19ème congrès
national de l'Association Française des Psychologues Scolaires
LILLE, le 16 septembre 2005.
Communication
de Pierre FRACKOWIAK,
Inspecteur
de l'Education Nationale
Réflexion sur le statut de
l'élève selon les pratiques pédagogiques.
Analyse de séquences de
classe.
Regard sur le rôle des
psychologues scolaires.
Au croisement du débat
récurrent sur le concept "d'élève au centre du système" et du constat
que l'on ne sait pas ce qui se passe dans les classes, il s'agit de faire un
point sur la réalité du statut de l'élève en fonction des choix pédagogiques
des enseignants et d'avoir un regard sur les rapports possibles entre
pédagogie et psychologie scolaire.
Il me semble utile de faire
un très court point d'histoire, schématique au risque d'être caricatural.
Des années 1880 aux années
1960/70, en termes de statut de l'élève, c'est le modèle de la transmission qui
a régné. Edwy PLENEL dans son ouvrage "L'Etat et l'école en France"
publié en 1985, qui reste une référence, et Jean FOUCAMBERT dans un petit
ouvrage réédité par l'AFL, "L'école de Jules FERRY, un mythe qui a la vie
dure", mais aussi Antoine PROST et Louis LEGRAND, pour ne citer qu'eux,
expliquent que la pédagogie implicite de cette époque, c'était le par cœur, le
mérite, la discipline, le synthétisme et le faire semblant… pour mieux
transmettre. L'élève était passif, silencieux, attentif, travailleur,
obéissant. Il apprenait à se taire et à écouter le maître. Le fait est que
cette école élitiste, ségrégationniste, et, on pourrait ajouter, machiste,
colonialiste, etc, nous a réussi, elle
a fait de nous ici présents, jeunes ou moins jeunes, ce que nous sommes, et
qu'il est difficile d'admettre que ce qui a réussi pour nous, y compris pour quelques
fils de pauvres, ne puisse pas réussir pour les autres aujourd'hui, demain et
après-demain.
Avec les années 60, ce
système a donné des signes d'usure fortement mis en lumière par la crise de mai
68. Quand aujourd'hui certains prônent le retour aux bonnes vieilles méthodes
qui auraient fait leurs preuves, on a envie de rappeler que ceux qui ont initié
les premières réformes, ce que l'on appelait, après 68, la nécessaire
"rénovation pédagogique", n'étaient pas des révolutionnaires, pas des
imbéciles, et qu'ils avaient de bonnes raisons de vouloir changer les choses,
ne serait-ce que la faiblesse de la réussite de l'école de Jules FERRY.
Rappelons quand même que moins de 50% de la population obtenait le certificat
d'études et que le niveau des savoirs transmis et plus ou moins retenus – n'oublions
pas la somme extraordinaire de savoirs scolaires oubliés - était proche de
l'anecdote et du dérisoire.
Il ne s'agissait pas de
vouloir changer l'école pour changer ou pour favoriser des effets de mode. Je
n'ignore pas, par exemple, les raisons économiques qui ont poussé les
gouvernants à initier des réformes, comme ce fût le cas aussi d'ailleurs pour
Jules FERRY (on ne crée pas l'école publique uniquement par grandeur d'âme),
mais mon propos se limite à la pédagogie.
Cette rénovation s'est
poursuivie et développée, avec des aspects intéressants et d'autres plus
contestables, c'est le temps des maths modernes, du tiers temps pédagogique et
des disciplines d'éveil. Cet effort de rénovation qui concernait
essentiellement l'école élémentaire, le second degré faisant preuve d'une
remarquable stabilité (!), a résisté aux alternances, aux combats entre
républicains et pédagogues, jusqu'en 2002.
Rappelons simplement la prolongation de la scolarité à 16 ans qui a entraîné
la création du collège, les IO de français de 74, les programmes publiés à la
fin des années 70 pour chaque cycle en termes pour le première fois de
comportements, SAVARY et l'éducation prioritaire, la loi de 89… Travaillant à
la fin des années 70 dans une équipe de recherche à l'INRP sous la direction de
Victor HOST (coauteur avec ASTOLFI, GIORDAN, MARTINAND, ZADOUNAISKI… d'un livre
passionnant, "Quelle éducation scientifique pour quelle société") il
m'est arrivé de dire à des enseignants de gauche avides de changement qu'il serait
déjà révolutionnaire d'appliquer ces textes de droite. Hormis la parenthèse
CHEVENEMENT, l'évolution s'est poursuivie sans remise en cause fondamentale de
la nécessité du changement.
