LA LETTRE DE R

LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L.  N°4-2     avril 2002

 

Sommaire

 

Un débat public sur l'école : pourquoi et pour quoi ?

Le forum régional sur l’éducation proposé par REVEIL est repoussé …

Éducation ou formation permanente ?

Pour faire avancer l’idée d’Education permanente :

une heureuse initiative locale.

La revue de psychologie de la motivation

La réussite, une idéologie ?

Dernière minute :

Quelques rappels…

 

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Un débat public sur l'école : pourquoi et pour quoi ?

Par Jean François VINCENT, Président de la fédération nationale de l’O.C.C.E.

 

Aujourd'hui les questions qui concernent l'école et l'éducation sont la plupart du temps, confisquées par l'Education Nationale. L'école, son projet, ses programmes... tiennent une place fort réduite dans les débats publics et les choix politiques.

ð        L'école doit trouver sa place au sein du débat public.

ð        Tous les citoyens sont concernés par ce débat.

Pour susciter le débat, soutenir la réflexion, les auteurs du Manifeste pour un débat public sur l'école (éditions La découverte), enseignants, chercheurs, parents d'élèves, militants de mouvements pédagogiques, syndicalistes, font un certain nombre de constats et de propositions, posent des questions.

 

Un nouveau projet pour l'école du XXIème siècle


Au début de la IIIè République, le projet de l'école était porté par l'idéal d'une laïcité militante et d'une école émancipatrice dans un système scolaire cloisonné, organisé de façon différente en fonction de l'origine sociale des élèves.

Si depuis sa création, " l'école de la République ", a, de façon tout à fait satisfaisante, rempli sa mission d'élévation du niveau d'instruction général, elle reste globalement, au travers de ses dispositifs d'enseignement, d'évaluation, d'orientation, une machine à sélectionner et à reproduire la stratification sociale. Or en un peu plus d'un siècle, la société a changé, les attentes à l'égard de l'école également et la question de la " scolarité obligatoire " ne se pose plus dans les mêmes termes .

ð        Il faut aujourd'hui définir un nouveau projet pour l'école du XXIème siècle.

ð        Il faut rendre plus lisible la portée politique de la mission de l'enseignant, en articulant les compétences nécessaires et le projet politique et social qui fonde ce métier, dans un contrat clair entre l'Etat et les enseignants.

(début d’une contribution pour le forum faisant suite au Manifeste cité, ouvert sur le site de l’OCCE : http://occe.net/manifeste)

 

 

R.E.V.E.I.L., avec d’autres associations, a tenté de diffuser ce manifeste et de participer au lancement du débat citoyen nécessaire – débat déjà demandé par le Manifeste pour une école créatrice d’humanité lancé par M.D.Pierrelée en février 2000 et sous-tendu par notre propre manifeste de juillet 98…) Force est de constater que ce débat n’arrive pas à s’instaurer nationalement. Il est sans doute nécessaire de l’initier localement d’abord. Mais même à ce niveau, les difficultés sont grandes. Les événements politiques actuels montrent une fois encore qu’il est possible de s’unir contre, mais quand saurons-nous nous unir pour ? Arriverons-nous à parler d’éducation des jeunes (et des moins jeunes) – et finalement de l’avenir que nous leur préparons à travers l’école en dehors de toutes arrières-pensées « partisanes » ?

Plus que jamais, la nécessité de lieux de rencontres « neutres » où tous les partenaires de l’éducation acceptent de dialoguer est nécessaire : R.E.V.E.I.L. et, au-delà, le réseau informel dans lequel notre association se situe, peuvent constituer un ce ces lieux… si vous le jugez utile.

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Le forum régional sur l’éducation proposé par REVEIL est repoussé …

à une date ultérieure…

Malgré des appels réitérés depuis décembre 2001, peu d’associations régionales ont été représentées à la réunion préparatoire qui s’est tenue à Clermont Ferrand, le 4 avril : il est vrai que plusieurs mouvements nationaux sont peu ou pas présents dans la région Auvergne. En lançant l’idée d’un forum co-organisé par le plus grand nombre possible de groupes et d’associations axées sur l’éducation, nous avons de toute évidence présumé du consensus qui pouvait les unir sur les finalités de l’école. Le 4 avril, il avait été décidé d’une autre rencontre le 25 pour « renforcer l’équipe » : de 7 associations présentes le 4, il n’en restait plus que 5 le 25. Il en est surtout ressorti que peu d’entre elles souhaitaient de nouvelles rencontres.

