LA LETTRE DE R

LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L.  N°5-3 Mai 2003

 

Sommaire

Crise

Lettre aux participants à l’exposition-rencontre de juillet à Bordeaux.

Des nouvelles encourageantes

Rappel : conférence de presse  du 4 juin :

L’enseignement à Wallis et Futuna : histoire et perspectives.

2. L’enseignement secondaire.

Le Réseau Ethique et Pédagogie en mai :

Le site de Jacques Nimier en juin :

Créer

Quelques rappels…

***

Crise

L’École est entrée, depuis quelques semaines, dans une phase aiguë de la crise qui la mine depuis plus de dix ans, maintenant. Crise qui, jusqu’ici, s’est surtout manifestée par un malaise grandissant des enseignants en général, des professeurs exerçant dans de nombreux collèges en particulier ; le sentiment que les conditions d’exercice de leur métier se dégradent de plus en plus tend à se généraliser. Pour beaucoup, l’avenir s’assombrit sans cesse : « dans dix ans, nous ne pourrons plus tenir nos élèves » est un pronostic que l’on entend de plus en plus couramment, dès l’école maternelle parfois. Les formules lapidaires – et contradictoires – proclamées par les Ministres successifs (« il faut mettre l’enfant au centre du système » ou « c’est la transmission des savoirs qui doit être au centre du système »…) finissent d’embrouiller les esprits.

Cette angoisse « professionnelle » vient aujourd’hui s’inscrire dans un sentiment général d’incertitude et d’impuissance qui gagne une large partie du corps social devant un avenir qui apparaît de plus en plus menaçant, une évolution socio-économique qui semble échapper à tout contrôle. Les responsables politiques paraissent réduits à gérer au jour le jour, au coup par coup, des situations qui, selon eux, s’imposent à tous et se succèdent de manière totalement imprévisible. La tentation est grande, dans ce cas, de refuser cette situation angoissante et de rêver d’un retour à une époque passée idéalisée, une époque où les problèmes cruciaux d’aujourd’hui ne se posaient pas, pense-t-on. C’est la tentation du repli nationaliste, par exemple, celle qui a occasionné le « séisme » du 21 avril 2002[1] ; c’est, chez de nombreux professeurs, le souhait de plus en plus souvent exprimé de « revenir à l’école d’antan », celle de Jules Ferry – dont on oublie qu’elle fut une école duale, de classe, fondamentalement inégalitaire, dont la finalité première était de maintenir un ordre social (et moral) favorable à la croissance d’une industrie alors en pleine expansion[2]. Or, sans parler de justice sociale, la donne actuelle a radicalement changé et cette école est totalement obsolète de nos jours : les pays qui ont inventé l’industrie sont entrés dans l’ère post-industrielle dont on ne sait pas ce qu’elle sera… On ne la définit guère que de façon négative, ce qui peut être angoissant. Mais cette absence de définition peut aussi être considéré comme une absence de fatalité ouvrant une chance fantastique pour nos générations et celles à venir d’inventer des voies nouvelles de développement pour une société plus juste, plus fraternelle, plus démocratique dans une perspective planétaire rendue enfin possible par les prises de conscience individuelles.

La crise actuelle de l’École est le reflet de la crise qui touche toute la société contemporaine : l’École est tout à la fois la fille et la mère de la société dans laquelle elle s’insère. On ne peut traiter l’une en négligeant l’autre. On ne peut surtout espérer sortir de la crise actuelle par de simples mesures de gestion financière dans une approche comptable. Un effort collectif de réflexion, d’imagination et d’action est indispensable : repenser l’École pour changer la société, repenser la société pour changer l’École. Et mettre en synergie toutes les voies de réflexion globale et d’actions locales qui s’inspirent des mêmes valeurs humanistes.