La loi d'orientation de 1989
a acté la fin de l'école de Jules FERRY qui agonisait donc depuis une vingtaine
d'années, elle avait ouvert la voie à la construction d'une nouvelle école dans
la perspective du 21ème siècle… Yves BOTTIN, inspecteur général,
écrivait récemment dans un rapport au ministre: " L'école de Jules FERRY
est morte, mais la nouvelle école n'est pas encore construite" Reste que
des efforts considérables ont été réalisés par les enseignants des écoles.
2002, par contre, marque une
volonté de retour à l'école de grand papa, celle qui aurait fait ses preuves.
Une campagne souvent violente a été engagée avec un soutien fort des médias en
faveur du retour aux pratiques du 19ème
siècle: la transmission contre la construction, la nostalgie contre l'utopie.
Le nombre d'articles, d'émissions à la radio ou à la télé, où l'on évoquait le
"retour à" la dictée, la morale, l'instruction civique, la grammaire,
l'autorité, les sanctions est énorme.
Avec la nouvelle loi
d'orientation, ce retour est acté et l'élan difficilement créé mais
incontestable, à l'école primaire, et chez un certain nombre de profs de
collège, risque d'être brisé.
Pourtant, la notion
"d'élève au centre du système" continue d'interpeller, de mobiliser
des énergies, de faire réfléchir… ceux qui ont tenté malgré les obstacles de la
mettre en œuvre, ceux qui séduits par l'idée, s'apprêtaient à la faire, et même
des conservateurs intelligents qui admettaient que l'on ne pouvait pas faire du
neuf avec du vieux.
Les psychologues scolaires
apprécient généralement, du moins ceux que j'ai eu la possibilité de rencontrer
ou de lire, ce concept,
révolutionnaire, de l'élève au centre du système, même si beaucoup d'entre eux
auraient encore préféré, évidemment, celui d'enfant ou de jeune au centre du
système. Une vision plus globale de l'acte éducatif et de l'enfance elle-même.
Mais, on sait bien que pour certains groupes de pression, si puissants qu'ils
peuvent faire tomber un ministre, dès que l'on semble réduire l'importance des
savoirs, j'entends des savoirs scolaires, des contenus des programmes des
disciplines scolaires, sacro saintes, on dévalorise l'enseignement, on nivelle
par le bas, on dévalorise la fonction enseignante. Cette position conservatrice
en diable est malheureusement fortement dominante: chez les enseignants
eux-mêmes conditionnés par l'école de Jules FERRY, chez les décideurs,
c'est-à-dire les hommes politiques, et chez ceux qui relaient ou anticipent les
discours du pouvoir, les médias. Il faut reconnaître que l'école de Jules FERRY
leur a si bien réussi qu'ils ont généralement du mal à comprendre que ce qui a
si bien fonctionné pour eux hier ne puisse pas fonctionner pour les autres
aujourd'hui et demain. C'est étonnant de voir à quel point des gens comme Jack
LANG, Luc FERRY, ou Xavier DARCOS, comme un grand nombre de députés
enseignants, sont au fond d'eux-mêmes convaincus qu'il n'y a pas d'autre modèle
sérieux hors celui qui les a formés. Je note à ce sujet que la majorité des
députés et sénateurs enseignants sont des profs du second degré ou des
universitaires, rarement des instituteurs (trices). La république des
enseignants n'est plus celle des hussards noirs, elle est devenue celle des
profs. Certes la revalorisation du corps des instituteurs a été conquise et
réalisée: égale dignité, égal niveau (Bac +3 +2), mais dans les esprits et les
mentalités, la distinction, la hiérarchie implicite demeure hélas.
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Le problème du statut de l'élève.
On le connaît bien pour la
longue période de l'école de Jules FERRY, on connaît beaucoup plus mal ce
statut pour la période dite de rénovation pédagogique, des années 60 à la loi
de 89, et pour la période de mise en œuvre chaotique de la loi de 89.
On le connaît en théorie,
parfois décrit pas des savants qui n'ont jamais fait l'école: je pense aux
tableaux et aux référentiels, présentant les comportements des maîtres et des
élèves
Comme l'a déclaré Claude
THELOT lui-même, on ne sait pas vraiment ce qui se passe dans les classes.
Claude THELOT a raison. Et
c'est un inspecteur qui le dit, c'est-à-dire un cadre de l'Education Nationale
qui est censé observer et analyser les pratiques. Il faut savoir que ces
observations et les analyses quand elles existent sont enfermées dans des
placards et ne sont pas exploitées. Des tonnes d'écrits… pour rien ou presque,
mais c'est un autre problème
Je voudrais prendre un
exemple de séquence, deux si j'en ai le temps, réellement observées dans
l'exercice de mon métier et pour lesquelles j'ai été amené à expérimenter
moi-même (je suis un inspecteur qui fait l'école).
