LA LETTRE DE R

LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L.  N°5-2                mai 2002

 

Sommaire

 

De l’angoisse à l’espoir, leçons d’écologie humaine (Albert Jacquard)

Rencontre projetée pour juillet prochain à Perrier ?

A bout de souffle (Alain Bentolila)

Citoyenneté (Philippe Meirieu)

Cultiver la résistance !

Un nouvel appel pour un débat public sur l’École

Quoi de neuf sur le site Internet de R.E.V.E.I.L. ?

Quelques rappels …

 

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De l’angoisse à l’espoir, leçons d’écologie humaine (Albert Jacquard)

 

– aux éditions Calmann-Lévy – 140 pages, 11 € - un nouvel ouvrage d’Albert JACQUARD.

Il s’agit d’un texte établi par Critina Spinedi à la suite d’une série de conférences données à la toute nouvelle Accademia di Architettura de Mendrisio (Tessin) à la demande de ses créateurs, les architectes Mario Botta et Aurelio Galfetti. Le sous-titre traduit bien les intentions de ce cycle de conférences.

 

Fondée en janvier 2202, « l’Université populaire et citoyenne » de Clermont-Ferrand, dont les objectifs affirmés sont de « régénérer l’utopie », de « partager les savoirs », « d’apprendre et comprendre » avait invité Albert JAQUARD à venir en donner la « leçon inaugurale » à la Maison du Peuple de la ville, le 14 mai dernier. Reprenant l’essentiel des thèmes de son dernier ouvrage, le Professeur a, tout naturellement, été amené à parler du rôle fondamental de l’éducation dans la genèse de la personne.

 

Pour lui, nous naissons individus, mais ce sont les rencontres que nous faisons qui nous transforment en personnes. « Je suis capable de dire « je » parce qu’on m’a dit « tu ». La rencontre avec l’autre, c’est ma richesse, ma source, la voie de l’humanité…Je suis les liens que je tisse avec les autres. On va à l’école non pas pour apprendre mais pour rencontrer. Il faut imaginer un enseignement fait pour la rencontre et se prémunir de tout ce qui lui fait obstruction, comme la compétition…L’art de la rencontre, c’est la finalité du système éducatif… Les mathématiques, l’histoire, la géographie, etc. ne sont que des sujets de conversation…»

 

« Nous constatons que, depuis quinze milliards d’années, notre cosmos gagne constamment en complexité… Cette complexité est fonction à la fois du nombre des éléments de la structure considérée, de leur diversité et surtout de la qualité des interactions qui rendent ces éléments solidaires… » (p.68/69)

Notre cerveau « représente l’objet le plus complexe (produit sur la Terre) et jouit de ce fait de performances inouïes, notamment la capacité de comprendre et de transformer le monde. Mais surtout, cette complexité nous a permis de mettre en place un réseau de communications entre les hommes qui fait de leur ensemble, l’humanité, la seule structure qui soit plus complexe que chaque individu, et qui peut, par conséquent, avoir des performances supérieures. Parmi ces performances, la plus décisive et de permettre à chacun non seulement d’être, mais de savoir être, d’être conscient, de parvenir à dire « je »… Pour qu’un individu devienne un homme, pour qu’en lui émerge une personne, il faut qu’il soit immergé dans une communauté humaine. C’est grâce aux regards des autres que chacun de nous devient lui-même et est en droit d’exiger le respect. Nous devons donc mettre en place une société où chacun regardera tout autre non comme un obstacle, mais comme une source. » (p. 112-114).

