LA LETTRE DE R

LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L.  N°3 – 3   mars 2003

Sommaire

 

Une école du 3ième type : vue par Paul le Bohec

Ivan Illich ou la bonne nouvelle

Mets peu appétissants

Contre productivité

Sortir de l’écomisme

La pédagogie actualisante : suite

La pédagogie de la conscientisation et de l’engagement : pour une éducation à la citoyenneté démocratique dans une perspective planétaire.

Au carrefour de l’actualisation de soi et de l’humanisation de la société : plaidoyer pour une pédagogie de la participation et de l’autonomie.

Les critiques contre les IUFM,

Éduquer afin d’instruire : résolution

Les actes de la Journée d'études du 14 janvier 2002

L'école de la périphérie : construction et régulation de la ségrégation scolaire

L'école "sensible". L'éclairage des théories de l'ethnicité

Explorations autour de l'improvisation – 12/13 avril

Semaine de la coopération à l'école – 19/24 mai

Philosopher: pratique élitiste ou objet de formation ? – 4/5 juin

Faire de la classe un milieu éducatif – 2/9 juillet

« Œuvrer pour la paix : les paradoxes des conflits »

Souffrances des profs

Sur le site de Jacques Nimier

Quelques rappels…

***

Ivan Illich est mort, discrètement, en décembre dernier. Les analyses qu’il faisait dans les années 70 ont une résonance particulière à une heure où, dans l’esprit de la globalisation mondiale, la tendance générale est à la fermeture, pour cause de rentabilité financière à court terme, des structures à taille humaine et à la concentration en unités de grandes voire de très grandes tailles, qu’il s’agisse du commerce de la distribution, des services publics, des lieux de soins… ou des écoles. Les classes uniques[1] sont, dans bien des régions, de simples souvenirs que l’on évoque avec nostalgie comme l’a montré dernièrement le succès du film « Être et avoir » (pourtant discutable d’un point de vue pédagogique). Et l’on regrette une fois encore de ne plus disposer de documentaires filmés dans ces petites classes rurales à une ou deux classes où tant d’Instituteurs ont, au quotidien, su inventer, tout au long du siècle dernier, une autre école, « une école de 2ième type » - sinon une école du 3ième type !

Ceci pour signaler un livre « décoiffant » qui vient de paraître à l’Harmattan en décembre dernier, comme pour saluer une dernière fois Illich : « Une école du 3ième type », par Bernard COLLOT[2]. L’auteur, Instituteur, « explicite … à partir de 37 années de pratiques et de réflexion en classe unique rurale… les perspectives de Ivan Illich (une société sans école) ou de Michel Serres (la société pédagogique). » Bernard Collot a fondé les Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication où, jeune retraité, il poursuit ses recherches. Pour en savoir plus (en dehors du livre), visitez le site Internet http://www.marelle.org.

Juste un extrait du livre (p.209) : « les petites structures hétérogènes constituent en elles-mêmes des lieux éducatifs privilégiés… Le problème n’est pas de la gérer (l’hétérogénéité) mais de la rendre féconde. » Nous n’avons pas fini d’enfoncer le clou, qu’il s’agisse de l’organisation de la scolarité en cycles multi-âges (comme cela s’est fait depuis le début des années 70 à la Villeneuve de Grenoble, http://assoreveil.org/villeneuve.html ) ou de l’invention d’un Collège vraiment unique pour tous[3].

Une école du 3ième type : vue par Paul le Bohec

« Pour moi, la discussion sur la classe multi-cours tombe bien parce que je viens de terminer "Une école du 3ème type" de notre camarade Bernard Collot. C'est, à mes yeux, un livre-événement. Jamais le système scolaire du premier degré n’avait été aussi magistralement analysé. Seul un praticien de sa trempe pouvait le faire. Son approche est à dominante scientifique mais l'ensemble de son ouvrage est très  accessible grâce aux instants de vie qui sont également rapportés.

L'essentiel de l'apport de l'enseignant dans ce type d'école repose sur l'organisation : espace, temps, matériel, environnement, relations...Il n'y a plus qu'à laisser les enfants s'emparer de ce qui se trouve richement à leur disposition pour se construire collectivement leurs langages et s'approprier leurs savoirs. Dans ces conditions, il n'y a aucun inconvénient à les laisser cinq années avec le même maître car celui-ci se tient en retrait. Il n'est là que pour donner un coup de main lorsque cela s'avère nécessaire, ce qui signifie évidemment une continuelle et attentive présence. A la fin du cycle 3, les élèves se trouvent ainsi mieux armés pour affronter l'avenir. Cet ouvrage se trouve  pleinement en phase avec la réalité d'aujourd'hui et il est de ce fait indispensable pour celui, praticien ou théoricien, qui réfléchit sur la réalité de l'enseignement et sur son possible devenir.