G.H. MAI 2003 

                       

***

Rappelons que la Fondation pour le Progrès en Éducation organise une rencontre du 4 au 8 juillet 2003 à Bordeaux. Cette rencontre est ouverte à toutes les personnes, groupes et associations qui sont conscientes du rôle essentiel de l’École dans la construction d’une société plus équitable, plus démocratique, plus fraternelle.

Lettre aux participants à l’exposition-rencontre de juillet à Bordeaux.

« Chers Amis,

 

A environ un mois de l’ouverture, il convient de faire le point afin de préciser ce qui reste à accomplir.

Au point de vue local, tout va bien. Le lieu de l’exposition est trouvé : il est beau et gratuit. Dans une salle, vaste et lumineuse, se trouvent les panneaux qui recevront la documentation, tandis que trois pièces plus petites seront disponibles pour les rencontres et les débats. L’ensemble peut être ouvert éventuellement jusqu’à 22 h 30. La manifestation sera annoncée dans le bulletin municipal du 15 juin et apparaîtra sur les panneaux lumineux placés en ville. Des affiches ont été distribuées, des contacts pris.

Sur le plan national, les circulaires ont été largement envoyées, ainsi qu’insérées dans certaines publications. Les visiteurs seront sans doute surtout bordelais, tandis que les participations actives pourront venir de partout, soit personnellement, soit par les traces écrites de leurs « initiatives et perspectives ».

Ces deux termes choisis collectivement en mars, ont chacun leur spécificité. Les initiatives sont des actions effectivement menées dans l’intention d’améliorer tel aspect de notre enseignement. Les perspectives, comme leur nom l’indique, sont des visions exprimées en mots et non en actes, mais dans le même esprit. Les deux ont vocation à figurer sur les panneaux et pourront ainsi, en parallèle, être explicitées ou discutées oralement.

Ceci étant précisé, où en sommes-nous ? La période de diffusion de l’information est à peu près terminée, et celle des contenus doit commencer. Pour ma part, je recense les thèmes appropriés et les garnis d’exemples soit connus directement soit relayés par la presse, l’essentiel étant qu’ils existent et méritent d’être portés à la connaissance du plus grand nombre. Il serait bon que tous ceux qui croient à l’utilité du projet fassent de même, selon la double perspective ci-dessus : expériences et intentions, les deux visant à apporter des palliatifs intéressants.

On peut remarquer que l’idée de départ a été le recensement et la présentation visuelle des associations idéalistes oeuvrant pour l’éducation et qu’au cours du travail d’élaboration, il est apparu souhaitable, pour une meilleure lisibilité de les regrouper par grandes questions. Au moment de la mise en place, nous verrons comment gérer ces deux aspects.

Le nombre de panneaux est de 20 à 30 ; leurs dimensions : 1,20 m x 2 m (grillage). L’inauguration est prévue le vendredi 4 juillet sur place, les installations étant faites la veille. Les Bordelais s’occuperont de l’hébergement de ceux qui le désirent, et des distractions du dimanche 6.

 

Pour tout cela, merci de communiquer sans trop tarder les modalités de votre participation.

 

                                                                       Bien amicalement, Sylvaine MARANDON.

P.S. Pourquoi ne pas penser que cette manifestation, si elle est réussie, pourra voyager vers d’autres villes ? Ce serait une façon de démultiplier nos efforts et de valoriser leurs chances.

 

Dispositions pratiques

L'exposition‑rencontre aura lieu dans une grande et belle maison appartenant à la Mairie, la Chartreuse Saint­ André, avenue du Maréchal Delattre de Tassigny ‑ 33200 Bordeaux Caudéran.

La visite de l'exposition sera libre et gratuite. Merci aux participants actifs (exposants, animateurs de débats) de bien vouloir annoncer leur intention auprès de la Présidente de la Fondation, 49 rue Dubourdieu ‑ 33 800 Bordeaux ‑ tél/fax : 05 56 92 25 78. Une fiche détaillée leur sera alors envoyée pour inscription. »

 

 

 

Vous pourrez contacter directement Sylvaine Marandon ou passer par REVEIL qui transmettra si vous utilisez le courrier électronique.

