LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N° 3 - 4 – mars 2004
Sommaire
Pour
une décentralisation créatrice de démocratie.
Philosopher,
c’est apprendre à vivre !
Cahiers
Pédagogiques n°422, Mars 2004
Un
âge pour apprendre à lire ?
Ecrire
en toutes disciplines. De l'apprentissage à la création – cycle 3,
Oui
aux écoles en réseaux… mais dans le respect de la proximité !
Parmi
les nouveautés sur le site Internet de Réveil
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Sans entrer dans le débat politicien qui a suivi les élections du 28 mars, deux remarques semblent s’imposer : les élections régionales ont incontestablement marqué le profond mécontentement[1] de nombreux citoyens qui ont voté contre une politique (ou certains aspects de la politique nationale). Phénomène qui, nombreux sont ceux l’ayant remarqué, a tendance à se répéter tous les deux ou trois ans depuis une vingtaine d’années au moins. La France serait un pays ingouvernable : pourquoi ? Cela tient-il surtout à une résistance au changement chez les citoyens ou à la conception qu’ont de nombreux politiques (de tous bords) du pouvoir ?
Ma deuxième remarque est qu’on ne met pas assez l’accent sur ce que ces élections vont impliquer quant aux responsabilités des nouveaux « maîtres » des régions. Notamment sur le plan de la démocratie et donc de l’éducation, car on oublie trop souvent que ce sont les citoyens démocrates qui font exister la démocratie, les institutions ne pouvant que favoriser ou empêcher son émergence. Or on ne naît pas démocrate : on le devient par l’éducation, une éducation qui ne se limite pas à l’enfance, mais doit être poursuivie tout au long de la vie.
L’une des attributions récentes des conseils régionaux est la formation. Ce terme évoque essentiellement la formation professionnelle qui intéresse au premier chef les entreprises mais est aussi une condition essentielle de l’insertion professionnelle[2]. N’est-il pas cependant nécessaire aujourd’hui d’étendre le sens du mot formation très au-delà du champ professionnel[3] ? Dans ce cas, quel devrait être le rôle des conseils régionaux, des collectivités territoriales en général dans un contexte de décentralisation des pouvoirs ?
Il y a deux manières d’envisager la décentralisation des pouvoirs politiques[4] :
1. celle qui consiste, pour l’Etat, à se désengager de certaines charges financières en les transférant aux collectivités territoriales tout en conservant la haute main sur les décisions qui engagent l’avenir de la société – et donc des citoyens.
2. celle qui consiste à aider les citoyens à prendre leur destin en main, à construire leur avenir à la fois au plus près de leur quotidien et aussi dans une perspective de plus en plus mondiale ?
Dans la première perspective, la décentralisation n’est qu’une apparence : en réalité, le « peuple souverain » est considéré comme composé de sujets mineurs (la France d’en bas). Sujets incapables de comprendre la complexité et les impératifs du monde contemporain, la compétition généralisée de plus en plus âpre qui conduit à un état de guerre permanent dans tous les domaines (économique, idéologique, culturel, etc.). Devant une évolution présentée comme inéluctable le peuple ne peut que se soumettre… Il ne peut que s’en remettre à des « élites » politiques, administratives, économiques (la France d’en haut) qui elles, savent ce qui est bon pour lui [5]. Les réformes, dont il est beaucoup question depuis quelques années, ne peuvent venir que « d’en haut » ; comment s’étonner qu’elles soient vécues sous l’angle des intérêts particuliers ? elles apportent de nouveaux avantages à certains en en lésant d’autres. Si les mécontents sont plus nombreux que les satisfaits, la majorité des électeurs sanctionne le gouvernement en place. A entendre les « battus », c’est évidemment parce que le peuple a mal compris où était son intérêt. Le seul tort qu’ils se reconnaissent est de n’avoir pas usé de suffisamment de « pédagogie[6] ». Cette forme de démocratie représentative qui masque une réalité oligarchique[7], vit de plus en plus au rythme des séismes électoraux. Combien de temps le balancier électoral pourra-t-il encore sévir avant qu’une majorité des électeurs se réfugient dans un national socialisme autoritaire qui leur promet ordre et sécurité en échange de la liberté ?