Obstinément, nous continuerons de faire avancer les idées et, en toute occasion qui se présentera, de tenter de les faire entrer localement dans la réalité.

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Et parmi ces idées, celle de l’éducation permanente nous semble particulièrement importante à développer – surtout si on y inclut le projet d’instaurer une vraie démocratie et « d’enseigner l’identité terrienne » comme le souhaite Edgard Morin. Le texte qui suit est le début d’une réflexion – en cours – qui figurera bientôt sur notre site Internet. Il est parti de l’un des rares points concernant l’éducation à avoir été –sommairement – évoqué au cours de la dernière campagne électorale : il s’agissait de reconnaître à chacun un droit à la formation permanente.

 

Éducation ou formation permanente ?

 

Le chapitre VII du Plan Langevin-Wallon (1946), intitulé " Éducation populaire" commençait par cette phrase : "L'éducation populaire n'est pas seulement l'éducation pour tous, c'est la possibilité pour tous de poursuivre au-delà de l'école et durant toute leur existence le développement de leur culture intellectuelle, esthétique, professionnelle, civique et morale."

 

Fin 1994, la Commission européenne lance le programme Leonardo da Vinci, doté d’un budget de 4,1 milliards de Francs français. Il a pour objectifs d’encourager  “ la formation tout au long de la vie, (le développement de) nouvelles formes d’apprentissage,… l’élaboration d’une méthode de validation des acquis… l’acquisition de la maîtrise des nouvelles technologies. ”

En février 1995, l'E.R.T.[1] publie un nouveau rapport “ Une éducation européenne – Vers une société qui apprend ” dans lequel on peut lire : " Les gouvernements nationaux devraient envisager l’éducation comme un processus s’étendant du “ berceau au  tombeau"…"

 

On pourrait se réjouir de voir les dirigeants du monde économique apporter leur soutien à l'idée que l'éducation ne saurait plus être limitée à la première partie de la vie de nos contemporains et abonder dans le sens de cette éducation permanente pour tous qui était déjà l'un des axes du projet de réforme de l'enseignement élaboré au lendemain de la seconde guerre mondiale… si le dernier rapport cité ne précisait : "La clé de la compétitivité de l’Europe réside  dans la capacité de sa force de travail à relever sans cesse ses niveaux de connaissance et de compétence… Dès lors, la responsabilité de la formation doit en définitive être assumée par l’industrie… L’éducation doit être conçue comme un service rendu au monde économique…"

Et d'ajouter : "L’éducation vise à apprendre, non à recevoir un enseignement…

Nous n’avons pas de temps à perdre. La pression concurrentielle intense requerra de nouveaux talents. Nous lançons un cri d’alarme. Les systèmes d’éducation ne s’adaptent pas assez vite à la révolution technologique. La réforme des systèmes d’éducation devrait bénéficier d’une priorité politique…

La présence d’industriels et de professeurs dans les conseils d’administration  réciproques serait une voie à explorer…"

 

Si dans ces textes, les termes de formation et d'éducation semblent souvent interchangeables, cela pourrait indiquer que pour les dirigeants du monde économique la finalité première de l'éducation est de donner les moyens à tous de se former tout au long de la vie pour "relever sans cesse ses niveaux de connaissance et de compétence" au service du monde économique.

 

La formation permanente serait donc essentiellement professionnelle – directement ou indirectement – pour que chacun puisse toujours répondre aux besoins de l'économie soumise à une pression concurrentielle intense et en évolution permanente. Sans doute, la formation professionnelle est-elle aussi nécessaire du point de vue des personnes : elle peut permettre d'améliorer sa situation dans l'entreprise, mais aussi de ne pas se retrouver exclu du monde du travail à une époque où les "plans sociaux" sont nombreux. Voilà plusieurs décennies que les augures nous annoncent que les jeunes des années à venir devront changer de métiers plusieurs fois au cours de leur vie active ; qu'une forte proportion des métiers existant aujourd'hui auront disparu dans dix ou quinze ans ; et qu'on ne peut pas même imaginer ce que seront la plupart des nouveaux métiers qui apparaîtront dans les décennies à venir. Ce qui rend effectivement une formation professionnelle continue plus indispensable que jamais.