« Dans notre univers, seuls interviennent le présent et le passé ; l’avenir n’existe pas… Seuls les hommes font exception ; ils ont découvert que demain sera et prennent des décisions aujourd’hui en fonction de ce qu’ils désirent pour demain… Au lieu de seulement subir les forces en action, ils ont pour rôle de les orienter, de choisir, de décider de ce qui est bien et ce qui est mal, de construire une éthique. La morale est nécessitée par la possibilité du projet… »( p.114/115)

 

« Plus urgent que le bilan du siècle passé est le projet pour le prochain… Selon René Dumont « ce monde est mal parti ». Il n’est peut-être pas trop tard pour changer son orientation. En prenant comme moteur la compétition, nous considérons tout autre comme un adversaire, tout au moins comme un obstacle. Si nous voulons échapper à la barbarie, il nous faut au contraire voir en tout autre une source. Ce changement nécessite une véritable révolution… » ( p.129/130)

 

« C’est par la mise en commun du système éducatif que des progrès rapides peuvent être espérés dans la mise en place d’une structure humaine planétaire. C’est en effet là que les individus deviennent des personnes. En bonne logique, la mondialisation devrait être concrétisée, pour commencer, par la fonction qui doit être considérée comme première par toutes les collectivités, l’éducation. » (p.132/133)

Et Albert Jacquard de revenir sur un projet qu’il a déjà présenté dans un précédent ouvrage (« A toi qui n’es pas encore né(e) » Calman-Lévy, 2000), celui d’une « communauté culturelle méditerranéenne » (C.C.M.) « qui aura pour tâche de mettre en commun, en un budget unique de l’éducation, les ressources de tous les États y participant. » Première étape vers une extension future de cette « solidarité essentielle » à tous les États de la planète…

                                                                                                            G.H.

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Quelle plus belle introduction à la

Rencontre projetée pour juillet prochain à Perrier ?

 

Nous sommes (relativement) nombreux et différents : nous sommes en voie de former un réseau où chacun de nous devrait multiplier ses interrelations avec tous les autres, ce qui nous donnera des « pouvoirs » infiniment supérieurs à ceux dont, isolés, nous pouvons jouir. Et d’abord le pouvoir de comprendre, préalable nécessaire à la construction d’un projet commun.

 

Quelques-uns d’entre vous ont déjà annoncé leur intention de participer à cette rencontre… Un courrier vous sera adressé aux alentours du 15 juin pour vous informer de la liste des personnes qui, à cette date, auront annoncé leur venue. Merci à tous ceux qui peuvent déjà s’engager, au moins en principe, de le faire aussi rapidement que possible pour faciliter l’organisation matérielle de la rencontre.

 

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A bout de souffle (Alain Bentolila)

 

Livrée à des directeurs de communication politiquement myopes, menée par des directeurs politiques petitement manœuvriers, cette campagne présidentielle frileuse a ignoré une question essentielle : l’École de la résistance. « Que voulons-nous faire pour nos enfants, quels sont pour eux nos espoirs ? ». Pour la plupart de nos concitoyens, le destin des enfants de ce pays constitue une vraie préoccupation. On se serait donc attendu à ce que la réflexion sur leur formation intellectuelle et éthique fût au centre des débats. Elle en a été quasiment absente ou réduite à une suite navrante de banalités et de propositions démagogiques. Certes on a clamé que l’on allait en finir une fois pour toutes avec la méthode globale alors que pratiquement aucune école de France ne l’utilise plus depuis des lustres. Certes on a dépensé beaucoup d’argent pour une campagne publicitaire appelant au respect alors que ce mot signifie pour ceux-là mêmes à qui l’on s’adressait ; « Interdiction de pénétrer sur mon territoire ». Mais personne n’a osé dire qu’il fallait profondément transformer l’école pour donner une chance à la République : L’émergence de Le Pen est le résultat de notre lâcheté collective à regarder en face un échec scolaire inquiétant, à remettre en cause des privilèges corporatistes, à violer une bureaucratie paralysante, à donner enfin un sens politique et social à notre système éducatif.