Dans la seconde perspective, la démocratie se veut participative. Sans doute certains citoyens ont-ils acquis des savoirs qui leur donnent des capacités particulières, mais au lieu de se placer au-dessus de leurs contemporains, ils mettent ces capacités à leur service [8]. Il n’est de vraie démocratie que si le peuple est reconnu comme majeur [9], c’est à dire capable de se gouverner, ou tout au moins de participer réellement aux décisions qui concernent sa vie, son avenir. Ce qui suppose un réel « engagement » dans la vie de la cité de la part des citoyens responsables.
On pourrait évidemment développer ce schéma général, mais là n’est pas mon propos : ce que je voudrais faire sentir c’est que ces deux façons de concevoir la démocratie conduisent à deux types d’éducation opposés.
Dans le premier cas, l’Ecole est le lieu où des élèves se soumettent à des maîtres qui savent ce qui est bon pour eux. Les premiers sont mineurs, ignorants, incapables de se gouverner tandis que les seconds sont omniscients et donc omnipotents. En contrepartie, l’Ecole promet aux élèves une égalité des chances dans la compétition qui amènera certains d’entre eux à accéder au rang d’élites[10]. Si la compétition permet à quelques uns d’être des gagnants, elle condamne les autres à être des perdants. L’autre est considéré comme un concurrent qu’il faut « battre » pour être un gagnant. Cette Ecole favorise largement l’hyper individualisme ambiant ; ceux qui espèrent en tirer des avantages personnels sont tentés d’y entrer en consommateurs : les pourfendeurs de la « marchandisation de l’Ecole » qui invoquent les mannes de Jules Ferry pour refuser de la transformer en profondeur en sont-ils conscients ?
Dans le second cas, la mission première de l’Ecole est de préparer les jeunes à l’engagement lucide et démocratique dans la vie de la cité : cela passe, bien sûr par l’appropriation d’un certain nombre « d’outils » - dont la maîtrise de la lecture et de l’expression orale et écrite -, mais conduit surtout à se soucier d’une formation dans tous les domaines et notamment dans ceux du savoir être et du savoir vivre ensemble[11]. La coopération, l’entraide permettent à tous de progresser vers plus de lucidité. Cette formation jamais achevée, doit se prolonger tout au long de l’existence, sous la forme d’une auto-co-éducation qui va très au-delà de la formation professionnelle, nécessaire mais non suffisante. Formation initiale et formation continuée doivent d’emblée être pensées et organisées de manière à les relier intimement au sein d’une Institution éducative regroupant l’Ecole et les associations culturelles, artistiques et sportives à but éducatif.
Le passage d’une forme d’Ecole à l’autre ne pourra être décrété : il ne pourra être que progressif à partir d’initiatives locales. De telles initiatives ont existé depuis près de cent ans dans plusieurs pays – dont le nôtre, mais elles n’ont jamais pu se développer suffisamment parce qu’elles mettaient en cause des « pouvoirs établis » de toutes natures. Ceux-ci se sont souvent appuyés sur le centralisme jacobin qui fige les structures et le fonctionnement de notre système scolaire. La situation politique nouvelle issue du scrutin du 28 mars devrait permettre de créer des conditions plus favorables aux initiatives locales pour peu que les nouvelles majorités prennent conscience des responsabilités qui leur échoient : ou bien elles se cantonneront dans la gestion au jour le jour de l’existant ce qui, au bout du compte conduira à un nouveau retour du balancier électoral, ou bien elles auront l’audace d’innover et de favoriser les initiatives citoyennes et dans ce cas, elles auront enclenché une transformation progressive de la conception même et du fonctionnement de la démocratie.