Chacun pourrait savoir où il se situe dans le système et vers où il pourrait diriger ses pas. Bernard Collot fait le point de décennies de recherches effectuées par le Mouvement Freinet et il lui ouvre de riches perspectives. Il ne reste plus qu'à poursuivre. »

Ivan Illich ou la bonne nouvelle

Un des plus grands critiques de la société industrielle, Ivan Illich, est mort le 2 décembre 2002.

Jean‑Pierre Dupuy[4], qui contribua beaucoup à faire connaître ses idées dans les années 70,en résume ici l'esprit.

 

« Vorace consommateur d'énergie et de ressources non renouvelables, notre mode de vie est à terme irrémédiablement condamné. On imagine mal qu'il puisse durer encore plus d'un demi siècle. Un épuisement prochain des ressources fossiles à bas coût, associé aux effets du réchauffement climatique rend désormais impensable son extension dans le temps et dans l'espace.

Nous sommes au pied du mur. Nous devons dire ce qui compte le plus pour nous : notre exigence éthique d'égalité, qui débouche sur des principes d'universalisa­tion, ou bien notre mode de déve­loppement. Ou bien la partie privilégiée de la planète s'isole, ce qui voudra dire de plus en plus qu'elle se protège par des boucliers de toutes sortes contre des agressions que le ressentiment des laissés pour compte concevra chaque fois plus cruelles et plus abominables ; ou bien s'invente un autre mode de rapport au monde, à la nature, aux choses et aux êtres, qui aura la propriété de pouvoir être universalisé à l'échelle de l'humanité.

Mets peu appétissants

Il y a cependant une bonne nouvelle. C'est la mort sereine d'Ivan Illich, il y a quelques semaines, qui nous rappelle que nous l'avons déjà reçue, mais que nous ne l'avons pas entendue. C'était dans les années soixante dix, l'époque où ce critique radical de la société industrielle eut le plus d'influence. La bonne nouvelle, c'est que ce n'est pas d'abord pour éviter les effets secondaires négatifs d'une chose qui serait bonne en soi qu'il nous faut renoncer à notre mode de vie ‑ comme si nous avions à arbitrer entre le plaisir d'un mets exquis et les risques afférents. Non, c'est que le mets est intrinsèquement mauvais, et que nous serions bien plus heureux à nous détourner de lui. Vivre autrement pour vivre mieux.

Comment peut‑on dire que le mets est mauvais, puisque tous les peuples de la terre veulent y goûter ? Il faut, pour le montrer, tout un travail pédagogique que je ne peux qu'esquisser ici.

Contre productivité

L’arme principale de la critique illichienne est le concept de « contre productivité ». Passés certains seuils critiques de développement, plus croissent les grandes institutions de nos sociétés industrielles, plus elles deviennent un obstacle à la réalisation des objectifs mêmes qu'elles sont censées servir : la médecine corrompt la santé, l'école bêtifie, le transport immobilise, les communications rendent sourd et muet, les flux d'information détruisent le sens, le recours à l'énergie fossile, qui réactualise le dynamisme de la vie passée, menace de détruire toute vie future et, last but not least, l'alimentation industrielle se transforme en poison. Nous y sommes.

Derrière ce qui peut apparaître comme des provocations, se cache en fait une analyse minutieuse et rigoureuse des mécanismes de la contre productivité. Toute valeur d'usage peut être produite de deux façons, en mettant en oeuvre deux modes de production : un mode autonome et un mode hétéronome. Ainsi, on peut apprendre en s'éveillant aux choses de la vie dans un milieu rempli de sens ; on peut aussi recevoir de l'éducation de la part d'un professeur payé pour cela. On peut se maintenir en bonne santé en menant une vie saine, hygiénique ; on peut aussi recevoir des soins de la part d'un thérapeute professionnel. On peut avoir un rapport à l'espace que l'on habite, fondé sur des déplacements à faible vitesse : marche, bicyclette ; on peut aussi avoir un rapport instrumental à l'espace, le but étant de le franchir, de l'annuler, le plus rapidement possible, transporté par des engins à moteur. On peut rendre service à quelqu'un qui vous demande de l'aide; on peut lui répondre : il y a des services pour cela.

