Marie Serpereau, pour le Gfen 37

Le collège pour tous a besoin d’égalité et d’équité,

de se transformer,
mais pas de disparaître !

La jeunesse a besoin de perspectives d’avenir,

de mobiliser ses potentialités,

mais pas d’être enfermée !

L’Éducation aujourd’hui au risque d’une régression historique :

La crise soulevée par la mise en cause du collège unique et par une répression accrue en direction des jeunes sont symptômes d’une crise grave de la democratie dans notre société.

Crise d’autant plus aiguë qu’elle touche une tranche d’âge, l’adolescence, où sont en droit de pouvoir se construire à la fois autonomie et socialisation. Mais pour qu’un tel droit puisse s’exercer, faut-il encore que les conditions en soient rendues possibles.

Souffrances, désarrois qui s’expriment de toutes parts (élèves, enseignants, parents, pouvoirs publics, …) jusques et y compris dans des passages à l’acte. Et les moyens envisagés s’attachent plus à sanctionner les conséquences, quant aux fauteurs de trouble, qu’à chercher ce qu’il devient urgent d’interroger, de transformer.

Aussi profondes et diverses que soient ses insuffisances, le collège unique, dans le prolongement de l’école primaire est le seul lieu public institutionnel susceptible de contribuer à un certain brassage social des jeunes sur une grande échelle. Il assure le maintien d’une scolarité dont l’obligation fut obtenue socialement de haute lutte pour la mise en acte de l’égalité des droits.

Consentir ou œuvrer à la destruction du collège unique :

Ø      c’est accepter une déscolarisation massive de milliers de jeunes où les plus concernés sont en priorité les enfants des couches populaires et en particulier ceux des immigrations et des anciennes colonisations.

Ø      c’est accroître à coup sûr les clivages culturels, sociaux et les ressentiments, sources de désespérance et de violences.

Ø      c’est surtout banaliser et légitimer, chez les jeunes et chez tous, une ségrégation de fait.

Certes le collège doit être pour tous les élèves un espace hors menaces. Mais ce n’est pas en systématisant les miradors, les grillages ou les caméras de surveillance, en lieu et place de relations humaines éducatives, que les collèges vont donner sens à leur pédagogie et les adolescents à leur avenir.

C’est de transformations dont le collège a besoin, et non d’enfermement et de sélection accrue.

Et c’est la fonction première de l’École qui se trouve concernée par de telles transformations :

la  transmission  des  savoirs  et  la  formation  à  la  citoyenneté

Enjeux que la crise actuelle conduit à interroger non plus seulement dans leur prescription, mais dans leur inscription dans des pratiques qui, seules, peuvent leur donner corps.

C’est au cœur d’une telle contradiction, entre intentions affichées et conséquences concrètes, que s’accumulent colère ou découragement, culpabilité ou passage à l’acte, aussi bien chez les jeunes que chez les adultes. C’est dans une telle faille que ce qui est en fait problème de société, seulement considéré comme problème scolaire, est vécu et intériorisé par chacun comme blessure intime et parfois impuissance désespérée. Ce qui relègue à une place seconde l’interface décisive qui est le problème de la pédagogie.

Pourtant des forces sont là, potentielles ou déjà réellement en acte, des transformations sont possibles, parce que déjà amorcées, soit auprès des jeunes les plus en difficulté soit auprès d’enseignants en recherche et en formation. Les Mouvements d’éducation nouvelle, quant à eux, en portent témoignage.

Une tâche éthique et politique, décisive aujourd’hui, est de redonner confiance au potentiel considérable qui existe dans notre pays, pour peu que soit avancé ce pari à la fois philosophique et réaliste :

« tous les jeunes, tous les adultes portent en eux des potentialités immenses,

souvent inemployées, pour penser, inventer, apprendre et agir ensemble ».