Actuellement, les seules initiatives éducatives en rupture avec les pratiques courantes qui ont quelques chances de se développer et de durer n’existent que dans le privé – avec toutes les limitations sociales que cela entraîne. Le manifeste pour la reconnaissance de sites pilotes au sein de l’éducation nationale qui est à l’origine de REVEIL et plus encore le Manifeste pour une Ecole créatrice d’humanité lancé par Marie-Danielle PIERRELEE en 2000[12], ont encouragé des groupes de citoyens, parents et enseignants, à élaborer des projets d’établissements pionniers ou pilotes. Un tout petit nombre de ces établissements seulement a pu voir le jour, le plus souvent dans des conditions difficiles, alors qu’il en faudrait au moins un par département dans un premier temps pour qu’une dynamique du changement puisse s’instaurer. La détermination des nouveaux responsables régionaux, si elle se manifestait à l’échelle de tout le pays, ce qui est désormais possible, permettrait de surmonter les obstacles des conservatismes et les blocages institutionnels. La décentralisation actuelle a découpé notre système scolaire en trois secteurs (primaire, collèges, lycées) qui relèvent matériellement de trois niveaux de collectivités territoriales : la région est sans doute la mieux placée pour intervenir au niveau des départements et des communes afin de créer les conditions d’une continuité qui seule permettra à l’ensemble du système scolaire d’évoluer dans l’intérêt de tous et de chacun.
Georges HERVE, 31 mars 2004.
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La proximité des élections, la mobilisation de travailleurs sociaux face à la criminalisation de la misère, semblent nous contraindre à une posture de défense des institutions et des pratiques éducatives telles qu’elles subsistent ; il est vrai que l’on a envie de s’immobiliser face au risque de re création des filières au collège, l’éviction des élèves difficiles, le renvoi des filles portant le voile…
Et pourtant, la fonction de toutes ces exclusions, la plus insidieuse n’est-elle pas de nous faire croire que ce que nous défendons est actuel et de qualité ? N’y aurait-il donc rien d’autre à faire que de défendre l’école et la prévention spécialisée telles qu’elles sont ? Certainement pas, et c’est sans doute là l’effet le plus pernicieux car le moins attendu des chantiers de la démolition sociale que de nous faire oublier l’éloignement des pratiques et des institutions actuelles vis à vis des risques et des besoins sociaux d’aujourd’hui.
Et pourtant, comme il serait urgent de réactualiser ! Comment se contenter des pratiques d’un autre âge dans l’école élémentaire traditionnelle, du refus perpétuellement renouvelé de développer l’autonomie des élèves, la libre circulation, la participation aux décisions ? Comment accepter la « fracture technologique » qui se développe et qui fait que les lieux éducatifs sont moins bien dotés question informatique que le moindre supermarché ?
Comment accepter encore et toujours malgré les graves conséquences que nous relevons tous, le vide éducatif qui s’accroît (et se pénalise) entre l’école et les familles ? Comment cautionner la quasi inexistence pour l’immense majorité des enfants actuels d’éducateurs repérés et référents ?
Plus que jamais, la critique institutionnelle est de mise et plus que jamais, les enfants d’aujourd’hui ont besoin que l’on développe pour eux et avec eux des projets ambitieux.
Laurent. Ott (Mars 2004)
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Chacun éprouve périodiquement le besoin de faire le point sur lui‑même., Et donc, de réajuster sa morale, ses convictions et ses valeurs, en les confrontant au monde tel qu’il va, ou plutôt tel qu’il ne va pas. Puisque d’aussi près et d’aussi loin que se porte le regard, il semble qu’un peu partout notre petite planète, notre «vaisseau terre » soit «sorti de ses gonds » ; ainsi, parlait déjà au XVIe siècle un personnage d’une pièce de Shakespeare.