Contrairement à ce que produit le mode hétéronome de production, ce que produit le mode autonome ne peut en général être mesuré, évalué, comparé, additionné à d'autres valeurs. Les valeurs d'usage produites par le mode autonome échappent à l'emprise de l'économiste ou du comptable national. Il ne s'agit certes pas de dire que le mode hétéronome est un mal en soi, loin de là. Mais la grande question qu'Illich eut le mérite de poser est celle de l'articulation entre les deux modes. Il ne s'agit pas de nier que la production hétéronome peut vivifier intensément les capacités autonomes de production de valeurs d'usage. Simplement l'hétéronomie n'est ici qu'un détour de production au service d'une fin qu'il ne faut pas perdre de vue : l'autonomie. Or l'hypothèse d'Illich est que la « synergie positive » entre les deux modes n'est possible que dans certaines conditions très précises. Passés certains seuils critiques de développement, la production hétéronome engendre une complète réorganisation du milieu physique, institutionnel et symbolique, telle que les capacités autonomes sont paralysées. Se met alors en place le cercle vicieux divergent de la contre productivité. L’appauvrissernent des liens qui unissent l'homme à lui‑même, aux autres et au monde devient un puissant générateur de demande de substituts hétéronomes, qui permettent de survivre dans un monde de plus en plus aliénant, tout en renforçant les conditions qui les rendent nécessaires. Cette analyse démontre lumineusement pourquoi nous sommes tant attachés à cela même qui nous détruit.

Ivan Illich est mort ‑ et la résonance tolstoïenne de cette phrase n'échappera à personne ‑ mais ses idées sont promises à un bel avenir. »

 

Cet article a été publié dans le n°9 de février 2003, de la revue l’Écologiste, édition française de The Ecologist qui nous a aimablement autorisé à le reproduire ici.

4 numéros par an – 6 € le numéro. L’Ecologiste, 25 rue de Fécamp 75012 PARIS – site Internet : http://www.ecologiste.org  Il est reproduit ici avec l’autorisation de la revue.

Sortir de l’écomisme

« Une alternative au capitalisme néolibéral » un ouvrage collectif majeur diffusé par les éditions de l'Atelier, mars 2003.

A chaque époque, l’école ne peut être pensée en dehors du contexte global de la société dans laquelle elle s’insère. La crise qu’elle traverse actuellement ne peut être comprise que si l’on prend bien conscience de la mutation qui affecte la société humaine prise dans son ensemble. Or « l'humanité entre dans une nouvelle ère. Depuis le néolithique, l'activité humaine s'est basée sur la domestication de l'énergie pour transformer la matière, donner naissance à l'agriculture puis à l'industrie.  Aujourd'hui, ce sont les immenses capacités de stockage et de circulation de l'information qui, par l'informatique, la robotique, le numérique, les biotechnologies, et l'essor prodigieux des réseaux provoquent une mutation considérable. Les opportunités qu'offrent ces transformations, qui peuvent conduire à un développement inédit des relations humaines, sont gâchées, retournées, perverties par un système néo-libéral fondé sur la seule logique des intérêts financiers.  Loin des rivalités médiocres dont le monde politique nous donne trop souvent le spectacle, cet ouvrage propose une alternative : sortir de l'économisme. »

Cet ouvrage réalisé en partenariat avec la revue Transversales Science Culture, a été dirigé par Philippe Merlant, René Passet, Jacques Robin.

Revue trimestrielle, Transversales Science Culture est également un réseau de réseaux reliant des organisations, des associations, et des personnes (intellectuels, scientifiques, praticiens, citoyens) aspirant "à" et oeuvrant "pour" la construction d'un monde plus humain, plus responsable et plus solidaire.

Une présentation plus détaillée est proposée sur le site de REVEIL.

La pédagogie actualisante : suite

(voir lettre de Réveil de février 2003) Le texte intégral de ces 3 nouveaux chapitres seront présentés sur le site de REVEIL dans les prochains jours. Les propositions d’envoi par courrier postal tiennent toujours pour les personnes qui ne disposent pas d’Internet.

La pédagogie de la conscientisation et de l’engagement : pour une éducation à la citoyenneté démocratique dans une perspective planétaire.

Catalina FERRER
Faculté des sciences de l'éducation, Université de Moncton, (Nouveau-Brunswick), Canada.
Réal ALLARD
Faculté des sciences de l'éducation, Université de Moncton, (Nouveau-Brunswick), Canada.

