Le collège pour tous a
besoin d’égalité et d’équité,
de
se transformer,
mais pas de disparaître !
La jeunesse a besoin de
perspectives d’avenir,
de mobiliser ses
potentialités,
mais pas d’être
enfermée !
L’Éducation aujourd’hui au risque d’une régression historique :
La crise soulevée par la mise en cause du collège
unique et par une répression accrue en direction des jeunes sont symptômes
d’une crise grave de la democratie
dans notre société.
Crise d’autant plus aiguë qu’elle touche une tranche
d’âge, l’adolescence, où sont en droit de pouvoir se construire à la fois
autonomie et socialisation. Mais pour qu’un tel droit puisse s’exercer, faut-il
encore que les conditions en soient rendues possibles.
Souffrances, désarrois qui s’expriment de toutes
parts (élèves, enseignants, parents, pouvoirs publics, …) jusques et y compris
dans des passages à l’acte. Et les moyens envisagés s’attachent plus à
sanctionner les conséquences, quant aux fauteurs de trouble, qu’à chercher ce
qu’il devient urgent d’interroger, de transformer.
Aussi profondes et diverses que soient ses
insuffisances, le collège unique, dans le prolongement de l’école primaire est
le seul lieu public institutionnel susceptible de contribuer à un certain
brassage social des jeunes sur une grande échelle. Il assure le maintien d’une
scolarité dont l’obligation fut obtenue socialement de haute lutte pour la mise
en acte de l’égalité des droits.
Consentir ou œuvrer à la
destruction du collège unique :
Ø
c’est accepter une déscolarisation massive de milliers de jeunes où les
plus concernés sont en priorité les enfants des couches populaires et en
particulier ceux des immigrations et des anciennes colonisations.
Ø
c’est accroître à coup sûr les clivages culturels, sociaux et les
ressentiments, sources de désespérance et de violences.
Ø
c’est
surtout banaliser et légitimer, chez les jeunes et chez tous, une ségrégation
de fait.
Certes le collège doit être
pour tous les élèves un espace hors menaces. Mais ce n’est pas en systématisant
les miradors, les grillages ou les caméras de surveillance, en lieu et place de
relations humaines éducatives, que les collèges vont donner sens à leur
pédagogie et les adolescents à leur avenir.
C’est
de transformations dont le collège a besoin, et non d’enfermement et de
sélection accrue.
Et
c’est la fonction première de l’École qui se trouve concernée par de telles
transformations :
la transmission des savoirs
et la formation à la
citoyenneté
Enjeux
que la crise actuelle conduit à interroger non plus seulement dans leur
prescription, mais dans leur inscription dans des pratiques qui, seules,
peuvent leur donner corps.
C’est
au cœur d’une telle contradiction, entre intentions affichées et conséquences
concrètes, que s’accumulent colère ou découragement, culpabilité ou passage à
l’acte, aussi bien chez les jeunes que chez les adultes. C’est dans une telle
faille que ce qui est en fait problème de société, seulement considéré comme
problème scolaire, est vécu et intériorisé par chacun comme blessure intime et
parfois impuissance désespérée. Ce qui relègue à une place seconde l’interface
décisive qui est le problème de la pédagogie.
Pourtant des forces sont
là, potentielles ou déjà réellement en acte, des transformations sont
possibles, parce que déjà amorcées, soit auprès des jeunes les plus en
difficulté soit auprès d’enseignants en recherche et en formation. Les
Mouvements d’éducation nouvelle, quant à eux, en portent témoignage.
Une tâche éthique et politique,
décisive aujourd’hui, est de redonner confiance au potentiel considérable qui
existe dans notre pays, pour peu que soit avancé ce pari à la fois
philosophique et réaliste :
« tous les jeunes, tous
les adultes portent en eux des potentialités immenses,
souvent inemployées, pour
penser, inventer, apprendre et agir ensemble ».
