LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N°8 AOÛT 2001
Sommaire
q Un débat sur les notions de cultures est-il possible ?
q Une réaction du Docteur Guy VERMEIL
q
2 ouvrages récents :
q Innover au cœur de l'établissement scolaire (2000)
q La Machine-Ecole (à
paraître)
q
Et toujours :
·
Si vous voulez
soutenir notre action…
·
Ou si vous
souhaitez ne plus recevoir cette lettre…
·
Cette lettre se
voudrait plus interactive…
·
Dernières nouvelles du site Internet de R.E.V.E.I.L.
***
Un débat sur les notions de
cultures est-il possible ?
Plusieurs références à
une “ culture commune ” que l’École se devrait
“ d’apporter ” à tous les jeunes, récemment relevées sous différentes
plumes, me renforcent dans l’idée qu’un certain consensus pourrait n’être
qu’apparent et masquer de réelles divergences entre des personnes sincèrement
attachées à une rénovation en profondeur de notre système scolaire. Les
multiples connotations du mot “ culture ” reflètent en effet les
particularités de nos cultures personnelles et risquent d’échapper à toute
analyse critique de notre part, tant elles s’imposent à chacun de nous comme
des “évidences ”. Seul un débat collectif fait d’échanges multiples
permettra de dépasser ces “ évidences ” dans lesquelles nous
pourrions être enfermés et de préciser les différentes sortes de cultures à
prendre en considération : car la notion même de “ culture commune ”
- sauf à en faire une culture unique, hégémonique, celle qui s’écrit avec une
majuscule – n’implique-t-elle pas l’existence d’une multiplicité de formes de
“ cultures particulières ” ? Ce débat me paraît donc plus que
jamais nécessaire. Le texte suivant, comme le précédent[1],
voudrait avant tout suggérer quelques pistes de réflexion et surtout ne pas
clore le débat avant qu’il ne soit amorcé.
Sous l’expression
“ culture commune ”, j’ai cru retrouver, à plusieurs reprises, l’idée
classique[2]
de “ culture générale ”. La plupart d’entre nous sommes encore
marqués par nos années de Lycée, même si elles sont parfois lointaines
aujourd’hui. Ces années au cours desquelles nous avons intégré ( ?) un
ensemble de savoirs et de savoir-faire dans des domaines variés,
“ instruction générale ” destinée à nous conférer la qualité de
femmes et d’hommes “ cultivés ” avant que nous ne nous spécialisions
professionnellement. N’était-ce pas la mission première de l’enseignement
secondaire que de “ former ” des “ honnêtes hommes ” (au
sens du 18ième siècle, époque où nos Lycées plongent leurs
racines) ? C’est à dire de “ donner ” une “ culture
commune ” entendue comme un ensemble de “ savoirs communs ”, qui
allaient ensuite être complétés par des “ savoirs spécialisées ”
nécessaires à l’exercice professionnel. Le caractère général de
cette culture commune imposait à tous les Lycéens, quelle que soit la filière
(littéraire ou scientifique[3]), de se frotter, que cela leur plût ou non, à
toutes les disciplines jugées “ fondamentales[4] ” :
le baccalauréat, premier grade universitaire, devait vérifier les connaissances
acquises dans chacune de ces disciplines[5].
Sans illusions excessives quant à la durabilité de ces savoirs, d’ailleurs, si
l’on en croit la fameuse définition de “ La Culture ” attribuée à
Edouard Herriot[6], l’essentiel
résidant plus dans une sorte d’empreinte laissée dans les esprits
par les savoirs appris que dans ces savoirs eux-mêmes. C’est ainsi que l’on
pouvait parler de “ culture intellectuelle ”, commune à tous les
Lycéens, comprenant principalement trois volets : une culture littéraire,
une culture scientifique, et, (très) accessoirement, une culture artistique.
Avons-nous fondamentalement
changé de point de vue aujourd’hui ? Le fait d’envisager d’ajouter un
volet supplémentaire, celui d’une “ culture technologique ” pour former
l’“ honnête homme du 21ième siècle ” inclinerait à penser
que non.