Résumé : Cet article comporte deux parties interdépendantes. Dans l'introduction à la  première partie, l'éducation à la citoyenneté démocratique dans une perspective planétaire (ÉCDPP) est définie comme cadre de la pédagogie de la conscientisation et de l'engagement (PCE). Un portrait synthèse des défis multiples et complexes posés par la modernité sur les plans humain, social et environnemental est présenté avec, en contrepartie, un portrait des richesses ou des forces qui s'activent pour relever ces défis. Une réflexion sur l'importance d'une ÉCDPP sert d'introduction à une analyse des facteurs qui font que l'éducation mène souvent à des types de conscience qui ne permettraient pas de résoudre les problèmes contemporains et à une réflexion sur l'importance d'une éducation qui conduirait à une conscience ou littératie critique ainsi qu'à un sens éthique de responsabilité face à ces problèmes.

La deuxième partie porte sur la définition et la description de la pédagogie de la conscientisation et de l'engagement proprement dite. Les termes « conscientisation », « engagement » et « PCE » y sont définis ainsi que la transversalité des objectifs et les critères de classification des contenus de conscientisation abordés. Suivent une description des caractéristiques de la PCE et une analyse des obstacles à la conscientisation critique. En guise de synthèse, sont mis en relief les limites et les risques de la PCE ainsi que ses apports potentiels à la personne et à la société.

Au carrefour de l’actualisation de soi et de l’humanisation de la société : plaidoyer pour une pédagogie de la participation et de l’autonomie.

Hélène GRAVEL, Ph.D.

Faculté des sciences de l'éducation, Université de Moncton, (Nouveau-Brunswick), Canada

Raymond VIENNEAU, Ph.D.

Faculté des sciences de l'éducation, Université de Moncton, (Nouveau-Brunswick), Canada.

Résumé : La pédagogie actualisante se définit comme un processus dynamique de socialisation-autonomisation visant le développement et l'actualisation du potentiel de l'élève et de l'enseignant ou de l'enseignante. Le présent article présente le volet de la participation et de l'autonomie qui constitue l'un des huit volets complémentaires de la pédagogie actualisante, les sept autres volets étant ceux de l'unicité, l'accueil et l'appartenance, la conscientisation et l'engagement, la maîtrise et le dépassement de soi, la coopération, l'inclusion et la dimension intégrative et réflexive. Après avoir établi les fondements pédagogiques et psychologiques de la participation et avoir défini le concept d'autonomie dans ses dimensions affective, cognitive et sociale, les auteurs décrivent les conditions de mise en place d'une pédagogie fondée sur la participation et l'autonomie ainsi que les obstacles qui peuvent être rencontrés tout au long de ce processus. La concrétisation d'une pédagogie fondée sur l'autonomie et sur la participation implique des conditions facilitantes dont les principaux axes sont l'engagement, la relation éducative et l'intention pédagogique. Dans la dernière partie de l'article, les auteurs présentent un modèle de participation-autonomie qui sous-tend un processus d'humanisation nécessitant un concert de complicités nécessaires, une intention pédagogique constante et l'acceptation que l'éducation se fait avec les autres et surtout à travers, dans la rencontre à l'autre.

Les critiques contre les IUFM,

« aussi virulentes soient-elles, ne doivent pas nous entraîner vers le repli et la crispation. Mais, au contraire, nous amener à mieux redéfinir notre projet, pour être fidèles à nos principes fondateurs et faire face aux défis de l’École d’aujourd’hui. »

Ainsi commence un plaidoyer de Philippe Meirieu, Directeur de l’IUFM de l’Académie de Lyon, pour les IUFM qui, aujourd’hui, sont attaqués de toutes parts. Ce texte de 5  pages, trop long pour être reproduit dans cette Lettre, sera sur le site de REVEIL dans les prochains jours, ainsi que le PLAN DE FORMATION 2003-2006 adopté par le Conseil d’Administration de l’IUFM du 19 septembre 2002 (46 pages). Il peut aussi être envoyé en doc. joint sur simple demande ou par courrier postal aux personnes ne disposant pas d’Internet.

 

 

COMPTE-RENDUS

Éduquer afin d’instruire : résolution

…élaborée à la suite du colloque du 8 janvier 2003 sur "Éduquer afin d'instruire", organisé par la Fondation pour le progrès en éducation à l’Institut de France, Cette résolution a été rédigée par Sylvaine Marandon (Fondation) et Michel Portal (Aéré). Rappelons que ce colloque a porté sur les contenus (Qu’entendons-nous par éducation à l’école ? Quels aspects sont-ils actuellement courants ?…) et sur la    mise en œuvre (Où ? Par qui ?). La première partie a été introduite par les exposés de Bruno Mattéi (les compétences éthiques) et Armen Tarpinian (la connaissance de soi et la relation à autrui : des savoirs non transmis). La seconde, par les exposés de Christian Vitali (la vie scolaire) et Agnès Durafour (des réseaux pour se former aux attitudes éducatives). Les actes de ce colloque seront présentés sur le site de REVEIL au courant du mois d’avril.

