LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N° 5/6/7/8 - 7 – 2007
Sommaire
Les
enfants aux oubliettes du gouvernement
«L’idéal
scolaire français. De l’utopie à l’entropie»
Enseigner
en classe hétérogène
Pour
une autre réussite au collège, apprendre ensemble.
Sur
le site "Les facteurs humains dans l'enseignement et la formation
d'adultes"
A
propos de l’Université d’été de Prisme :
Discriminations,
ségrégation, ghettoïsation : quel avenir pour les quartiers populaires ?
Une
école d’initiative familiale dans le Var
On ne peut pas dire que l’éducation ait été parmi les points essentiels du programme du nouveau chef de l’Etat élu le 6 mai. Sans doute parce que cela ne fait pas vraiment partie des préoccupations les plus fortes de nos concitoyens. Prenons en acte et cessons de nous bercer d’illusions : la contre-réforme annoncée jadis par François Dubet satisfera une large fraction des enseignants et des parents. Durant sa campagne électorale, le candidat, maintenant élu, a déclaré, en passant, « le collège unique vit actuellement ses derniers jours », ce qui n’a entraîné de commentaire de la part d’aucun autre candidat, ni dans un sens ni dans l’autre. Ne dit-on pas « qui ne dit rien consent » ?
Le président est un fin manœuvrier ! D’entrée de jeu, il su désamorcer la grogne syndicale en annonçant la suppression des décrets Robien qui supprimaient certains allègements d’horaires dont bénéficiaient un petit nombre de professeurs de Lycée (une partie de ceux chargés de classes terminales et ceux qui enseignent dans les classes préparatoires) et, pour faire bonne mesure, la levée de l’obligation (toute relative, d’ailleurs) de la bivalence prévue par ces mêmes décrets.
Deuxième gage de bonne volonté : l’annonce, par le Ministre de l’éducation, de la suppression (progressive) de la carte scolaire. Les syndicats ont bien émis quelques protestations – mais les professeurs étant parmi les principaux abonnés aux dérogations pour leurs enfants, doivent être quelque peu gênés lorsqu’ils proclament leur attachement à la carte scolaire ! Et cela fait tellement plaisir aux parents ! Au moins à ceux qui savent se faire entendre dans les médias. Aux dernières nouvelles, il y aura des déçus à la prochaine rentrée : le doublement du nombre des dérogations qui seront accordées (20% au lieu de 10%) ne suffira pas, et de loin, à ce que l’on dit, à satisfaire toutes les demandes ! Preuve, s’il en fallait, de la popularité de la mesure. Il faudra savoir attendre, mais la machine est en route : la carte scolaire a vécu. Au moins dans les grandes villes – et d’abord à Paris – car les « secteurs de recrutement » des petits collèges provinciaux ne seront guère touchés, par la force des choses. Echapper à la sectorisation, dans la « France profonde », signifie souvent avoir recours à l’internat – ce qui n’est pas du goût de tout le monde – ou accepter de longues heures de transport, sources de fatigue supplémentaire, nuisible à la qualité des études.
Dans un article consacré à la carte scolaire,
les Cahiers Pédagogiques soulignent bien les conséquences de sa
suppression : « Derrière les projets gouvernementaux de réforme de
la carte scolaire se profile une remise en cause de la logique du collège
unique. Les deux questions sont liées, et cela depuis 1963, année de la
création de la carte scolaire et de la réforme Fouchet-Capelle. L’objectif de cette réforme était
bien de capter les meilleurs éléments des Cours complémentaires devenus
Collèges d’enseignement général afin de fournir à la nation les cadres dont
elle avait besoin[1]. Mais deux tendances se
sont affrontées : d’un côté De Gaulle, Narbonne et Capelle défendaient
l’idée d’une unification de l’école moyenne, de l’autre côté Fouchet et Pompidou
(et derrière lui la société des agrégés) s’accrochaient à la distinction entre
l’ordre du secondaire classique et l’ordre du primaire et primaire supérieur.