Il
semble que nous ayons quelques difficultés à sortir de cette conception d’une
Ecole qui ne peut être unique que dans la mesure où tous les élèves s’y voient
transmettre les mêmes savoirs disciplinaires. Ensemble de savoirs
traditionnellement considérés comme “ fondamentaux ”, ou élargi à de
nouvelles disciplines comme la technologie, l’informatique, l’économie…
Elargissement qui pose un sérieux problème d’ailleurs : comment ajouter de
nouveaux champs de savoirs sans rogner sur les horaires et les programmes de
ceux qui sont déjà enseignés ? Claude Allègre et Philippe Meirieu s’y sont
heurtés lorsqu’ils ont tenté de réformer les Lycées[7]
Prenant
en compte l’extrême hétérogénéité des collégiens, le rapport Fauroux avait
avancé l’idée d’une “ culture minimale commune ”[8],
immédiatement caricaturé comme un “ SMIC culturel ”. Pourtant, ne
pourrait-on envisager cette hypothèse en considérant que la culture commune
n’est que l’intersection de cultures particulières diverses ?
Dans
sa critique du rapport Fauroux[9],
Philippe Meirieu pose la vraie question “ vers quel projet d’homme et de société ”
voulons-nous aller ? L’expression “ honnête homme du 21ième
siècle ” peut servir de fil conducteur dans la mesure où elle
contient à la fois l’idée de projet et celle de contraintes du réel.
Est-il
nécessaire de rappeler que si, au siècle de l’Encyclopédie, il était possible
qu’une personne ait “ des lumières dans tous les domaines du
savoir ”, l’accroissement exponentiel de la masse des connaissances qui a
caractérisé le siècle passé et qui ne devrait pas fléchir dans les décennies à venir,
ruine toute conception encyclopédique de la culture générale. L’honnête
homme du 21ième siècle est condamné à une ignorance
encyclopédique ! ! !
Mais,
dans le même temps, il est condamné à ne jamais s’arrêter d’apprendre ne
serait-ce que pour ne pas perdre pied dans son époque. Tel est le paradoxe
auquel nous devons faire face aujourd’hui.
La mission première de
l’Ecole d’hier était de transmettre un ensemble jugé nécessaire et suffisant de
“ connaissances de base ” ;
l’Ecole d’aujourd’hui et de demain devra d’abord donner aux jeunes
l’envie et les moyens de poursuivre indéfiniment l’étude. Rivons le clou :
on ne peut penser l’Ecole aujourd’hui que dans le cadre d’une Education
permanente.
L’envie, le goût
d’apprendre, il faut reconnaître que notre époque – à l’école ou hors de
l’école – ne les favorisent pas. Faut-il en rester à ce constat ? L’envie
d’apprendre n’est-elle pas normalement présente chez tous les très jeunes
enfants ? Quels sont les facteurs qui la font décroître plus ou moins
rapidement chez nombre d’enfants scolarisés ? Quels sont ceux qui la
maintiennent ou même la développent chez certains ?
Quant aux
“ outils ” (savoirs et savoir-faire) qui permettront de continuer de
s’instruire au-delà de la phase première que constitue l’Ecole, peut-il ne s’agir
que d’une somme de connaissances apprises durant les 10 ou 12 ans de
scolarité obligatoire ? Quels sont les savoirs et savoir-faire – et sans
doute savoir-être - vraiment indispensables ?
A quelles conditions seront-ils opérationnels ?
Autre piste de
réflexion : la démarche actuelle encore généralement admise est qu’il faut
d’abord apprendre de tout un peu avant de se spécialiser dans une voie, une
discipline – ce qui éloigne ensuite de toutes les autres[10].
Par principe, la spécialisation est conçue comme devant être définitive et
irréversible, d’où la nécessité de la retarder le plus possible.
Ne pourrait-on imaginer une
autre démarche ? Par exemple qu’après avoir acquis des “ outils de
base ” (à définir : cf. supra), les jeunes choisiraient
progressivement et pourquoi pas dès le Collège, des parcours individualisés
dans des voies particulières (où ils pourraient atteindre l’excellence, selon
une expression à la mode) tout en situant leur(s) spécialité(s) dans un
contexte général élargi (par exemple en participant à l’étude de problèmes
concrets, donc complexes, à travers des projets menés au sein de groupes
hétérogènes plus ou moins étendus selon le cas ?). A une spécialisation
qui sépare, qui éloigne de ceux qui se sont engagés sur d’autres voies, ne
pourrait-on substituer une spécialisation qui conduit à élargir le champ de ses
intérêts et de ses connaissances et donc à se rapprocher des autres ?