 

Les participants au colloque du 8 janvier 2003 sur "Éduquer afin d'instruire", représentant entre autres dix asso­ciations éducatives, sont tombés d'accord sur les constats et les recommandations suivants :

1. Éduquer, au même titre qu’instruire a toujours été dans les missions de l’école, et l’est encore. Mais son importance est accrue et nécessite une nouvelle réflexion. Car de bonnes attitudes éducatives conditionnent parfois la transmission des savoirs.

2. L’éducation, modification durable des comportements, comprise et voulue par les intéressés demande du temps et des contacts personnalisés. Elle a un volet incitatif autant que répressif. Globalement, seul ce dernier est pris en charge dans notre enseignement.

3. Si l'on reconnaît que l’école (au niveau secondaire) doit renforcer son action éducative, elle n'en a pas les moyens actuellement.

4.. Les enseignants ont inévitablement un rôle à jouer en ce do­maine et doivent y être préparés. Ils sont un élément‑clé de l'équipe qui veille au bon déroulement des scolarités. Mais pour diverses raisons, ils ne peuvent assumer ce rôle seuls. Et les autres acteurs de l'éducation ont absolument besoin d'être renforcés. Le vide qui existe entre le sommet (chefs d'établissement, CPE) et la base (étudiants non qualifiés) devrait être comblé.

5. Les remèdes à cette situation sont apparus de plusieurs ordres.

a)       La constitution, ou la reconstitution, d'un corps d'éducateurs qualifiés et dotés d'un statut stable et reconnu ;

b)       L’augmentation significative du nombre des auxiliaires spécialistes : orienteurs, psychologues, médecins, leur permettant des visites plus fréquentes dans des secteurs moins vastes. Ils pourraient ainsi suivre l'ensemble des élèves, au lieu de s'occuper de cas spéciaux.

Ces deux mesures supposent des financements supplémentaires. A budget constant, deux autres solutions seraient à envisager :

c)       Diversifier les services des professeurs, en ouvrant à ceux qui le désirent la possibilité de s'investir dans un rôle plus spécialement éducatif. Dans ce but, remplacer, pour ces personnels volontaires, certaines heures de cours par des activités différentes.

d)       Avoir recours à des personnalités extérieures, ou adultes référents, modalité parfois mentionnée actuellement et figurant dans le rapport Fauroux. Ces personnes, possédant les qualités morales et relationnelles requises, seront en charge d'un petit nombre d'adolescents, dont elles connaîtront les aspects ps­ychologiques et sociaux autant que scolaires. Elles enrichiront, à titre bénévole, l'équipe éducative, à laquelle elles seront intégrées.

Les participants au colloque du 8 janvier savent que leurs propositions ne sont pas exhaustives. Conscients de l'enjeu et fortement motivés par la progrès en éducation, ils sont décidés à continuer à travailler ensemble:'et avec les autres parties prenantes. Ils seraient en particulier heureux. de participer à d'éventuelles consultations. Car le statu quo, laissant en suspens la définition et l'application de l'éducation à l’école, n'est pas une bonne solution.

Les actes de la Journée d'études du 14 janvier 2002

organisée par Éducation & Devenir, la FCPE, la PEEP, le CRAP cahiers pédagogiques, la Ligue de l'enseignement, Hachette Éducation peuvent être commandés au Secrétariat Général d'Éducation & Devenir, Lycée Saint-Charles - 5, rue Guy Fabre - 13001 Marseille  _ 12,50 €

Ils présentent notamment deux interventions :

L'école de la périphérie : construction et régulation de la ségrégation scolaire

par Agnès Van Zanten Sociologue

La notion d'école de la périphérie renvoie à une localisation, à un type de public et à une forme scolaire spécifique. Elle est l'aboutissement d'un processus de marginalisation, auquel contribuent les politiques nationales et locales (ou leur absence), le fonctionnement d'autres formes scolaires mais aussi l'activité quotidienne des acteurs locaux.

Dans un système éducatif qui a encore la réputation d'être un des plus centralisés, ce sont des "formes localisées" de régulation qui font tenir le système. Mais ces processus qui le font tenir contribuent globalement à creuser les inégalités et renforcer l'exclusion en créant un secteur périphérique qui fonctionne en marge du reste du système.