On discerne en particulier derrière le gouffre des inégalités, des injustices, des exclusions sociales de toutes sortes qui s’élargissent de par le monde, la montée d’un individualisme sans vergogne quasiment sans limites, où l’autre devient comme une ombre sans visage, qui a de moins en moins l’épaisseur d'un prochain ou d’un alter ego. Il y a comme un renoncement dans l’air du temps, mais qui ne s'avoue pas ouvertement, d’un idéal commun qui était pourtant au cœur du pacte et de la promesse démocratique portée par les valeurs fortes de « l’égalité des droits » pour tous et de la «.fraternité ». Mais le plus inquiétant de la quasi désertion dans les faits de ces valeurs universelles, s'opère dans une sorte d’indifférence partagée, du moins par le plus grand nombre.
« La tragédie de l’homme moderne n’est pas qu’il en sache de moins en moins sur le sens de la vie, mais que cela ne dérange presque plus » écrivait il y a un peu plus d'une dizaine d'années le philosophe mais aussi ancien président de la jeune république de Tchéquie, Vaclav Havel. Ce sont là des mots terribles, si l’on veut bien y songer. Non seulement parce qu’ils décrivent sans fard la vérité de l’homme moderne, mais par ce qu’ils laissent apercevoir, par l’abîme qu’ils ouvrent, les conséquences de l’affaissement civilisationnel que nous connaissons. L’une de ces conséquences, et non la moindre, est une sorte de fatigue existentielle qui s’empare des individus qui ont pour principal souci de s’occuper d’eux-mêmes et seulement d’eux-mêmes ou de leurs petits groupes d’affinités familiaux ou autres. « La fatigue d’être soi », pour reprendre le titre d’un essai récent, caractérise assez bien l’homme contemporain. Cette fatigue est la contrepartie de l’énergie que chacun brûle à investir dans l’« avoir », ses vanités, ses médiocrités, mais aussi dans la méfiance, la peur ou l’indifférence aux autres. « Si la vraie valeur c’est celle qui donne la force de vivre aux êtres humains », la question se pose de savoir s’il y a encore suffisamment d’énergie vitale parmi les hommes pour qu’un « désir d’humanité » continue de les habiter. C’est aujourd’hui la grande question qui est posée à l’espèce humaine en ce début de nouveau millénaire.
Mais, face à cet air du temps, il n’y a pourtant aucune fatalité. Ce qui caractérise l’homme, c’est, comme le disait Nietsche, « qu’il doit être surmonté ». Nul n’est obligé de renoncer et de se fondre dans une société de masse conformiste dont la démocratie, au nom de l’individu libre et autonome, a paradoxalement accouché. C’est là que la morale personnelle de chacun intervient.
Me revient en mémoire ce récit relaté dans un
conte oriental. Il y avait un incendie qui ravageait une forêt où vivaient une
multitude d’oiseaux. Tous avaient fui pour se préserver et, de loin, ils
regardaient le spectacle. Seul un petit colibri allait et venait entre un
ruisseau, où il puisait des gouttes d’eau, et la forêt où il allait déverser
son butin. Les oiseaux l’interpellaient et se moquaient de lui « Petit
colibri, tu ne crois tout de même pas que tu vas éteindre l’incendie avec tes
gouttes d’eau ! » Et le colibri de répondre « Sans doute
pas, mais j’aurai fait tout ce qui était en mon pouvoir. »
Faire ce qui dépend de nous jusqu’au bout, telle était la morale des philosophes stoïciens, au moment de la décadence et de l’effondrement de l’empire romain. Il est toujours possible de résister, de s’armer d’une morale pour les temps difficiles, où on peut au moins sauvegarder sa dignité et agir avec d’autres pour maintenir la flamme d’un « idéal commun ». A défaut de lendemains qui chantent, vivre et assumer chaque aujourd’hui comme la promesse d’une aube possible.