*****

Des nouvelles encourageantes

du Collège rural pionnier de Saint Martin Valmeroux.

« Or donc, le bilan actuel est plutôt positif.

. L'I.A. nous a annoncé, en "Comité de pilotage", que le projet était reconduit pour l'an prochain (le ministre doit avoir d'autres chats à fouetter par les temps qui courent !).

De plus, il nous fait grâce de l'évaluation prévue en juin (l’équipe d’évaluateurs reçue en février - composée majoritairement d’inspecteurs, alors que nous souhaitions un audit largement plus diversifié - a déposé un rapport circonstancié, à la suite duquel nous avons obtenu droit de réponse, pour finalement considérer de concert cette démarche comme formatrice, reconductible l’an prochain).

. Côté internat, le bilan est très satisfaisant. On peut parler d'un "lieu de vie", investi et revendiqué par les jeunes. Une rencontre anciens/nouveaux (hé oui, le collège pionnier a déjà une Histoire !) a été l'occasion d'un débat croustillant sur les mérites comparés de l'internat de Mauriac (collège de rattachement dans lequel nos jeunes étaient internes jusqu'à l'ouverture du nôtre) et  leur expérience actuelle...

. Du point de vu infrastructures, la médiathèque intégrée au collège et ouverte au village devrait être opérationnelle début 2004. L’internat, nous en avons parlé, est opérationnel depuis janvier 2003, une deuxième tranche de travaux étant prévue pour la rentrée (agrandissement). Nous nous sommes dotés d’une salle multimédia cette année qui fonctionne telle que nous le souhaitions, à savoir, ouverte et largement exploitée (il ne s’agit pas d’un lieu de « cours », réservé au « B2I », mais d’un espace doté d’outils exploitables dans des circonstances diversifiées, nécessitant une grande souplesse d’utilisation). Inutile de préciser que ces réalisations sont le fruit de plusieurs années de préparations, avec moult rapports et autres réunions avec les « partenaires ».

. Côté équipe enseignante, le moral est détendu (notre public est plus « calme » que l’an passé !), avec peu de changements pour l'an prochain, ce qui est très bien. Nous avons beaucoup travaillé à consolider la cohérence de nos dispositifs, sans grandes remises en cause du projet de départ (cogestion, éclatement des classes et des niveaux, transdisciplinarité, diversité des dispositifs pédagogiques, mise à contribution de toute l’équipe). Plusieurs "recrues" se sont révélées particulièrement inventives. Une des grandes blagues de l'équipe concerne notre capacité à transformer chacun en bourreau de travail !

. L’un des grands chantiers en cours, c’est le principe de choix concerté des activités pédagogiques. En place depuis le milieu du premier trimestre, c’était un postulat que nous souhaitions déjà mettre en œuvre l’an passé. Chaque début de demi-trimestre, tous les jeunes réalisent leur propre emploi du temps, à partir d’une liste détaillée (contenus, niveau de difficultés et objectifs) d’ U.V. au choix. Ils sont aidés en cela par leur tuteur (1 membre de l’équipe pour environ 7 collégiens, tout niveaux confondus).

L’idée est de pouvoir choisir,  par exemple pour un « 4ème », une U.V. de math de niveau 2, parce qu’il a des acquis antérieurs à confirmer dans ce domaine ; une autre U.V. d’anglais de niveau 3, parce qu’il se sent à l’aise dans cette discipline, un atelier transdisciplinaire physique/arts plastiques, sur « la couleur » etc… Pour aller vite, ce dispositif  bouscule bien des habitudes, est majoritairement apprécié et à peu près compris par tous. Il reste cependant très complexe à gérer (1 emploi du temps par personne !), et rencontre parfois des insatisfactions de la part de certains M.E.E. (difficultés de suivre certains élèves « papillonneurs », contradictions avec certains item des programmes officiels, grosse charge de travail de suivis pour les tuteurs …). Une affaire à suivre… et à débattre !

