LA LETTRE DE
R.E.V.E.I.L. N° 01- 4 - janvier 2004
Sommaire
Quel socle de savoirs
commun à une génération ?
Laïcité : quelle est
donc la question ?
Faut-il accepter la
fermeture des écoles rurales de moins de 3 classes ?
Quelques rencontres en
février :
Premières rencontres de l’éducation citoyenne / rappel
Le Réseau Ethique et Pédagogie / rappel
Groupe de travail permanent sur l’éducation.
Perrier, une paroisse de
Basse Auvergne au 17ième siècle
***
Dans son très remarquable exposé sur
l’histoire du collège unique[1],
présenté lors du colloque du 13 décembre dernier, Claude Lelièvre, Professeur
d’Histoire de l’éducation à Paris V, pointe ce qui représente sans doute la
pierre d’achoppement de notre système scolaire actuel lorsqu’il dit que
« la question de « la définition d’un savoir commun
minimal » ou d’ « une culture commune » exigible à la fin
de la scolarité obligatoire, à la fin du collège, est restée durant tout ce
dernier quart de siècle une question vive régulièrement enterrée. »
Claude Lelièvre rappelle pourtant que
- « dès sa première conférence de
presse à l’Élysée, le 25 juillet 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait tracé les
bases de ce qui devait être le fondement du collège ( unique ) : « Le
premier objectif, c’est l’élévation du niveau de connaissance et de culture
des Français […]. On peut se poser la question de savoir si, à côté de
l’obligation de scolarité jusqu’à seize ans, il ne faudrait pas imaginer une
autre obligation qui serait de donner à chaque Française et à chaque Français
un savoir minimal ».
- dans son livre « Démocratie
française » paru en octobre 1976, VGE précisait : « La mise
en place d’un système de collèges pour tous les Français […] devra
s’accompagner sur le plan des programmes de la définition d’un ‘’savoir
commun’’, variable avec le temps[2]
exprimant notre civilisation particulière ».
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne
fut pas entendu !
Un quart de siècle plus tard, dans son
rapport présenté à Ségolène Royale, alors Ministre chargée des enseignements
scolaires, François Dubet ne le fut pas davantage lorsqu’il écrivait : « Le
collège doit mieux définir les savoirs et les compétences qu’il peut attendre
de tous afin de mieux identifier et hiérarchiser les priorités […] ce qui
suppose une réflexion sérieuse sur les compétences et les connaissances qui
doivent constituer le socle commun d’une génération ».
Entre ces deux dates, plusieurs rapports ont
pourtant souligné la nécessité « de réactiver aujourd’hui l’idéal
républicain d’un ‘’socle commun’’ de connaissances et de compétences, y compris
pratiques et réflexives devant être transmis au collège. » (rapport
signé par … Luc Ferry, en 1994 !).
Pourquoi ce refus (souvent très polémique)
de réfléchir à un « socle » de connaissances commun à tous les
jeunes Français ?
Vincent Troger[3]
notait que l’expression « savoir minimal » utilisée par VGE avait
déclenché les foudres aussi bien des syndicats d’enseignants dits
« conservateurs » comme le SNALC ou dits « progressistes »
comme le SNES, que de la société des agrégés, qui avaient tous crié au
« nivellement par le bas ». En fait, sous le prétexte de défendre
« le haut niveau culturel de l’enseignement secondaire », les
professeurs n’ont toujours défendu que leur propre discipline contre toute
réduction de programmes et d’horaires[4]. Car
ils ne pouvaient envisager autrement un « socle commun » que dans la
perspective d’une liste de savoirs (programmes)[5]. Pour eux, la définition d’un « socle de
savoirs » commun à tous les jeunes ne pouvait conduire qu’à établir
une liste réduite de ces savoirs.