Bruno MATTEI (février 2004)
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Le 7 février dernier, le réseau ETHIQUE ET PEDAGOGIE organisait une rencontre au Collège du Haut-Mesnil de Montrouge autour d’un « atelier philo ». Cet atelier, animé par Jean-CharLes PETTIER, a permis aux participants de vivre une expérience analogue à celle qui peut être proposée dans les classes, dès l’école primaire. Le compte-rendu de cette séance est présenté sur le site de REVEIL, http://assoreveil.org/phil-etik-peda.html . Il est extrait du Comptoir aux idées, bulletin du réseau, présenté sur le site Internet du réseau http://www.reseau-ethique-pedagogie.org . Le numéro de février mars contient aussi le compte-rendu très instructif de « paroles d’élèves » ainsi qu’une réflexion de Denise DROIN sur « Quelle école pour demain ? L’homme au cœur de l’Europe. ».
SAMEDI 3 AVRIL 2004
à partir de 14 heures à la BOURSE DU TRAVAIL DE SAINT-OUEN (93)
Parmi les objectifs de l’association créée en 1998:
La création de collèges et lycées polyvalents publics
- constitués sur la base de projets pédagogiques coopératifs et la délivrance par le Ministère de l’Education Nationale d’un statut expérimental;
- La constitution d’équipes pour l’affectation dans ces établissements;
- Le développement de recherches et débats relatifs aux méthodes actives et coopératives dans le cadre de l’enseignement public secondaire.
Contacts : Association DECLIC C/O C. ALRIC 17, rue Jules Jacquemin 93310 LE PRE ST GERVAIS
mail : declic@tiscali.fr
Cette réunion sera suivie d’une A.G. de Déclic.
Tel est le thème du n°36 de la Revue (semestrielle) de Psychologie de la Motivation récemment paru. Son directeur, Armen Tarpinian, place cette livraison sous le signe de l’utopie créatrice.
Au sommaire :
Ecole : pierre angulaire, un entretien avec André de Peretti ; quelle Ecole pour quels individus , quelle société, quelle humanité ; Ecole et éthique ; un programme pour le millénaire : développer le quotient relationnel ; l’estime de soi dans le milieu scolaire ; l’enfant, le jeu et le travail ; développer les compétences psychosociales à l’Ecole ; promouvoir une éducation à la non-violence et à la paix ; pour une autorité éducative ; la démocratie à l’Ecole ; l’erreur et la faute ; les enseignants, tuteurs potentiels de résilience ; enseignants : travailler en équipe ; formation des chefs d’établissements ; apprendre.. mais quoi et comment ?
Cette revue est disponible au siège de l’association, 83 av. d’Italie, 75013 PARIS (15 € + 3 € de frais d’envoi).
Le dossier du mois : Apprendre à lire,
quoi de neuf ?
Coordonné
par Jacques Crinon
Où en est-on aujourd’hui dans la manière d’aborder le thème de l’apprentissage de la lecture ? D’un côté des recherches passionnantes, une avancée dans la connaissance de la manière dont les enfants apprennent, de l’autre un débat public très pauvre, beaucoup de simplisme et de démagogie (recherche de boucs émissaires comme la méthode globale, appel à de pseudo-spécialistes, recours à une sociologie réductrice –les enfants qui échouent à lire sont issus de milieux défavorisés- ou à des solutions miracles aux problèmes comme le redoublement ou la réduction des effectifs en cours préparatoire). Ce dossier arrive donc à point pour faire état de ce que l’on sait aujourd’hui et ouvrir des pistes, étayées par des pratiques concrètes en primaire ou dans le secondaire.
Quatre grandes parties : des pratiques innovantes ; l’état des lieux en matière d’évaluation de la lecture ; des outils (logiciels, sites, manuels) et « ce que nous apprennent les recherches récentes », en France ou au Québec.