Dans un premier temps, les CEG ont été maintenus pour faire plaisir à Pompidou
et ne pas mélanger les élèves qui suivaient cette filière avec ceux qui se
préparaient aux humanités en apprenant le latin. Dans un second temps, les CEG
ont disparu au profit des CES, mais les filières ont été maintenues jusqu’à la
réforme Haby.[2]
Aujourd’hui, la suppression de la carte scolaire aboutirait à opérer ce tri "naturellement" par le mécanisme du « libre choix » des familles. Elle reviendrait à entériner le fait que les objectifs, les programmes et les modes de transmission étant encore aujourd’hui alignés sur l’ordre du "secondaire", les élèves des milieux populaires restent dans leur majorité étrangers à une culture scolaire conçue dans le cadre d’un élitisme très marqué socialement… Ce ne peut être qu’une solution de facilité : pour plus de "liberté" et plus d’efficacité, regroupons dans les mêmes lieux les élèves capables de réussir afin qu’ils puissent progresser sans entrave, et concédons aux établissements délaissés la possibilité de pratiquer une « pédagogie nouvelle » (le Parisien) juste bonne à faire passer un savoir restreint… Tant que la course aux soi-disant bons établissements sera possible, il n’y a aucune raison pour que la plupart des parents, donc des citoyens, puissent penser la scolarité autrement qu’en terme d’élitisme... » (On pourra lire l’article complet à la page http://www.cahiers-pedagogiques.com:80/article.php3?id_article=3164.)
Autrement dit, la suppression de la carte scolaire signe le retour à l’école à deux vitesses de jadis qui séparait bien les futurs cadres des ouvriers et employés, tout en élargissant l’assiette de recrutement des cadres nécessaires à l’économie actuelle. Mais attention : l’une des conséquences de cette contre-réforme sera de justifier la suppression de nombreux postes de professeurs dans les « bons » établissements[3] ; le regroupement des « meilleurs élèves » permettra d’obtenir des classes « homogènes » auxquelles les professeurs pourront proposer leurs « cours magistraux » - ce qui réjouira les contempteurs des « pédagogos ! » - . Or, comme le remarquait d’ailleurs un jour Xavier Darcos, la question des effectifs des auditeurs ne se pose plus alors de la même façon : un bon cours magistral est aussi efficace s’il est suivi par 30, 40 élèves ou même davantage ! Après tout, on trouve normal que plusieurs centaines d’étudiants s’entassent dans des amphis de facultés trois mois après leur sortie du lycée… En réduisant le nombre de professeurs dans les « bons » établissements – dans un premier temps au moins, les établissements classés « sensibles » ne seront pas affectés – l’objectif affiché de réduire le nombre de fonctionnaires sera atteint, ce qui permettra même d’accorder quelques avantages (allègements d’horaires, augmentation des traitements…) à ceux qui enseigneront dans les meilleures classes… Justes compensations qui apaiseront bien des protestataires !
Et pourquoi ne pas développer le télé-enseignement via Internet par la suite ? La logique libérale du « toujours moins d’Etat » combinée à l’idéologie élitiste ne conduit-elle pas à ne conserver qu’un petit noyau de super-professeurs dont les cours magistraux seront diffusés par Internet ou, mieux encore, vendus sous forme de DVD ? Une école supermarché distributrice de savoirs diplômants ne conduit-elle pas logiquement à mettre en œuvre le programme de l’ERT qui avait été présenté en janvier 99 par le documentaire « le cartable de big brother ». (ce documentaire est présenté sur le site
http://video.google.fr/videoplay?docid=7194650463977751860
Les images sont floues, mais le commentaire est très audible).
Dans ces conditions, nous devons nous interroger sur les possibilités d’agir pour « changer de cap » ou, pour reprendre la rectification suggérée par Edgar Morin, de « changer de navire ». Reconnaissons que la marge de manœuvre est réduite, et même qu’elle n’a cessé de se réduire au cours des décennies passées. Les mécanismes psychologiques et sociaux responsables de « notre servitude involontaire »[4] fonctionnent à plein sans que l’on puisse imaginer actuellement ce qui pourra inverser la tendance dans les années à venir.