Ne peut-on imaginer une
“ Ecole unique ” où, à partir d’un certain niveau, alterneraient des
parcours individuels largement diversifiés et des moments de recherche en
commun qui donneraient du sens à l’étude et permettraient faire
émerger une culture commune par la pratique? N’est-ce pas l’idée qui
sous-tend les actuels projets de Collèges pionniers ?
G.H.
août 01
***
En
réponse à la Lettre de REVEIL de juillet, le Docteur Guy VERMEIL nous écrit : " Je suis heureux de voir des idées qui me sont
chères partagées et propagées……. Je vous envoie … photocopie d'une
communication que j'ai faite à l'Académie de Médecine [séance du 10 juin 1986]
dans laquelle vous trouverez des chiffres et des graphiques qui complètent
votre texte."
Cette
communication sera disponible in extenso (notamment avec les graphiques) sur le
site de REVEIL dès la mi-septembre. En attendant, en voici quelques extraits :
"
Le moment où un enfant franchit pour la première fois la porte de la
"grande école" est un événement capital de sa vie scolaire. On
pourrait croire que ce "grand passage" va être entouré d'un maximum
de sollicitude et un constate, malheureusement, que le poids des habitudes,
l'ignorance des possibilités réelles des enfants et de leur rythme de vie, se
conjuguent pour multiplier les erreurs. Nous allons insister sur trois d'entre
elles au sujet desquelles les médecins ont leur mot à dire :
·
la méconnaissance des
inégalités des vitesses de développement,
·
le poids du milieu
social,
·
le non-respect des
rythmes biologiques."
"…L'habitude
s'est instaurée en France de faire coïncider l'âge du début de la scolarité
obligatoire avec celui de l'entrée en cours préparatoire. C'est devenu un acte
sacré de la vie sociale ; conseiller à des parents de différer cette entrée au
CP est toujours mal accepté ; les parents préfèrent prendre le risque d'un
redoublement et la loi leur permet d'imposer leur point de vue.
Et
c'est là que commencent des erreurs irréparables : les statistiques du
ministère de l'Education nationale nous apprennent que, parmi les élèves qui
parviennent au 2ième cycle de l'enseignement secondaire long, aucun
n'a redoublé le CP : les difficultés ou l'échec à ce stade de la scolarité ont
des répercussions particulièrement graves et peuvent mettre en échec la
scolarité tout entière."
"…..
L'école française souffre gravement d'une confusion entre deux notions
antinomiques : démocratisation et uniformisation. On ne peut pas mettre en plus
grand péril l'égalité des chances qu'en imposant à tous les enfants du même âge
le même programme, enseigné de la même façon et progressant à la même
vitesse."
"…
Toutes les études sur les rythmes de vie des enfants de 6 à 8 ans montrent que
la majorité d'entre eux ne peut disposer que de 3 heures par jour pour les
apprentissages scolaires, lorsqu'on fait en sorte de respecter le temps dont
ils ont besoin pour leur sommeil, leur alimentation, leurs déplacements et
leurs jeux…. La charge excessive des journées des écoliers français est
dénoncée par tous… Or ces journées trop pleines alternent dans notre année
scolaire avec un nombre disproportionné de journées de congé : 190 jours de
congé pour 175 jours de classe…."
"Aucune
des critiques que nous formulons ne suppose de révolution dans les habitudes
scolaires ; quelques mesures de bon sens n'exigeant ni locaux, ni personnel
supplémentaire, permettraient de réparer les erreurs les plus flagrantes…"
Rappelons que le docteur Guy Vermeil est ancien Chef de Clinique Médicale Infantile de l'Université de Paris, ancien Chef de service de pédiatrie au Centre Hospitalier d'Orsay. Il a publié de nombreux articles et livres dont le plus récent est Lièvres et Tortues, écrit en collaboration avec sa femme, Catherine Vermeil, publié aux éditions…..
***
INNOVER AU CŒUR DE L'ETABLISSEMENT SCOLAIRE
Monica Gather
Thurler
ESF 2000
collection Pédagogies-Recherche
L'auteur
est maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Genève. Avec
Philippe Perrenoud, elle a fondé le Laboratoire
Innovation-Formation-Enseignement (LIFE) dont elle assume la coordination.