Dans « les
sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur »[6],
Edgar Morin propose un « viatique minimal pour nous aider à regarder
l’avenir en face ». Il trace ainsi les axes forts de ce que pourrait
(devrait) être cette « culture commune » qu’il appartient aux
générations actuelles de construire : relativiser les connaissances
humaines et non prétendre transmettre des savoirs constitués, des
certitudes intangibles présentées comme éternelles ; apprendre à situer
chaque information partielle et locale dans le contexte global où elle est
en interrelation avec d’autres informations et domaines ; rassembler et
organiser les connaissances dispersées dans les diverses sciences (y compris
les sciences humaines), la littérature, la philosophie, etc. pour permettre la
prise de conscience de la condition humaine et faire apparaître les
inter-rétroactions qui en font un tout complexe ; découvrir le destin
planétaire du genre humain par une approche historique des réalités
présentes ; développer conjointement les autonomies individuelles, les
participations communautaires et la conscience d’appartenir à l’espèce humaine
pour fonder une éthique du genre humain.
Edgar Morin donne ainsi un cadre théorique
cohérent et ouvre des perspectives nouvelles à ceux qui ont recherché, depuis
longtemps parfois, des pratiques pédagogiques[7]
permettant de relier les connaissances éparpillées et souvent isolées les unes
des autres dans des disciplines séparées, voire au sein d’une même discipline
et leur donnant ainsi du sens. Parmi ces pratiques, citons les recherches
partant d’une question très concrète que se posent les enfants ou les
adolescents : cette pédagogie du projet conduit à dépasser le cadre étroit
d’une discipline pour mettre en évidence les dimensions multiples du problème
posé. Dans son livre « une autre école pour nos enfants » (Delagrave
2000), André Giordan, donne quelques exemples d’une telle
approche interdisciplinaire : partant d’une question (d’actualité, à
l’époque) sur la maladie de la vache folle, il montre comment chaque élément de
réponse dans un domaine amène à poser de nouvelles questions dans plusieurs
autres domaines et à prendre finalement conscience de la complexité du réel qui
rend inopérantes voire néfastes, des « solutions » partielles
lorsqu’elles ne prennent qu’un aspect du problème en compte.
Les « Itinéraires de découvertes »
(I.D.D.), introduits au collège par le Ministère précédent, visaient à initier
les jeunes à une telle approche interdisciplinaire. Les Cahiers Pédagogiques
dans leur numéro double d’avril/mai 2003[8],
présentent de nombreux récits d’expériences menées par des professeurs dans
leurs classes. Ces pratiques, facultatives dans un premier temps allaient être
rendues obligatoires… mais le nouveau gouvernement en a décidé autrement :
elles restent facultatives et leur pratique n’a que peu de chances de se
répandre spontanément dans les années à venir. D’une façon générale, ces IDD
partent d’une question générale qui est étudiée par une classe ou un groupe
d’élèves issus de plusieurs classes, avec l’aide de plusieurs professeurs de disciplines
différentes travaillant en équipe. Une telle étude gagne à être menée dans le
cadre d’un projet visant à une production précise (exposition, production d’une
brochure, d’un journal, création d’un CD rom, etc.). Ajoutons que de tels
projets devraient intégrer une activité manuelle et si possible artistique
(fabrication d’un objet, d’une maquette, d’un diorama, d’une fresque, etc.),
tant il est important de ne pas réduire la culture à un ensemble de
connaissances intellectuelles.
Dans la Lettre de Réveil n°8-3 d’août 2003,
Rolande et Raymond Millot faisaient des propositions très intéressantes de
recherches à conduire avec des collégiens sur des thèmes qui les touchent de
près. Ils écrivaient notamment : « L’intérêt des enfants, dès
l’école maternelle pour une réflexion qu’on peut dire philosophique,
voire anthropologique, a été démontré. Après une période de latence à l’école
élémentaire, il revient en force au temps de l’adolescence.
Répondre à cet intérêt permettrait de donner
du sens aux objectifs dits “ fondamentaux ”, de faire
reculer l’ennui, d’activer l’appétence de savoir,
-développer l’esprit d’analyse et l’esprit
critique, la capacité de distanciation,
-favoriser
la vie coopérative et la participation à la vie démocratique de l'établissement
-ouvrir aux professeurs, un large
champ pour le travail transdisciplinaire, le travail en équipe,
la réalisation de projets, la collaboration avec d’autres partenaires,
d’autres institutions...