L'école "sensible". L'éclairage des théories de l'ethnicité

par François Lorcerie Chargée de recherches au CNRS La catégorie "sensible" appliquée à "établissement" ou à "quartier" repose sur un jeu d'indicateurs sous tendu par des théories explicatives. Dans les théories "savantes" on est passé d'une explication culturaliste (ce que "sont les publics défavorisés, leur "culture" supposée) à des explications interactionnistes et systémiques. Ainsi ce qui explique l'échec de tel élève, ce n'est pas son "être", mais sa "trajectoire". Mais la façon de voir culturaliste colle profondément à l'identité majoritaire.

L'approche en termes d'exigence d'intégration - alors qu'il s'agit d'assimilation - recouvre simultanément une imputation d'altérité - Eux et Nous - et une affirmation nationale. Mais les données sociologiques vont déplacer le problème : derrière des revendications de différence sur-médiatisées se cache une érosion des particularismes culturels des immigrés et surtout ceux-ci sont victimes de discriminations ; à l'école les situations discriminatoires ne sont pas ponctuelles, mais constituent un mode de fonctionnement.

Les groupes ethniques, décrit par Max Weber, sont ces groupes humains qui nourrissent une croyance subjective à une communauté d'origine, même si l'origine commune est purement fictive. Cette croyance se déploie à l'encontre d'"autres", tenus pour essentiellement différents et infériorisés donc  discriminés. La théorie de l'ethnicité offre donc une grille d'analyse pertinente.

COMMUNIQUÉS

Explorations autour de l'improvisation – 12/13 avril

Le GFEN Rhône-Alpes organise Samedi 12 et dimanche 13 avril 2003 un Stage Régional : Allez, on s'improvise !
S'essayer ensemble à devenir audacieux… peut-être une voie pour changer le monde…car "changer son monde, c'est déjà changer le monde"

Ateliers d'impro : danse contemporaine, musique percussions, poésie, théâtre, rencontres avec musiciens, poètes, danseuse...
Lieu : Groupe Scolaire n°9 Quartier des Moines 38070 St Quentin-Fallavier

Tous capables ! Tous créateurs !

Le GFEN défend, contre l’esprit de fatalité, l’idée que l’homme est responsable de son histoire, ou qu’il peut le devenir. Son pari philosophique « Tous capables ! » se fonde sur le fait que tous les hommes, les enfants des hommes, comme les peuples, ont des capacités immenses pour comprendre et créer, s’approprier un savoir vivant et opératoire.

100 rue de la Mairie, 38690 St Didier de Bizonnes gfen38@wanadoo.fr

Semaine de la coopération à l'école – 19/24 mai

L'Office Central de la Coopération à l'École (OCCE) et le Groupement National de la Coopération (GNC) organisent, du 19 au 24 mai 2003, une opération nationale inédite visant à développer, dans les écoles, la coopération, qu'elle soit scolaire ou économique.

Coopérer pour réussir...

Les objectifs de la "Semaine de la coopération à l'école" visent à :

• améliorer l'engagement des élèves au sein des coopératives scolaires,

• développer la coopération dans les apprentissages,

• présenter la coopération économique, ses activités, ses principes et ses valeurs, aux élèves et aux enseignants.

…dans les classes

Ces objectifs s'appuieront sur les actions suivantes :

Des outils pour coopérer dans la classe

• À l’aide d’un livret pédagogique élaboré par des enseignants membres de l'OCCE et envoyé dans toutes les écoles, il s'agira de mettre en place, dans les classes, des activités coopératives (Conseil de Coopérative, travail d'équipe…).

Des rencontres

• Grâce au réseau du GNC, il sera possible de prendre contact avec les coopératives d'adultes pour des visites, reportages, rencontres pour une meilleure connaissance réciproque des activités coopératives ou une initiation à l'économie solidaire.

Cette opération, parrainée par le Ministère de l'Éducation nationale et la Délégation Interministérielle à l'Innovation Sociale et à l'Économie sociale, est soutenue par un très grand nombre de partenaires de l'École (organisations syndicales, associations de parents d'élèves...)

Pour toute information, vous pouvez vous adresser à l'Office Central de la Coopération à l'École, 101bis, rue du Ranelagh, 75016 Paris, Tel. 01 44 14 93 30, Fax. 01 45 27 49 83 ou consulter le site de l'OCCE : http://www.occe.net

Si vous souhaitez recevoir le dossier de presse de l'opération, vous pouvez le demander à la Fédération nationale de l'OCCE.

