LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N° 2 - 5 – février 2005
Sommaire
Petit rappel historique à propos des
« collèges pionniers »
LE COLLEGE PIONNIER DE LA MARONNE à SAINT MARTIN
VALMEROUX (Cantal)
Pourquoi une rencontre à St Gervais
d’Auvergne ?
Pour clore avec le chapitre de cette
rencontre,
L’école n’a pas d’histoire !
par André GIORDAN
Le changement, un processus paradoxal
Un communiqué commun à 14 organisations
Rencontre mensuelle exceptionnelle
de PRISME
Deux nouveaux ouvrages des Réseaux
d’Echanges Réciproques des Savoirs
Echanger des savoirs à l’école
Pratiquer la formation réciproque à l’école
Pour février sur le site:
http://perso.wanadoo.fr/jacques.nimier/
Autour de la pensée de Carl Ransom
Rogers*
***
En février 2000, Marie-Danielle PIERRELEE, qui avait été à l’origine de l’AUTO-ECOLE, structure d’accueil pour adolescents en rupture avec l’école, et qui était alors Principale d’un Collège du Mans, révoltée par l’inadaptation des Collèges aux besoins de tous les adolescents, avait lancé son MANIFESTE POUR UNE ECOLE CREATRICE D’HUMANITE (présenté sur le site Internet de REVEIL). Signé par plus de 6 000 personnes, ce texte avait entraîné la constitution spontanée de nombreux groupes de citoyens, enseignants et non-enseignants, qui avaient « planché » sur des projets « d’établissements pionniers » dans leur localité, principalement des collèges. Plusieurs de ces mouvements s’étant rencontrés, avaient décidé de coopérer ensemble et avaient fondé la Fédération « Ensemble, Changeons l’Ecole » (ECE). REVEIL avait participé à ce rassemblement des forces. Cette fédération avait établi des contacts avec les mouvements pédagogiques.
Devenu Ministre de l’Education Nationale, Jack Lang s’était montré intéressé par ces projets et avait créé une instance consultative chargée de les étudier et de les valider : le Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Scolaire (CNIRS). Malheureusement, les résistances furent nombreuses à tous les niveaux, qui s’opposèrent à l’ouverture de ces « collèges différents » et seuls trois projets purent se concrétiser à la rentrée de septembre 2001. Un quatrième collège fut ouvert à Bordeaux l’année suivante, alors que de nombreux projets avaient été validés par le CNIRS.
Parmi ces collèges, nous avons pu suivre d’assez près celui de St Martin Valmeroux, dans le Cantal. La décision d’ouverture prise par le Ministère n’empêcha pas l’équipe de se heurter à de nombreux obstacles. Il fallut toute la ténacité de ses promoteurs locaux pour que ce collège voie effectivement le jour et puisse durer. En septembre 2004, il est entré, dans sa quatrième année. Nous avons demandé à un enfant qui vient d’y entrer en 6e de nous expliquer un peu son fonctionnement. Il l’a fait avec beaucoup de clarté, nous a-t-il semble : cette lettre est consacrée pour une large part à « sa » présentation de « son » collège.
Précisons que ce collège rural, situé dans une très belle région du Cantal, accueille des enfants « du coin », mais aussi de diverses régions de France. Il dispose depuis peu d’un internat sur place, mais le nombre de places y est encore insuffisant. Il devrait être agrandi dans les années à venir ; en attendant, certains enfants sont hébergés dans un gîte rural du bourg.
L’une des réactions fréquentes à la lecture du texte ci-après est « bien sûr, c’est très intéressant, mais impossible à appliquer dans un collège de 6 ou 800 élèves ! » . Mais est-il « normal » de concentrer 6 ou 800 adolescents et parfois plus encore, dans un même bâtiment ? Une telle concentration n’est-elle pas, en soi, génératrice d’anxiété et de violence ? Quand donc les responsables politiques comprendront-ils que les « économies d’échelle » réalisées en concentrant les humains dans des grands ensembles d’habitation, des grosses structures éducatives, etc. ne peuvent conduire qu’à la perte du lien social, à la montée de l’angoisse[1], de la violence, qui sont responsables de l’augmentation des conduites a-sociales, de la délinquance, des maladies psychiques ? La France détient un record en matière de consommation d’ anxiolytiques et autres drogues psychotropes. Le budget de la Sécurité sociale est supérieur au budget de l’Etat : n’est-ce pas un signe qui devrait faire réfléchir les décideurs politiques ?