"Faire
évoluer les systèmes éducatifs pour qu'ils deviennent de véritables services
publics, permettant la réussite de tous les élèves, est aujourd'hui une
nécessité et un défi. Mais le changement, en éducation, dépend de ce que les
acteurs de l'école en pensent et en font, individuellement et collectivement.
C'est
pourquoi l'établissement, comme lieu de vie et de travail, peut être un
catalyseur de l'innovation ou, au contraire, un frein ; il peut être un relais
pour des réformes constructives ou un "ventre mou" qui reçoit
passivement toutes les injonctions sans évoluer le moins du monde. C'est
pourquoi il importe de cerner les conditions grâce auxquelles chaque
établissement peut devenir un nœud stratégique du changement."
S'appuyant
sur vingt années de travail de terrain comme chercheur et formatrice, et plus
particulièrement sur son expérience de coordinatrice de la rénovation de
l'enseignement primaire genevois de 1994 à 1999, l'auteur souligne l'importance
de la coopération professionnelle dans toutes les innovations. Le tableau ci-dessous, extrait de son ouvrage,
présente de façon synthétique les relations entre le type de relations
professionnelles les cultures professionnelles et le changement.
|
Relations professionnelles entre enseignants |
Style de direction |
Forme de consensus par rapport aux objectifs |
Style de fonctionnement |
Incidences sur le changement |
|
Individualisme |
Autoritaire libéral |
Consensus faible |
Anomie/mosaïque ; absence/précarité des liens |
Changements ponctuels dans des domaines d'action spécifiques |
|
Balkanisation |
Décentralisation et séparation des dossiers |
Accords partiels, projets juxtaposés |
Coexistence pacifique |
Richesse et dispersion, cohérence limitée |
|
Grande famille |
Pastoral, grand-père |
Souci fédérateur ; valorisation des valeurs locales
et de la continuité |
Conservateur, fortement centré sur
"l'image" ; évitement des conflits sociocognitifs |
Réactivité plutôt qu'initiative |
|
Collégialité contrainte |
Chef d'orchestre |
Consensus "guidé", imposé |
Forte centration sur la tâche ; alternance entre
pics d'activités et routines |
Progressions collectives importantes selon la
conjoncture, limitées dans la durée |
|
Coopération professionnelle |
Leadership coopératif |
Concertation et régulation permanentes |
Centration sur le développement professionnel et
organisationnel dans la durée |
Le changement comme composante organique de la vie
de l'établissement |
***
LA MACHINE-ECOLE
Entretiens de
Philippe MEIRIEU avec Stéphanie LE BARS
A paraître le 5
septembre aux éditions GALLIMARD - Folio
Il s'agit d'abord
d'une ardente défense de la pédagogie, qui après avoir longtemps été
considérée, selon un mot de Jean Vial, comme "une maladie
honteuse" est souvent moquée ou
méprisée quand elle n'est pas accusée des pires maux. "Et c’est ce qui
explique pourquoi, si la République a réussi, à force de réformes
institutionnelles, à démocratiser l’accès à l’école, elle a échoué à
démocratiser la réussite dans l’école. Car la pédagogie n’est pas seulement une
“ utopie de référence ”, elle est aussi – et indissociablement – un
formidable réservoir d’outils, de méthodes, de dispositifs pour permettre la
construction d’un espace social où la transmission soit possible ; elle
cherche inlassablement à aider les enseignants à mobiliser les élèves sur la
culture et à accompagner chacun d’eux dans son accès aux savoirs. En se privant
de toute cette réflexion, l’École de la République s’est condamnée à une
démocratisation purement formelle."
Philippe Meirieu retrace son itinéraire de pédagogue :
professeur de Français et de Philosophie en 1969, il croit "fermement, comme beaucoup
d’autres, que l’on devait “ changer le monde ” et substituer à
l’arrivisme individualiste de la “ société bourgeoise ”, la
fraternité, la solidarité, la création collective qui nous permettraient de
bâtir un “ monde nouveau ”. Il fait partie de ces "quelques
hurluberlus… qui cherchent à faire passer dans l'école "le souffle de
68."…. je pratiquais une pédagogie que je voulais
“ non-directive ”, inventant, au jour le jour, des activités
nouvelles : travaux de groupes, exposés, improvisations théâtrales,
ateliers d’écriture, élaboration d’un journal, enquêtes, réalisation de films,
etc
Au début des années
70, il va profiter avec quelques collègues de la possibilité donnée par
Fontanet de consacrer 10% du temps scolaire à des activités socio-éducatives,
culturelles, pluridisciplinaires, avant d'effectuer un virage à 180°, à la fin
de la décennie, en se lançant dans la "pédagogie par objectifs". Il
entre alors dans un Lycée expérimental où il pourra valider son hypothèse
privilégiée : celle de la pédagogie différenciée. "Je pus observer que la diversité des
méthodes, des approches, des modes de regroupement des élèves multipliait leurs
chances de réussite."
