PRÉSENTATION
SOMMAIRE DE PROPOSITIONS SUR L’AMÉNAGEMENT DU TEMPS SCOLAIRE À L’ÉCOLE PRIMAIRE
À PARTIR DES DONNÉES DE
LA CHRONOBIOLOGIE ET DE LA CHRONOPSYCHOLOGIE
1. pour le chronobiologiste ou le chronopsychologue, l’aménagement du temps
scolaire (ce qu’on appelle “rythmes scolaires”) n’a de sens que s’il repose sur
deux fondements :
- il doit nécessairement s’enraciner dans l’alternance du jour et de la nuit
(la photopériode, c’est-à-dire la durée du jour par rapport à la durée de la
nuit, est un synchroniseur majeur des rythmes biologiques de l’Homme. C’est un
facteur universel et donc “incontournable”) ;
- il ne doit pas être à
contretemps ou à contre-phase des rythmes biologiques de l’enfant-élève, quels
que soient l’âge et aussi le lieu d’habitation, la catégorie sociale et la
culture de la famille.
Les rythmes essentiels des humains sont circadiens (du latin circa - environ-
et dies - une journée) : le temps fort et le temps faible de chaque rythme
reviennent périodiquement toutes les 24 heures. Par exemple, la température
corporelle passe tous les jours par un maximum entre 16h00 et 20h00 (voir plus
loin), et par un minimum au milieu de la nuit (d’où la sensation de
refroidissement que l’on a au “petit matin”). Ou encore, la sécrétion maximale
de cortisol par les glandes surrénales qui coiffent les reins, est observée
entre 06h00 et 08h00. Or, cette hormone intervient notamment dans la glycémie
(elle contribue au maintien du taux de sucre dans le sang à un niveau constant,
par exemple quand les réserves du foie en glycogène sont faibles ... ce qui est
souvent le cas chez les enfants “maigres” qui ne prennent pas de petit déjeuner
le matin. Ce “processus” s’appelle la néoglycogénèse). Et aussi, dans la
défense de l’organisme contre les agressions de l’environnement. Quand un
enfant n’a pas de réserves suffisantes en glycogène dans le foie (c’est la
“source” habituelle du sucre dans le sang) et quand il ne prend pas de petit
déjeuner, il doit mobiliser le cortisol pour maintenir sa glycémie à un niveau
constant. Le cortisol permet aussi de faire face aux agressions subies dans la
journée, notamment à la maison avant d’aller à l’école, pendant le trajet du
domicile familial à l’école, en classe et dans la cour de récréation. Mais, certains
enfants, en particulier ceux qui n’ont pas de réserves suffisantes de
glycogène, ne peuvent mobiliser suffisamment de cortisol (dont le maximum de
sécrétion a eu lieu 2 à 3 heures plus tôt) pour faire face à ces deux réalités
et besoins, surtout s’il n’a pas de ressources psychologiques pour se défendre
(enfants “insecures”). Il ne faut donc pas s’étonner s’ils présentent ce qu’on
appelle parfois “le coup de pompe de 11 heures” (qui n’est pas dû à une
hypoglycémie, mais à des moyens de défense difficiles à mobiliser en même temps
qu’un maintien de la glycémie à un niveau constant). C’est évident chez les
enfants-élèves du cours préparatoire (voir plus loin).
Cependant, il y a aussi des rythmes rapides (ou ultradiens). Par exemple, le
rythme cardiaque (en moyenne 70 battements par minute), le rythme respiratoire
ou encore les fluctuations de la vigilance au cours de la journée (voir plus
loin). On observe enfin des rythmes lents (ou infradiens) dont la période est
d’environ une semaine, un mois (cycle ovarien), une année ou plusieurs années.