Bien sûr, les actions concrètes initiées et
conduites par des enseignants-éducateurs dans leurs
classes ou dans le cadre extrascolaire gardent toute leur valeur locale pour
les jeunes qui en bénéficient. Mises en commun au sein de mouvements comme l’ICEM, le GFEN, le CRAP-Cahiers
Pédagogiques, le MRERS, Générations Médiateurs, etc. et diffusées par leurs
publications, elles enrichissent le trésor commun d’expériences accumulées
depuis un siècle et offertes à qui veut y puiser. Elles permettent aussi
d’alimenter les recherches théoriques[5] et les réflexions de ceux qui veulent bien
s’y intéresser… Il pourrait être utile, peut-être, de recenser toutes les
sources accessibles notamment par Internet…
Mais l’histoire nous a ôté l’illusion que ces expériences, si positives qu’elles aient pu être, se répandront un jour spontanément « en taches d’huile » pour transformer l’Ecole. Encore heureux lorsqu’elles ne tombent pas dans l’oubli ou que leur nombre ne se réduit pas au fil des ans, sous l’effet des pressions qu’elles subissent, de l’usure du temps ou du découragement.
Les mouvements d’éducation populaire qui ont joué un rôle important au cours de la première moitié du 20e siècle (rappelons que la ligue de l’enseignement a été fondée avant l’avènement de la 3e république et les lois Jules Ferry) ont vu leur impact se réduire au cours des trois ou quatre dernières décennies malgré les efforts de leurs instances nationales. Ils sont souvent réduits à des rôles de prestataires de service pour ne pas disparaître. Les actions éducatives péri et post scolaires locales sont progressivement asphyxiées par la réduction ou la suppression des aides publiques nationales et territoriales : les priorités sont ailleurs !
Le seul espoir réside dans ce qu’Edgar Morin appelle les « contre-courants » légués par les dernières décennies du 20e siècle, ces minorités qui s’opposent aux dérives du monde contemporain dans les domaines de l’écologie, de l’économie solidaire, de la démocratie, des rapports interhumains, de la santé, etc. Mais sauront-ils prendre conscience de ce qu’ils ont en commun, sauront-ils surmonter leurs divisions, dépasser les perspectives spécifiques dans lesquelles ils militent et agissent pour se rencontrer, s’enrichir les uns les autres de leurs expériences et de leurs réflexions et soutenir enfin les plus anciens d’entre eux, ceux qui, depuis cent ans parfois, cherchent à faire advenir une éducation « créatrice d’humanité » ? Alors, les espoirs seraient de nouveau permis !
Georges HERVE, juin/juillet 2007
***
« En mars 2007, RECIT et 10 autres organisations {ADELS, MRJC, La Vie Nouvelle,
Action consommation, EMI-CFD, Intolérage (Marseille),
Agora débats (Annecy), ADPSL (St Lys, Hte Garonne), Intermèdes (Longjumeau)} ont lancé un appel à
la mobilisation civique pour inciter chacun s'engager personnellement et
collectivement face aux multiples enjeux de survie de l'humanité et des
sociétés où nous vivons. La période électorale qui vient de s’écouler a
confirmé la nécessité de cette mobilisation. Elle a montré les conséquences
d’un recul de l'éducation citoyenne depuis 20 ans et l'importance du travail
que nous avons à faire.
Beaucoup se sentent co-responsables de la situation et souhaitent
agir immédiatement. Mais la solution n'est pas dans l’urgence. La société a besoin
d'une transformation en profondeur pour changer de modes de vie et d'échanges, garantir
à tous une égale dignité et un égal accès aux droits,
favoriser le vivre ensemble.
Aussi nous lançons ce nouvel appel.
Nous vous incitons à le signer. Merci de le faire circuler et d’inciter ceux
qui peuvent être intéressés autour de vous pour développer des dynamiques
locales de mobilisation et d’éducation citoyenne. »
Pour signer cet appel et faire part de vos propositions,
il suffit de vous rendre sur :
www.recit.net/mobilisation
Il vous sera demandé de confirmer votre signature par mail.