. Question recrutement d'élèves pour l'an prochain : pas trop de soucis non plus. Notre porte ouverte a bien fonctionné. On se demande d'ailleurs toujours comment des parents de Paris, du Lot, de Bretagne, arrivent à nous contacter, face à notre absence totale de "pub"! (Il semblerait que le site de REVEIL et celui des écoles différentes y soit pour quelque chose. ) Pas beaucoup d'inscriptions locales cependant. C'est vraiment dommage[3] (l'école primaire d'en face ne nous offre qu'une élève de plus, Jade, notre fille !!!).

. A signaler, parmi plusieurs aventures, une semaine originale de préparation au "brevet", très intéressante. L'idée était d’envoyer notre équipe de 3ème  « au vert », pour une semaine "intensive" en autogestion  (repas, ménage, planning... assurés par les jeunes). J'ai encadré les soirées et matinées de cette équipée pendant que d'autres profs se relayaient la journée et une chose est sûre : on remet ça l'an prochain !

. Quoi d'autre ? Et bien un référentiel des programmes, nouvelle mouture que nous pensons carrément breveter, car il se trouve que personne apparemment ne l'aie fait jusqu'ici (ce après contact avec IUFM et Conseil national des programmes)! Une plaquette de promotion et un site Internet en chantier (notre sale manie de mettre systématiquement les gamins à contribution dès que cela est possible allonge considérablement les délais de réalisation !).

. Ah ! j'oubliais, dans 15 jours, nous accueillons un cirque cambodgien pour une semaine à plein temps ! Au programme trapèze, voltige, clown ... En partenariat avec le festival de rue d'Aurillac et une association locale qui fait un super boulot de médiation. Elle est pas belle la vie ?

. Moins drôle, Anne[4] traverse un moment difficile. Les "claques" se sont accumulées. Après avoir été "remerciée" au collège pionnier, voilà maintenant que notre cher ministre lui annonce qu'elle est bonne pour travailler l'an prochain dans un « guichet unique ». Offre valable à partir de septembre, après bien sûr une large concertation avec les gens de terrain[5] ... Mépriser ainsi des fonctionnaires motivés qui se défoncent  comme Anne pour faire avancer les choses, ce n’est vraiment pas correct. On s'en remettra mais ça laisse quand même comme un goût amer dans la bouche.

Cyrille RAYNARD

P.S. Compte tenu de l’internat avec des jeunes venant de loin, il nous était difficile de fermer l'établissement mardi pour la grève nationale. Nous avons privilégié une autre approche : l'équipe des enseignants s'est engagée à travailler mardi 13, mais à verser sa journée de salaire à une structure en ayant besoin et dont les objectifs sont cohérents avec notre démarche. Nous avons finalement envoyé notre journée de salaire à la Réunion. Depuis, vue la généralisation de la grève, nous nous sommes rangés à la cause commune et faisons grève depuis deux semaines» .

***

Rappel : conférence de presse  du 4 juin :

Francine Best, ancienne directrice de l’INRP, introduira la conférence de presse :

 

Pourquoi un débat national sur la crise du collège unique ?

 

‘‘ Appel du collectif pour un débat national sur le collège unique ’’

Le collège unique a été forgé, voilà une génération, pour répondre à une aspiration venue de loin : l’égalité par l’école. Le collège unique vit aujourd’hui une crise si profonde qu’on ne pourra pas faire l’économie d’un débat engageant progressivement l’ensemble du pays. C’est pourquoi des personnes qui partagent cette conviction ont décidé d’apporter leur contribution à l’organisation de ce débat qu’elles veulent aussi démocratique que possible, c’est à dire à la fois responsable et critique.

Trois phases échelonnées dans le temps sont envisagées :

1 – Une conférence de presse

Elle aura lieu le mercredi 4 juin à 9 heures 45 salle des fêtes de la mairie du 13è arrondissement à Paris en présence du plus grand nombre possible de journalistes spécialisés sur les questions d’éducation et d’un public constitué de personnes ayant répondu à notre invitation.