Je vais vous raconter une
histoire de Boule et Bill, une séquence au CE2, à AUBY. Chaque élève a devant
les yeux la reproduction d'une page de la célèbre BD, sauf un, au fond de la
classe, enfant du voyage de passage pour quelques jours, à qui le maître a
généreusement donné un vieux Rémi et Colette pour faire du soutien. Cette page
de BD décrit remarquablement la promenade d'un chien ordinaire qui tient un bel
os dans sa gueule. Il croise successivement des chiens de plus en plus gros et
l'illustrateur traduit parfaitement la peur croissante du chien qui craint de
perdre son os. Or, rien ne se passe, indifférence et même mépris des autres
chiens y compris du dernier qui avait pourtant l'air particulièrement féroce.
Arrive alors un petit chien, tout petit, maigrichon… Notre héros bombe le
torse, affiche sa supériorité. Inconscient! Ce petit chien l'attaque et veut
lui voler son os! Le maître demande aux
élèves de lire la page silencieusement, puis il commence sa leçon conformément
à sa préparation:
- qu'est-ce qu'on voit sur la première image?
- y'a un chien. Y'a un arbre. (avec cette intonation
particulière, parfaitement imitable, que l'on n'entend qu'à l'école)
- oui, mais encore?
- le chien se promène… il a un os dans la gueule…
- c'est bien. Nous allons faire une belle phrase et
nous l'écrirons sur les lignes sous le dessin
La phase d'élaboration fortement guidée permet de
produire une phrase bien structurée, correspondant bien à une lecture des
programmes.
On procède de la même manière pour chaque image. Le
maître accélère un peu… On aura construit des
phrases, fait un peu de grammaire, de la conjugaison, de l'orthographe,
du vocabulaire…
Je passe évidemment sur
l'ennui qui gagne, sur la proportion croissante d'élèves qui décrochent, etc.
Je précise qu'il ne s'agit
pas de faire le procès, trop facile, du maître qui fait ce qu'il considère
comme étant le mieux à faire… et qui aura l'augmentation de note quasi
automatique qu'il attend. Je précise aussi qu'il s'agit d'un exemple de
pratiques qui n'est ni exceptionnel, ni caricatural. Il correspond à la moyenne
des pratiques en circonscription ordinaire. Ce qui démontre au passage la
difficulté de la ou des réformes.
Je veux parler de pédagogie
et d'enfant. Quel est le statut de l'élève? Quelle est sa part d'action
possible, de réflexion, d'exercice de son intelligence, d'existence même?
Nulle. Quasiment nulle.
Je reprends alors la classe
avec un luxe de précautions par rapport à l'enseignant (mais dans la
circonscription cette pratique est connue).
- Je voudrais reparler un peu avec vous de cette BD.
Qu'est-ce qu'elle raconte? Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Qu'en
pensez-vous?
- Y'a un chien… Y'a un arbre… Le chien se promène…
- Oui, d'accord, je l'ai vu aussi… Mais je voudrais
savoir ce que vous en pensez, ce que cette BD raconte… pas image par image…
Il est extrêmement difficile de faire comprendre mon
attente. Les réactions scolaires se multiplient… Je désespère et je m'apprête à
renoncer, je réfléchis déjà à ce que je vais dire à l'enseignant au cours de
l'entretien… Comment analyser mon échec?
Soudain, l'enfant du voyage lève la tête et crie:
"C'est pas les plus gros les plus méchants" et il replonge dans Rémi
et Colette.
Cette
histoire est parfaitement authentique.
Ce
type de situations est fréquent et ce type d'expériences personnelles, souvent
émouvant, illumine ma pratique professionnelle et me convainc chaque jour
davantage de l'intelligence des enfants, de la grandeur de leurs capacités trop
souvent sous estimées par l'école, sous exploitées.
On peut en trouver d'autres sur
le site Internet de ma circonscription http://netia59.ac-lille.fr/doo
, dans la rubrique "Regards sur les pratiques", cette rubrique,
originale, est constituée de rapports d'inspection anonymés.
- une séquence classique avec Tom Chiffon suivie
d'une réflexion sur la solitude et la recherche d'autres livres, tableaux,
films évoquant la solitude… en réponse à… mon silence après une re lecture
expressive, presque théâtralisée, du texte… Emotion… Réactions.