 

Mais peut-on limiter l'éducation permanente à cette formation professionnelle au long cours, même si celle-ci comporte obligatoirement des aspects de formation générale ? Si la finalité de l'éducation est de "créer de l'humanité", selon l'expression de Pestalozzi, c'est à dire de permettre à chacun d'accéder à ce qu'Albert Jacquard appelle "l'humanitude", cette conscience, ces pouvoirs et ces trésors culturels (scientifiques, artistiques, littéraires, philosophiques…) longuement créés au cours des siècles par nos prédécesseurs, de participer, dans la mesure de ses moyens, à leur enrichissement par ses propres apports, si minimes soient-ils ; si l'un des plus beaux de ces trésors est le rêve d'une démocratie vivante et solidaire, dans laquelle chaque femme et chaque homme pourra effectivement maîtriser son avenir et celui de ses enfants et non subir passivement un ordre présenté comme inéluctable ; si… alors, l'éducation permanente devra être organisée pour qu'elle puisse effectivement développer " la culture intellectuelle, esthétique, professionnelle, civique et morale"  de chaque personne tout au long de son existence.

 

 

Pour faire avancer l’idée d’Education permanente :

R.E.V.E.I.L. organise une rencontre nationale à Perrier au cours de la deuxième semaine de juillet 2002 sur le thème de l’éducation permanente.

Cette rencontre se déroulera sur plusieurs jours, du 9 au 12 juillet sans que la participation de tous à l’ensemble de ces journées ne soit indispensable – tout en étant souhaitée. Ce sera aussi l’occasion de tenir l’assemblée générale de l’association.

Le programme sera proposé dans un prochain envoi et placé sur le site Internet de REVEIL.    

Retenez dès maintenant ces dates dans votre agenda et voyez si vous pouvez, par exemple, organiser vos vacances d’été en y incluant un séjour en Auvergne… une région          qui ne manque pas de charmes ! Vous pourrez vous faire une (toute petite) idée sur Perrier en allant sur http://perso.wanadoo.fr/georges.herve3

 

 

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Quand l’avenir du collège en milieu rural et l’éducation permanente se rencontrent :

une heureuse initiative locale.

 

L’avenir du collège en milieu rural passe par sa capacité à répondre aux besoins de la population locale et à élargir sa mission d'enseignement. Différentes formes de collaboration entre l'équipe pédagogique de l'établissement et les acteurs ruraux sont en place à Olliergues[2].

 

Fort d'être l'élément central de la vie de la commune et du canton, le collège s'ouvre aux habitants de plusieurs façons. Des visites d'expositions sont organisées au sein du collège. Les associations locales ont la possibilité de venir au collège pour promouvoir leurs activités sportives (tennis de table, foot ... ) et culturelles. Certaines salles sont mises à disposition pour l'école de musique. Les personnes du troisième âge ont pu se retrouver autour d'un repas au collège le 5 janvier dernier.

 

Dans le cadre de la création du Webzine du collège, les élèves ont pu retracer l'histoire de leur établissement en réalisant des interviews d'habitants de la commune et des communes environnantes.

 

Les habitants vont aussi participer à l'anniversaire des 40 ans du collège; un événement qui aura lieu en fin d'année scolaire et pour lequel les habitants sont sollicités (collecte de photos, témoignages, écrits divers, préparation des animations ... ).

 

Les conditions de mise en oeuvre d'une bonne coordination entre projets de la commune et projets de l'établissement scolaire reposent sur des personnes qui croient en la nécessité de travailler ensemble, tout en gardant les spécificités et les objectifs propres à chaque institution, pour permettre un développement culturel, social et économique des jeunes et moins jeunes du territoire local.

 

Annie BAROUPIRON (Centre de Ressources d'Olliergues),

Nathalie CARTON (Bibliothèque Municipale d’Olliergues)

et Laurence EUGÉNIE (CDI du collège Alexandre Varenne).

 

Si vous avez connaissance d’autres initiatives locales de ce type ou d’un autre, merci de nous les signaler.