- L’objectif est double :

donner un tour solennel au lancement de l’opération

Recueillir les points de vue sur la crise du « collège unique » exprimés par deux chercheurs François Dubet et Jean Foucambert.

De fait, chaque intervenant présentera, en 20 minutes environ, l’économie générale du texte qu’il aura préalablement rédigé et dont un exemplaire sera remis aux participants.

2 – Un appel à contributions

Le collectif éditera une plaquette contenant les deux textes déjà cités et une commande clairement explicitée en direction des syndicats (pas seulement ceux qui concernent les seuls enseignants), des mouvements pédagogiques, des associations diverses intéressées par les problèmes d’éducation (comme par exemple, l’œuvre des pupilles de l’école publique ou la ligue de l’enseignement … ), des fédérations de parents d’élèves, des départements des sciences de l’éducation, des IUFM, des organisations familiales (comme par exemple la CSF)

 L’idée est de recueillir l’avis d’un nombre important d’institutions ou de personnalités ayant vocation à s’exprimer sur la crise du collège unique et de les inviter à présenter les solutions qu’elles préconisent.

3 - Un colloque

Il aura lieu à la fin de l’automne 2003 et sera organisé par le collectif élargi aux personnalités qui auront décidé de le rejoindre. Une commission issue de ce collectif aura la responsabilité de lire l’ensemble des contributions, d’y repérer les thématiques qui pourraient constituer autant d’ateliers de travail et d’organiser le colloque sur ces bases.

***

L’enseignement à Wallis et Futuna : histoire et perspectives.

2. L’enseignement secondaire.

Contrairement à l’enseignement primaire qui s’est mis en place officiellement, sous l’impulsion de la Mission catholique, au lendemain de la première guerre mondiale (voir mon article précédent sur l’enseignement primaire), l’enseignement secondaire, fruit exclusivement de l’adoption par les îles Wallis et Futuna du statut de Territoire de la République le 29 juillet 1961, est apparu plus tardivement, de 1974 à 2002, pour être plus précis. En fait, les collèges s’ouvrent de 1968 pour celui de Lano-Alofivai, le plus ancien des sept établissements secondaires, jusqu’en 2001, pour le dernier né, le collège de Teesi, rendu nécessaire par la forte évolution démographique du sud de l’île d’Uvéa.

Quant au lycée du Territoire, lycée d’État – il n’y en a plus beaucoup dans la République… -, il ouvre ses portes en février 1993, dans des bâtiments qui d’ailleurs, n’étaient pas encore achevés : le lycée ne sera terminé que deux années plus tard, pouvant ainsi ouvrir son internat. Bizarrement, il fonctionnait sous une forme « éclatée » depuis trois années, une classe de seconde et une de première rattachées au collège de Lano et la classe de terminale – « L » seulement – à l’IUFM… Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir un proviseur, faute de locaux propres !

Quant aux deux Centres d’enseignement techniques adaptés - CETAD -, structure pédagogique présente seulement à Wallis et en Polynésie française, ils naissent en 1980 pour celui de Wallis et 1988 pour celui de Futuna.

Le fait que le lycée ne soit opérationnel qu’en 1993 laisse entendre que les jeunes gens qui voulaient entrer en seconde pour tenter le baccalauréat devaient aller en Nouvelle Calédonie pour la plupart. Cela toutefois ne leur posait pas trop de problèmes compte-tenu du fait qu’ils avaient sans doute à Nouméa ou ses environs, plusieurs membres de leur famille qui avaient émigré sur le « caillou » quelques années auparavant, pour des raisons économique essentiellement – les mines de nickel ou les travaux publics…-. Le lycée de Mata-Utu cependant leur évita un dépaysement prématuré.