……. Ce temps de “ philo ” ne
pourrait se réduire à de simples conversations
mais occasionner des lectures et des recherches (en littérature,
histoire, cinéma, sciences etc...), provoquer des actions d’enseignement
disciplinaires et transdisciplinaires, et aboutir à des productions
intellectuelles pourvues d’objectifs fonctionnels, sociaux et culturels
.. »
Dans l’avant-propos de son ouvrage, Edgar
Morin précise encore « Ces thèmes (les 7 savoirs) par eux-mêmes,
permettraient d’intégrer les disciplines existantes et de stimuler les développements
d’une connaissance apte à relever les défis de notre vie individuelle,
culturelle et sociale. (Ce livre) ne traite pas de l’ensemble des matières qui
sont ou devraient être enseignées : il tient à exposer essentiellement
sept problèmes fondamentaux, d’autant plus nécessaires à enseigner qu’ils
demeurent totalement ignorés ou oubliés ».
Cela devrait conduire à reconsidérer
fondamentalement les places respectives des enseignements disciplinaires et des
activités transdisciplinaires[9] :
les I.D.D., par exemple, qui, jusqu’ici sont considérés comme une sorte de
« supplément d’âme » apporté au cours classique des études
disciplinaires, devraient devenir le point de départ de ces études. Ce
renversement n’est nullement impossible à réaliser : tout au long du 20ième
siècle, dans des milliers de classes maternelles et primaires, les enfants ont
appris à lire, écrire, compter, mais aussi à construire leurs repères temporels
(histoire) et spatiaux (géographie), les concepts de base nécessaires à une
compréhension du réel, etc. en partant d’activités globales menées dans un
cadre coopératif[10]. La polyvalence des maîtresses et des maîtres
de ces classes a facilité cette approche transdisciplinaire. De telles
approches ont été pratiquées au début des années 60 dans certains Collèges
d’Enseignement Général, lorsque les professeurs principaux étaient bi ou
trivalents. Elles ont régressé dans les Collèges à mesure que la monovalence
des enseignants devenait la règle.
Dans la lettre n°10-3 d’octobre 2003, nous
esquissions les grandes lignes de ce que pourrait être l’école fondamentale
commune à tous les jeunes français, sous le titre « Une organisation
effective de l’École en cycles multi-âges ». Une fois encore, répétons
qu’une telle transformation de notre système scolaire ne pourra être décrétée,
dans la mesure où elle repose sur une véritable « révolution
copernicienne » des mentalités aussi bien des familles que des
enseignants. Elle ne pourra qu’être expérimentée localement, dans des sites
pilotes[11]
reconnus par les pouvoirs publics, par des équipes éducatives volontaires
travaillant en liaison régulière les unes avec les autres. C’était là le sens
du Manifeste[12] que
nous avons lancé en 1998 et qui est à l’origine de l’association REVEIL.
Par quelles voies pourrons-nous obtenir ce
droit à une vraie expérimentation d’initiative locale ?
***
L’opportunité d’une loi interdisant le port
de tout signe d’appartenance religieuse (visant d’abord le port du voile en
classe par certaines élèves…) a suscité
de vives controverses. Les principes de la laïcité ont été souvent invoqués.
Sans entrer dans ce débat, nous pensons que les deux textes qui suivent
apportent des éléments de réflexion intéressants. Le premier montre que la
question est complexe et ne sera sans doute pas résolue par une loi. Le second
se place sur un tout autre plan en faisant une
proposition originale. Vos réactions intéresseront les auteurs :
n’hésitez pas à leur écrire en utilisant l’adresse de REVEIL qui transmettra.
Comme cela serait commode si la droite était
la droite et la gauche la gauche, si les laïques bouffaient du curé, etc., bref
si les autres de chacun ressemblaient à leur stéréotype ou à leur caricature.
Mais les choses sont plus complexes, et demandent des positionnements plus
subtils.
Ainsi, à propos du projet de loi sur le port
du voile, les pro-loi sont tous anti-voile, mais il s’en faut de beaucoup que
les anti-loi soient tous pro-voile. De même, tous les pro-loi ne sont pas
laïques, il s’en faut de beaucoup aussi, et tous les laïques ne sont pas
pro-loi. Regardons y donc de plus près.
Le projet veut interdire le port du voile à
l’intérieur des établissements scolaires publics. Le voile est proscrit pour
trois raisons : signe d’appartenance religieuse, contraire à la laïcité de l’école et de l’État ;
signe de la subordination des femmes et
contraire à l’égalité hommes-femmes ; signe de régression de la société et
de refus d’une intégration qui ne serait pas régie par l’intégrisme islamiste.