Il reste qu’il serait possible de scinder les établissements de taille moyenne au moins, en unités pédagogiques de taille humaine. Ce serait déjà un premier pas vers « une école créatrice d’humanité ».
***
Vu par un élève de 6ième, Quentin VERDEIL
«Le collège de la Maronne est un collège public de l’Éducation nationale ouvert à tous les enfants. Il accueille une soixantaine d’élèves qui apprennent la même chose que dans un autre collège, mais autrement. Le rythme de l’enfant est privilégié. L’autonomie de travail et la responsabilisation des élèves sont favorisées. Dans cette expérience, les enseignants sont aussi des accompagnateurs.» (extrait d’un film tourné par le CNDP dans cet établissement)
Un
enfant de 10 ans, entré en 6e en septembre 2004, a bien voulu nous
en expliquer le fonctionnement.
Dans le collège, (60 élèves environ), les jeunes sont répartis en 4 groupes de base dans lesquels ils restent – sauf incompatibilité – toute l’année, pour le tutorat et la gestion mais pas pour les cours..
Chaque groupe (environ 15 élèves) a deux tuteurs qui se répartissent les élèves pour la tutorat, la gestion, le temps banalisé, etc. Ce groupe se réunit régulièrement pour débattre de certains problèmes et questions de la vie scolaire. Chacun a un rôle précis et ce sont les rapporteurs qui… rapportent en Assemblée Générale du Collège ce qui a été discuté ou décidé dans le groupe.
Les élèves choisissent leurs ateliers. Ils sont donc mélangés de la 6ième à la 3ième et travaillent ensemble dans un atelier pendant 3 semaines. Mais à tour de rôle, chaque Groupe de Base (GB) doit assurer pendant 3 semaines la gestion. Pas d’atelier donc pour le GB dont c’est le tour.
La gestion consiste en différentes tâches intéressant la vie du collège : aide au secrétariat, à la vie scolaire, au CDI, ménage, rangements divers, etc.
Exemples d’ateliers : cirque, boxe, histoire de l’art, british isles, langues et dialectes, poésie engagée, etc.
Certains ateliers peuvent comprendre des projets à long terme (PLT)
Il n’y a pas vraiment de 6e, 5e, 4e, 3e mais trois niveaux dans chaque discipline. Chaque élève, en accord avec son tuteur et les professeurs, peut changer de niveau en cours d’année dans une discipline ou une autre. Au début, à l’arrivée en 6e, tous commencent au niveau 1. Les changements de niveau se font vers le haut ou le bas selon qu’on a bien acquis ou qu’on a besoin de retravailler une matière.
Les élèves de 6e et 5e ne sont pas notés. Leurs résultats sont ainsi évalués :
NON ACQUIS ; EN COURS - ; EN COURS + ; ACQUIS - ; ACQUIS.
Les élèves de 4e et 3e sont notés à cause du brevet. Pour chaque travail ou Unité de valeur, les élèves ont une fiche d’évaluation qui leur permet de visualiser si c’est acquis ou non.
Chaque élève a un carnet de bord qui reprend toutes les demandes de l’Education nationale et auquel l’équipe pédagogique se réfère, tout en l’adaptant au fonctionnement du collège.
C’est un cahier de suivi qu’on doit remplir chaque jour et qui permet de faire le point sur la journée passée. Il est rapporté à la maison, lu et signé par les parents. Il sert aussi de cahier de liaison avec la famille ; les questions et suggestions entre les tuteurs et les parents sont les bienvenues.
Chaque élève a un carnet de conduite avec 4 grandes valeurs à respecter dans le collège :
Chaque terme a sa définition et une échelle de 1 à 10 permet d’évaluer ses propres efforts ou lacunes. Grâce à des gommettes vertes (positif) ou rouges (négatifs), l’élève peut facilement voir si son comportement s’améliore ou régresse.
S’il y a un problème, on évite les punitions « bêtes et méchantes », mais on restreint progressivement les activités ou sorties autorisées.
C’est une pièce où l’on vient se détendre, jouer au ping pong, discuter, lire, acheter boissons et friandises de la coopérative. Les gestionnaires de la casbah doivent absolument être présents. Ils son quatre et se relaient.