Sur le plan pédagogique, les collèges scolarisent 925 élèves à Wallis et 520[6] à Futuna (63 classes en tout et 23 élèves par classe, en moyenne). Le lycée accueille 612 élèves : 347 en enseignement général et technologique, 242 en professionnel –CAP et BEP) et 23 en BAC PRO. Mes lecteurs doivent rêver : si les classes de seconde comptent en moyenne 26 élèves par section, les premières sont 17 – de 10 en 1ère ES à 24 en 1ère STT -, et les terminales se répartissent par section 18 élèves – mais 7 en TL pour 23 en TS -. Vue de loin, cette situation peut laisser croire à une relative aisance pédagogique. Et, de fait, être le professeur de Philosophie de la TL lui ouvre quelques possibilités qu’il ne pourrait mettre en œuvre s’il avait une classe cinq fois plus nombreuse.

C’est oublier que ce Territoire présente quelques spécificités qui, d’un point de vue éducatif, ne sont pas toujours heureuses. La première est le faible niveau des élèves entrant en seconde qui aboutira au doublement de un élève sur six ou la réorientation, lorsqu’elle est possible, dans une filière professionnelle[7]. Cela est dû au fait que la langue française n’est pas la langue vernaculaire de nos îles. Le français n’est donc que rarement utilisé à la maison et partiellement sur les ondes de RFO. La seconde est que la société autochtone n’a jamais fait à l’école une place dans son quotidien. Sans compter les travaux ménagers ou les soins à porter aux animaux d’élevages – porcs essentiellement -, le travail dans les plantations potagères le week-end, l’adolescent ne trouve pas toujours le calme nécessaire chez lui pour faire ses devoirs, d’autant que la famille traditionnelle est nombreuse : dix enfants est un nombre fréquent à Wallis ou Futuna… L’élève ne dispose donc pas, comme son collègue métropolitain, d’un environnement socio-culturel incitateur à l’étude. Il faut aussi ajouter enfin que le poids de l’inconscient culturel reste lourd, surtout pour des esprits qui tentent de trouver un chemin qui leur soit propre.

Autant de raisons qui entravent la scolarité secondaire des enfants des collèges et du lycée.

La position du Vice-Rectorat n’est pas non plus bien compréhensive, encore moins cohérente. Je pourrais ici, chiffres en main, faire la démonstration que lorsque les secondes ne comptaient que 20 élèves en moyenne, nous avions un meilleur taux de réussite aux examens. Mais soucieux d’appliquer des « ratios » métropolitains, on a chargé les secondes et proscrit les doublements. Le résultat est là : le lycée a un taux de 70% de succès au bac, mais avec une disparité énorme : 45 % au bac technologique contre 90% (deux fois 100%) au bac Littéraire. Il est cependant à noter que l’internat du lycée joue un rôle bénéfique dans cette affaire : les conditions de vie étant propices à l’étude, les internes réussissent proportionnellement mieux que leurs collègues externes. Mais il ne sont que 90.

Il faut remarquer aussi l’engouement pour les séries STT : 65% des effectifs de terminales alors que ce sont les sections qui réussissent le moins à l’examen. C’est une dérive d’autant plus inquiétante que le Territoire n’offre pas à ces jeunes, quand bien même ils sont diplômés, un emploi digne de leur qualification. Quelques uns vont donc tenter des études universitaires à Nouméa, la plupart retournent à la maison. A un « proviseur vie scolaire » qui nous faisait remarquer que nous avions l’obligation de savoir ce que devenaient nos élèves après le bac à « n+1, voire n+2 », j’ai répondu que cela m’était facile : il me suffisait de traverser la route, en face de chez moi, pour y retrouver des disciples que j’avais eus il y a quatre ou cinq ans…