 

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Une publication qui devrait intéresser nombre de nos lecteurs :

La revue de psychologie de la motivation

83 avenue d’Italie, 75013 PARIS

Publiée par le CERCLE D'ÉTUDES PAUL DIEL, cette Revue semestrielle est distribuée sur abonnement (25 euros/an)

A titre d’information, voici le sommaire du dernier numéro paru :   Décembre 2001 ‑ N* 32

 

REPENSER LE DÉVELOPPEMENT

            INDIVIDUEL et COLLECTIF

Psychologie et politique

-          Armen TARPINIAN, Pour un humanisme moderne

-          Paul DIEL, Les deux tâches de l'individu –

-          Edgar MORIN, Réforme sociale et auto‑réforme (ENTRETIEN)

-          HOMMAGE à Edgar MORIN: L'humaniste planétaire

-          Robert MISRAHI, Morale ou politique : dépassement d'une alternative

-          Bruno VIARD, Individualisme, Totalitarisme et Triade républicaine

-          Philippe MERLANT, Construction de soi et transformation sociale

Pour un autre développement

-          Patrick VIVERET, Pour un nouveau regard sur l'économie et la richesse

-          Jean FABRE, Dis‑moi ce que tu mesures et je te dirai qui tu es

-          Stéphane HESSEL, L'humanité en charge d'elle-même : les Institutions Internationales face au développement

-          Pierre CALAME, Pour un développement durable des villes et des territoires

-          François PLASSARD, Fonder une économie du lien

-          Roger SUE, Malaise dans la. démocratie

Éducation et société

-          Éliane TARPINIAN, Éducation : des bienfaits et des manques

-          Antoine PROST, Comment redonner du sens à l'école ?

-          Fanny MOUREAUX‑NÉRY, Amour et banalisation

-          Charles ROJZMAN, La thérapie sociale

L’Appel de Bled

-          Sacha GOLDMAN, Agir maintenant

-          DÉCLARATION DE BLED: Vers un Collège Éthique Mondial

-          Jacques ROBIN, Pour une « autre mondialisation »

-          Michel ROCARD, À la recherche d'une gouvernance mondiale

-          Tine HRIBAR, Le siècle de l'orientation

 

Najib ARFAOUI, Les frères blessés: un souffle de lumière...

Dr Cyrille CAHEN, Repenser le religieux ? Spinoza et Diel

 

Note concernant Paul DIEL et la psychologie de la motivation :

Psychologue français d’origine autrichienne, Paul Diel est le créateur de la psychologie de la motivation. Soutenu par Einstein, avec lequel il a correspondu pendant de longues années, il a travaillé notamment dans le cadre du C.N.R.S. et au sein du laboratoire de psychologie dirigé par Henri Wallon. S’écartant des voies tracées par Freud et Adler, il a voulu élever l’introspection au rang d’une méthode scientifique permettant d’étudier la délibération consciente et extraconsciente. Comme tout être vivant, l’homme doit chercher la satisfaction de ses besoins vitaux dans le monde extérieur; mais, à la différence de l’animal, il peut à tout moment évoquer intérieurement les objets désirés et ainsi préparer à loisir des réactions nuancées… (extrait d’un article d’Universalis)

 

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La réussite, une idéologie ?

 

Pour éclairer le sens d’un mot que l’on retrouve si fréquemment de nos jours, par exemple dans l’intitulé du Conseil de l’innovation pour la réussite scolaire, et, implicitement dans le slogan « d’égalité des chances » - (évidemment pour la réussite scolaire), cet apport de la « psychologie de la motivation » voici de larges extraits d’un article publié dans la revue signalée ci-dessus. Certains passages ont été soulignés par nous.

 

« Je réussirai ! mot de joueur, de grand capitaine, mot fataliste qui perd plus d'hommes qu'il n'en sauve », faisait dire Balzac à l'un de ses personnages. Une expression populaire rappelle dans le même sens qu’ «On perd sa vie à vouloir la gagner ». De tels aphorismes montrent que le projet de réussir est loin de faire l'unanimité. Cependant, les termes de réussir, gagner, arriver, percer, s'imposer, exceller... reviennent sans cesse dans le langage quotidien comme dans la presse et les médias. Réussite éclatante de l'élève des grandes écoles, du politicien, du grand patron ; à croire qu'il n'y aurait plus de place digne de ce nom dans notre société que pour ceux qui se prédestinent aux grandes carrières, et à devenir des gagneurs. Très tôt dans leur vie les êtres sont mis en sur‑compétition, identifiés et notés selon leurs performances. L'obsession du vedettariat ne commence‑t‑elle pas dès l'école ? La dialectique réussite‑échec qui nourrit les sentiments de supériorité‑infériorité, «la lutte des classements » (Bourdieu), s'étend à tous les rapports humains, familiaux, professionnels, nationaux. Ainsi, des parents bien intentionnés en arrivent, par excès d'ambition, à provoquer l'échec de leurs enfants, des enseignants à démobiliser leurs élèves, des politiciens à éloigner les citoyens des affaires de la cité. Liée à la névrose d'échec qu'elle peut entraîner, la surtension angoissante qui résulte de cette lutte des classements n'est‑elle pas un élément très déterminant, du moins dans les pays « surdéveloppés », de la multiplication des états dépressifs ?