Voici, à titre indicatif, l’emploi du temps de Quentin pour ce début de deuxième trimestre :
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LUNDI |
MARDI |
MERCREDI |
JEUDI |
VENDREDI |
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8 h 30 9 H 9 H 30 10 h 40 11 h 10 12 h 40 14 h 00 15 h 30 15 h 45 16 h 30 |
Tutorat Arts plastiques G2 PAUSE EPS G2 REPAS DE MIDI Atelier ou Gestion PAUSE Compter |
Math G1 (9 h 35) Anglais G1 PAUSE Français G1 (11 h 55) Physique G2 REPAS DE MIDI Atelier ou Gestion PAUSE Lire |
Temps banalisé Math G1 (10 h 30) PAUSE (10 h 45) Anglais G2
(12 h 00) |
Echanges de savoirs Infodoc (9 h 50) Français G1 PAUSE Histoire/Géo G2 REPAS DE MIDI Atelier ou Gestion PAUSE Ecrire |
Tutorat Math G1 Français G1 PAUSE Anglais G1 (11 h 55) Physique G2 REPAS DE MIDI Projets Long terme PAUSE Groupe de base/ Assemblée Générale |
Temps banalisé : temps où on peut aller voir les enseignants pour remédier à une évaluation qui n’a pas marché. Sinon, on reste en Groupe de Base pour devoirs ou autre.
Echanges de savoirs : aide réciproque entre élèves pour les matières
Infodoc : travail sur des documents pour apprendre à les comprendre et à les utiliser (thèmes différents selon les groupes de base).
G1, G2, G3 : groupes de niveau pour les cours
L’emploi du temps change tous les ½ trimestre pour les disciplines suivantes : Histoire/géo, EPS, Musique, Arts Plastiques, Physique et Sciences et vie de la terre (SVT).
Les activités (Lire, écrire, compter, PLT) changent tous les trimestres.
Situé dans la
région de SALERS, connue pour ses paysages très verts, fermé en 2000 pour cause
d’effectif trop faible, ce collège a pu rouvrir en septembre 2001, grâce à
l’engagement très actif du Maire de la commune, Christian Fournier, et d’une
équipe de parents et d’enseignants groupés autour de Marie et Cyrille Raynard
qui avaient élaboré un projet de collège pionnier rural, le premier en France.
L’avant-projet concernant ce collèget est présenté sur le site Internet de
REVEIL.
L’objectif primitif de l’association REVEIL est de « valoriser et encourager les initiatives locales » en matière d’éducation, et notamment mais pas uniquement, dans le domaine scolaire. Le réseau tissé depuis 6 ans maintenant concourt à poursuivre cet objectif en diffusant une information aussi large que possible par ses lettres et son site Internet . Je suis toujours convaincu que les évolutions positives, choisies par les citoyens et non présentées comme inévitables par les détenteurs des pouvoirs, ne peuvent prendre leurs sources que dans les initiatives locales de groupes ayant pris conscience des problèmes souvent graves engendrés par les situations actuelles dans différents domaines. Mais l’expérience m’a appris que réalisations locales les plus prometteuses n’ont pas d’impact sur la situation globale pour trois raisons :
A
ce sujet, André GIORDAN vient de nous envoyer un texte sur les conditions
nécessaires pour qu’une structure institutionnelle puisse évoluer. Il est
présenté ci-après ( « l’école n’a pas d’histoire »)
J’ai déjà eu l’occasion de citer ce passage qui me paraît si important du livre[2] d’Edgar Morin : « Le vingtième siècle a légué, sur le tard, des contre-courants régénérateurs Souvent dans l’histoire, des contre-courants, suscités en réaction aux courants dominants, peuvent se développer et détourner le cours des événements… Tous ces courants sont voués à s’intensifier et à s’amplifier au cours du XXIe siècle et à amorcer de multiples transformations ; mais la vraie transformation ne pourrait s’accomplir[3] que lorsqu’ils s’entre transformeraient les uns les autres, opérant ainsi une transformation globale, laquelle rétroagirait sur les transformations de chacun d’entre eux. »
C’est cette auto-co-transformation des divers « contre-courants » actuels qu’il faut favoriser : le temps presse ; le temps n’est plus à s’enfermer dans son domaine en ignorant les autres domaines ; il n’est plus non plus à se replier jalousement sur les réalisations et réussites de son passé ; il est à l’ouverture aux autres, aux échanges, à l’élaboration collective de cette « pensée globale » - véritablement globale et non partisane – qui donne du sens aux « actions locales ».