Ces trois significations du voile sont étroitement imbriquées, la distinction
du religieux et du profane étant mal assurée dans l’Islam. Or nous tenons à la
laïcité de l’école et à celle de l’État, nous tenons à l’égalité des droits des
femmes, nous refusons la prétention des islamistes à régenter la société. Mais,
avant de se déterminer quant à l’opportunité et à l’efficacité de la loi, il
importe de répondre à quelques questions :
- La laïcité de l’école s’impose à ses
personnels, y compris dans le domaine vestimentaire. S’impose-t-elle de la même
façon aux élèves ? Et même :
le port discret [13]
d’un voile est-il en lui-même un acte de prosélytisme ? [14]
- En quoi la vue d’une élève voilée
contrarie-t-elle la laïcité de l’école, en quoi agresse-t-elle les élèves
qui n’ont pas de religion ou qui en ont une autre ? La tolérance, la capacité à
dialoguer avec des personnes d’idées ou
de comportements différents demandent un apprentissage, une éducation,
que l’école - entre autres - doit assurer.
- Et d’ailleurs, en dehors des cas
regrettables liés à la confrontation entre jeunes juifs et jeunes musulmans (et
que la loi ne pourra pas empêcher, car ils ne sont pas liés aux
« signes »), peut-on dire que les jeunes sont offusqués par la vue
des signes d’appartenance ? n’est-ce pas plutôt les adultes qui témoignent
là d’une conception toute particulière de la tolérance ?
- Quelle est la définition de la laïcité
sous-jacente aux réponses que chacun donne aux questions précédentes ?
Cette définition est généralement implicite dans les débats actuels, il serait
bon de la rendre explicite.
- La loi sera-t-elle applicable, ou
au contraire ne va-t-on pas voir se multiplier les incidents, aussi bien dans
les DOM-TOM que dans les quartiers à forte concentration de population issue de
l’immigration ou à forte influence des islamistes ? Sans parler de tous
les petits incidents liés à l’interprétation de mots comme ostensible, ou à la
présence d’élèves (ou de professeurs) particulièrement motivés dans un sens ou
dans l’autre. Ces incidents pourraient amener à appliquer la loi de façon très
diverse selon les moments et les établissements, voire à la classer dans le
dossier des lois non appliquées.
- Même si la loi qui sera votée prévoit des
procédures de discussion ou de médiation, elle entraînera finalement un certain
nombre d’exclusions, aussi bien d‘élèves qui portent le voile tout à fait
volontairement que d’élèves qui y sont contraintes. Une partie de ces filles
rejoindra l’enseignement privé, c'est-à-dire pratiquement catholique, et des
écoles privées musulmanes ne tarderont pas à apparaître. Paradoxale manière
de défendre l’école publique.
- Une autre partie des filles, après 16 ans,
abandonnera les études. L’école a-t-elle perdu le pouvoir émancipateur que les
laïques lui reconnaissaient, mais qui n’agit évidemment que peu à peu ? Et
peut-on accepter facilement de renforcer l’inégalité entre garçons et filles
sur le plan de la scolarisation ? Même si l’idée d’interdire les barbes
ostensiblement islamiques ( ?) a sombré dans le ridicule.
- De toute façon, que les filles se
dévoilent pour rester scolarisées ou qu’elles abandonnent l’école pour rester
voilées, en quoi l’influence islamiste aura-t-elle diminué ? Si
elles abandonnent l’école, la cause de l’égalité hommes-femmes aura-t-elle
progressé ? Et donc quel est le but principal de l’opération :
répondre à la préoccupation des électeurs qui finissent par croire, grâce aux
médias, que tous les établissements sont envahis de filles voilées de la tête
aux pieds ? Qu’on ne s’y trompe pas : Le Pen engrangera les voix,
qu’il y ait une loi (voyez, ils ont fini par comprendre) ou qu’il n’y ait pas
de loi (voyez, ils ne défendent plus la France contre l’invasion).