…………………..

La vanité d'être le premier dans la lutte des classements (extrapolation de l'idéal narcissique de chaque individu, idéalisation du moi, égocentrisme) débouche sur toutes les formes d'obsession de triomphe personnel ou collectif: auto‑glorification à travers une réussite individuelle mais qui peut aussi se projeter sur le groupe social, la nation, voire la « race », auxquels est attribuée irrationnellement la supériorité. Cette observation permet de mieux comprendre le discours politique démagogique qui a contribué aux tragédies de ce siècle. Le nazisme ne devait‑il pas triompher pour mille ans, le communisme préparer les lendemains qui chantent ? Et le libéralisme sans frein ne doit‑il pas apporter la prospérité générale grâce à la réussite des meilleurs ?

 

L'idéalisation conventionnelle de la réussite pèse fortement sur la réussite et l'échec scolaires... Il faut exceller en tout, sinon on ne vaut rien. Pour ce faire, les éducateurs bousculent les enfants sans leur laisser le temps des lentes maturations nécessaires à toute acquisition nouvelle, qu'elle soit sensorielle, affective, motrice ou intellectuelle. L'erreur, au lieu de rester un facteur dynamique de l'apprentissage devient une faute condamnable et suscite une crainte phobique. On ne se réfère pas à l'enfant réel mais à « l'enfant modèle ».

 

L'école devient ainsi, préparé par les rivalités nées dans la fratrie, un champ de compétition où l'arrivisme tend à se former et à se fixer en buts de vie. Face à cette imprégnation idéologique, il y a ceux qui tendent à se soumettre en adhérant à ses valeurs, ceux qui s'y adaptent en le tempérant par de bons réflexes introspectifs et ceux enfin ne pouvant ou ne voulant s'y adapter, tombent souvent dans des conduites agressives ou dépressives. Un examen ou un bac raté peuvent devenir un cauchemar pour la vie... En fait, cette idéologie de la réussite tire les enfants dans des directions contradictoires (ambivalentes) et introduit dans la vie quotidienne un double langage : « Sois bon, aime ton prochain » et « Sois fort, fais tout pour supplanter les autres et être le premier ». Ce double langage est la source d'une double tâche exaltée qui entraîne une double culpabilité morale et sociale.

………………………..

L'attachement exalté des uns à la réussite scolaire, le détachement faussement motivé des autres, préparent le terrain aux éventuelles déformations psychiques et sociales de l'adolescent et de l'adulte qui peuvent aller jusqu'à la délinquance, la drogue, les dépressions et les névroses graves des adolescents et des adultes.

 

Cette idéologie qui méconnaît l'importance de la réussite intérieure entraîne un faux calcul de satisfaction, mi‑conscient, autant des parents que des enfants, des enseignants que des élèves, des employeurs que des employés, des gouvernants que des gouvernés.

 

La critique de l'idéologie de la réussite et de ce faux calcul de satisfaction ne doit cependant pas occulter le bien fondé d'une réussite sensée, où la sociabilité tempère la tendance naturelle à la compétition tout en préservant sa force stimulante. Dans tous les domaines de la vie sociale ‑scolaire, sportif, professionnel ‑ la réussite sensée aide à se libérer de la lutte des classements au profit du « fair‑play ». (On assiste avec tristesse, dans le sport, au double dopage par la drogue et par l'argent, de cette course effrénée à la performance.)

 

Se faire une place dans la société est pour l'être humain un besoin naturel. Cet effort apporte une joie véritable s'il repose sur le développement des capacités réelles de chacun. Découvrir ses potentialités, exercer, perfectionner ses aptitudes selon ses goûts et sa vraie nature, conduit à fonctionner harmonieusement et par là même à se lier à autrui avec une satisfaction authentique [*]. Du moins est‑ce la direction vers laquelle l'éducation familiale, scolaire, sociale pourrait un peu plus clairement orienter l'enfant.