2. Cependant, s’agissant de l’enfant, on ne connaît aucune rythmicité dont la
période soit d’une semaine ou d’environ une semaine. La communauté
scientifique et médicale ne comprend donc pas que les promoteurs de la semaine
scolaire dite de 4 jours (qui se réfugient derrière l’intérêt des enfants ...
et des familles : voir plus loin) aient voulu changer d’abord la semaine ...
sans aucun argument scientifique (ni d’ailleurs sociologique ou autre : voir
plus loin). En outre, la “semaine scolaire de 4 jours” n’est pas un
modèle de rationalité sociale. En effet, contrairement aux semaines de vie
sociale, professionnelles, économiques ... qui comprennent 4, 5, 6 ou 7 jours
consécutifs, elle est une succession de deux fois deux jours séparés par une
journée de vacances (le mercredi), et des deux jours non travaillés du
week-end. Cette “innovation” ne contribue pas à donner une image rationnelle et
cohérente de la France. Les étrangers ne comprennent pas cette semaine scolaire
... qui n’en est pas une (si la plupart des Européens tiennent beaucoup à un
week-end non travaillé, leur semaine scolaire comprend logiquement 5 jours
consécutifs). Nous avons quelque difficulté à leur expliquer que la “vacance
scolaire” du mercredi est le résultat d’un accord entre l’Etat et l’église
catholique pour que ce jour soit consacré à la catéchèse ... alors que, dans
notre Constitution, il y a séparation des Eglises et de l’Etat. En outre, si
des mères ou des familles (mère, père, grands-parents ...) peuvent s’organiser
pour faire avec leurs enfants les “courses” du mercredi, jour non scolaire, ou
pour les conduire dans des lieux de pratique sportive ou culturelle (on
ne peut évidemment qu’approuver une telle disponibilité), d’autres (la majorité)
travaillent ce jour-là et ne peuvent donc le consacrer à leurs enfants. En
outre, ils ne vivent pas forcément dans une ville ou une commune rurale qui ont
les moyens et la logistique pour organiser le mercredi un accueil des enfants
de tous âges.
3. Les études scientifiques et l’intérêt supérieur des enfants et de leur
famille (quelles que soit la catégorie sociale, la culture et les origines
ethniques), conduisent donc la communauté scientifique et médicale à proposer
un aménagement du temps scolaire qui repose d’abord sur des modifications de la
journée scolaire du lundi au vendredi inclus (pour le samedi, voir plus loin),
c’est-à-dire sur la prise en compte des rythmes circadiens des enfants-élèves.
4. Sachant que la journée scolaire en France est la plus longue du monde avec
la Belgique et l’Autriche (six heures de temps contraint et obligatoire), nous
demandons avec force que sa durée soit réduite.
En effet, aucun enfant-élève ne peut mobiliser ses capacités d’attention, ses
capacités de traitement de l’information, ses capacités de mémorisation et ses
ressources intellectuelles pendant 6 heures de temps contraint, c’est-à-dire, à
l’école élémentaire, 5 heures à 5h.30 de temps pédagogique et 1h. à 1h.30 de
récréation (le moment de la récréation est aussi un temps contraint pour
beaucoup d’enfants, notamment ceux qui redoutent les chocs, les chutes, les
agressions, les rejets, les exclusions ... dans une cour non aménagée et aux
dimensions insuffisantes pour l’ensemble des classes de l’école ... sans
compter les genoux couronnés par le ciment, le bitume, les graviers ... : le
plus souvent, la cour de récréation n’a pas changé depuis l’école de Jules
FERRY). Toutes les observations montrent que, lorsque la matinée scolaire
commence à 08h30 (situation la plus fréquente), l’attention et l’engagement
scolaire de la grande majorité des enfants décrochent dès 15h00, ou plus tôt
(selon les enfants, les jours ...). Il est clair que, dans les écoles de ZEP
(Zones d’Education Prioritaire), la plupart des enfants-élèves sont alors
intellectuellement saturés (ils ne tiennent plus en place, se replient sur
eux-mêmes, font ce qui est qualifié de “n’importe quoi” ...). D’ailleurs, il
est fréquent que, confrontés à cette réalité, les instituteurs-professeurs des
écoles régulent : ils arrêtent la “pédagogie ordinaire” autour de 15h00 et
proposent, quand ils peuvent, des arts plastiques, du chant choral, de la
musique, des activités physiques et sportives ou plus simplement des temps de
détente mentale. Par conséquent, la durée du temps scolaire pendant lequel les
enfants de l’école élémentaire peuvent mobiliser leur vigilance (état d’alerte
du cerveau par rappport aux stimulations de l’environnement), leur attention
globale et sélective, leurs capacités de traitement de l’information, leur
“faim” (ou motivation) et leurs capacités pour comprendre et apprendre, est
tout au plus de 4 heures trente (3 heures entre 08h30 et 11h30, et 1 heure
trente entre 13h30 et 15h00). Par ailleurs, à mesure que le trimestre avance, la
fréquence des visites parentales auprès des médecins augmente pour des motifs
le plus souvent formulés comme de la fatigue scolaire (ils ressentent que la
durée trop longue de la journée est une importante source de fatigue), des
difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes accompagnés de cauchemars
(de terreurs chez les plus jeunes), des perturbations du comportement
(inattention “chronique”, instabilité improprement qualifiée d’hyperactivité,
agressivité et activité destructrice hors de propos, replis sur soi,
évitements, fuites, conduites étranges). Il est fréquent que les parents
demandent des béquilles chimiques au médecin, en raison de leur difficulté ou
impossibilité à supporter ces phénomènes ... qui perturbent toute la famille.