Philosopher: pratique élitiste ou objet de formation ? – 4/5 juin

Nouvelles pratiques philosophiques : le 3e colloque national organisé par les CRDP des académies de Rennes et des Versailles (CDDP des Hauts‑de‑Seine), aura lieu les 4 et 5 juin 2003 à Nanterre (92).

Tables rondes, ateliers d'analyses de pratiques et de mise en situation, présentation de documents écrits ou audiovisuels : autant d'apports conceptuels et de témoignages qui interrogeront sur la spécificité des pratiques philosophiques à l'école, au collège, au lycée ou dans la cité, et sur leur relation à l'enseignement « orthodoxe » de la philosophie.

Ce colloque se donne pour objectifs de préciser les compétences nécessaires à l'exercice de ces pratiques, d'expliciter les méthodes mises en oeuvre, d'évaluer les effets des activités philosophiques sur les apprentissages des élèves et de cerner l'importance et l'enjeu de la réflexion philosophique dans la société contemporaine.

Public concerné : cadres de l'enseignement, équipes pédagogiques, enseignants, éducateurs déjà engagés dans ces pratiques ou qui s'y intéressent.

Vous pouvez proposer une contribution, vous pré‑inscrire, vous informer...CDDP Haut-de-Seine 41 av. du Roule, 92200 NEUILLY sur Seine – Marguerite.Marie.Gauthier@crdp.ac-versailles.fr

Faire de la classe un milieu éducatif – 2/9 juillet

Stage National AVPI Pédagogie Institutionnelle Strasbourg ( Bas-Rhin) du 2 au 9 Juillet 2003

Intensif, éprouvant comme la classe, ce stage est organisé par des praticiens des techniques Freinet et de la pédagogie institutionnelle à l'intention d'autres instituteurs, institutrices, professeurs d'école. Il accueille aussi des éducateurs chargés de classe et des maîtres de l'enseignement spécialisé.

ATELIER A1 - Techniques Freinet et pédagogie institutionnelle

D'abord savoir faire un journal, une correspondance scolaire, une sortie enquête, organiser et instituer des lieux...

ATELIER A2 - Une pédagogie efficace

La classe devient coopérative. Perfectionner les techniques, maîtriser l'organisation et les institutions. Savoir utiliser le dynamisme et les apports des enfants pour apprendre à lire, écrire, compter.

Demander une fiche d'inscription ou tout renseignement  (avec une enveloppe timbrée libellée à votre adresse) à : Isabelle ROBIN, 18, rue de la Matte 44600 Saint-Nazaire tél. : 02.40.66.44.79 mail : isa.robin-mahe@wanadoo.fr

Effectif limité : Nous devons donner un effectif précis à la maison d’accueil avant le 1er juin. Signaler au plus tôt votre intention, certaine ou pas, de vous inscrire.                                                                                                                                                             

 « Œuvrer pour la paix : les paradoxes des conflits »

Le numéro 107 de Dialogue, vient de paraître.

Le G.F.E.N. renoue ici avec ses origines lorsque au sortir de la première guerre mondiale savants et éducateurs ressentirent l'urgence de lutter contre l'acceptation fataliste par les hommes de la guerre comme solution.

Œuvrer pour la paix, oui, mais comment ? Comment apprendre à se responsabiliser et à se respecter ? Comment former à la prise de décision et à l'exercice de son pouvoir de penser ? Il s'agit dans ce numéro d'inventer d'autres rapports et de construire / faire construire des comportements citoyens. Par ses descriptions de pratiques il se présente comme un outil précieux pour donner à exercer la démocratie par des débats en classe, des démarches visant à rompre avec nos habitudes mentales… Quant aux récits d'expériences d'éducation à la paix et d'émancipation en Irlande, en Inde et à Jérusalem ils enrichiront notre réflexion sur les paradoxes du conflit. Conflit naturel et indispensable pour complexifier nos représentations et qu'il faut affronter pour ne pas se soumettre.

Vous pourrez également lire la déclaration du G.F.E.N. en faveur du collège unique.

Prix (frais de port compris) : 7,53 euros.

A commander au siège du GFEN, 14 avenue Spinoza – 94200 IVRY SUR SEINE

Souffrances des profs

Cahiers pédagogiques N° 412, mars 2003

À l’école, la souffrance des adultes peut apparaître au détour d’une mutation, d’une nouvelle classe, de l’arrivée d’un nouveau supérieur hiérarchique…

- Pourquoi souffrons-nous et ne le disons-nous pas ?

- Quels bouleversements de la société se répercutent dans l’institution scolaire et viennent heurter de plein fouet les individus ?

- Que se passe-t-il si aucun moment ni aucun lieu ne sont prévus pour parler de ces souffances, pour les partager, les travailler ?