C’est sous le signe de cette ouverture que je voudrais placer la rencontre de St Gervais d’Auvergne, en juillet prochain. Bien sûr, cette rencontre sera centrée sur l’éducation, sur l’école, mais aussi sur les autres structures d’éducation, car il est évident qu’aucune transformation durable[4] ne pourra se faire jour sans que l’éducation y soit associée. Mais aucune transformation réelle de l’éducation, des structures et de leur fonctionnement, ne se fera sans que les acteurs de tous les autres contre-courants s’y associent.
C’est pourquoi je souhaite très vivement que cette rencontre ne se limite pas à celle d’enseignants éducateurs déjà convaincus et engagés, mais qu’elle s’ouvre effectivement à des acteurs engagés dans d’autres « contre-courants ». Les enseignants militants y sont souvent nombreux ; mais il est aussi important que des personnes non « spécialistes » des questions de l’éducation se joignent à nous pour empêcher les « spécialistes » de tourner en rond !
Les premières réponses reçues sont encourageantes : elles émanent d’un large éventail allant d’une ONG belge engagée dans des actions éducatives à l’aide de « méthodes participatives » au Sénégal à un pédopsychiatre travaillant sur la coéducation dans la région parisienne en passant par un spécialiste de la résilience et bien d’autres personnes. Il est difficile, sans fermer des portes, de figer dès maintenant un programme pour cette rencontre. Je propose, comme thème général, ou fil conducteur de nous interroger sur la question suivante :
« quelle éducation, quelle école, quelles structures et quelles orientations éducatives, pour quelle société, pour quelle humanité ? »
Selon les compétences des divers participants, nous pourrions partir de témoignages sur des actions et pratiques en cours, passées ou projetées, pour réfléchir ensemble sur leurs objectifs ; sur la manière dont elles s’insèrent dans un projet global ; sur les éléments de réponses qu’elles apportent à la question posée ci-dessus ; sur les conditions de leur succès ou les causes de leurs difficultés, les soutiens qu’il serait possible de leur apporter… Eventuellement, sur les élargissements possibles de ces actions. Nous profiterons aussi de la présence de certains spécialistes pour leur demander d’introduire quelques thèmes de réflexion collective.
Cette rencontre devrait se prolonger dans un
document écrit qui sera diffusé le plus largement possible, notamment sur
Internet (le nombre de visites quotidiennes sur assoreveil.org dépasse
maintenant largement les 350 et d’autres sites relaieront nos écrits comme ils
le font déjà) mais aussi aux responsables politiques de tous les niveaux :
le pire n’est jamais sûr !
A ce propos, j’avais lancé l’idée, jadis, de filmer (en numérique) des séquences évocatrices dans les lieux d’éducation pour les faire connaître, pour qu’au moins il reste des traces de ces actions. Les obstacles paraissaient nombreux. Je reprends cette idée aujourd’hui en la précisant : il s’agirait de réaliser des courts-métrages de 15/20 minutes au plus à partir de rush tournés dans des classes, des centres de loisirs éducatifs, etc. Le festival international annuel du court métrage vient de se tenir à Clermont Ferrand : je vais essayer de contacter les organisateurs pour trouver éventuellement une personne ou plusieurs qui pourraient réaliser des montages. De votre côté, si vous avez des idées, des compétences ou des entrées, n’hésitez pas à le faire savoir.
Pour le matériel – bien que les prix soient devenus abordables – tout le monde ne dispose pas d’un caméscope numérique. Mais dans tous les départements, il y a un CDDP ou un CRDP, une direction de la Jeunesse et des sports, une antenne de la Ligue de l’enseignement, une IUFM ou d’autres organismes susceptibles de pouvoir prêter du matériel, voire de faire réaliser les rush sur place. Ne pensez-vous pas que le jeu en vaudrait la chandelle ? On pourrait envisager aussi de rassembler de tels documents sur des DVD aujourd’hui bon marché et répandus pour leur assurer une grande diffusion.
peu
à peu, le programme devrait se construire en fonction des propositions que les
participants auront fait au moment de leur inscription définitive. Ces
inscriptions peuvent se prendre dès maintenant mais elles pourront se faire
tout au long des 4 mois à venir. Posons le principe que, sauf exception, l’ensemble
des participants devraient être connus le 15 juin au plus tard.