Faut-il alors s’étonner que les Français soient les plus grands consommateurs
au monde de somnifères, de psychotrophes ... dès lors qu’ils sont déjà
chimiquement matraqués” pendant l’enfance ? Peut-on nier le poids de ces
phénomènes sur la situation de la sécurité sociale et sur l’activité économique
? En outre, qu’en est-il de l’évolution au cours du trimestre des
enfants-élèves dont les parents ne font pas la démarche de consulter un médecin
pour “fatigue scolaire”, trouble(s) du sommeil, trouble(s) du comportement ...
? Pourquoi ne recherche-t-on pas de corrélations entre ces phén0mènes et les
performances scolaires tout au long du trimestre et d’un trimestre à l’autre ?
Quelle est la signification des différentes évaluations selon qu’elles sont
effectuées à 09h00, 10h00, 14h00, 15h00 ... au début, au milieu ou à la fin du
trimestre ?
La journée scolaire est également trop longue au collège et au lycée. Une
enquête de l’OCDE vient d’ailleurs de montrer que les jeunes se détachent de
plus en plus de leur établissement scolaire pour deux raisons majeures : la
durée trop longue de la journée scolaire et le stress.
DE TOUTE ÉVIDENCE, IL FAUT DONC D’ABORD DIMINUER LA DURÉE DE LA JOURNÉE
SCOLAIRE. MAIS ON NE PEUT PROCÉDER DE LA MÊME FACON AUX DIFFÉRENTS ÂGES. ON NE
PEUT EN EFFET IMPOSER LA MÊME JOURNÉE SCOLAIRE AUX ENFANTS ÂGÉS DE DEUX ANS ET
DEMI À QUATRE ANS (PETITE SECTION DE L’ÉCOLE MATERNELLE) ET AUX ENFANTS DE DIX
À ONZE ANS (COURS MOYEN DEUXIÈME ANNÉE). CE QUI DEVRAIT COMPTER, C’EST LA
RÉCEPTIVITE ET LA DISPONIBILITÉ DES ENFANTS-ÉLÈVES POUR COMPRENDRE ET
APPRENDRE, ET NON LA QUANTITÉ DE TEMPS PASSÉ EN SITUATION D’APPRENTISSAGE. Que
dire alors des journées scolaires prolongées par les devoirs à la maison et les
cours particuliers ? C’est un leurre de croire qu’ils puissent vraiment
améliorer la motivation et les performances des enfants peu ou prou en
difficulté scolaire. Un enfant-élève fatigué à l’issue de la journée scolaire
peut-il être vraiment attentif, réceptif, disponible, performant ... ? Quand le Ministère de
l’Education Nationale fera-t’il respecter ses propres circulaires qui
interdisent les devoirs à la maison, alors que, pour leur réputation de bon
maître (qui fait travailler les élèves), et sous la pression de parents
“lobbyistes”, beaucoup d’enseignants
continuent d’imposer un important travail à la maison ? Quelles en sont les
conséquences sur la santé des enfants-élèves (vulnérabilité au stress et aux
autres agressions, “hyperactivité”, état dépressif, anorexie ou boulimie, fuite
dans la consommation de drogue ...), sur leur motivation, sur leur équilibre
émotionnel et affectif, sur les relations au sein de la famille ... ?