Pour consulter le répertoire des actions possibles, rendez-vous sur http://recit.net/Wiki_Appel/wakka.php?wiki=WikiAppel
***
(Edito de la lettre
mensuelle de DEI France du 5 juin 2007)
Dans le
précédent numéro de cette lettre, nous vous faisions part de l’interpellation
par DEI des candidats à l’élection présidentielle pour connaître leurs
intentions en matière de droits de l’enfant : nous les appelions tout
particulièrement à élaborer enfin une politique globale cohérente et une
loi POUR le bien-être des enfants. Faut-il y voir la preuve que dans notre
société la responsabilité parentale partagée entre les deux parents n’est pas
encore passée dans les mœurs ? Toujours est-il que … seules les quatre candidates
femmes nous ont répondu (consulter ces
réponses sur le site de DEI) !
Ne nous
arrêtons pas à l’absence de réponse d’un candidat devenu depuis lors Président
de la République, élu il faut le reconnaître à une confortable majorité. Tout
au plus peut-on remarquer avec malice qu’un quart de la population française
n’a pas pris part à ce choix pour raison (ou « excuse » ?) de
…minorité ! Absents de la campagne électorale comme groupe social digne
d’une politique spécialement pensée pour son bien-être, privés de faire
entendre leurs voix dans les urnes, les enfants allaient-ils faire leur come back dans un gouvernement qui se voulait d’ouverture
en s’attaquant aux sujets essentiels ? Au lendemain de l’élection, Jean-Pierre Rosenczveig et Frédéric Jésu
lançaient un appel en ce
sens où ils affirmaient : « Il nous semble qu'à tout le moins
les objectifs "enfance – jeunesse” et “familles" doivent se trouver
explicitement affichés à travers un ministère ou une délégation
interministérielle à l'enfance, à la jeunesse et aux familles”.
Force est de
constater qu’ils n’ont pas été entendus. Pas de trace visible de l’enfance ni
des familles dans les portefeuilles gouvernementaux. Quant à la jeunesse, elle
se retrouve prise en tenaille entre santé et sports, sous la houlette d’un
célèbre entraîneur de rugby : espérons qu’elle sorte en bonne santé de la
mêlée ! Plus sérieusement, cela laisse à penser qu’une nouvelle fois,
l’enfant n’existerait qu’en tant qu’élève (confié comme tel au ministère de
l’Education Nationale) ou comme délinquant potentiel (traité alors par le
ministère de la Justice) ou encore comme étranger (dans ce cas, c’est le
ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale qui s’occupera de lui),
découpé en rondelles de compétences ou en tranches d’âge comme à l’habitude …
De petites
lueurs cependant dans ce gouvernement : un ministre des Affaires
étrangères qui a déjà dans ses cartons un projet de loi permettant la
ratification de la Convention européenne relative à l’exercice des droits de
l’enfant, une secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme (espérons que les droits
de l’enfant fassent partie de sa lettre de mission !), un haut commissaire
aux Solidarités actives qui avait en 2005 dirigé un rapport sur la pauvreté
affectant tout particulièrement les familles et leurs enfants, ou encore un
secrétariat d’Etat à la Politique de la ville dont on peut espérer que sa titulaire
ait à cœur d’améliorer réellement le sort des « quartiers ». Nous
leur souhaitons de conserver les convictions qui les animaient jusque-là et de
disposer des marges de liberté et des moyens nécessaires à une réelle
amélioration des politiques dans ces domaines.
Pour autant,
une nouvelle fois, les politiques au pouvoir ne considèrent pas semble-t-il
l’enjeu du bien-être des enfants et du respect global de leurs droits, en
France et partout dans le monde, comme un sujet vital pour la planète. On
rêve du développement durable de la planète Terre sans penser au développement
durable des sociétés qui l’habitent. Car, on ne le redira jamais assez, plus
les enfants seront dès aujourd’hui pris en compte dans leurs droits, plus la
société sera durablement protégée. »
Bernard Defrance, diffuse
chaque semaine une lettre d’informations de DEI-France . Pour la recevoir
dans votre boîte électronique, adressez-vous à bd@bernard-defrance.net
***
Pratiques
de la non-violence
Une collection à faire connaître et à diffuser
La collection éditée par Non-Violence Actualité est composée de petits livres (112 pages, format : 105 mm x 175 mm) qui reprennent des articles parus dans la revue, avec de nombreux compléments rédactionnels et les photos y sont remplacées par des dessins originaux de notre dessinateur Pascal Baltzer.