Périodiquement, je ferai le point et diffuserai l’état de la liste des
participants ainsi que leurs propositions d’apports. Si vous êtes intéressé(e)s
même sans être encore sûr(e)s de pouvoir venir, faites-le moi savoir sans
tarder.
***
par André Giordan
L’école n’a pas d’histoire ! Trente ans de réformes successives non préparées, non partagées, inachevées, pas évaluées n’ont servi à rien… Et pour confirmer cet état de fait, le nouveau ministre de l’éducation va proposer sa réformette personnelle : une supposée nouvelle loi d’orientation. Pourtant un peu de recul sur un passé récent montrerait que le changement de l’école ne se légifère pas... et que le changement ne vient jamais d’en haut !
Cette difficulté de
mutation n’est pas l’apanage de l’école : toute organisation réagit de la
sorte. Dans tout système humain (individu, service, entreprise, institution),
le fait de légiférer ou de décréter un changement immédiat et brutal est
ressenti par ses éléments ou ses membres comme un diktat. Tous le vivent comme
une agression et réagissent immédiatement en opposant toute l'énergie de
leurs résistances.
Les mesures seraient-elles favorables ou
porteuses d'innovations qu'il en serait ainsi ! Le
renforcement de l’enseignement des langues vivantes, les diverses dispositions
propres à soutenir les élèves en difficulté (classes relais, heures de
soutien), l’augmentation du volume des bourses, l’objectif de commencer à
penser la formation dans les instituts universitaires de formation peuvent
difficilement passer pour des mauvais coups assénés à notre système éducatif.
Sur un plan
européen, nous constatons que les institutions qui ont le plus fait l'objet et
les frais de tentatives de réformes maladroitement engagées, s'avèrent
précisément celles qui ont le plus de mal à évoluer. Il en résulte à chaque
fois un peu plus d'immobilisme. dramatique en période de mutation.
L’institution est
ainsi bloquée par la maladresse de ses dirigeants. Dès lors, il n’est pas
étonnant que la majorité des enseignants… attendent toujours la prochaine
réforme ! La situation de « réforme » est vécue par eux comme une
sorte de non‑acceptation de leur identité. L'exemple des TPE est
le plus démonstratif ; à tous les échelons, des élèves aux inspecteurs, des
résistances ont fusé lors de leur implantation non préparée avant qu'ils soient
encensés quand le ministre les… supprime !
Tout supposé
changement est perçu par les personnes comme un déni ; elles mobilisent
leurs freins pour se maintenir en l’état. Et pour les quelques téméraires, ou
les plus « obéissants », ou encore, pour ceux qui se laissent tenter
par quelques sirènes rénovatrices, le retour sur terre est toujours brutal. Par
exemple, que sont devenus les enseignants qui se sont investis dans
« l’Ecole du XXIe siècle » de Claude Allègre ? Ce
sont parfois aujourd’hui les plus conservateurs. Ils ont été lâchés en rase
campagne six mois après, sans un mot de remerciements. Et ceux qui ont cru au
développement de l’éducation artistique lancée par Jack Lang ? Comment les
remotiver ensuite pour une « nouvelle épopée » ?
Si l'on pouvait chiffrer les pertes dues à la non‑prise
en compte de "l'écologie" des organisations, on prendrait alors
réellement conscience du coût de ces attitudes dommageables dans la conduite du
changement. Et ce serait sans compter celles encore plus pernicieuses liées au
non‑respect déjà évoqué… L’énergie, le temps, la motivation mis pour
compenser cette frustration au lieu d'utiliser ces ressources et ces
compétences pour poursuivre un développement volontaire et enrichissant sont
incalculables. Un seul ministre avait bien perçu cette dynamique
négative : Edgar Faure. « En décrétant le changement, disait‑il,
l'immobilisme s'est mis en marche et je ne sais plus comment l'arrêter.»