Une mine de réflexions et de propositions, dans un ensemble coordonné par Jacques Crinon, formateur à l’IUFM de Créteil qui engage chacun à s’emparer vraiment de la question de la lecture, en refusant tout autant les simplismes, les querelles de chapelle ou encore la médicalisation des difficultés d’apprentissage. Plus que jamais , une approche plurielle s’avère nécessaire : travail sur les automatismes et travail sur le sens, travail sur le code et travail sur l’utilité de la lecture. De même qu’il est indispensable de mutualiser les bons outils et les ressources dans ce domaine. Nul doute que ce dossier fasse partie de celles-ci et aide les enseignants, souvent perplexes devant des débats confus, à y voir plus clair.
Rappelons que les Cahiers Pédagogiques publient désormais
chaque mois une lettre électronique : abonnement gratuit auprès de cahier.peda.nantes@wanadoo.fr
Officiellement, l'école " enseigne la lecture au CP, à 6 ans si l'enfant est à l'heure ". Quelle exactitude ! Et avant, c'est interdit ? c'est impossible ?
Demandons‑nous s'il y a un moment précis pour apprendre à parler. La réponse est non, bien sûr. L'enfant ‑ le bébé d'abord ‑ chaque jour, durant des mois, des années, en maintes occasions, essaie de communiquer avec tous ceux qui l'entourent. Parce qu'il a besoin de boire, de manger, de s'amuser, d'être consolé, de savoir, de comprendre... D'erreurs en corrections et réussites, il progresse plus ou moins vite. C'est long, un apprentissage.
Pourquoi apprendre à lire et à écrire ne procéderait‑il pas d'une semblable démarche ? C'est toujours pour répondre à des besoins que naissent des tentatives, maladroites souvent, des essais recommencés, soutenus par l'entourage : la famille, l'école. Toujours aussi long cet autre apprentissage. Il s'étale sur des années, bien avant le C.P. et encore après. Langue orale, langue écrite, c'est en vivant que chacun s'approprie leur spécificité. Je veux dire quand l'occasion se présente, que la nécessité s'impose.
Nous avons demandé à Cécile Dumas, institutrice en Grande section de maternelle, de bien vouloir nous indiquer comment elle aidait les enfants de sa classe à rencontrer l'écrit dans sa diversité. Comment, peu à peu, dans leur approche des textes, ces petits bouts d'hommes et de femmes apprennent à devenir lecteurs ou lectrices.
Vous lirez, dans les pages suivantes, une étape de ce long, difficile et passionnant parcours pour maîtriser le lire/écrire.
(cet article de Pierre Badiou introduit un bulletin de l’association BRIOUDE-VILLE-LECTURE ; il est suivi d’un entretien avec une Institutrice qui relate son expérience pour explorer l’écrit en grande section de l’école maternelle. Ce texte est présenté sur le site Internet de REVEIL)
Pierre Badiou
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Yves Béal, Martine Lacour et Frédérique Maïaux (GFEN),
Bordas, "Enseigner aujourd'hui", 2004, 128 p.,
Enseigner à écrire est une mission délicate et exigeante
qui se révèle passionnante. Il s'agit de transmettre le patrimoine de
l'humanité inscrit dans la littérature, d'aider à la compréhension du rôle et
des enjeux de l'écrit pour s'interroger et agir sur le monde.
Ce livre, qui prolonge la réflexion de Lire et écrire,
cycle 3 s'adresse à des enseignants débutants et expérimentés qui ne se
satisfont plus de pratiques désuètes. Il aurait pu s'intituler "Ecrire
: une aventure à vivre, un savoir-pouvoir à partager". Les auteurs,
militants au GFEN, proposent ici des pistes de réflexion et d'action pour
qu'écrire devienne une aventure personnelle et solidaire. La première partie
appréhende la manière de procéder dans le quotidien d'une classe, d'un cycle,
pour qu'écrire soit au cœur de la maîtrise de la langue et des apprentissages.