- Faut-il être insensible aux inquiétudes
qui se manifestent à l’étranger, que ce soit dans les pays musulmans ou
dans certains autres pays comme les États-Unis ? De quoi se mêlent-ils, dira-t-on ? Mais de quoi se mêle la France lorsqu’elle déplore l’idée de
referendum à Taïwan, lorsqu’elle reconnaissait le génocide arménien,
etc. ?
- Enfin, quelle est l’ampleur du
phénomène ? Celui qui était
directeur des renseignements généraux jusque tout récemment, Yves Bertrand,
affirme qu’il n’y a pas eu d’augmentation du nombre d’affaires, et qu’il ne
s’agit que de « pics médiatiques ». Mais si vraiment le phénomène est
préoccupant, pourquoi exempter de la loi les établissements privés sous
contrat, qui participent au service public. La loi s’appliquera aux lycéennes,
mais pas aux étudiantes. Mais quid des élèves des classes préparatoires qui
sont dans les lycées ? comment organiser et justifier un traitement
différent dans le même établissement entre lycéennes et prépas, comment
justifier aussi que les étudiantes de prépa soient traitées autrement que les
étudiantes des facultés ?
- En tous cas, on constate qu’une faible
majorité seulement des musulmans est hostile à la loi et qu’une grande majorité d’entre eux estime importante l’égalité
entre femmes et hommes. Cela amène à penser que cette loi serait acceptable si
elle était accompagnée d’une loi portant sur cette égalité et lestée des textes
d’application sans lesquels ce ne serait à nouveau que de la poudre aux yeux.
De même, l’opposition à l’islamisme demande une politique résolue et constante
sur le logement, l’emploi, les discriminations. Sans un tel accompagnement
politique, qui ne semble pas l’ordre du jour, la loi sur le voile est
dérisoire, ou hypocrite.
Bref, on peut discuter pour savoir s’il faut
remettre à plat, par exemple dans la perspective du centenaire de la loi de
1905, tout ce qui tourne autour de la laïcité. Mais aujourd’hui le projet de
loi sur le voile apparaît de plus en plus à la fois comme une loi de
circonstance et comme une loi inapplicable[15]. Au
niveau politique, une diversion, qui ne réglera aucun problème,
peut-être au contraire. Au niveau individuel, assurément, ces questions ne
mettent pas en cause les principes, mais les réponses que chacun leur donne
révèlent peut-être les principes qu’il met en jeu et ceux que,
implicitement ou peut-être sans le vouloir, il récuse de fait.
Jacques
George, 27 janvier 2004
***
Proposition d¹ouverture, dans chaque
établissement scolaire, d'un local commun pour la mémoire, la modération, la
recherche de sens, la réflexion et le débat.
1 - A la suite de plusieurs témoignages
concordants, nous faisons la proposition de créer, dans chaque établissement
scolaire, un lieu ouvert à tous, spécial par sa non-spécialisation, laïque au
meilleur sens du terme.
2 - Des témoignages ont confirmé
l¹importance d¹un tel local. Lieu à la fois de silence, de recueillement,
notamment après des faits graves, mais aussi lieu de négociation et
d¹arrangement entre protagonistes désireux, au fond d¹eux-mêmes, de sortir de
la violence. Un lieu neutre « pour éviter de péter les plombs ». Un
lieu pluriel de discussion, de débat pondéré, de médiation. Un lieu établi à la
fois sur la liberté et sur la mesure.
3 - De tels locaux, ouverts pour
quelques jours, comme lieux de manifestation de compassion et d¹amour par
rapport aux victimes, à l¹occasion d¹un drame ou d'une catastrophe, ont, de
facto, continué de fonctionner toute l¹année.
4 - Ils ont contribué à « calmer le jeu » par la
mémoire des célébrations, organisées ou spontanées (poèmes, fleurissements
continus, musiques et autres productions de l¹art, méditations diverses,
réunions dignes et tranquilles pour rechercher des solutions à des problèmes
locaux, etc...). Ils invitent à des attitudes plus responsables, élèves,
parents, professeurs et autres personnels.
5 - Un tel local nécessite en réalité
peu de crédits. Le conseil d¹établissement peut en organiser la gestion en
élisant une équipe de responsables. Des locaux inutilisés ou récupérables
existent dans beaucoup d¹établissements. Fût-ce un coin de couloir dans un
petit établissement.