C’était lors de la mise en place de sa réforme de l'Education nationale… en
1968 ! Depuis tout n’a jamais fait que se répéter…
Le changement réussi est de l'ordre de l'informel et du
complexe. C’est une transformation du regard qu’il s’agit de mettre en place en
premier. Il s'opère d'autant mieux qu'il s'effectue inconsciemment, un peu
comme les modifications du rythme cardiaque qui se produisent à notre insu. Il
s’élabore d'autant plus efficacement que l'on évite le recours aux ordres et
aux décrets qui sont généralement subis comme des cassures et des ruptures, et
que l'on prend appui sur les potentialités que tout système humain possède pour
évoluer. Ce sont les conditions de base pour obtenir la coopération des membres
et des parties d’une organisation dans sa dynamique d'évolution. Et cette
approche requiert toute la vigilance du promoteur de changement. Si celui-ci
met l'accent sur les défauts et cherche en premier lieu à les éliminer, il a
toutes les chances d'activer les blocages et par effet rétroactif de renforcer
les dysfonctionnements repérés. Par contre, le respect et la valorisation des
systèmes humains et des personnes dynamisent leurs possibilités d'évolution et
les autonomisent. Paradoxalement, c'est au moment où l'on s’accepte dans ses
propres manques et où l'on se sent reconnu que l'on peut entrer le plus
facilement dans un processus de changement. Toute organisation humaine, et cela
est encore plus vrai pour l’école et ses personnels, y compris de direction, a
fondamentalement besoin de cette reconnaissance et de cette valorisation avant
de pouvoir entrer dans une dynamique d’évolution. C'est alors que les
ressources et les compétences du système deviennent facilement mobilisables
pour parvenir aux fins souhaitées. Or contrairement à ce que l’on pense
généralement, les innovations ne manquent pas à l’école. Le problème est
qu’elles sont peu connues, pas évaluées, rarement mutualisées, jamais
valorisées. La plupart du temps, les enseignants les font même en cachette de
peur de se faire « taper sur les doigts ».
Le changement est éminemment paradoxal. Sans doute, sont-ce ces savoirs qui devraient faire partie du « socle commun de connaissances » de l’école. Cela serait certainement très utile à nos hommes politiques, mais pas seulement !..
C’est cette culture du changement qu’il s’agit d’injecter
dans nos organisations, et pour commencer à l’école. Nombre d’enseignants sont
déjà prêts à s’y lancer si on leur « lâche les baskets », si on les
reconnaît dans leurs efforts et leurs compétences, et surtout si on les
accompagne dans leurs faux-pas. Pour les autres, tout est une affaire de
recrutement, de formation et de reconnaissance… Sur ce dernier plan, un
ministre a alors peut être sa place…
André
Giordan, ancien instituteur, ancien professeur de collège et de lycée est
actuellement professeur à l’université de Genève et directeur du
Laboratoire de didactique et épistémologie des sciences. Par ailleurs, il
intervient toujours très souvent dans les ZEP. Derniers ouvrages : A. Giordan , Une autre école pour nos enfants ? Delagrave,
2002, A. Giordan, Apprendre ! Belin, nlle édition 2004 et le site LDES :
http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/giordan/LDES/index.html
***
Les textes sur le socle commun publiés dans la lettre précédente ont suscité un certain intérêt, si j’en juge par les retours reçus, mais il serait dommage d’en rester là sur ce thème actuellement très discuté. Cette notion de « socle commun » peut être interprétée de différentes façons : vous avez sans doute une idée personnelle sur ce que pourrait ou devrait être – ou ne pas être – un socle commun à tous les jeunes au cours de leur scolarité obligatoire. Exprimez-la, proposez-la au débat, même en quelques lignes.
L’expression « socle commun » évoque d’abord un ensemble de connaissances, de savoirs et de savoir-faire, ou encore de compétences. Ces mots recouvrent des significations très diverses : il faudrait s’entendre sur le sens que nous leur accordons. Par exemple, quelle différence faire entre « savoirs » et « connaissances » ?
François Dubet avait parlé, quant à lui, de culture commune : les interprétations sont plus larges puisqu’on peut entendre le mot culture dans son sens anglo-saxon, proche de celui que lui donnent les anthropologues. La culture est alors ce fonds de « langages » commun à un groupe qui permet à ses membres de communiquer entre eux, d’échanger, de se comprendre, mais aussi l’ensemble des valeurs fondamentales qui fondent les mœurs (éthique, ethos, morale, mores…) de ce groupe et définit la qualité des relations internes et externes. En ce sens, une démocratie peut-elle exister sans une « culture commune » à tous les citoyens ? A une époque où se développe un communautarisme qui tend à établir des cloisons étanches – plus étanches si c’est possible que celles qui séparent les classes sociales – comment envisager ce que pourrait être une culture commune ? Mais aussi une culture commune est-elle forcément destructrice (ou opposée à ) des cultures particulières ?