Quatre premiers
titres sont parus :
1- POUR UNE SANCTION NON-VIOLENTE : repères éducatifs - Code0161
2- COMMUNIQUER AUTREMENT : le choix des mots - Code 0162
3- LA PARENTALITÉ EN QUESTION : les parents sont-ils si nuls ? -
Code 0163
4- PRÉVENIR LA VIOLENCE À L’ÉCOLE : l’importance des compétences psychosociales
- Code 0164
Prochains titres à paraître en septembre 2007 :
5- S’AFFIRMER SANS AGRESSER : estime de soi et prévention de la violence -
Code 0165
6- FACE AUX VIOLENCES URBAINES : LA MÉDIATION SOCIALE - Code 0166
Prix de vente : 8 euros l’exemplaire, port en plus.
NON-VIOLENCE
ACTUALITÉ
BP 241 F-45202 MONTARGIS CEDEX Tél. 02 38 93 67 22 Fax 02 38 93 74
72
nonviolence.actualite@wanadoo.fr
www.nonviolence-actualite.org
***
par Yves Morel
A paraître en novembre 2007 aux
(EDITIONS BELLIER, 41, cours Richard Vitton
69003 LYON ou B.P. 3038 69394 LYON CEDEX 03.
« L’Ecole
domine le débat politique français depuis deux cents ans. Longtemps perçue
comme un instrument d’émancipation sociale et politique, elle connaît, depuis
la massification des études secondaires et supérieures commencée durant la
seconde moitié du XXè siècle,
une crise qui souligne les contradictions existant entre sa fonction de
reproduction sociale et le projet humaniste dont elle se réclame, et, au-delà,
les contradictions internes à l’idéal démocratique du peuple français. L’Ecole
doit-elle rester le socle d’une république méritocratique instituant plus de
justice dans les inégalités, ou devenir la matrice d’une société égalitaire ?
Doit-elle avant tout transmettre le savoir de manière peu ou prou magistrale et
impositive ou ouvrir des voies d’accès, diversifiées
suivant les publics et les individus, à la connaissance ? Les hommes, égaux en
dignité, sont-ils tous capables d’accéder au registre supérieur du savoir
élaboré ? L’égalité de dignité et de raison implique-t-elle l’égalité devant le
savoir ? Jusqu’à quel point la correction des inégalités sociales et
culturelles par l’Ecole s’accorde-t-elle avec la fonction de promotion
individuelle (impliquant de tirer parti des inégalités) que l’on attend d’elle
?
Ces questions,
posées de façon cruciale par l’unification du système éducatif et l’accès de
tous les jeunes aux études secondaires, voire supérieures, les français ont
voulu les éluder. D’intérêts opposés, les parents et les syndicats
d’enseignements ont imposé au pouvoir politique la passivité devant la
submersion démographique des enseignants secondaire et supérieur, le statu quo,
le refus de choisir entre une orientation méritocratique repensée et une option
privilégiant la recherche de l’accès de tous à la connaissance au moyen d’une
pédagogie différenciée et d’accompagnement. Les uns et les autres ont concouru
à rendre impossible la nécessaire réforme de l’institution scolaire et à un
immobilisme qui a contraint à un enseignement de masse une institution conçue
pour un public restreint et homogène. Notre système éducatif, dès lors privé de
tout projet cohérent, de toute politique clairement définie, s’efforçant de
tenir la balance entre des exigences contradictoires, incapable de canaliser
les flux de sa population d’élèves et d’étudiants, est devenue une organisation
gigantesque, contradictoire dans ses initiatives et ses directives, ingérable,
productrice d’effets pervers et autres dysfonctionnements, et plus que jamais
incapable de corriger les inégalités sociales. Les professeurs du secondaire ont
eu une lourde responsabilité dans ce marasme. Représentants d’une conception
aristocratique du savoir remontant à l’antiquité classique, et héritiers d’une
tradition corporative apparue dès le Moyen Age et consolidé par l’Etat jacobin,
ils n’ont pas voulu renoncer à leur statut de maîtres dépositaires du savoir
qui leur conférait une puissance certaine aux yeux de leurs contemporains.