5. On sait qu’à l’école élémentaire, les moments de plus grande vigilance, de
plus grande attention et de meilleures performances se situent le matin entre
09h00 ou 09h30 selon les enfants et les jours, et 11h30 ou 12h00 selon les
enfants et les jours (sauf chez les enfants du cours préparatoire : le moment
de 11h00 à 11h30 est un moment de faible réceptivité et de faible disponibilité
: voir les publications scientifiques). L’après-midi, ces moments sont observés
entre 14h00, plus souvent 14h30, et 16h00, 16h30 ou même 17h00 selon les
enfants et selon les jours. La logique serait donc de faire coïncider ces
moments biologiquement et psychologiquement favorables et les temps
pédagogiques les plus exigeants au plan de la mobilisation des ressources
intellectuelles pour comprendre et apprendre les informations, messages et
explications du maître. Ceci dans le cadre d’une journée scolaire réduite. A
l’école maternelle, les moments de vigilance et de meilleures performances sont
encore plus réduits, surtout chez les enfants accueillis dans les écoles de
ZEP.
6. Il est souhaitable de neutraliser le temps pédagogique proprement dit de 08h30
à 09h00, ou même 09h15-09h30 certains jours. En effet, les études montrent
clairement qu’au début de la matinée scolaire, il faut aux enfants un temps
personnel (ou temps-sujet) pour finir de se “réveiller” (pour redevenir
vigilants et attentifs). Il peut être de 5, 10 ou 15 minutes chez les enfants
rapidement vigilants après leur arrivée à l’école et leur entrée en classe.
Mais, le plus souvent, il est chez la plupart beaucoup plus élevé (parfois une
heure ou davantage). Il est évident (ceci est facile à observer et à démontrer)
que les enfants qui bâillent, s’affalent sur leur bureau, s’étirent, ont le
regard fixe ou dans le vague, ne répondent pas aux stimulations extérieures et
en particulier au maître, ne peuvent mobiliser aussi rapidement et efficacement
leur attention, leurs capacités de traitement de l’information et leurs
capacités d’apprentissage que les élèves d’emblée vigilants et attentifs. C’est
ce qu’on observe de façon caricaturale chez les enfants qui manquent de sommeil
et qui ont des troubles du rythme veille-sommeil, et aussi chez les enfants qui
vivent au quotidien dans l’insécurité affective (le plus souvent, ils cumulent aussi les déficits de sommeil),
c’est-à-dire ceux qui sont maltraités ou témoins d’une maltraitance, ceux qui
ont peur de mal faire (anxiété de performance) et/ ou ceux dont la famille est
en difficulté (parent(s) malade(s) ou qui se croient malades, parents en
conflit, parent(s) au chômage ou vivant dans l’angoisse par crainte du chômage,
etc. ). Il faut ajouter les enfants qui ne sont pas acceptés par leurs pairs et
ceux qui se sentent mal aimés ou maltraités par l’école. On observe
ordinairement les phénomènes précédents pendant toute la matinée du lundi, en
particulier dans les écoles organisées selon la “semaine de 4 jours” (voir plus
loin). Cependant, on constate que, lorsque les stratégies d’accueil à l’école
sont conçues pour apaiser, rassurer et sécuriser les enfants entre 08h00 ou
08h30 et 09h00 (09h15) (tous les enfants), et pour leur permettre de “se réveiller
à leur rythme”, les plus insécurisés et les plus grands déficitaires en sommeil
peuvent être ensuite aussi vigilants, attentifs, réceptifs et disponibles que
les autres lorsqu’ils abordent en classe les leçons et activités préparées par le maître. Pour que
cela soit possible, il faut aménager les espaces pour que les plus “en manque
de sommeil” et les plus insécurisés puissent s’isoler, passer un moment à
l’écart des autres, se rassurer en se rendant dans un lieu 0ù ils peuvent
écrire, dessiner, peindre, jouer avec
des objets, se défouler en tapant dans un ballon, en escaladant, en déambulant
avec les copains-copines, etc.
7. Il faut en profiter pour que le temps de restauration de la mi-journée soit
non seulement un temps de reconstitution alimentaire et donc physiologique,
mais aussi un temps de respiration, d’apaisement, de détente et de convivialité
(et non un temps de bruit insupportable à cause des mobiliers et des matériaux,
et un temps de conflits générés par les contraintes de l’environnement). Le
début de l’après-midi devrait aussi être neutralisé au plan pédagogique puisque
la vigilance et l’attention sont alors faiblement développées.