Il est question, semble-t-il, de demander à une commission spécifique nommée par le Ministre de décider de ce que sera le « socle commun » obligatoire. On peut craindre qu’il soit défini comme un « programme disciplinaire minimum » exigible de tous les enfants et adolescents – ou de la majorité d’entre eux. Faut-il attendre que les textes soient promulgués pour s’interroger et proposer d’autres approches ?
***
CEMEA, CRAP,
EDUCATION & DEVENIR, FCPE, FOEVEN, FRANCAS, GFEN, ICEM-Pédagogie Freinet,
LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT, OCCE, PEEP, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNPDEN
Nous
voulons une école où chaque jeune pourra construire son avenir
Nous, signataires de ce texte, avons, séparément ou ensemble, fait des propositions convergentes pour construire une Ecole pour la réussite de tous les jeunes. Nous contestons avec force les propos du ministre de l’éducation qui prétend qu’il n’y a pas d’alternatives à son projet de loi.
Nous
dénonçons l’incapacité de l’actuel projet de loi à transformer l’Ecole, à lui
donner une ambition à la hauteur des défis éducatifs, politiques, économiques,
écologiques et sociaux que les citoyens du XXIème siècle vont devoir
affronter. Les mesures avancées sont passéistes et conservatrices : la
suppression des TPE (Travaux personnels encadrés) en terminale et le retour des
punitions collectives allaient déjà dans ce sens. Faire porter aux familles et
aux élèves la responsabilité de l’échec est inacceptable. Permettre de recourir
au redoublement, chaque année, dès le cours préparatoire, ne résoudra ni la
question de l’apprentissage diversifié des élèves ni la question de l’échec
scolaire. Confondre, avec la note de vie scolaire, sanction et éducation,
respect des règles et engagement citoyen, est un retour en arrière.
L’Ecole à laquelle nous croyons ne peut accepter de laisser des élèves au bord du chemin. Elle refuse toute orientation précoce pendant la scolarité obligatoire et toute reconstitution de filières ségrégatives.
Nous continuons d’exiger le maintien d’une scolarité commune de la maternelle à la 3ème.
Nous continuons d’exiger de faire vivre l’organisation scolaire par cycles permettant la différenciation des interventions pédagogiques et l’accès aux connaissances et compétences selon le rythme de chacun.
Nous continuons d’exiger que les contenus des connaissances et des compétences soient réactualisés, que les formes d’évaluation soient diversifiées, y compris pour le baccalauréat, et que les missions et la formation des enseignants soient redéfinies, favorisant en particulier le travail de groupe et l’accompagnement individualisé des élèves dans leur processus d’apprentissage.
Le système éducatif reste aujourd’hui à transformer en profondeur. Ce projet de loi ne le permettra pas. Il ne trace aucune perspective d’avenir pour l’Ecole du XXIème siècle. Il ne crée pas les conditions de la réussite de tous les élèves, il n’a ni vision prospective ni ambition pédagogique et citoyenne.
Pourtant, de nombreuses pratiques innovantes, peu valorisées par l’Education nationale, fonctionnent avec succès dans des écoles, des collèges et des lycées : elles témoignent qu’il est possible de se préoccuper de l’avenir de chaque élève sans réduire les exigences scolaires.
Une Ecole qui se
soucie de chacun, qui l’accompagne au plus haut niveau possible, qui participe
à la construction du futur citoyen, qui fait travailler ensemble tous les
acteurs de la communauté éducative, c’est possible !
C’est cette Ecole-là que nous voulons promouvoir avec toute la Nation !
***
le 9 mars 2005
de 14 h 30 /17 heures
en Mairie de Paris 13ème (métro Porte d'italie) précédant l'AG
statutaire
L'Education aujourd'hui, et...
demain?
Quel regard porter sur la répartition des compétences dans le champ de
l'éducation?
Sur quels principes construire un réel projet de développement d'éducation et
formation tout au long de la vie?
avec
- Marie RAYNAL directrice de Ville Ecole Intégration et rédactrice de la
publication du SCEREN/CNDP Diversité
- Jocelyne LEYDIER Inspectrice générale de l'administration de l'Education nationale
- -Catherine
GUILOINEAU adjointe au Maire du 13ème arrondissement de Paris
- Voir sur site modalités d’inscription : http://www.prisme-asso.org/article.php3?id_article=213
***
Présentés par les auteurs le 18 mars prochain :
Abécédaire pour la réflexion et l’action
Préface de Philippe Meirieu
Et
Quand l’échange de savoirs est au centre du système scolaire
Préface de Jacques Pain
Le 18 mars 2005 de 19 H à 22 h, avec un Buffet.