Dans ce dossier,  pas de dolorisme, mais le pari que les analyses de la psycho dynamique du travail et de la psychosociologie sont pertinentes pour décrire aussi le milieu de travail des enseignants. Quelques contributions proposent l’éclairage des savoirs de la psychologie et de la psychanalyse. Des témoignages, au plus près de la réalité, nous parlent de reconnaissance mutuelle, de restauration de la confiance, de solidarité, de convivialité, d’action collective, d’humanité retrouvée dans le travail.

Un dossier à lire pour le plaisir et sans douleur ! Dossier coordonné par Daniel Picarda et Sylvie Premisler.

Sur le site de Jacques Nimier

Voici les thèmes abordés en avril :

« Mathématiques et sexualité »: entretien avec le mathématicien Jacques RIGUET.

La suite de la thèse d'Anne Jolly : -COMBATTRE, FUIR OU SUBIR ? Quelle attitude pour les enseignants ayant
supporté des violences ?

L'image que les enseignants ont de leurs jeunes agresseurs.

Portrait-robot des élèves agresseurs

Portrait-robot de l 'enseignant qui encourt le plus de risques d'être agressé

*Deux livres: "Le murmure des fantômes" de Cyrulnik

"La psychanalyse à l'épreuve de l'Islam" de Benslama

Quelques rappels…

à cotisation (non obligatoire) et autres !!!

R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux personnes et  aux associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site Internet –( ou sur simple demande à l'association) et notamment à leur article 2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES,  Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques PAIN.

La cotisation annuelle est modeste, presque symbolique : à partir de 10 €, mais elle est indispensable pour que l'association puisse continuer à fonctionner.

Merci aux personnes souhaitant soutenir notre action et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L. (ou en renouvelant leur adhésion pour 2003) de bien vouloir se signaler (chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ). Merci aussi et surtout à celles qui nous ont renouvelé leurs encouragements et leur soutien en 2002.

 

La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à assoreveil@wanadoo.fr

Toutes les lettres de REVEIL (2001, 2002 et 2003) sont présentées sur ce site : http://assoreveil.org

Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.

 

Prochaine lettre vers la fin avril 2003.

Entre temps, quelques flash possibles selon l'actualité.

Enrichissez cette LETTRE par vos apports, vos questions, vos suggestions…

Contact : assoreveil@wanadoo.fr

Georges HERVE, adresse postale :  rue du Château 63500 PERRIER

Site Internet de REVEIL : http://assoreveil.org



[1] Fermées pour cause de non-rentabilité financière, bien que l’argument fréquemment avancé est qu’elles présentent de mauvaises conditions pédagogiques (manque d’émulation, trop grande hétérogénéité des âges et des niveaux, etc.) alors que les travaux de Françoise OEUVRARD (Direction de l’évaluation et de la prospective au Ministère de l’Éducation) ont montré que les résultats scolaires sont globalement supérieurs à la moyenne nationale en classes uniques, et inférieurs à cette moyenne dans les R.P.I. (regroupements pédagogiques intercommunaux). Parents, enseignants, on vous ment quand on vous fait croire que l’hétérogénéité est un mal et qu’il faut, à tout prix – et celui-ci est parfois lourd pour les enfants – constituer des classes homogènes !

[2] 330 pages. A tout hasard, voici son numéro ISBN : 2-7475-3572-X , si votre libraire a du mal à le trouver sur Electre… Son prix : 26,50 €.

[3] A ce sujet, Jacques Hagopian nous a signalé un excellent article de Vincent Troger, Maître de Conférence à l’IUFM de Versailles « la fin du collège unique », paru dans la revue « Sciences Humaines » de mars 2003. L’auteur y rappelle notamment le rôle peu glorieux du SNES  et de la Société des Agrégés dans l’échec de la mise en place du Collège unique tel que l’avait voulu René Haby en 1975, ce qui a conduit à la situation que nous connaissons.  Cette livraison de la revue étant retiré de la vente depuis la parution de celle d’avril (un numéro chasse l’autre !), je vais demander à l’auteur l’autorisation de présenter ce texte très instructif sur le site de REVEIL. Dans la même revue, un court entretien avec François Dubet sur ce même sujet.

[4] Jean-Pierre DUPUY, ami d’Illich, est professeur à l’École Polytechnique et à Standfort. Il a écrit notamment « Pour un catastrophisme éclairé : Quand l’impossible est certain » (Seuil 2002) et « Avions-nous oublié le mal ? Penser la politique après le 11 septembre » (Bayard, 2002)

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