Maîtres, ils n’ont pas voulu devenir des éducateurs, et ont subi, souvent dans
la plus grande souffrance, l’enseignement de masse. Se réclamant d’idéaux
démocratiques avancés, ils n’ont pas voulu faire les frais de la
démocratisation de l’enseignement. »
***
Cahiers Pédagogiques n° 454,
juin 2007
Dossier coordonné par
Christine Vallin et Jean-Michel Zakhartchouk
L’hétérogénéité
des classes est devenue une des données de l’enseignement d’aujourd’hui,
conséquence de l’allongement de la scolarité obligatoire et de la volonté d’en
démocratiser l’accès. Alors comment faire ?
Dans ce
dossier, trois enseignants dialoguent
et montrent leurs convictions, leurs réticences et leur recherche de
professionnalisation sur cette difficile question. Leurs interrogations, leurs
doutes sont ceux de chacun ; et les éléments de réponse apportés par les
auteurs sur l’hétérogénéité comme sur la différenciation pédagogique sont là
pour approfondir la réflexion, ouvrir des voies possibles pour prendre en
charge réellement la diversité des élèves, à travers des témoignages venus
de l’école primaire, des collèges, des lycées et même de l’Université, et
des analyses nées des derniers états de la recherche.
En chemin, on
rencontre une particularité en matière d’hétérogénéité : « la
précocité intellectuelle ». Avancées en neurologie, pistes pédagogiques,
mais aussi remises en cause des tests utilisés et exposé des dérives possibles,
tout est orienté afin d’apporter des réponses à la question initiale, celle de
la gestion de l’hétérogénéité.
Un dossier de
trente contributions où chacun peut trouver abondante matière pour réfléchir et
pour agir.
De nombreux
compléments sur le site.
Pour toute
commande, sur notre site : le numéro : 9,10 euros.
***
Dialogue n°123
« Le
collège français qui est un des plus performants et un des moins injuste au
monde concentre pourtant les contradictions sociales et institutionnelles.
Comment faire pour que le collège unique ne devienne inique ? Par le recentrage
sur ses missions : qu'est-ce que qu'apprendre ? Qu'est-ce que grandir ? Ainsi
face à la crise du collège, P. Meirieu avance
plusieurs propositions concrètes de transformation, D. Paget ouvre des pistes
pour un projet culturel commun, J-Y. Rochex interroge
la vocation du collège à partir des difficultés et contradictions du système
éducatif français. N. Clerc analyse le lien entre rapport au corps et rapport à
l’apprentissage pendant l'adolescence.
Ce
numéro de Dialogue foisonne de
pratiques : ateliers d'écriture, lieu de recherche et de création ;
découverte professionnelle par un projet en entreprise ; des démarches en
histoire, (l'affaire Dreyfus ; quand des élèves font cours)… ainsi que des
pratiques de formation d’enseignants. Vous trouverez dans ce numéro des
analyses sur le vivre-ensemble en classe et comme
citoyen, sous l'angle du conflit et de la note de vie scolaire. Vous pourrez
lire également un témoignage émouvant sur une classe nouvelle en 1947 et le
récit d'expérience d'une première année d'enseignement confrontée aux réalités
du métier. Des paroles de collégiens viendront étayer ces articles qui
cherchent à faire un collège à l'esprit citoyen, jusque dans la construction du
savoir et les pratiques de création. »
Prix (port compris) : 7 euros
Commande au GFEN :
01 46 72 53 17 / www.gfen.asso.fr
***
http://perso.orange.fr/jacques.nimier
Simplification électorale et globalisation:
- Globalisations restreintes et globalisation généralisée par Jacques Demorgon
Globalisation de l'acte pédagogique:
- Soi et la théorie: petit examen de la relation par Marielle Billy. Un
texte simple plein de
l'expérience de l'auteur.
- Quelle relation à vos élèves avez vous?
