. entrée dans le métier :

3. FORMATION CONTINUÉE :

 

Si l’on souhaite que les enseignants prennent réellement conscience de leur rôle d’éducateurs, qu’ils s’attachent plus à la formation morale, sociale, intellectuelle, humaine des jeunes qui leur sont confiés qu’au « remplissage des têtes » de connaissances prédigérées données comme intangibles, il faudrait déjà que leur formation soit repensée dans ce sens. Actuellement la formation des « maîtres » consiste essentiellement à leur faire ingurgiter des connaissances, qu’il s’agisse des disciplines qu’ils auront à enseigner (français, mathématiques, histoire, géographie, sciences, etc) ou de « didactique » c’est à dire de procédés d’enseignement centrés dur les connaissances à transmettre. Les concours  de recrutement, les examens définitifs qui sanctionnent leurs études sont profondément marqués par cette façon d’envisager leur formation. La formation continue elle-même s’en ressent fortement : elle consiste encore à aller « recevoir » des informations sur des sujets donnés au cours de stages de quelques jours ou de quelques semaines. Bien des enseignants - et futurs enseignants - sont conscients de l’absence totale d’intérêt des nombreux cours qui leur sont infligés pour la pratique de leur métier : on a pu voir des étudiants d’I.U.F.M. se mettre en grève pour réclamer un enseignement plus « pratique » et être « renvoyés à leurs chères études » par le Directeur de l’Etablissement.

 

Or peut-on demander à des enseignants d’avoir, dans la pratique de leur métier, un comportement différent de celui qu’on a eu à leur égard lorsqu’ils étaient eux-mêmes élèves ?

 

Pour qu’un enseignant pratique une pédagogie active et coopérative, sache entraîner progressivement ses élèves à s’étonner[1], à interroger le réel et à s’interroger, à poser les problèmes en tenant compte de l’ensemble de leurs dimensions et de leurs implications[2], à se dégager des façons stéréotypées de penser et d’agir et à faire preuve d’imagination, d’invention, à savoir rechercher les documents de toutes natures qui leur apporteront des éléments de réponses et à savoir les utiliser, à imaginer et à réaliser des expériences et des outils pour leur recherches,[3] à élargir le champ de leurs intérêts, à travailler en équipes, chacun mettant ses compétences et ses goûts au service d’un projet commun, à échanger leurs savoirs et leur savoir-faire, à ne pas se contenter d’une compréhension immédiate mais à se donner les moyens d’assimiler ce qui apparaît comme essentiel, à faire preuve de lucidité et ne pas s’attacher exclusivement à une efficacité à court terme[4], à s’exprimer clairement mais aussi à écouter les autres, à développer leur sensibilité et leur créativité, à être acteurs et non simplement spectateurs dans tous les domaines, à prendre une part active à leur propre formation... il faut que lui-même ait été formé de cette manière.

1. CONDITIONS PREALABLES :

On enseigne ce que l’on est plus que ce que l’on sait. L’enseignement, l’éducation, c’est d’abord la rencontre de deux personnes. Pour que « le courant passe », il faut qu’entre elles existe une certaine « sympathie » au sens fort du terme. Chacun connaît des cas d’enseignants totalement étrangers à leurs élèves, parfois très malheureux dans ce métier qu’ils ont choisi sans en connaître la réalité quotidienne. L’une des premières conditions que l’on peut demander à un candidat au métier d’enseignant est d’avoir une expérience vécue d’éducateur auprès d’enfants et de jeunes. Il ne manque pas d’associations où les jeunes filles et jeunes gens, à partir de 17/18 ans, peuvent acquérir une telle expérience. Divers diplômes tels que les Brevets d’aptitudes à l’animation (B.A.F.A.), les Brevets d’Etat d’éducateurs sportifs, les Diplômes fédéraux délivrés par les Fédérations sportives, etc. sont les premières étapes formatives qui pourraient précéder l’orientation vers une carrière d’enseignant. L’investissement dans le mouvement associatif est, en soi, déjà formateur.

 

Les nouveaux enseignants sont recrutés sur la base de la licence d’Université ou d’un diplôme équivalent, leur assurant une culture générale d’un bon niveau. Il serait bon, dans le cadre de la promotion du travail, d’étendre les équivalences à une expérience professionnelle d’une certaine durée et d’une certaine qualité pour des personnes n’ayant pas eu l’occasion - et souvent la chance - de pouvoir suivre des études universitaires dans leur jeunesse. Ces équivalences ne seraient pas systématiques mais pourraient être accordées au cas par cas dans des conditions à préciser.