Oui, des transformations sont possibles, dans
le quotidien des pratiques, qui développent au collège :
Ø Culture et savoirs :
Il s’agit de redonner sens aux savoirs prescrits des programmes et manuels qui
trop souvent tournent le dos à la genèse conceptuelle, culturelle des savoirs
authentiques dont ils sont issus. Il s’agit de revenir aux interrogations
vivantes qui les ont traversés, aux obstacles qu’ils ont dû franchir pour que
ces savoirs retrouvent le goût de l’aventure humaine et la portée émancipatrice
qui les ont constitués. Mais cela prend force dans les questionnements que les
élèves eux-mêmes se posent, découvrant pour leur propre compte qu’apprendre
relève de défis qui valent la peine d’être affrontés. Inversement, des
définitions, résultats, théorèmes ou procédures, exposés et imposés comme
évidences, à retenir et reproduire, ne peuvent engendrer qu’ennui ou rejet.
Segmentés, cloisonnés, les savoirs ne peuvent que tourner le dos à la formation
d’une pensée complexe et vivante sur le monde. C’est dans la même perspective
et dans un souci d’ouverture au monde que devrait devenir indispensable une
culture technique pour tous.
Ø
L’acte d’apprendre : c’est dans les cheminements suscités par les
situations proposées, au travers des élaborations des élèves, grâce aux
différences et contradictions rencontrées dans les confrontations que se
construit, au cœur même de l’acte d’apprendre, la capacité à argumenter,
écouter, prendre en compte, concevoir ensemble, ce qui constitue
réellement :
une formation à la
démocratie DANS le savoir
Des études montrent qu’en
effet, par de telles pratiques, c’est au profit d’un enrichissement de la
réussite de chacun que se trouve prise en compte de façon positive
l’hétérogénéité des élèves. Mais c’est aussi, ce faisant, le renversement d’une
transmission qui s’adresse à un ensemble d’individus isolés, juxtaposés.
C’est en relation avec les
savoirs que peuvent être mis en œuvre des projets inter-disciplinaires qui
ouvrent le champ des savoirs, les mettant en relation et les structurant dans
une action collective qui responsabilise chacun.
Une conception forte de la vie dans l’établissement
Dans la vie de
l’établissement, il s’agit de considérer l’élève, tout comme l’enseignant, non
comme un simple usager ou consommateur mais comme acteur ayant des devoirs mais
aussi des droits. Le collège doit pouvoir offrir l’exercice de pratiques
coopératives pour que s’établissent des relations citoyennes à tous niveaux:
participation au règlement intérieur, élaboration du projet d’établissement,
tenue des conseils de classe et toute initiative concernant la vie collective
où il est, de droit, le premier bénéficiaire.
Mais encore faut-il que
soient constituées des équipes éducatives ouvertes, aux pratiques coopératives
effectives. Ce qui pose la question de la formation, pour les enseignants et
tous les acteurs de l’établissement, à de telles pratiques.
une formation à la
démocratie dans la vie de
l’établissement
L’ouverture vers le monde
social, professionnel, culturel…
L’élaboration de projets, dans la mesure où ils sont des
espaces d’élaboration et de réalisation non pas seulement pour les élèves, mais
avec et par les élèves, trouve là une place de choix : projets
inter-disciplinaires, relations avec des professionnels ou avec des lieux
sociaux d’activités multiples, avec l’exercice de la vie municipale ou
juridique, avec des créations culturelles, avec des activités de type
international, …
une formation à la
démocratie dans les projets
Ainsi, si le problème du collège unique renvoie à un débat
politique de fond, c’est de toute évidence celui d’une transformation de la
formation des enseignants, tant initiale que continue, qui est à reconsidérer
dans ses contenus comme dans ses pratiques.
Aucune transformation ne se fera sans les acteurs
principaux de l’acte éducatif, ni contre eux. C'est à eux, à nous qu'il
appartient de rejeter tout retour aux vieux schémas qui ont montré leur
inadéquation aux exigences du monde moderne et plus encore à définir
concrètement l’idéal d’une société où prend sens l’égalité et la solidarité.
GFEN - 16 décembre 2002 – gfen@gfen.asso