Devenu professeur d'Université, il va rapidement acquérir
une réputation d'expert, ce qui amènera Claude Allègre à lui confier
l'organisation de la consultation des Lycéens et de leurs professeurs en 1998.
A ce sujet, il écrit, sous le titre " Redéfinir démocratiquement les finalités
de l’école de la République", " Il est absolument incompatible avec la fonction de
l’école d’en subordonner
l’organisation à des sondages d’opinion et d’en juger l’efficacité à la seule
satisfaction de ses usagers. Sa référence doit rester extérieure à l’ordre du
marché social et économique ; c’est la condition même de son existence et
de sa pérennité. (…) La consultation sur les lycées n’est nullement une
opération visant à détruire l’école de la République, elle est le moyen de
remobiliser tous les acteurs pour qu’ils se redonnent ensemble des finalités
scolaires claires qui contribuent précisément à faire barrage aux exigences du
marché. Certes, et c’est le lot de toutes les démocraties, il faut commencer
par faire remonter toutes les demandes et pas seulement celles des élèves mais
aussi celles des enseignants, des parents d’élèves, des partenaires
économiques, des associations de spécialistes et des chercheurs. Mais il n’a
jamais été question de s’arrêter là : nous savons bien que la somme de
toutes ces demandes ne fera pas un projet cohérent, qu’il y aura nécessairement
un saut qualitatif entre les opinions personnelles et collectives, les intérêts
de tel ou tel groupe et la définition d’une finalité qui les transcende et leur
donne sens en même temps. La chose n’est pas facile. Elle est engagée
actuellement (…). Elle se poursuivra à travers les consultations que le
ministre engagera avant le débat au Parlement qu’il a annoncé. C’est une
véritable démarche politique qui est engagée : partir des personnes telles
qu’elles sont, tenaillées par leurs inquiétudes et cherchant naturellement à
obtenir satisfaction sur leurs intérêts spécifiques, les confronter, les
accompagner, les faire travailler ensemble pour qu’elles découvrent les
contradictions inévitables, apprennent à sortir du calcul à court terme et
accèdent à une pensée cohérente de finalités communes. ”
Cette indispensable refondation de l'Ecole, prélude
d'une réforme en profondeur de notre système scolaire, exige que tous les
acteurs de l'Ecole jouent effectivement leur rôle : les syndicats
d'enseignants, les fédérations de parents d'élèves, les mouvements d'éducation
populaire, les universitaires, l'administration, les partis politiques qui,
tous, actuellement semblent surtout "à la recherche de leur rôle".
De toutes façons .." Il est sans doute vain de rêver à un système
scolaire qui exonère, une bonne fois pour toutes, ses enseignants et ses cadres
de la détermination nécessaire à toute entreprise éducative. Il est illusoire
de penser que les réformes de structures – aussi importantes, nécessaires et
parfaites soient-elles - dédouaneront un jour les éducateurs de leur engagement
pédagogique : parier, inlassablement, sur l’éducabilité des personnes et
refuser, pourtant, toute forme de manipulation : multiplier les situations
et les ressources qui permettent aux élèves de se mobiliser sur les
savoirs ; créer les conditions pour qu’ils prennent le risque d’apprendre
sans craindre le tâtonnement ; être attentif aux difficultés qu’ils
rencontrent pour leur permettre de les surmonter : reconnaître chacun dans
la spécificité de ses talents sans, pour autant, lui fermer la porte vers de
nouvelles voies… Rien de tout cela ne peut-être garanti, à coup sûr, par une
miraculeuse réforme."
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L'intégralité
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Des textes
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courts textes (1 page A4) de notre ami Raymond Millot
-
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l'enrichir de vos apports.