(questionnaire interactif, s'adressant à tous les
enseignants, quelle que soit leur discipline)
- Une nouvelle conception plus globale de la personne.
Un livre:
- Événements et formation de la personne. Écarts internationaux et
intergénérationnels. Par Martine Lani-Bayle et Marie
Anne Mallet
Un livre qui nous fait faire le tour du monde !
***
Lien *lettre électronique Juin*
http://www.prisme-asso.org/article.php3?id_article=658
Lien *bulletin d'inscription* UE 07
http://www.prisme-asso.org/article.php3?id_article=659
***
avec son site http://gfen.langues.free.fr
présente textes, articles, formations, outils pour la classe, etc. et ses
publications :
GFEN, Réussir en langues. Un savoir à construire, Chronique sociale,
Lyon, 1999
GFEN, Repères pour une Education Nouvelle. Enseigner et (se) former,
Chronique sociale, Lyon, 2001
GFEN, (Se) construire un vocabulaire en langues, Chronique sociale,
Lyon, 2002
Maria-Alice Médioni, L’art
et la littérature en classe d’espagnol, Chronique sociale, Lyon, 2005
Maria-Alice Médioni 130 rue Saphir 69360 TERNAY Tél/fax
: 04 72 24 85 63
e-mail : Maria-Alice.Medioni@univ-lyon2.fr
***
Le n°3 de la revue CLARIS est sorti. Vous
pouvez le retrouver sur le site www.claris.org (ou www.groupeclaris.org)
Au sommaire :
L’emploi : des discriminations qui
persistent malgré les beaux discours
* Le processus de ghettoïsation : éléments
d’introduction (pages 4-6) Par Laurent Mucchielli
* Les discriminations à l’embauche (pages
7-10) Par Michel Luci
* Des discriminations plus légitimes que
d’autres ? Les emplois fermés aux étrangers (pages 11-13) Par Christophe Daadouch
L’école : une ségrégation qui contredit
tous les jours l’idéal républicain
* Les mécanismes de la ségrégation scolaire
(page 14-16) Par Agnès Van Zanten
* La carte scolaire face à la ségrégation
urbaine (pages 17-21) Par Marco Oberti
* L’annonce de la désectorisation comme d’un
progrès: prémisse à une solitude éducative totale ? (pages
22-25) Par Laurent Ott
Le logement social : une situation
critique et des réponses politiques hypocrites
* Les enjeux du logement social (pages 26-31)
Par Eric Pélisson
* La gestion du risque socio-ethnique
dans le logement social (pages 32-39) Par Mohamed Belqasmi
***
aura lieu à Paris du
17 au 20 août 2007 :
« Pédagogie Freinet et éducation
du travail, une pédagogie de rupture pour construire l’école populaire »
« Une
société complexe opaque au plus grand nombre, un contexte économique de plus en
plus libéral, un registre de valeurs vidées de leurs substances imposent aux
mouvements pédagogiques, aux associations d’éducation populaire et à tous les
acteurs éducatifs de réaffirmer leurs fondamentaux.
Ce 48ème
congrès de l’ICEM-Pédagogie Freinet reviendra donc
sur l’un des objectifs majeurs de notre mouvement dans la pratique quotidienne
de la classe et de l'école : viser la rupture avec les rapports sociaux de
domination et d’exploitation. Les orientations pédagogiques de l’ICEM-pédagogie Freinet ne peuvent en effet se comprendre
qu’articulées à un projet politique plus vaste où « l’éducation du
travail » prend toute sa place. »
catherine.chabrun@icem-freinet.org
www.icem-pedagogie-freinet.org
|
A découvrir sur le site de l’ICEM |
|
Evaluations
des pratiques Freinet Eléments de
synthèse de la recherche réalisée sur le groupe scolaire Concorde de Mons en Baroeul (59) Laboratoire Théo.di.le
– Université Charles De Gaulle - Lille 3 Rapport rédigé en novembre 2006 par
Yves REUTER, directeur du laboratoire. Recherche
Théodile sur l’équipe Freinet de Mons en Baroeul Démarrer
en Pédagogie Freinet Un Outil
pour démarrer...et continuer en pédagogie Freinet. Des éléments théoriques,
des pratiques, des outils, ... Des témoignages écrits, illustrés, filmés. Ouvrage
de l’AFL à paraître en juin. |
***
« Nous
sommes un groupe de parents qui créons une école alternative en pleine nature
dans la région du moyen Var. Cette école veut s’inspirer du meilleur des
pédagogies qui rendent l’enfant acteur de son évolution et respectent ses
phases de développement. Tout comme dans les écoles déjà existantes en PACA
(Bouches du Rhône, Alpes Maritimes et Vaucluse), nous aimerions utiliser les
techniques de coopération et de communication non violente. Les enfants ne
seront pas mis en compétition et ils seront sensibilisés à notre environnement
naturel. Notre but est d’aider les enfants à être autonomes, responsables,
solidaires et créatifs.