La deuxième explicite quels repères construire pour organiser ces
apprentissages entre recherche et création. La troisième s'appuie sur ces
repères pour faire écrire à partir de la littérature. Il s'agit là de permettre
à chacun de devenir concepteur d'ateliers d'écriture. La quatrième ouvre les
situations d'écriture à toutes disciplines afin que chaque "petit
d'homme" soit acteur du monde. Un livre pour (re)découvrir que tous les
enfants sont extraordinaires.
Prix (port compris) : 15 euros. Commande : GFEN - 14 avenue
Spinoza - 94200 IVRY S/ SEINE
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L’école, en tant que service public de proximité est en danger et requière la mobilisation du plus grand nombre pour être préservée. Tel est le constat auquel ont abouti les débats tenus durant l’assemblée générale annuelle de l’association « Ecole & territoire qui vient de se tenir le 7 mars à Saint-Juery près d’Albi (Tarn).
Regroupant associations locales et collectivités territoriales convaincues du rôle fondamental du service public de l’éducation comme outil d’aménagement du territoire, « Ecole & Territoire » se singularise par l’appui technique qu’elle apporte à ses adhérents dans leurs démarches, souvent judiciaires, pour s’opposer aux fermetures injustifiées de leur école. Au cours de l’année écoulée ce sont une quinzaine de recours administratifs qui ont été engagés permettant ainsi pratiquement à chaque fois de sauver les classes ou les écoles menacées.
Les perspectives d’une loi prochaine sur la réforme de l’école d’une part, et d’autre part, du projet de mise en réseau des écoles primaires présenté le 5 novembre dernier par le ministre délégué à l’enseignement scolaire Xavier Darcos, ont de ce point de vue de quoi inquiéter :
- ce type d’organisation, pourtant déterminante s’agissant de l’identité de l’école de demain, ne relèverait pas de la loi et se ferait par voie réglementaire ; ce qui semble difficilement acceptable dans la mesure où cela relativise énormément les ambitions de la loi sur la réforme de l’école
- les classes uniques et les écoles à deux classes seraient systématiquement condamnées ; un tel parti pris traduit une volonté délibérée de ne pas tenir compte de leur efficacité en matière de qualité de la vie scolaire et de leurs bons résultats pédagogiques dans les enseignements fondamentaux ; par ailleurs, le mettre en oeuvre conduirait à la fermeture d’un nombre considérable de petites structures de proximité et pénaliserait fortement les zones rurales les plus en difficulté ;
- les réseaux proposés se mettraient en place sur la base de regroupements des écoles par vingt , « voire trente et plus » ; un telle densification des établissements scolaires, défendue au nom de la capacité à proposer une offre pédagogique de qualité, risquerait de n’aboutir qu’à dupliquer en milieu rural les difficultés que rencontre l’Education nationale en milieu urbain, et se traduirait en tout état de cause par un retrait territorial conséquent des écoles de proximité.
- enfin pour financer le fonctionnement de ces réseaux, les moyens de l’Etat et ceux des collectivités territoriales (les enseignants pour l’Etat, le transport pour les départements, les locaux et équipements pour les communes ou leurs groupements) seraient mutualisés et gérés par la caisse des écoles, ce qui pourrait être la porte ouverte à un retrait progressif de l’Etat de ses missions régaliennes en matière d’éducation (à savoir assurer l’égalité de contenu de l’enseignement dispensé)
Selon « Ecole & territoire » une autre approche est à la fois envisageable et indispensable, qui recherche en priorité la proximité du service public de l’éducation comme garante de la qualité des résultats qu’il produit, qui certes procède à une mutualisation des moyens à mobiliser mais afin de privilégier la qualité des conditions d’enseignement sur le transport. Dans cette perspective, sachant que les associations d’élus s’apprêtent à souscrire un manifeste en faveur de services publics de proximité, « Ecole et Territoires » appelle ses dernières à la rejoindre pour faire en sorte que l’école de demain soit à la hauteur de ses enjeux territoriaux.