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souhaiterais aussi pouvoir insérer ne serait-ce qu'un bref compte-rendu des
stages, rencontres et colloques que nous annonçons (avec éventuellement des adresses pour
obtenir des détails). Idem, je pense qu'il serait bon d'étoffer le dossier
"vécus" du site en y présentant des expériences vécues, positives ou
négatives et dans les domaines les plus variés (textes et/ou images). Et, si
vous vous sentez la plume poétique… ou rêveuse, je vous rappelle qu'il y a un
dossier "rêves" – un seul poème y figure actuellement.
Le
but de cette Lettre est de tenter de susciter des échanges :
Alors, n'hésitez pas à m'adresser tous les écrits qui
peuvent contribuer à enrichir les débats, sur le site ou dans cette Lettre, qui
devraient être des lieux de rencontre et d'échanges permanents … entre deux
rencontres réelles qui finiront bien par se produire !
Pour les utilisateurs d'Internet, merci
d'utiliser le plus possible le format rtf pour les textes joints et le format
jpg (ou gif) pour les images. Pour les destinataires de la version papier de la
Lettre, un texte dactylographié me permet le scannage avec OCR – à défaut, je
me débrouille aussi avec les textes manuscrits.
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Prochaine lettre vers la fin septembre
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[1] Voir LETTRE de REVEIL n° 5/6 de juin 2001. Cette fois, je m’attacherai essentiellement à l’aspect “ contenu ” de la culture sans rien renier, bien sûr de l’aspect forme suggéré dans le texte précédant. L’essentiel étant d’arriver à une synthèse non contradictoire des deux aspects.
[2] Au sens de “ qui appartient à cet ensemble de savoirs qui se transmettent dans les classes ”.
[3] Lorsque celle-ci fut fondée, ce qui est somme toute assez récent.
[4] Ce caractère fondamental étant souligné par le fait qu’elles faisaient l’objet de “ licences d’enseignement ” à l’Université. Des disciplines comme l’aéronautique, l’astronomie ou l’ethnographie… enseignées dans ces mêmes Université n’entraient dans aucune licence d’enseignement et n’ont jamais acquis le statut de “ discipline fondamentale ”.
[5] Plutôt deux fois qu’une, d’ailleurs, à l’époque où il comportait effectivement deux parties.
[6] Normalien, agrégé et homme d’Etat, il aurait déclaré que “ la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ”.
[7] “ …Jadis, pour introduire de nouveaux enseignements, on avait pu rogner sur l’Éducation religieuse et augmenter le nombre d’heures de cours hebdomadaires… Or nous nous trouvions devant une situation totalement différente : la semaine de l’élève était déjà trop chargée et, si tout le monde, globalement, acceptait le bien-fondé de notre entreprise, aucune discipline ne pouvait envisager d’en faire les frais. Les enseignants dans leur ensemble, et les responsables de leurs associations disciplinaires en particulier, ont, en effet, une fâcheuse tendance à mesurer la valeur intrinsèque de leur discipline au nombre d’heures que les programmes lui accordent chaque semaine au lycée. Dans cette logique-là, les juristes, les astronomes ou les médecins, n’ayant aucune place officielle dans l’enseignement secondaire, devraient se considérer comme des parasites inutiles ! ” in “ La Machine Ecole ”, Philippe Meirieu, entretiens avec Stéphanie Le Bars, Gallimard Folio, à paraître le 5 septembre 2001.
[8] sorte de “ kit de survie ” selon l’expression de Roger Fauroux
[9]“ C’est une vision managériale de l’école, sans vrai projet de refondation du service public d’éducation, sans attention aux fonctions politiques et symboliques de l’École dans la société française. Certes, il faut que le système “ marche mieux ”, mais pour aller où ? Vers quel projet d’homme et de société ? ” op.cit.
[10] Un professeur de Lettres enseignant en Lycée s’élevait jadis contre l’une des missions du tuteur instauré par la réforme Savary-Legrand des Collèges, qui était de “ donner le coup de pouce ” à certains élèves du Collège qui se heurtait à une difficulté ponctuelle, en s’écriant “ Nous sommes des spécialistes ! Je ne me vois pas aider un collégien à résoudre un problème de mathématiques, par exemple ! ”. Cette personne, instruite, cultivée, avait suivi les enseignements d’un établissement secondaire – où elle avait sûrement été une élève plus que moyenne. Qu’en restait-il vingt ans plus tard si elle ne s’estimait pas capable d’aider un collégien – au plus jusqu’au niveau de la 3ième, dans une quelconque des disciplines du programme ?