Rien ne se règle à l’école à coups d’effets d’annonce. En matière d’éducation, le court terme n’existe pas. L’éducation évolue sur l’échelle historique du temps et ne se plie pas aux contingences d’une charge administrative ou d’un mandat ministériel. Il faut donc renoncer aux remèdes-miracles et aux grands-messes coûteuses et inutiles qui d’assises en états-généraux ont tenté depuis des années de donner l’illusion d’un élan consensuel et enthousiaste. Notre école a besoin que soient définies et maintenues sur un long terme de véritables priorités garantissant une formation intellectuelle exigeante, une culture commune de qualité et des valeurs éthiques partagées. C’est là, la seule façon d’éviter le morcellement de notre société en groupes communautaires repliés sur eux-mêmes, prêts à en découdre à la première frustration. Pour lutter contre la violence, on ne peut se contenter d’enfermer nos enfants – car tous sont nos enfants. Cette réponse ponctuelle imposée par l’urgence ne peut en aucun cas garantir la possibilité de vivre un jour pacifiquement ensemble. Cette solution désespérée dénonce cruellement notre renoncement collectif à assumer chacun notre devoir de transmission.

Notre école subit de plein fouet les conséquences de ce renoncement ; comme me l’ont souvent dit des enseignants : « Nous recevons des enfants qui n’ont pas été élevés ». Ces femmes et ces hommes tentent, tant bien que mal, de gérer la massification des effectifs en rêvant (de moins en moins d’ailleurs) à la démocratisation. Cette école qui, pour bien des enfants, constitue leur ultime recours de médiation, est à bout de souffle. Baladée de réforme en réforme, de circulaires en circulaires, de programmes en programmes, elle épuise ses forces, elle use ses réserves d’enthousiasme et de dévouement. Pour en finir avec les faux-semblants, il faut que l’école de la république affirme clairement ses engagements : faire en sorte que tous les enfants de ce pays sachent parler juste, c’est-à-dire avec autant de conviction que de bienveillance ; lire juste, c’est-à-dire avec autant de respect pour le texte que de volonté de l’interpréter ; écrire juste, c’est-à-dire avec autant de liberté d’expression que de responsabilité envers l’autre ; enfin agir justement sur le monde en lui imposant la force de sa pensée tout en respectant son équilibre. Ces engagements devront constituer les fondements d’un projet politique d’éducation qui donnera aux maîtres d’école les moyens de former des résistants intellectuels aux discours et aux textes sectaires et intégristes ainsi qu’aux explications magiques du monde. C’est dans cette école de la résistance que nos enfants apprendront à réfuter les représentations manichéennes, à mettre en cause la désignation de boucs émissaires, à refuser le racisme et la xénophobie. En bref, cette école de la résistance devra assumer clairement ses valeurs républicaines et donner aux enseignants les moyens de les porter au plus haut.

Pour ce faire, Jacques Chirac devra imposer des transformations profondes, difficiles et douloureuses. Mais parce que le destin des enfants de ce pays doit être sa priorité parce qu’il doit leur permettre de construire un monde plus juste et plus pacifique, il aura à répondre aux 8 questions suivantes :

Comment garantir l’irréversibilité des savoirs fondamentaux afin d’offrir à tous des filières diversifiées qui ne soient pas des voies de relégations déguisées pour les 15 % d’enfants qui, à 12 ans, sont aujourd’hui en mal de lecture et d’écriture ?

Faut-il continuer à appliquer avec obstination le principe de la discrimination positive alors même que l’écart est loin de se réduire entre les zones prioritaires et les autres ? N’est-il pas préférable de donner mieux au lieu de continuer à donner plus ?

Comment accueillir honorablement les enfants de deux ans dans nos écoles en leur offrant des conditions d’apprentissage qui garantissent un développement linguistique et psychologique convenable ?

Comment construire un nouveau pacte scolaire avec les parents dans la transparence et la sérénité ?

Comment revaloriser et rendre socialement identifiable la fonction de maître(esse) d’école en explicitant clairement les droits et les devoirs qui s’y attachent ?

Comment mettre en place une véritable formation professionnelle conduisant au métier de maître d’école, en corrigeant la dérive actuelle vers une théorisation excessive ?