6 - Ce local pourrait remplacer les
aumôneries (ou chapelles) réservées à certaines religions. D¹autres convictions
revendiquent et revendiqueront de plus en plus le même avantage. Avec le
pluralisme des convictions, les demandes aboutiront vite à des impasses
matérielles... sauf à partager le même local entre tous.
7 - Ce partage sera la manifestation
objective d'une ouverture des convictions et spiritualités, entre elles et
devant la citoyenneté. Cette laïcité oecuménique (oecuménique
signifiant bien : "Tout le monde sous le même toit"), via un local
ouvert à tous, sur une base de respect réciproque, est une réponse adaptée au
pluralisme des convictions religieuses mais aussi politiques, économiques et
philosophiques à l'école.
Qu¹en pensez-vous?
Michel
PORTAL – Association pour l’éveil à la responsabilité à l’école (Aéré)
***
Suite à l’exposé du Ministère concernant le
poids des petites structures en milieu rural (écoles-collèges) dans la dépense
du Ministère de l’Education nationale :
Cf. le
point de vue de la FNER
(Fédération Nationale des Écoles Rurales) : http://www.marelle.org/users/fner/tract.pdf
et sa contre-analyse des projets
ministériels : http://www.marelle.org/users/fner/Reseaux_Statuts.htm
Pour ma part, je
ne suis pas d’accord avec la présentation du Ministère, rendant les petites
structures entre autres responsables de la dépense élevée d’éducation (%
PIB.au-dessus de la moyenne ; taux d’encadrement de 11 élèves / enseignant)
Fermer les petites écoles et collèges pour
concentrer les élèves dans de grosses structures est un non-sens à 4 points de
vue:
1. un non sens économique,
n’apportant aucune économie d’échelle au regard de la dépense publique ;
cela se traduit seulement par des transferts
de charge aux collectivités territoriales (coût des transports..), qui couvrent
largement, voire dépassent les économies de postes que peut faire le Ministère
de l’Éducation Nationale (cf. les travaux d’Alain Mingat (Iredu Dijon)…
2. un non sens scolaire
puisque la journée des enfants est alourdie
de temps de transports pouvant dépasser 3h par jour !
un non sens pédagogique
Les petites structures offrent des
conditions idéales de mise en œuvre des avancées de la réflexion pédagogique et
des textes (cf. réforme des cycles de la loi d’orientation de 89) ; elles
constituent des laboratoires d’innovation pédagogique dont s’inspire
aujourd’hui l’Institution, qui réintroduit en ZEP par exemple la pratique du
multi-âge (qui permet de tirer par le haut les plus petits et de responsabiliser
les plus grands)
A signaler par ailleurs la capacité de
certains enseignants à se saisir de l’immense richesse d’outils pédagogiques
dont regorge l’Institution (dont les nouvelles technologies en dernier lieu),
leur capacité aussi à former des réseaux et à mutualiser les moyens en
partenariat avec les parents et la société civile, entrant dans une démarche de
projet éducatif inscrit dans un projet de territoire, tel que prescrit par les
lois d’orientation de l’Éducation nationale de 1989, et de décentralisation et
pour le plus grand bénéfice des élèves et de la collectivité.
Cf. les travaux de l’I.G. Françoise Oeuvrard
et de la DEP, Yves Alpe (Observatoire de l’école rurale)…
3. un non sens / aménagement du territoire
L’école étant un facteur essentiel de vie
culturelle et de lien social..
Pour
conclure :
On doit donc considérer le coût des petites
structures de proximité non au seul regard des aspects budgétaires du Ministère
de l’Éducation nationale, mais au regard de coûts sociaux et de la dépense publique
en général ; il appartient bien au contraire au Ministère de l’Éducation
nationale de maintenir ce réseau afin de compenser les inégalités d’une part,
et de mieux impulser et accompagner les initiatives locales d’autre part.
Jacqueline
Boucher
***
Rappelons que la fédération ECE et le réseau
RECIT organise les premières rencontres de l’Éducation citoyenne les 7 et 8
février au Nouveau Siècle à LILLE. Nous avons présenté ces rencontres à
plusieurs reprises dans nos Lettres : tous les renseignements figurent sur
le site Internet de REVEIL.