2. PREMIERE FORMATION ET FORMATION PREMIERE :

a. période probatoire :

Elle devrait se faire d’abord sur le terrain, au contact direct d’enfants et de jeunes de tous les âges scolaires (de la maternelle à l’actuelle classe de 3ème des Collèges.) Il s’agit d’abord pour chaque candidat-éducateur de préciser sa vocation (qui doit être réelle) au métier[5], de préciser aussi l’âge des enfants et des jeunes avec lesquels le contact est le plus aisé - ou au contraire moins facile.

 

Les emplois-jeunes récemment ouverts dans les écoles et collèges pourraient être une excellente occasion d’acquérir une première expérience dans le système éducatif. La formule pourrait être étendue (ramenée peut-être à 2 ou 3 ans) pour tous les candidats éducateurs (ou éducateurs stagiaires) sans condition d’âge. Ils seraient attachés à mi-temps à des établissements scolaires des différents ordres, dans lesquels ils seraient appelés à assister les enseignants dans leur classe (par exemple, animation d’ateliers, prise en charge de groupes restreints pour des activités précises mises en place par les enseignants, etc.). Après une première période d’adaptation, il leur serait demandé de prendre en charge l’aide individuelle à des enfants et à des jeunes en difficultés dans un domaine précis (essentiellement en Français et en Mathématiques). Il serait bon que chaque candidat se voit confié au moins deux élèves de l’actuel deuxième cycle, deux du troisième cycle et deux du niveau des collèges pour une durée suffisamment longue (plusieurs mois). Cette action serait menée en collaboration avec les réseaux spécialisés (psychologues scolaires et rééducateurs) : le contact individuel avec des enfants et adolescents rencontrant des difficultés d’apprentissage scolaire[6] permet, s’il est bien mené, de développer les qualités d’observation, de compréhension de « l’enfant et du jeune en situation d’apprentissage » chez les éducateurs. Il leur fournirait les expériences vécues qui leur permettraient de tirer un meilleur profit des exposés théoriques des recherches menées par des spécialistes. Cette phase pourrait être tout à fait essentielle dans la formation initiale des enseignants.

Les échanges étant une phase importante dans la formation en général et dans celle des éducateurs en particuliers, le temps de formation prévu - et actuellement peu assuré - dans le temps plein des « emplois-jeunes » serait largement consacré aux échanges entre stagiaires, d’une part sur le terrain lui-même (où ils ne seraient jamais isolés mais par groupes de deux au moins), ensuite en groupes plus larges animés par des formateurs.

 

Les apprentis-enseignants actuels reçoivent actuellement une formation pratique dans les classes d’application à cours unique. Ces classes sont pour la plupart situées en ville (souvent dans la ville de l’I.U.F.M.), quand ce n’est pas dans des quartiers socialement favorisés. Leur vision des situations d’enseignement ne peuvent qu’en être déformées : le jeu des mouvements et promotions fait que, bien souvent, ce n’est qu’en fin de carrière qu’une partie des enseignants peut accéder à ce type d’écoles ; les jeunes enseignants ont par contre les plus grandes chances de se trouver affectés dans des zones urbaines difficiles ou dans des classes rurales à cours multiples. Il serait donc normal que leurs expériences formatives se fassent dans ces types de classes. La formule « emplois-jeunes » élargie permettrait cette rupture avec la pratique actuelle qui, de l’avis de nombreux observateurs, ne prépare nullement les jeunes au métier d’enseignant et encore moins à celui d’éducateur.

 

Bien entendu, les contrats de stages pourraient être rompus à tout moment à la demande du stagiaire s’il s’apercevait que le métier ne lui convient pas, ou après concertation entre le stagiaire et l’équipe de formateurs chargée de le suivre en vue de son orientation vers une autre profession.

b. entrée dans le métier :

Après un an au moins de ce travail réel sur le terrain, les candidats au métier d’Instituteurs-Professeurs d’école pourraient se présenter à une première partie du Certificat d’aptitude à l’enseignement dans les écoles organisé sous forme de concours, puisque concours il doit y avoir. Pour être efficace, un tel concours ne devrait pas être constitué d’épreuves classiques formelles, mais comprendre un contrôle continu régulier de la qualité du travail fourni, où seraient notamment appréciés l’intérêt témoigné par le candidat au cours de la période probatoire, ses motivations à l’entrée dans le métier, ses qualités d’observation et de réflexion à propos des enfants et des jeunes qui lui sont confiés, ses qualités humaines également, et deux dossiers préparés par chaque candidat, l’un sous la forme d’une monographie sur un enfant ou un jeune suivi durant une année au moins, l’autre sur une expérience vécue (présentation et utilisation d’une technique pédagogique, ou recherche psycho-pédagogique dans une discipline donnée, etc). Ces deux dossiers seraient présentés devant deux jurys différents.