4-6 Place de Valois, 75001, Paris
Métro Palais- Royal (proche de la station RER Châtelet-Les Halles)
***
"Les facteurs humains dans
l'enseignement et la formation d'adultes"
Réflexions sur le projet de loi
d'orientation qui amène plus de changements qu'il n'y paraît.
-Des livres: *Institution et changement (Processus psychique et organisation)
de Jean Claude Rouchy
et Monique Soula Desroche.
*Les enseignants ont aussi des émotions de Françoise Latry
***
12ème Rencontre Organisée par le Collectif Carl Rogers
ŒUVRE DE CARL
ROGERS POUR LA PAIX
Et résonance
dans le monde actuel
Avec pour invitée
GAY BARFIELD-SWENSON
Collaboratrice de Carl ROGERS, elle a été membre du Center for Studies of the Person,
Elle a participé à l’équipe de la Jolla,
Et a poursuivi le travail de Carl ROGERS à Institute for Peace.
Le dimanche 6
Mars 2005
De 9h30 à 17h30
Déjeuner libre à l’extérieur
Au Centre Adèle Picot
39 rue Notre Dame des Champs – 75006 Paris – tél : 01 45 49 80 92
Métro : Vavin ou Notre Dame des Champs
* Carl Rogers a développé l’A.C.P. : Approche Centrée sur la Personne
Contacts pour
renseignements :
Claudie de PERETTI tel : 01 45 26 06 83
Marie-Christine BREHANT tel : 01 43 64 45 02 – e mail : mcbrehant@wanadoo.fr
Stéphane HANCZYK tel : 01 43 28 06 24 – e mail : eleutherios@libertysurf.fr
***
à cotisation (non obligatoire) et autres !!!
Si vous voulez soutenir notre
action.
R.E.V.E.I.L. est une
association nationale ouverte aux personnes et
aux associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site
Internet – ou sur simple demande à l'association) et notamment à leur article
2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES, Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques
PAIN. Son Président d’Honneur est le Docteur Guy VERMEIL.
La cotisation annuelle est modeste, presque
symbolique : à partir de 10 €, mais elle est indispensable pour que
l'association puisse continuer à fonctionner.
Merci aux personnes
souhaitant soutenir notre action et, si possible, agir localement dans leur
région, en adhérant à R.E.V.E.I.L. (ou en renouvelant leur adhésion pour 2005)
de bien vouloir se signaler (chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ). Merci
aussi et surtout à celles qui nous ont renouvelé leurs encouragements et leur
soutien en 2004.
La version électronique
de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation
d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des
personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de
signaler votre adresse électronique à assoreveil@wanadoo.fr
Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il suffit de nous en
informer par mail ou courrier postal.
***
LA BOÏTE A OUTILS.
est toujours ouverte sur
le site de R.E.V.E.I.L.
Y figurent pour l'instant
quelques fiches de travail individuel pour entraîner les enfants à mesurer des
longueurs, quelques fiches pouvant orienter des expérimentations scientifiques
et un 'truc' pour aider aux bons réflexes orthographiques.
Si vous
avez mis au point des outils pédagogiques qui vous ont donné satisfaction dans
vos classes, pourquoi ne pas les partager avec d’autres collègues ?
***
Prochaine
lettre vers la fin mars 2005.
Entre
temps, quelques flash possibles selon l'actualité.
Enrichissez
cette LETTRE par vos apports, vos questions, vos suggestions…
Contact
: assoreveil@wanadoo.fr
Georges HERVE, adresse postale : rue du Château 63500 PERRIER
[1] La foule isole les individus ; le sociologue Schumpeter parlait de « foule solitaire ».
[2] Les sept savoirs nécessaires
à l’éducation du futur, Seuil, 2000
[3] par ce passage de
l’indicatif au conditionnel, Edgar Morin souligne que rien n’est assuré, que
tout dépendra de la volonté des personnes, de leur engagement…
[4] dans aucun domaine, que ce
soit en économie, en politique, démocratie, recentrage de la mondialisation sur
l’humain et non sur le financier, en écologie, dans le domaine de la santé, des
relations inter humaine, etc.