On pourrait en profiter pour
organiser des sorties de l’école et permettre aux enfants de bien découvrir telle
ou telle particularité de leur environnement écologique et social (paysage,
biotopes, lieux de vie des animaux, ateliers d’arts plastiques, clubs sportifs,
échoppes d’artisans, Entreprises, centres de loisirs ...). C’est-à-dire leur
donner une dimension de citoyen
8. Le temps de 16h00 à 20h00 se
prête bien aux activités physiques et sportives. La température corporelle est
alors maximale, le métabolisme est élevé, la force musculaire et les
coordination sensori-motrices sont optimales. Pourquoi ne pourrait-on organiser
alors des liens particuliers entre l’école, les familles et les lieux 0ù ces
pratiques sont possibles ?
9. On pourrait alors avoir des vraies semaines scolaires avec des journées
allégées, moins stressantes et mieux structurantes. Du cours préparatoire au
cours moyen deuxième année, les enfants-élèves seraient en classe pendant 3
heures à 4heures 30, selon leur âge, le lundi, le mardi, le jeudi et le
vendredi, et pendant 2h.30 à 3 heures le mercredi matin. Les autres temps sous
la responsabilité de l’école (première heure et fin de la matinée, temps de
restauration de la mi-journée, début et temps post-scolaire de l’après-midi)
seraient organisés soit dans des lieux aménagés (voir plus haut) soit en dehors
de l’école. Le mercredi après-midi, l’enfant-élève serait accueilli dans des
lieux spécialisés pour pratiquer des activités ludiques, sportives, culturelles
... en compagnie d’éducateurs, d’aides-éducateurs ... à l’initiative et sur
proposition des Mairies, des Associations ... En tout cas, lorsqu’il est laissé
à lui-même, faute d’avoir la possibilité
d’être en compagnie d’une personne au moins de la famille.
10. La semaine scolaire de 4 jours est une ineptie pour les raisons suivantes :
· elle ne
règle en rien la question majeure des journées scolaires trop longues, mal
organisées et sources de stress. Au contraire ! En effet, les enseignants qui
sont dans leur grande majorité des personnes consciencieuses et responsables,
ont tendance à programmer leur enseignement sur la semaine. Ce que, bien
évidemment, on ne saurait leur reprocher. Mais, la tendance est forte pour
qu’ils programment en 4 jours ce qu’ils programmaient auparavant en 4 jours et
demi lorsque le samedi matin était un temps scolaire. La tendance est forte
pour qu’ils passent plus de temps à enseigner les disciplines dites
fondamentales (lecture, écriture, grammaire, calcul, mathématiques ...) qu’à
proposer d’autres champs (musique, arts plastiques, activités physiques et
sportives ...) et plus simplement des moments de détente (quels adultes
accepteraient d’avoir tous les jours un temps contraint de 6 heures sans avoir
une possibilité de dérivatif, un moment de détente ... ?). D’ailleurs, dans les
écoles “semaine de 4 jours”, il n’est pas rare que la journée scolaire soit
prolongée de 10 ou 15 minutes, ou davantage, faute de temps pour terminer la
leçon, l’exercice ... surtout le vendredi, alors que les enfants-élèves
cumulent les fatigues de la semaine. Ce qui augmente encore la durée de la
pression pédagogique. Autrement dit, la journée scolaire est encore plus
fatigante, voire épuisante, surtout pour les enfants qui sont en échec scolaire
et/ ou pour ceux qui cumulent les difficultés précédemment rapportées. C’est
évident dans les écoles de ZEP qui accueillent des enfants plus vulnérables que
dans les autres secteurs. On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait
aggraver les inégalités sociales et la “fracture sociale”.