- une séquence classique sur le dialogue entre un
marchand et des clients, suivi d'une réflexion sur les dialogues (vendre à
quelqu'un qu'on connaît, que l'on aime ou que l'on hait, avoir envie de vendre
ou non, vendre des carottes ou vendre des voitures…) en réponse à la question:
"à votre avis, est-ce que les vendeurs disent toujours la même
chose?"
- une séquence sur le périmètre du rectangle suivi
d'une réflexion collective sur les raisons de clôturer sa propriété (protéger
des biens, se protéger des regards, valoriser une propriété – la rendre encore
plus belle. Dans chacun de ces trois cas, la clôture est différente mais
l'invariant est le périmètre)
- etc
Pour
chacune de ces séquences, les réactions de l'enseignant sont diverses. Il est
vrai que l'on échappe difficilement à l'excès de politesse, aux réponses
convenues voire à la flagornerie ("C'est formidable, jamais je ne saurai
faire comme vous"), au regret de ne pas avoir le temps de faire comme moi,
etc… Mais ce que j'ai relevé avec les enseignants le plus fréquemment, c'est le
constat que
1° les élèves ont été intéressés, attentifs, ils
sortent difficilement en récréation…
et surtout
2° ce ne sont pas "les meilleurs élèves"
qui donnent spontanément les réponses les plus intéressantes ni les plus
pertinentes. Exemple: le fils d'instituteur déclare: le périmètre c'est
longueur plus largeur multiplié par deux. Mais après un moment de silence, il
se rattrapera, il comprend la différence d'attente et s'éclate…
Dans
ces séquences, disons de formation ou expérimentales, le statut de l'élève est
spectaculairement différent.
La
comparaison du statut de l'élève, des comportements de maître (on parle souvent
de l'effet maître sans jamais le définir et rarement en mettant en cause le
modèle pédagogique classique qui perdure. Il s'agit souvent de charisme plus
que de compétence) est révélatrice.
Dans
un cas, il écoute, il lit, il observe, il répète, il répond à des questions
fermées du maître, il ne parle jamais aux autres, il essaie de mémoriser, il
effectue des exercices sans toujours les comprendre… Certes, on dira que je
caricature, mais si l'on s'intéressait, comme certains l'ont fait, à l'ennui à
l'école, on verra que la caricature peut être salutaire. Dans l'autre cas,
l'élève pense et exprime sa pensée, analyse et compare, raisonne, justifie,
dialogue avec ses pairs…
---oooOooo---
Nous
sommes évidemment dans le domaine de la pédagogie, pas dans le domaine du
savoir pour le savoir, pas dans le domaine de la didactique des disciplines
scolaires. Nous sommes dans le domaine de la pédagogie. On sait que la
pédagogie est méprisée aujourd'hui, rejetée, les pédagogues voués aux gémonies.
J'ose affirmer, pour ma part, inlassablement, que non, le choix des méthodes
n'est pas neutre, que non, un bon maître expérimenté ne peut pas réussir quelle
que soit les méthodes, que non, il ne suffit pas de transmettre pour former.
La
pédagogie….
Mais
alors que viennent faire les psychologues scolaires en cette affaire. Ils ne
sont pas enseignants, ils ne sont pas pédagogues, ils ne sont pas conseillers
pédagogiques, ils ne sont pas inspecteurs… Et moi, que viens-je faire ici?
Je
pense qu'ils peuvent jouer un rôle.
D'une manière générale, on
peut dire que dans les activités valorisant l'élève et ses apprentissages
plutôt que les savoirs, on s'attache à développer ce que Edgar MORIN appelle
l'intelligence générale. Dans ce bel ouvrage commandé et diffusé par l'UNESCO,
"Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur", il explique:
"Contrairement à une opinion répandue, le développement des aptitudes
générales de l'esprit permet d'autant mieux le développement de compétences
particulières ou spécialisées. Plus puissante est l'intelligence générale, plus
grande est la capacité de traiter les problèmes spéciaux… L'éducation doit
favoriser l'aptitude naturelle de l'esprit à poser et à résoudre les problèmes
essentiels, et, corrélativement, stimuler le plein emploi de l'intelligence
générale. Ce plein emploi nécessite le libre exercice de la curiosité, faculté
la plus répandue et la plus vivante de l'enfance et de l'adolescence, que trop
souvent l'instruction éteint et qu'il s'agit, au contraire de stimuler ou, si
elle dort, d'éveiller." (pages 39 et 40). A ce propos, j'ai souvent posé
des questions du genre: "Dans une leçon sur l'adjectif qualificatif,
comment s'assure-t-on que l'on a développé l'intelligence?" C'est vrai que
cela n'est pas au programme, mais peut-on admettre que l'école ne serve pas au
développement de l'intelligence? Et si l'école ne sert pas à développer
l'intelligence, à quoi sert-elle?