Comment donner les moyens d’agir là où c’est utile et efficace quand on sait que sur les 15 000 postes créés entre 1990 et 2000, moins de cinq cents ont véritablement servi à favoriser une plus grande efficacité pédagogique ?

Quelle nouvelle chance offrirons-nous en termes d’insertion culturelle, sociale et professionnelle aux 13 % de jeunes adultes qui, malgré douze années de scolarité, empruntent le long couloir de l’illettrisme ?

 

Jacques Chirac devra s’attacher à mettre en actes les réponses à ces 8 questions avec autant de sincérité que de courage afin que plus jamais le fascisme ne s’affiche avec autant de morgue que de duplicité. Il n’y gagnera pas nécessairement en popularité. Il lui faudra notamment accepter que les décisions difficiles qu’il aura prises ne produiront pas d’effets définitifs pendant la durée même de son mandat. Mais n’est-ce pas justement l’honneur d’un homme d’état que d’oublier ses intérêts immédiats pour permettre aux enfants des enfants de ce pays de construire ensemble un monde meilleur que celui que nous leur laissons ?

Alain BENTOLILA,

Article paru dans le Monde début mai 2002,

Diffusé ici avec l’autorisation de son auteur.

 

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Citoyenneté (Philippe Meirieu)

 

Le temps est aux “ leçons ” : de tous côtés, on nous explique ce qu’il aurait fallu faire pour éviter l’abstention massive des jeunes aux dernières élections. Et la recette est presque toujours la même : renforcer, à l’école, l’histoire et l’éducation civique ; expliquer aux élèves comment, jadis, le fascisme s’est imposé ; leur démontrer que la technique du bouc émissaire permet de s’appuyer sur l’indifférence des uns pour persécuter les autres ; évoquer les grandes figures qui se levèrent, contre toute évidence, pour refuser ce mécanisme terrible…

Certes, la mémoire est évidemment un puissant antidote à tous les fatalismes. Mais il n’est pas certain qu’elle suffise. On connaît de célèbres cancérologues qui fument abondamment et d’excellents médecins qui ne parviennent pas à faire le régime qu’ils prescrivent à leurs patients. Si le savoir suffisait, à lui seul, à déclencher le passage à l’acte, cela se saurait. Si le fait de connaître les malheurs qui risquent de nous arriver suffisait à nous décider de les empêcher, nous aurions, dans notre histoire collective comme dans nos histoires individuelles, évité bien des déboires.

Il faut donc “ quelque chose ” de plus. Quelque chose qui ne se déduit pas des discours entendus, aussi intelligents et convaincus soient-ils, mais qui conditionne même leur réception. “ Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ”… Et il faut être capable d’entendre, dans un enseignement ou un témoignage, ce en quoi il rejoint les valeurs fondatrices de l’humanité, pour en faire un point d’appui à sa propre détermination. Le courage de se lever contre l’indifférence et la loi du plus fort est irréductible à toute explication rationnelle. Il relève d’une expérience essentielle : avoir vécu concrètement des valeurs qui nous grandissent, en avoir éprouvé la force de libération.

Or nous avons sous-estimé cette réalité-là dans l’éducation de nos enfants : nous n’avons pas vu à quel point nos enseignements étaient contredits par nos comportements. Nous nous sommes écouté parler sans voir que le monde dans lequel nous parlions enseignait le contraire que ce que nous disions. Nous avons négligé ce fait essentiel : on ne porte que les valeurs qui nous ont été transmises dans l’expérience. On ne respecte les autres que parce qu’on a fait l’expérience du vrai bonheur qui advient dans la rencontre. On ne promeut la solidarité que quand on a éprouvé la joie des hommes qui s’unissent au lieu de se déchirer. On ne rejette l’indifférence que quand on a mesuré à quel point on se réalise dans l’engagement.