La poursuite des études post bac est d’ailleurs un réel problème. L’expatriation des jeunes se révèle spontanément nécessaire, autant parce qu’il n’y a évidemment pas d’université à Wallis et Futuna, que parce que, je viens de le dire, le Territoire n’a pas le tissu économique nécessaire pour embaucher tous les « bac+n » autochtones. Ces derniers ont donc vocation à chercher un emploi dans l’un des deux territoires du Pacifique Sud ou en métropole. Reste qu’il faut encore décrocher son diplôme universitaire. S’il y a de brillantes réussites, deux médecins, une avocate, un ingénieur aéronautique, un certifié de maths, et quelques autres encore, s’il y a aussi de solides formations professionnelles en mécanique auto ou en maçonnerie qui exercent leur talent à Nouméa ou à Paris, il y a aussi, hélas, et ce sont les plus nombreux, des échecs. Au mieux, seul un jeune sur dix, venu de nos îles, fera quelque chose de son passage à l’université. La plupart, soit restent sur place, soit rentrent au pays. La cause est connue : les étudiants wallisiens ou futuniens ne s’adaptent que superficiellement à l’univers universitaire et à ses contraintes. Ils transposent à Nouméa ou à Papeete leur mode de vie traditionnel, qui n’est pas du tout compatible avec les exigences du travail universitaire. C’est l’échec rapide : six sur dix rentrent au terme d’une première année seulement… Deux à la fin du DEU.  Il n’y a en fait  que l’IUFM de Wallis qui offre quelques possibilités d’emploi sur place. Mais le recrutement de maîtres est pour l’instant interrompu. On est arrivé à saturation.

Reste ce dont je suis le témoin depuis mon arrivée sur l’île, il y a dix ans : le Lycée joue petit à petit un rôle essentiel dans la mutation de la société locale, sans doute plus à Wallis qu’à Futuna, pour la simple raison que le Lycée est situé sur l’île d’Uvéa. Les enseignants du Lycée sont, à trois ou quatre près, venus de métropole ou des DOM. Ils véhiculent, plus ou moins consciemment une culture et une idéologie « spontanées », comme aurait dit Althusser, qui présente aux élèves une autre image de la pensée, au sens large, une façon différente – parfois « très » - de regarder le quotidien et de s’insérer dans le monde. Ce changement est visible dans l’habillement, dans le fait que les jeunes lycéens conversent entre eux en français, au lycée, mais encore à l’extérieur ; par le fait encore qu’ils portent sur leur propre société un regard critique, prenant ainsi conscience des atouts de leur culture tout autant que de ses limites. Cela ne va pas sans conflit à la maison ou avec les autorités traditionnelles du village ou celles de l’Église parfois. Mais ces contestations réfléchies et mesurées sont nécessaires pour éviter à la société futuno-wallisienne de se scléroser et de faire de ses îles un musée.

Il serait facile de donner de Wallis ou de Futuna une image pour touristes : cocotiers, plage de sable blanc, tahiné ad hoc (la « vahiné » locale…). Il faut vivre à Wallis et à Futuna, pour voir le courage et la gentillesse de ces gens et le désir de voyage de leur jeunesse. Le rôle de l’Éducation Nationale à Wallis est, plus qu’ailleurs, tout autant que scientifique et culturel, de nature sociale et historique. Je ne suis pas sûr que l’État ait toujours bien compris cela.

                                                                                                          Pierre BOIVIN,

                                                                       Professeur de philosophie au Lycée de Wallis et Futuna

***

Le Réseau Ethique et Pédagogie en mai :

Le thème DE SON COMPTOIR AUX IDEES est « Chasser  l’élève  du  centre  du  système   éducatif ?...

http://www.reseau-ethique-pedagogie.org                                                                       Lydiev2000@yahoo.fr

***

Le site de Jacques Nimier en juin :