Je vois deux pistes de
réflexion et de travail qui ne sont sans doute pas nouvelles pour vous, mais qui pour nous
laissent entrevoir une nouvelle approche possible du rôle du psychologue
scolaire, aux moins par rapport aux pratiques, aux habitudes, que je connais.
1° puisqu'il s'agit d'intelligence, nous sommes dans
un domaine qui intéresse la psychologie. Le psychologue ne peut pas ne pas
s'interroger sur les situations, les actions, les comportements qui sont de
nature à favoriser la création et le développement de l'intelligence. Nous n'entrons pas dans la
pédagogie. Je pense aux stimuli, aux déclencheurs de fonctionnement du cerveau.
Je pense aux rapports entre l'action, le langage et la pensée.
2° puisqu'il s'agit d'intelligence, nous sommes dans
un domaine où il est possible de "positiver", de rechercher les
potentialités plutôt que les carences, les lacunes, les manques. C'est un vrai problème
pour le psychologue scolaire. La démarche classique étant de détecter les
carences par rapport à une norme, d'essayer de comprendre comment l'élève en
est arrivé là. Ce faisant on se tourne vers le passé, c'est-à-dire sur des
éléments sur lesquels on ne peut exercer aucun pouvoir. Alors qu'il vaudrait
mieux repérer les potentialités et se tourner vers l'avenir. Comment faire avec
l'élève tel qu'il est aujourd'hui et comment remédier? Un pari impossible, car
la remédiation presque par définition arrive toujours trop tard dans un
processus d'apprentissage. Un de mes collègues écrit: comment faire de la
remédiation alors qu'il n'y a pas eu de médiation?
---oooOooo---
Comment
faire concrètement?
Il
y a le dépistage, le travail du RASED, l'orientation dans les structures
spécialisées, le SAMU psychologique dans les situations de crise, les dossiers
d'intégration, les réunions et encore les réunions, l'enfance maltraitée, etc.
Est-il possible matériellement d'ajouter de nouvelles tâches à cette liste déjà
surchargée? De plus, dans ce métier complexe, il faut aussi trouver du temps
pour s'informer, réfléchir, analyser… avoir une pratique réflexive. Justement…
C'est
vrai que le fonctionnement classique dévore le temps et qu'il est difficile de
trouver du temps pour l'innovation et l'expérimentation. Je comprends cela parfaitement.
En même temps, je me dis qu'il doit y avoir moyen de se donner un peu de temps.
Par exemple, n'y a-t-il pas des réunions formelles, habituelles, y compris
certaines réunions de synthèse, qui ne servent à rien et qu'il faudrait réduire
ou supprimer?
Mais en fait, ce qui me
semble le plus intéressant, c'est de changer le regard, peut-être le cadre de
pensée, l'approche des problèmes…
Comment réagissez-vous à
l'idée de privilégier le positif plutôt que les carences et les échecs? Comment
réagissez-vous à l'idée d'apporter des éclairages aux enseignants sur le
développement de l'intelligence générale? sur le fonctionnement du cerveau?
Ces questions sont d'autant
plus importantes que la chasse à tout ce qui est hors norme scolaire classique
(dépister, remédier) semble connaître un regain d'intérêt, le discours sur la
diversité des intelligences revient en force même dans les écrits des plus
progressistes, la volonté de renouer avec l'idée d'ascenseur social refait
surface… induisant que l'échec scolaire est une fatalité, induisant ségrégation
et élitisme fût-il républicain.
Comment faire pour repérer
les talents, les compétences, les potentialités de chacun et pour permettre,
favoriser, une éducation orientée vers le développement de l'intelligence
générale, vers l'épanouissement de chacun des élèves, de chacun des enfants qui
nous sont confiés?
Je n'ai évidemment pas de
solution toute faite.
Je rêve que l'AFPS s'empare
de ce chantier. Mais sans doute l'a-t-elle déjà fait.
Elle a fait ou elle fera
œuvre utile. Je suis convaincu qu'une réflexion de cette nature serait un atout
considérable pour la construction de l'école du 21ème siècle, une
école moderne, démocratique, généreuse où au-delà de l'amélioration de la
réussite scolaire, les enfants et les jeunes seraient plus heureux. Le bonheur
d'aller à l'école. Bel objectif, n'est-ce pas?
Je vous remercie pour votre
attention.