 

La formation sur le terrain, avec stages dans des sites pilotes de la région, serait prolongée pendant au moins une autre année et serait complétée par l’étude réflexive des objectifs et programmes des différents cycles à la lumière des expériences vécues. Cette réflexion se ferait en groupes de 12 à 15 stagiaires assistés par des formateurs.

 

Cette formation pratique s’appuierait sur l’étude par les stagiaires (menée le plus souvent possible sous la forme de recherches effectuées en petits groupes, guidées par les formateurs et suivies de mises en commun) de l’histoire des institutions scolaires et universitaires françaises, de l’histoire de la pédagogie, des oeuvres des grands éducateurs particulièrement ceux qui sont à l’origine des courants novateurs de ce siècle, des aspects philosophiques, sociologiques, psychologiques de l’éducation. Ils recevraient également une initiation théorique et pratique (par un entraînement à l’observation clinique d’enfants et de jeunes, notamment, sans utilisation directe d’outils psycho-techniques) à la psychologie génétique et à la psychologie différentielle.

Les stagiaires seraient aussi formés à l’utilisation des techniques modernes de communication (en évolution constante).

 

Durant les derniers mois de cette formation (un trimestre au moins), les stagiaires se verraient confié une classe à mi-temps sous le contrôle d’un maître de stage confirmé.

 

La deuxième partie du concours du Certificat d’aptitude pédagogique prendrait en compte à la fois l’action sur le terrain et la réflexion menée en groupe par l’observation continue et la présentation d’un travail personnel sur un des thèmes étudiés.

3. FORMATION CONTINUÉE :

Elle se ferait en deux temps tout au long de la carrière de chaque enseignant. D’une part, durant l’année scolaire, une demi-journée par quinzaine, par exemple, serait consacrée à des réunions regroupant les enseignants d’une ou deux écoles de ville ou de plusieurs écoles rurales (l’effectif des groupes devant se situer entre 10 et 15 personnes pour une efficacité optimale des échanges). Un partie de ces rencontres serait consacrée à des échanges sur des problèmes concrets rencontrés par les enseignants dans leurs classes, tandis qu’une technique pédagogique ou une question théorique ayant un lien direct avec le métier quotidien, ferait l’objet d’une étude en commun menée sur une durée de quelques mois. Ces rencontres feraient l’objet de compte-rendus réguliers mis à la disposition de l’ensemble des enseignants d’une circonscription, (par exemple sur site Internet). Les Inspecteurs départementaux seraient chargés de suivre ces travaux, d’intervenir là où un besoin se ferait sentir, pour guider tel ou tel groupe, coordonner les réflexions... Les bibliothèques pédagogiques actuellement peu fréquentées, deviendraient de vrais centres de documentation dans chaque circonscription.

 

Durant les congés scolaires, une période minimale (par exemple 10 jours par an) serait consacrée à des stages, rencontres, colloques régionaux ou nationaux, voire à des voyages d’études. Les sites pilotes de l’éducation nationale pourraient être chargés de défricher ces voies de formation continuée qui devraient amener le système éducatif français actuellement figé sur ses habitudes à s’adapter de façon continuelle à la fois aux besoins et possibilités des enfants et des jeunes, aux nécessités de la société en évolution accélérée, à affiner ses grands objectifs de façon permanente.

 

                                                                                  G.H. été 1997



[1] Une pédagogie de l’étonnement Louis LEGRAND

[2] pensée systémique Joël de ROSNAY

[3] Georges Charpack, La main à la pâte

[4]Albert JACQUARD,

[5] et non simplement liée à une attirance pour un emploi de fonctionnaire, pour les vacances ou tous autres aspects de la profession qui, tout en étant justifiés, ne sauraient constituer, sans graves conséquences, la motivation essentielle des enseignants.

[6] ce n’est pas par hasard que la plupart des découvertes en sciences humaines sont dûes à des études menées sur des cas-limites voire pathologiques, tant il est vrai qu’il n’y a pas de solution de continuité entre ce qui est considéré comme normal et ce qui ne l’est plus ;  de nombreux pédagogues (comme Decroly, par exemple) ont élaboré des innovations pédagogiques pour chercher à mieux éduquer des enfants considérés comme « retardés » ; ces méthodes se sont ensuite révélées encore plus efficaces avec des enfants dits « normaux ». Il est indéniable que si les techniques d’éducation nouvelle aident à limiter l’échec scolaire, elles sont encore plus profitables aux enfants bien scolairement bien adaptés.

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