L'éditorial de Juin portera sur "La reconnaissance" ( "Nous ne sommes pas reconnus, écoutés") et "L'identité professionnelle des enseignants"

http://perso.wanadoo.fr/jacques.nimier/

***

Créer

Le Groupe Français d'Éducation Nouvelle organise du 27 au 30 août 2003 à Bourgoin-Jallieu (38) une Université d'été sur le thème :
Changer son monde, changer le monde
Se créer ensemble les pouvoirs de sa propre humanité
Les processus de création comme chemins pour penser
La place de la prise de conscience dans une démarche de création
4 jours pour explorer des démarches de création et de conscientisation dans différents domaines : ateliers d'écriture, démarches arts plastiques, musique, danse, théâtre… ateliers d'improvisation…

et autres pratiques en apparence moins "artistiques",

pour lesquelles la pensée créatrice est tout aussi urgente !
Inscriptions et renseignements auprès de M.P. Canard, Le Chaffard 38290 Satolas et Bonce  04 74 94 49 87
Y. Béal : 04 74 92 36 47
ou gfen38@wanadoo.fr
ou GFEN National  6 avenue Spinoza, 94200 Ivry
01 46 72 53 17 - fax 01 46 71 63 38
gfen@worldonline.fr - http://www.gfen.asso.fr

***

Les résumés des 3 derniers chapitres de la revue canadienne « pédagogie actualisante » seront présentés dans la lettre de juin, faute de place dans celle-ci.

Les trois chapitres en question seront néanmoins présentés sur le site de REVEIL au cours de ce mois.

 

***

Quelques rappels…

à cotisation (non obligatoire) et autres !!!

R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux personnes et  aux associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site Internet – ou sur simple demande à l'association) et notamment à leur article 2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES,  Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques PAIN.

La cotisation annuelle est modeste, presque symbolique : à partir de 10 €,

mais elle est indispensable pour que l'association puisse continuer à fonctionner.

Merci aux personnes souhaitant soutenir notre action et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L. (ou en renouvelant leur adhésion pour 2003) de bien vouloir se signaler

(chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ).

Merci aussi et surtout à celles qui nous ont renouvelé leurs encouragements et leur soutien en 2002.

 

La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association.

Elle peut être librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés.

Pour la recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à assoreveil@wanadoo.fr

Toutes les lettres de REVEIL (2001, 2002 et 2003) sont présentées sur ce site : http://assoreveil.org

Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE,

il suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.

 

Prochaine lettre vers la fin juin 2003.

Entre temps, quelques flash possibles selon l'actualité.

Enrichissez cette LETTRE par vos apports, vos questions, vos suggestions…

Contact : assoreveil@wanadoo.fr

Georges HERVE, adresse postale :  rue du Château 63500 PERRIER

Site Internet de REVEIL : http://assoreveil.org



[1] qui, contrairement aux séismes géologiques, était tout à fait prévisible. Le phénomène n’est d’ailleurs pas enrayé : les brutales alternances politiques qui ont marqué les élections de ces dernières décennies témoignent largement du désarroi d’un nombre croissant de Français devant l’absence de perspectives d’avenir, ou du moins les incertitudes qui les angoissent ; les discours populistes et démagogiques s’appuient largement sur ce désarroi pour gagner du terrain.

[2] Relire à ce sujet l’excellent texte de Pierre Badiou sur les « aspects idéologiques de l’école » publié dans la Lettre de REVEIL de juillet 2002 (http://assoreveil.org/lettre_7-2.html ou http://assoreveil.org/p_badiou_1.html ; relire aussi les extraits de manuels en usage à l’école primaire jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, extraits présentés dans l’ouvrage « la gloire du certif » et rassemblés pour nous par Alex Lafosse, consultables sur http://assoreveil.org/extraits_al.html.

[3] Il faut sans doute laisser aux habitants du coin le temps de voir les résultats de ce qui pour eux est encore une « expérience ».

[4] Qui fut à l’origine du projet , et coordinatrice pendant la première année ; conseillère d’orientation, elle fut renvoyée à l’issue de cette année dans son CIO d’origine, à Mauriac…

[5] L’un des premiers effets de la décentralisation en cours…

[6] Statistiques rentrée 2003.

[7] Il est vrai qu’un certain nombre d’élèves sont en seconde générale, faute d’avoir pu trouver une place dans une classe professionnelle.

retour à la page précédente