Aussi bien faits soient-ils, les cours d’instruction civique n’ont guère d’impact dans une école où l’on apprend à réussir contre les autres et non avec eux. Dans une école qui classe les individus dans des cases au lieu de faire alliance avec eux pour les aider à surmonter toute forme de fatalité. Dans une école où la réussite est donnée à ceux qui évitent le moindre risque. Et s’abstiennent… de tout commentaire.

 

Texte transmis par Philippe MEIRIEU, mai 2002.

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Cultiver la résistance !

 

« La culture, écrit Xavier DARCOS[1], est le prolongement de la conversation avec le passé… Il faut résister à l’inégal appétit de culture des élèves… Les détenteurs du savoir décident du nécessaire… Il faut avoir le courage d’imposer un comportement et un corpus commun… »

 

Ces trois lignes expriment la quintessence du discours de ceux qui, se réclamant d’idéologies apparemment opposées, dénoncent les « dérives » de l’école actuelle où l’enseignant a cessé de transmettre des savoirs pour se transformer en « animateur » à la remorque de ses élèves et de leurs intérêts éphémères et superficiels, sous la « tyrannie imbécile des prétendues « sciences de l'éducation » et de leurs zélateurs (inspecteurs, formateurs et autres tuteurs)[2] ».

 

« La culture, prolongement de la conversation avec le passé » : la formule pourrait sembler élégante, mais que signifie-t-elle au juste ? Peut-on réduire ainsi la culture à une conversation, sans doute intellectuellement enrichissante, si distingué soit l’interlocuteur du passé ?

 

Agrégé et docteur es lettres, Darcos n’envisage visiblement qu’une forme de culture, celle qui s’écrit avec un grand C, celle que nos Lycées de jadis s’efforçaient de transmettre à travers les « humanités », à une époque pas si lointaine, où l’école était le seul dispensateur, ou presque, de savoirs. Lorsque, primaire, elle s’adressait aux 95% des jeunes Français dont l’instruction visait surtout des objectifs utilitaires,  cette école dispensait une culture du patriotisme et de l’obéissance aux chefs, du respect de l’ordre établi[3] ; une tout autre culture était transmise aux 4 à 5% des jeunes Français qui fréquentaient les Lycées : culture humaniste dans les idées, aristocratique dans les faits, celle qui, chère à Darcos, devait assurer la cohésion de « l’élite » intellectuelle, économique, sociale et politique. Une culture qui, si elle ne restait pas confinée dans le culte du passé, pouvait éclairer le présent, permettre de mieux le comprendre et de projeter un avenir plus humain. Une culture qui a marqué aussi bien Albert Jacquard que Xavier Darcos. Une culture de l’ouverture au monde, aux autres, qui, chez certains, se traduit par une autosatisfaction de nantis, repliés sur l’illusion de leur supériorité.

 

Tournés vers un passé magnifié, Darcos et tous ces professeurs auteurs de pamphlets et de manifestes pour « sauver l’instruction » ou la dissertation, ou les mathématiques, ou l’école… que connaissent-ils du passé récent qui a amené l’École là où elle en est aujourd’hui ? que connaissent-ils du présent lorsqu’ils demandent que cette École soit un sanctuaire fermé aux bruits de l’extérieur ? Réalisent-ils que les Lycées de jadis ont disparu – sauf dans quelques quartiers de Paris - ; que les Collèges reçoivent maintenant la totalité des jeunes Français et que ceux-ci ne vivent pas dans des cellules monacales lorsqu’ils sortent de leur établissement ? Ignore-t-ils donc que nos enfants, nos jeunes (et les moins jeunes) sont maintenant immergés dans une culture avec un tout petit c distillée par des moyens de diffusion autrement puissants que les paroles des professeurs ? Une culture de la violence, de l’argent, de la compétition à outrance, de la domination. Une culture marchande qui inculque à longueur de publicités et d’émissions télévisées l’idée que le bonheur se mesure à l’aune des capacités de consommation. Une culture où l’éducation sexuelle est de plus en plus assurée par la pornographie omniprésente. Une culture de l’irresponsabilité et de l’impunité pour les « gens biens ». Une culture où la grandeur des héros se mesure à l’importance de leurs revenus, au rythme de croissance de leur fortune. Une culture où seules les valeurs cotées en bourse sont réellement honorées …