Organise une réunion le 7 février au Collège
du Haut-Mesnil à Montrouge, de 10 heures à 15 heures, avec la participation de
J.C.Pettier qui animera un atelier philo suivi d’un débat sur les apports d’un
tel atelier.
(formé à la suite de la rencontre de
Bordeaux organisée sous l’égide de la Fondation pour le progrès en éducation en
juillet 2003).
A notre réunion de suivi, le 14 novembre, à
l’Institut, nous avons décidé de nous revoir régulièrement et d’abord en
février, après la consultation nationale sur l’école, pour mettre au point nos
modalités d’action. Ce que nous voulons, c’est faire aboutir au mieux nos
propositions et celles qui sont en concordance avec elles.
Pour avancer, et en attendant que le groupe
se structure, je propose une première réunion le dimanche 8 février de 10 h
à 12 h 30 au Café Beaubourg (1er étage), 100 rue St Martin
75004 PARIS, (Face au Centre Pompidou) Tél. : 01 48 87 663 96 Fax : 01 48 87 81 25.
Possibilité de brunch en commun après.
Pour préparer cette rencontre, je
propose :
objectifs :
faire aboutir, du moins avancer les idées que nous défendons. Autrement dit,
passer des exposés théoriques aux moyens pratiques)
méthode de travail : ne
pas avoir que des réunions généralistes, mais aussi des regroupements par
grands domaines (et petit nombre de participants). Cela me paraît la seule
manière de faire des bilans et élaborer des tactiques, donc d’être efficace.
Les grands domaines pourraient être ce qui concerne : les
structures, les personnels de l’éducation, les pédagogies, les contenus,
l’éducation aux valeurs et aux comportements, le péri et post scolaire. (ce ne
sont là que de simples suggestions à discuter).
pour la vie du groupe, vu la dispersion de nos lieux et de nos
emplois du temps, il m’apparaît illusoire de chercher une date convenant à tout
le monde. Il vaut mieux, me semble-t-il, fractionner, tenir des réunions
partielles et avec de bons comptes-rendus, progresser des unes aux autres. Il
vaut mieux
multiplier les petites réunions qu’attendre
la date improbable où tout le monde sera présent.
fonctionner au moins autant par transmission
écrite (des programmes, des acquis de chaque réunion) que par débat oral.
créer un bulletin interne, modeste mais fréquent,
qui assure une bonne communication, notamment pour les membres dispersés.
Tous les participants à la rencontre
bordelaise sont évidemment invités à cette réunion du 8 février. Je compte
particulièrement sur les personnes demeurant dans la région parisienne. Mais,
bien entendu, ce groupe se veut ouvert à toutes les personnes qui cherchent à
faire progresser l’éducation.
Sylvaine Marandon, Présidente de la
Fondation pour le Progrès en Éducation.
Une autre réunion est prévue, probablement
pour le 20 mars prochain. La date sera confirmée, le lieu et l’ordre du jour
proposé seront précisés courant février.
***
Fruit d’un travail d’analyse et de synthèse
sur les archives paroissiales du village, cette brochure de 91 pages (dont 5 en
quadrichromie) au format A4 est disponible sur demande adressée au Centre de
loisirs culturels 63500 PERRIER au prix de 12 € + 2,65 € de port. (chèque à
l’ordre du Centre de Loisirs). L’histoire de cet historique est présentée sur
le site de REVEIL ; les pages http://perso.wanadoo.fr/georges.herve3
donnent une petite idée du village et des actions entreprises par deux de ses
associations (site en voie de restructuration). Cette brochure découle de ces
actions…
***
à cotisation (non obligatoire) et autres !!!
Si vous voulez soutenir notre action.
R.E.V.E.I.L. est une association nationale
ouverte aux personnes et aux
associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site Internet – ou sur
simple demande à l'association) et notamment à leur article 2. Elle est
parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES, Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques PAIN. Le docteur Guy
VERMEIL en est le Président d’honneur.
La cotisation annuelle est modeste, presque
symbolique : à partir de 10 €, mais elle est indispensable pour que
l'association puisse continuer à fonctionner.