Nous avons la
volonté de rendre l’école accessible au plus grand nombre et d’accueillir des
enfants en grandes difficultés scolaires ou atteints de troubles neurologiques.
Complètement intégrés au sein du groupe, ils retrouvent confiance en eux, en
leur capacité de vivre une aventure collective et la joie de vivre.
Pour ce
faire, nous sommes à la recherche d'un instituteur ou d’une institutrice ayant
déjà une pratique auprès d’enfants de 3 à 6 ans et une réelle vocation de
pédagogue telle que nous la décrivons plus haut. Nous souhaitons également que
l’instituteur comme les parents suivent une formation de communication non
violente. Pour ce galop d’essai, nous comptons démarrer le projet pédagogique
en septembre et ouvrir l’école en janvier 2008. Nous pouvons garantir un
salaire et un logement sur toute l’année scolaire. »
Magali Dieux 06 12 24 07 33 www.magalidieux.com
***
à cotisation
(non obligatoire) et autres !!!
Si vous voulez
soutenir notre action.
R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux
personnes et aux associations adhérant à
ses statuts (disponibles sur son site Internet – ou sur simple demande à
l'association) et notamment à leur article 2. Elle est parrainée par Guy
AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES(†), Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques
PAIN. Son Président d’Honneur est le Docteur Guy VERMEIL(†).
La
cotisation annuelle est modeste, presque symbolique : à partir de 10 €, mais elle est indispensable pour que
l'association puisse continuer à fonctionner.
Merci aux personnes souhaitant soutenir notre action
et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L.
(ou en renouvelant leur adhésion pour 2007) de bien vouloir se signaler
(chèques au nom de R.E.V.E.I.L. adressé à REVEIL, Centre culturel, 63500 PERRIER ). Merci aussi et surtout à celles qui nous ont
renouvelé leurs encouragements et leur soutien en 2006.
La version électronique
de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation
d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des
personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de
signaler votre adresse électronique à assoreveil@wanadoo.fr
Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il suffit de nous en
informer par mail ou courrier postal.
***
Prochaine lettre vers la fin SEPTEMBRE 2007.
Entre temps, quelques flash possibles selon
l'actualité.
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questions, vos suggestions…
Contact : assoreveil@wanadoo.fr
Georges HERVE, adresse postale : 4 rue du Château
63500 PERRIER
[1] Souligné par Réveil
[2] Rappelons l’excellent article dans lequel Vincent Troger rappelle l’accueil fait à droite comme à gauche à la réforme Haby : http://assoreveil.org/college_unique_trogger.html
[3] L’intention affichée est de ne remplacer qu’un enseignant partant en retraite sur deux : cela tombe bien, puisque nombre des futurs retraités enseignent justement dans des Lycées et Collèges urbains.
[4] Titre d’un petit ouvrage remarquablement lucide du sociologue Alain Accardo, (éditions Agone – http://www.atheles.org/agone) dont Didier Minot a réalisé une première analyse présentée sur le site de RECIT en août 2006 (http://www.recit.net/spip.php?article787&var_recherche=ACCARDO) et dont Anne Minot a réalisé une présentation plus complète dont je peux envoyer une copie (en rtf ou pdf) sur simple demande.
[5] A ce sujet, les prises de position de Xavier Darcos contre les sciences de l’éducation sont sans ambiguïté.