 

Toutes les sociétés humaines ont une culture, c’est à dire un ensemble de représentations mentales, de savoirs et de croyances qui fondent leur système de valeurs, s’expriment dans leurs institutions, guident leurs façons de penser et de se comporter. Les sociétés traditionnelles se prolongeaient dans la durée en transmettant la culture qui leur était propre, de génération en génération, par une éducation organisée relevant essentiellement du clan ou de la famille et, depuis quelques siècles, de l’école.

 

Aujourd’hui, la transmission culturelle échappe de plus en plus aux familles et à l’école. Ce n’est pas un hasard si de grands groupes financiers qui se sont montés autour du commerce des armes ou de l’eau (par exemple) s’assurent le contrôle des organes de presse, des chaînes de télévision, des entreprises de publicité et, d’une façon générale, des moyens de production et de diffusion « d’objets culturels ». Le vrai problème n’est pas dans « l’inégal appétit de culture des jeunes », mais dans les caractéristiques d’une culture qui attire de plus en plus les jeunes[4] et dans l’aliénation qu’elle entraîne.

 

Résister, oui, mais résister à cette sous-culture qui cancérise les esprits. Armer les jeunes pour qu’ils puissent résister, pour qu’ils aient l’envie de résister parce qu’ils en ressentent l’impérieuse nécessité. Non pas dans des Écoles sanctuaires refermées sur elles-mêmes, mais dans des Écoles ouvertes sur les réalités extérieures, qui prennent le problème à bras le corps. Socrate ne s’enfermait pas dans un sanctuaire : il allait dans les lieux publics pour interpeller ses contemporains. Ce n’est pas en ignorant la culture véhiculée hors l’École que l’on pourra la démystifier, en démonter les mécanismes, en démasquer les intentions cachées, mais en en faisant un objet d’observation, d’étude et de réflexion.

 

Résister pour pouvoir faire émerger une culture vivante, et non transmettre simplement une culture héritée du passé, si brillante fût-elle. La connaissance du passé est indispensable pour éclairer le présent ; il est important de prendre conscience des permanences  qui ont marqué l’histoire, ainsi que des évolutions ; mais le présent se transforme de plus en plus vite de nos jours et, comme le souligne justement Albert Jacquard, bien des concepts qui ont marqué plus de 2000 ans de notre culture occidentale ont été bouleversés au cours du 20ième siècle. Or ces bouleversements demandent à être « digérés » par la pensée contemporaine : les « progrès » de la pensée scientifique s’expriment moins par les « nouvelles connaissances » qu’elle accumule que par la possibilité offerte, de formuler d’une façon plus féconde les questions essentielles que les hommes se posent depuis des millénaires. Une culture uniquement tournée vers le passé est une culture figée et donc morte.

 

Moins que jamais, l’École ne peut réduire son action à une simple transmission de connaissances, à l’instruction des jeunes, aux seuls jeunes, et encore moins à l’instruction plus soignée d’une « élite ». Le souci de la démocratisation de l’accès aux savoirs ne suffit plus à guider sa nécessaire transformation. Ce n’est pas seulement « la civilisation que nous ont transmis nos prédécesseurs » qui court à sa perte : c’est l’avenir même de nos proches descendants, leur existence, qui se trouvent aujourd’hui gravement menacés. Les récents « séismes » électoraux, qui ne sont pas l’apanage de notre pays, expriment peut-être la sourde angoisse qui monte chez nos contemporains devant un avenir qu’ils ne comprennent plus.