 Oui, des transformations sont possibles, dans le quotidien des pratiques, qui développent au collège :

Une conception forte des savoirs et de l’acte d’apprendre

Ø      Culture et savoirs : Il s’agit de redonner sens aux savoirs prescrits des programmes et manuels qui trop souvent tournent le dos à la genèse conceptuelle, culturelle des savoirs authentiques dont ils sont issus. Il s’agit de revenir aux interrogations vivantes qui les ont traversés, aux obstacles qu’ils ont dû franchir pour que ces savoirs retrouvent le goût de l’aventure humaine et la portée émancipatrice qui les ont constitués. Mais cela prend force dans les questionnements que les élèves eux-mêmes se posent, découvrant pour leur propre compte qu’apprendre relève de défis qui valent la peine d’être affrontés. Inversement, des définitions, résultats, théorèmes ou procédures, exposés et imposés comme évidences, à retenir et reproduire, ne peuvent engendrer qu’ennui ou rejet. Segmentés, cloisonnés, les savoirs ne peuvent que tourner le dos à la formation d’une pensée complexe et vivante sur le monde. C’est dans la même perspective et dans un souci d’ouverture au monde que devrait devenir indispensable une culture technique pour tous.

Ø      L’acte d’apprendre : c’est dans les cheminements suscités par les situations proposées, au travers des élaborations des élèves, grâce aux différences et contradictions rencontrées dans les confrontations que se construit, au cœur même de l’acte d’apprendre, la capacité à argumenter, écouter, prendre en compte, concevoir ensemble, ce qui constitue réellement :

 

une formation à la démocratie DANS le savoir

Des études montrent qu’en effet, par de telles pratiques, c’est au profit d’un enrichissement de la réussite de chacun que se trouve prise en compte de façon positive l’hétérogénéité des élèves. Mais c’est aussi, ce faisant, le renversement d’une transmission qui s’adresse à un ensemble d’individus isolés, juxtaposés.

C’est en relation avec les savoirs que peuvent être mis en œuvre des projets inter-disciplinaires qui ouvrent le champ des savoirs, les mettant en relation et les structurant dans une action collective qui responsabilise chacun.

 

Une conception forte de la vie dans l’établissement

Dans la vie de l’établissement, il s’agit de considérer l’élève, tout comme l’enseignant, non comme un simple usager ou consommateur mais comme acteur ayant des devoirs mais aussi des droits. Le collège doit pouvoir offrir l’exercice de pratiques coopératives pour que s’établissent des relations citoyennes à tous niveaux: participation au règlement intérieur, élaboration du projet d’établissement, tenue des conseils de classe et toute initiative concernant la vie collective où il est, de droit, le premier bénéficiaire.

Mais encore faut-il que soient constituées des équipes éducatives ouvertes, aux pratiques coopératives effectives. Ce qui pose la question de la formation, pour les enseignants et tous les acteurs de l’établissement, à de telles pratiques.

 

une formation à la démocratie dans la vie de l’établissement

L’ouverture vers le monde social, professionnel, culturel…

L’élaboration de projets, dans la mesure où ils sont des espaces d’élaboration et de réalisation non pas seulement pour les élèves, mais avec et par les élèves, trouve là une place de choix : projets inter-disciplinaires, relations avec des professionnels ou avec des lieux sociaux d’activités multiples, avec l’exercice de la vie municipale ou juridique, avec des créations culturelles, avec des activités de type international, …

une formation à la démocratie dans les projets

Ainsi, si le problème du collège unique renvoie à un débat politique de fond, c’est de toute évidence celui d’une transformation de la formation des enseignants, tant initiale que continue, qui est à reconsidérer dans ses contenus comme dans ses pratiques.

Aucune transformation ne se fera sans les acteurs principaux de l’acte éducatif, ni contre eux. C'est à eux, à nous qu'il appartient de rejeter tout retour aux vieux schémas qui ont montré leur inadéquation aux exigences du monde moderne et plus encore à définir concrètement l’idéal d’une société où prend sens l’égalité et la solidarité.

GFEN - 16 décembre 2002 gfen@gfen.asso

 

 

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