Merci aux personnes souhaitant soutenir
notre action et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à
R.E.V.E.I.L. (ou en renouvelant leur adhésion pour 2004) de bien vouloir se
signaler (chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ). Merci aussi et surtout à
celles qui nous ont renouvelé leurs encouragements et leur soutien en 2003.
La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée
gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut être
librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour la
recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à assoreveil@wanadoo.fr
Si vous n'êtes plus intéressé par cette
LETTRE, il suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.
Prochaine lettre vers fin février
2004.
Entre temps, quelques flash
possibles selon l'actualité.
Enrichissez cette LETTRE
par vos apports, vos questions, vos suggestions…
Contact : assoreveil@wanadoo.fr
Georges HERVE, adresse
postale : rue du Château 63500 PERRIER
[1] Cet exposé est présenté sur le site
Internet du Collectif à l’origine du colloque http://www.collegeunique.org ; il peut
être envoyé par courrier postal (4 pages) aux personnes n’ayant pas accès à
Internet, sur simple demande adressée à REVEIL. Merci de joindre une enveloppe
affranchie à 50 c à votre adresse)
[2] c’est à dire non figé une fois pour toutes,
ce qui était en effet essentiel.
[3] voir lettre n°4-3 avril 2003 ou http://assoreveil.org/college_unique_trogger.html
[4] récemment encore les projets
« d’allègements » des programmes de certaines disciplines au Lycée
ont soulevé les plus vives protestations de la part de plusieurs associations
de professeurs.
[5] Savoirs relevant des disciplines
académiques tels qu’elles ont été définies à la fin du 19ième siècle
en fonction des chaires universitaires existant à l’époque Ce qui explique
l’absence de sciences comme l’astronomie et, d’une façon générale, toutes les
sciences humaines (psychologie, sociologie, anthropologie, etc.)
[6] petit ouvrage de 130 pages, « synthèse
de toute une œuvre et de toute une vie », rédigé à la demande de
l’Unesco, édité par le Seuil en 2000. Nous en présentons les résumés des 7
chapitres tels qu’ils figurent en tête de l’ouvrage sur le site de Réveil.
[7] Dans la plupart des courants se réclamant
de l’Éducation nouvelle.
[8] n° 413/414 en vente aux Cahiers
Pédagogiques, BP 72402 44329 Nantes au prix de 11,20€, port compris.
[9] Que, provisoirement, nous désignerons comme
« recherches globales partant d’une question réellement posée par les
élèves ».
[10] qui ajoutait aux apprentissages des savoirs
et savoir faire, les savoir être et les savoir vivre ensemble…
[11] établissements entiers ou segments d’établissements
jouissant de l’autonomie d’organisation et de garanties de durée suffisante
pour permettre une bonne évaluation de ces recherches.
[13] Ne chicanons pas ; la burka n’est pas admissible, y compris
pour des raisons pédagogiques en empêchant l’échange.
[14] « Prosélytisme : zèle
déployé pour répandre la foi, pour faire des prosélytes, recruter des adeptes. Prosélyte :
tout nouveau converti à une religion ; toute personne récemment gagnée à
une doctrine, un parti, une nouveauté » (Petit Robert). Beaucoup de
textes envoyés à cette liste, y compris le présent, et qui argumentent pour ou
contre le projet de loi relèvent plus ou moins du prosélytisme. L’important
n’est pas la véhémence, mais la rigueur de l’argumentation et la capacité de
chacun à évoluer en fonction de sa propre réflexion et des échanges. Recruter
des clients ou recruter des adhérents ou des électeurs, c’est la publicité ou
la propagande. Aucune de ces activités n’est condamnable en soi.
[15] On peut évidemment renvoyer à des articles
ou à des livres. Où l’on trouve un appui à ses propres idées. Je trouve
important l’article de Denis Sieffert dans Politis du 22 janvier :
« La société française peut-elle enfin admettre qu’il y a parmi les
musulmans, même pieux, des courants sociaux, comme il y a des mouvements
racistes, et que le signe qui permet de distinguer les premiers des seconds
n’est pas forcément le voile ? Que les ‘modérés’ ne sont pas toujours des
anti-voiles, ou des athées, ou des proches du régime algérien ? La vérité,
c’est que la classe politique s’est gravement fourvoyée en posant au mauvais
moment une mauvaise question. »