 

                                                                                                G.H. mai 02

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Un nouvel appel pour un débat public sur l’École

 Reprenant l’essentiel du Manifeste pour un débat public sur l’École, ses signataires viennent de lancer un nouvel appel en 4 pages : celui-ci est présenté notamment sur le site Internet de REVEIL. Jean-François VINCENT, Président national de l’OCCE centralise les réactions et attend vos suggestions : jf.vincent@occe.net

Rappelons aussi qu’un forum est ouvert pour un débat public sur le site de l’OCCE : http://www.occe.net/manifeste

 

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Quoi de neuf sur le site Internet de R.E.V.E.I.L. ?

Rappelons tout d’abord la nouvelle adresse de ce site :

http://assoreveil.org

entièrement libérée de toute publicité.

 

Rappelons aussi un embryon de « boîte à outils » qui devrait accueillir des « outils pédagogiques » expérimentés par certains d’entre vous et qui constitueront des ressources concrètes offertes à tous…

 

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Quelques rappels …

à cotisation (non obligatoire) et autres !!!

Si vous voulez soutenir notre action.

R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux personnes et  aux associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site Internet – ou sur simple demande à l'association) et notamment à leur article 2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES,  Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques PAIN.

La cotisation annuelle est modeste, presque symbolique : à partir de 7,62 €, mais elle est indispensable pour que l'association puisse continuer à fonctionner.

Merci aux personnes souhaitant soutenir notre action et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L. (ou en renouvelant leur adhésion pour 2002) de bien vouloir se signaler (chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ). Merci aussi et surtout à celles qui nous ont renouvelé leurs encouragements et leur soutien en ce début 2002.

 

La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à reveil.perrier@wanadoo.fr

Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.

 

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Prochaine lettre vers la fin juin 2002.

Entre temps, quelques flash possibles selon l'actualité.

Enrichissez cette LETTRE par vos apports, vos questions, vos suggestions…

Contact : reveil.perrier@wanadoo.fr

Georges HERVE, adresse postale :  rue du Château 63500 PERRIER



[1] Xavier DARCOS, L’art d’apprendre à ignorer, Plon 2000. Rangé dans la catégorie « essais de sociologie », ce livre n’est plus commercialisé semble-t-il. L’auteur est agrégé de Lettres, Docteur ès Lettres, auteur de manuels de littérature, ancien Doyen de l’Inspection générale, ancien Directeur de cabinet de François Bayrou (éducation nationale), Sénateur-Maire RPR de Périgueux, actuellement Ministre délégué aux enseignements scolaires auprès de Luc FERRY.

[2] Manifeste pour l’instruction publique, publié le 2 février 2002. Cette dénonciation des prétendus « zélateurs » des sciences de l’éducation montre ou que les auteurs de ce manifeste ne connaissent rien aux réalités du terrain (l’allusion aux « tuteurs » dont on se demande ce qu’ils viennent faire dans cette phrase, le laisserait penser) ou qu’ils sont de la plus mauvaise foi.

[3] Il se trouve que je suis le dépositaire du cahier de récitations d’une fillette qui a passé le certificat d’études en 1900, à l’âge de 12 ans. Je vais réaliser maintenant sans plus tarder, un projet déjà ancien : celui de placer l’essentiel de ce cahier sur le site Internet de REVEIL pour éclairer la réalité des valeurs inculquées au peuple par l’école de Jules Ferry dont se réclament si fort nos « républicains » d’aujourd’hui. On se reportera aussi avec intérêt aux extraits de manuels en usage dans cette même école, transmis par Alex Lafosse et présentés sur le site Internet de REVEIL. http://assoreveil.org/extraits_al.html

[4] et les moins jeunes : le problème dépasse très largement l’école proprement dite et touche l’ensemble de la société. Il serait vain de demander à l’école seule de résister : c’est un combat global qu’il faut mener, un combat authentiquement politique en ce sens qu’il intéresse les fondements mêmes de la cité. C’est peut-être là la finalité première d’une éducation permanente.

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