· il ne
reste plus de temps utile pour que les parents rencontrent les enseignants et
puissent prendre le temps de parler de leur enfant et de ses difficultés à
comprendre et apprendre, mais aussi de celles qui sont associées à la vie
familiale (séparation des parents, chômage ou santé dégradée de l’un des
parents ou des deux, événements déstabilisateurs ...). A la fin de la journée
scolaire (16h30-17h00), les enseignants sont “légitimement” fatigués ou peu
disponibles (ils ont aussi une vie de famille), et les parents ne peuvent pas
forcément se libérer de leurs obligations. Ce qui n’était pas le cas pour
beaucoup lorsque le samedi matin était un temps scolaire. Si la durée de la
journée était diminuée du lundi au vendredi inclus, il serait possible que
chaque école “institutionnalise” en conseil d’école un ou deux moments dans la
semaine (début de la matinée, milieu de l’après-midi) pour que les parents
puissent se libérer de façon prévisible en concertation avec leur employeur
afin de rencontrer le ou les maîtres à l’un ou l’autre de ces moments.
· la semaine
de 4 jours entraîne une année scolaire tout-à-fait aberrante. En effet, pour
répondre aux exigences du Ministère de l’Education Nationale (153 jours d’école
dans l’année), il faut “rattraper” les heures du samedi matin désormais non
scolaire. Il en résulte la programmation de matinées scolaires le mercredi ou
même le samedi à tel ou tel moment de l’année scolaire (l’Académie de la
Gironde est un exemple remarquable de ce “n’importe quoi” : il suffit de
consulter le calendrier annuel de ces dernières années), et la réduction de la
durée des petites vacances (elles durent 10 ou 12 jours et non plus deux
semaines complètes coïncidant avec deux semaines civiles, nécessaires pour que
les élèves et les enseignants eux-mêmes puissent bien se reposer des fatigues
du trimestre). Une conséquence est l’absentéisme scolaire lorsqu’il y a un
élève de l’école élémentaire et un élève du collège dans la même famille (le
collège ne pratique pas la semaine de 4 jours) : les parents gardent leurs deux
enfants avec eux en vacances, ou rentrent plus tôt, se privant et privant
l’aîné de jours de repos et de détente. Plus généralement, des estimations
citées par des personnels de l’Education Nationale font apparaître que
l’absentéisme s’est aggravé pour atteindre en moyenne de 20 à 25% avant les
vacances de février ou de la Toussaint. S’agissant de l’absentéisme, une autre forme est plus
pernicieuse : il n’est pas rare que, le vendredi, dernier jour de la semaine de
4 jours, des élèves quittent la classe entre 15h.30 et 16h.30 pour rejoindre
leurs parents qui les attendent à la sortie de l’école avec les skis, la
planche à voile ou de surf ... sur le toit de la voiture, et partir ainsi en
week-end jusqu’au dimanche soir ou jusqu’au lundi matin. Si ces précisions
doivent être apportées, c’est notamment parce que nombre de promoteurs de la
semaine de 4 jours ont mis en avant l’absentéisme du samedi matin pour
justifier cette semaine. S’agissant de l’année, il est hautement souhaitable
qu’elle soit organisée de façon régulière et stable : une innovation bienvenue
serait une succession de 6 à 7 semaines de classe et de deux semaines de
vacances qui coïncident avec des semaines civiles aux moments de plus grande
vulnérabilité biologique ou psychologique. C’est d’ailleurs ce que propose la
plus importante Fédération de parents d’élèves sous l’appellation 7-2 (la
FCPE).
· lorsque
les enfants partent en week-end le vendredi soir ou tôt le samedi matin, ils
rentrent plus fatigués et fatigables le lundi matin que les enfants restés à la
maison. Même si les recherches manquent (au plan scientifique, il est difficile
de réaliser des comparaisons dépourvues de biais méthodologique entre des
écoles “semaines de 4 jours” et des écoles “semaines de 4 jours et demi”), les
enfants “semaines de 4 jours” sont moins attentifs, plus endormis (lundi matin)
et plus agités (lundi après-midi). N’importe qui peut le constater en se
rendant plusieurs lundis dans une école “semaine de 4 jours” et, en alternance,
dans une école “semaine de 4 jours et demi”. En outre, je ne connais aucune municipalité qui ait prévu le samedi
matin un accueil des enfants dont les parents travaillent mais aussi des
enfants dont la famille cumule tellement de difficultés personnelles, morales,
sociales, ethniques ... qu’elle ne peut faire vivre à ses enfants un temps de
disponibilité, d’écoute et de tendresse au cours d’un samedi matin “libéré” des
obligations scolaires. N’importe qui peut déambuler le samedi matin dans la
banlieue des villes “semaines des 4 jours”, et constater que nombre d’enfants
sont “déjà” dans la rue à 08h30-09h00.