……………….

                                                                                                                           Éliane TARPINIAN                                                       

revue de Psychologie de la Motivation – n°31 – juin 2001

[*] Dr C. Caben, Thérapie de l'échec scolaire, Nathan, 1996.

 

***

Le Cercle d’études Paul DIEL qui édite cette revue semestrielle, voudrait introduire une nouvelle discipline à l’Ecole, la psychique « qui serait au monde intérieur ce que la physique est au monde extérieur ». Il y a là matière à penser : notamment pour ceux qui, comme nous, souhaitent qu’une réflexion philosophique débute dès l’école primaire. Mais plutôt que de parler « d’enseigner la psychique », ne vaudrait-il pas mieux réfléchir aux moyens d’éveiller la « conscience de soi », des motivations qui gouvernent ses relations aux autres, à la cohérence entre les valeurs que l’on choisit de se donner et ses comportements … Vouloir limiter, comme le font certains avec insistance, aujourd’hui, les objectifs de l’école primaire au « lire-écrire-compter »[3], même si ce triptyque reste à la base de tout, c’est refuser aux enfants l’accès à leur « hominisation » et à leur « humanisation ».

Rappelons qu’un Colloque sur la philosophie est organisé au CRDP de RENNES les 22 et 23 mai prochains. Nous souhaiterions pouvoir alimenter la réflexion sur l’initiation précoce à la démarche philosophique tant dans cette Lettre que sur notre site Internet. Merci de nous faire parvenir une relation de vos expériences.

 

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Dernière minute :

Le 7 mai 2002, se tiendra la deuxième édition du colloque "Des penseurs dans la Cité" sur le thème :

"Réalité et Fiction : lectures imbriquées, frontières illusoires ?"

de 9 h 00 à 19 h 00

à la salle Jacques Brel de Mantes-La-Ville.

21 rue de la Lyre 78711 Mantes-La-Ville

Téléphone : 02 37 62 02 79

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Quelques rappels…

 

R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux personnes et  aux associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site Internet – ou sur simple demande à l'association) et notamment à leur article 2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES,  Albert JACQUARD, Louis LEGRAND

 et Jacques PAIN.

Cette lettre peut être diffusée par voie postale à l'intention des personnes ne pratiquant pas Internet. Merci dans ce cas, de participer aux frais de photocopie et d'envois en adhérant à l'association R.E.V.E.I.L. (cotisation annuelle à partir de 7,62 euros – chèque à l'ordre de REVEIL PERRIER)

 

 

La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à reveil.perrier@wanadoo.fr

Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.

 

 

Le site INTERNET de R.E.V.E.I.L. dispose depuis le début du mois d’avril de son propre nom de domaine – et donc ne comporte plus de vignette publicitaire d’un hébergeur.

 

Son adresse est http://assoreveil.org (avec ou sans www)

 

Ce site est régulièrement « alimenté » par de nouveaux documents – notamment par vos envois (textes, réflexions, annonces…). Il se voudrait encore plus interactif… Grâce à sa présence sur plusieurs des grands moteurs de recherches, il est « visité » bien au-delà de notre réseau d’adhérents et de sympathisants, et même au-delà de nos frontières nationales. Il constitue un outil très utile pour diffuser les idées que nous partageons.

La consultation du site reste cependant encore possible à son ancienne adresse sur lycos pendant quelques mois, jusqu’à ce que notre nouvelle adresse soit prise en compte par les principaux moteurs de recherche.

 

Prochaine lettre vers la fin mai 2002.

Contact : reveil.perrier@wanadoo.fr

Georges HERVE, adresse postale :  rue du Château 63500 PERRIER



[1] European round table : table ronde des européenne regroupant 43 des plus importants groupes industriels et financiers européens. Cette organisation, très présente près des Commissions européennes à Bruxelles où elle pratique notamment du lobbying, comporte des commissions spécialisées dans différents domaines ; l'une d'elle se consacre à tout ce qui touche l'instruction, l'éducation et la formation. Des extraits de plusieurs de ses rapports peuvent être consultés sur le site Internet de REVEIL.

[2] Olliergues est une commune rurale, chef lieu de canton du Puy De Dôme.

 

[3] Le programme du Front national rejoint tout à fait celui des ultra-libéraux et de l’E.R.T. en matière d’éducation…

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