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Outre les textes évoqués dans cette lettre, vous trouverez notamment des informations concernant les suites données à la rencontre bordelaise de juillet 2003, un texte de Bruno Mattéi sur la laïcité, une réflexion de Daniel Favre sur la nécessité de déconnecter l’erreur de la faute, etc.
Dans le prolongement du Manifeste pour un débat public sur l’Ecole cosigné par 19 personnalités du monde enseignant, trois notes et un Hors Série ont déjà été diffusés par les auteurs. Une quatrième note vient de paraître : elle sera présentée sur le site de réveil d’ici une semaine environ. Elle porte sur les relations entre « parents et enseignants : une tension nécessaire. »
à cotisation
(non obligatoire) et autres !!!
Si vous voulez
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R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux
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est le Docteur Guy VERMEIL.
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et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L.
(ou en renouvelant leur adhésion pour 2004) de bien vouloir se signaler
(chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ). Merci aussi et surtout à celles
qui nous ont renouvelé leurs encouragements et leur soutien en 2003.
La version électronique
de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation
d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des
personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de
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Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il suffit de nous en
informer par mail ou courrier postal.
***
LA BOÏTE A OUTILS.
est toujours ouverte sur le site de R.E.V.E.I.L.
Y figurent pour l'instant quelques fiches de travail individuel pour
entraîner les enfants à mesurer des longueurs, quelques fiches pouvant orienter
des expérimentations scientifiques et un 'truc' pour aider aux bons réflexes
orthographiques.
Si vous avez mis au point des outils
pédagogiques qui vous ont donné satisfaction dans vos classes, pourquoi ne pas
les partager avec d’autres collègues ?
***
Prochaine
lettre vers la fin avril 2004.
Entre
temps, quelques flash possibles selon l'actualité.
Enrichissez
cette LETTRE par vos apports, vos questions, vos suggestions…
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: assoreveil@wanadoo.fr
Georges
HERVE, adresse postale : rue du Château
63500 PERRIER
[1] Pour paraphraser une phrase célèbre, on peut dire que ces élections ont montré que « la France compte 60 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement ! »
[2] bien que, dans l’état actuel de la société, la formation ne suffise plus à assurer l’insertion professionnelle.
[3] Comme le faisaient déjà les rédacteurs du plan Langevin Wallon dès 1945 (chapitre 7). cf. http://assoreveil.org/plan_l-w.html
[4] Pour les pouvoirs administratifs, il est remarquable qu’on parle de déconcentration et non de décentralisation : en fait, les administrations déconcentrées restent sous la tutelle des administrations centrales dont elles ne sont que les antennes locales.
[5] « nous pensons pour vous… »
[6] Ce mot a beaucoup servi depuis le 28 mars au soir.
[7] C’est à dire une république aux mains d’une minorité « d’aristocrates » qui s’emparent du droit de commander (kratein )en se présentant comme « les meilleurs » (aristos).
[8] Rappelons que ministre signifie d’abord serviteur.
[9] Comment un peuple mineur pourrait-il être dépositaire de la souveraineté nationale ?
[10] Particularité qui est, rappelons-le, relativement récente : l’Ecole de Jules Ferry qui a existé jusqu’aux débuts des années 60 ne prétendait pas assurer ce type « d’égalité des chances » : la société acceptait son organisation duale qui faisait que les enfants de paysans ou d’ouvriers devenaient majorirairement paysans ou ouvriers, tandis que les enfants des dirigeants avaient toutes les chances de succéder à leurs pères.
[11] Dans une précédente lettre, nous signalions l’ouvrage d’Edgar Morin, « les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur ». Le numéro 36 de la revue de psychologie de la motivation est entièrement consacré à quelques chantiers importants qui devraient amener à la nécessaire transformation de l’Ecole. (voir plus loin).