· lorsqu’on
évoque les parents séparés, divorcés ... et les familles recomposées pour
justifier “la semaine de 4 jours”, on se moque du monde. Ce qu’il faut changer,
c’est le stéréotype social et judiciaire d’une semaine scolaire à passer avec
l’un des parents (le plus souvent la mère) et d’un week-end à passer avec
l’autre parent (le plus souvent le père). Ceci est parfaitement arbitraire. En
réalité, ce qui compte d’abord pour tous les enfants, c’est la sécurité
affective, la confiance en soi et dans autrui qu’elle permet, la tendresse
partagée et le sentiment d’être aimé lorsque l’enfant retrouve sa mère ou son
père .. et non la quantité de temps passé avec l’un ou l’autre. En outre, il
est fréquent que, dans le cadre de la rivalité entre des parents séparés,
“celui du week-end” empile les activités le samedi et le dimanche ... pour
montrer implicitement (ou explicitement) à l’enfant qu’il est “meilleur” que
l’autre dans son rôle de parent. Le résultat est connu : le lundi, les enfants
sont plus fatigués et fatigables, moins réceptifs et disponibles. Autrement
dit, le lundi n’est pas un jour qui se prête bien aux acquisitions et
apprentissages, notamment pour les enfants les plus vulnérables. Quand on sait
que le vendredi est aussi un jour de plus grande fatigue (les fatigues de la
semaine sont alors cumulées), on peut se demander ce que la semaine de 4 jours
apporte aux élèves, alors qu’elle est limitée à deux jours vraiment utiles
(mardi et jeudi). Où sont les finalités et les missions de l’école ?
· Dans ce
domaine, les enquêtes réalisées auprès des enfants-élèves n’ont pas de sens. Ne
sachant pas vraiment ce que recouvrent les questions posées (combien d’enfants
ont le sens du temps ?), beaucoup vont répondre ce qu’ils entendent à la
maison. Ceux qui ont un discours maîtrisé et libéré vont exprimer clairement ce
que les parents lobbyistes de la semaine des 4 jours n’arrêtent pas de tenir en
soulignant les bienfaits du week-end libéré des obligations scolaires (ceux qui
ont les moyens de partir en week-end). Ils vont entraîner les autres qui n’ont
pas d’idée claire sur les questions posées, ou alors ces derniers vont répondre
aux attentes du maître, ou encore produire des réponses floues, contradictoires
... Sans compter les questions qui induisent des réponses conformes aux
attentes des questionneurs.
11. On ne peut aménager le temps scolaire si on n’aménage pas aussi les espaces
et si on ne met pas en oeuvre des stratégies d’accueil individualisé de
l’enfant-élève et de sa famille, surtout dans les secteurs ZEP.
12. L’ensemble des aménagements du temps et des espaces ainsi que les
stratégies d’accueil ne peuvent être bénéfiques aux enfants-élèves que dans le
cadre d’une école considérée comme un écosystème, c’est-à-dire un lieu de
vie centrée sur l’enfant et pas seulement sur l’élève, dans le cadre
d’interactions entre les personnes concernées (les enfants eux-mêmes, les
enseignants, le RASED, les parents, la famille, les autres éducateurs, les
partenaires extérieurs). Le conseil d’école ne suffit pas. Conçu avec la prise
en compte de l’âge, des différents types de difficultés de l’enfant-élève
handicaps sensoriels, moteurs, mentaux, linguistiques ...) et de sa famille
(parents eux-mêmes handicapés, séparés, immigrés ...), des facteurs sociaux,
culturels et ethniques, et de l’environnement écologique (facteurs saisonniers,
climat ...), “l’écosystème école” est organisé pour permette aux différents
enfants-élèves de se réaliser dans leurs différentes dimensions (un être de
sensorialité multimodale et de motricité maîtrisée ; un être curieux,
explorateur et découvreur ; un être d’émotions et d’affects ; un être
d’expression multiforme, d’interaction et de communication ; un être qui libère
des processus cognitifs jusqu’alors cachés, masqués, illisibles ou inhibés ; un
être créateur et inventeur ; un être d’imagination débridée ...).
octobre
2005