Deux propositions d’actions pour dépasser la crise de civilisation actuelle

Deux propositions d’actions pour dépasser la crise de civilisation actuelle.

 

« Il faudrait voir d’une part si le projet humain réalisé durant ces six millénaires par l’homo historicus est le seul projet humain possible et d’autre part voir s’il ne faudrait pas faire aujourd'hui quelque chose d’autre. »

Raimundo Pannikkar

 

La crise planétaire qui couvait depuis le milieu du 20e siècle[1] et qui s’est manifestée par des explosions de violences et de barbaries protéiformes de plus en plus nombreuses, prend, de nos jours, les allures d’une crise économique/financière/sociale mondialisée ; son caractère écologique reste minimisé, marginalisé, par un grand nombre de décideurs, voire nié par certains. La quasi-totalité des décideurs politiques et économiques refusent de voir qu’il s’agit en réalité d’une crise systémique majeure de civilisation, la crise de notre civilisation occidentale qui, en parachevant sa domination sur toute la planète, en imprégnant les esprits de la majorité des populations humaines de ses paradigmes fondamentaux,  en a fait une crise planétaire qui menace la survie même de l’Humanité.. Dans leurs discours, au moins, ces décideurs semblent considérer qu’il ne s’agit que d’un accident passager de l’histoire, une sorte de maladie transitoire qu’il faut guérir à l’aide de mesures essentiellement financières[2] pour retrouver la « santé » antérieure et pouvoir poursuivre la voie (leur projet de société) dans laquelle ils ont engagé l’humanité.

Or ce terme de crise, s’il peut caractériser notre époque, doit être pris dans son sens le plus fort : celui qui caractérise l’évolution d’un système auto organisateur arrivé à un stade de son développement où « il est menacé de désintégration parce qu’il n’est plus capable de traiter ses problèmes vitaux » (Edgar Morin). Son autodestruction étant inévitable, sa seule voie de salut est dans sa métamorphose en un méta système à la fois autre et identique – en ce sens qu’il conserve son identité tout en étant radicalement transformé. Ce concept de métamorphose, introduit par Edgar Morin[3], remplace et dépasse le concept ancien de révolution qui, dans son acception courante désigne un simple renversement de situation, de rapport entre les éléments d’un système, sans affecter fondamentalement la nature (forme) de ce système (cf. la révolution copernicienne).

Dans une remarquable analyse présentée dans le cadre des Dialogues en Humanité[4] reprenant et réorganisant des idées exprimées dans le 6e tome de la Méthode (l’Ethique), Edgar Morin évoque « une Voie » qui permettrait de dépasser cette crise « par le haut » à travers sept réformes :

-                     réformes politiques (politique de l’homme, politique de civilisation,)

-                     réformes économiques,

-                     réformes sociales,

-                     réforme de la pensée,

-                     réforme de l’éducation,

-                     réforme de vie,

-                     réforme morale.

« Ces réformes sont corrélatives, interactives, interdépendantes. Les réformes politiques seules, les réformes économiques seules, les réformes éducatives seules, les réformes de vie seules ont toutes été condamnées à l’insuffisance et à l'échec…. La réforme morale, la réforme de pensée, la réforme de l'éducation, la réforme de civilisation, la réforme politique, la réforme de vie s’entr’appellent les unes les autres et par là même leurs développements leur permettraient de s’entre dynamiser. »[5]

La nature même de ces réformes fait qu’elles ne peuvent être décrétées par une « autorité supérieure », mais qu’elles doivent émerger progressivement de l’intérieur du système, d’une multitude d’actions convergentes initiées par des déviants, individus et groupes, situés à la fois dans le système et en dehors, à la marge. « Dans toutes les sociétés civiles, il y a une multiplicité d’initiatives dispersées, ignorées des partis, des administrations, des médias, mais dont les développements permettraient de frayer des voies qui convergeraient pour former La Voie. »[6]

Dans sa contribution, Edgar Morin évoque deux actions concrètes qui, mises en œuvre conjointement, pourraient constituer des déclencheurs de mouvement féconds : l’instauration de maisons de solidarité d’une part, et celle d’un service civil obligatoire.

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Par définition, les maisons de solidarité ne peuvent naître (et n’être) que d’initiatives locales (au sein de communes, communautés de communes, cités urbaines voire quartiers de grandes villes) émanant de citoyens, alors que le service civil ne peut être instauré que par une instance politique détenant un pouvoir législatif. A l’heure actuelle, il nous semble que l’Europe soit le niveau le plus indiqué pour instituer un service civil permettant de mobiliser les énergies disponibles, et donc que ce soit au Parlement européen de se saisir de cette question.

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Les maisons de solidarité.

Leur but est de régénérer les solidarités de proximité, les liens sociaux qui ont commencé à se distendre dès le 19e siècle à la suite des bouleversements sociétaux entraînés par la révolution industrielle et l’urbanisation accélérée qui en a découlé, bouleversements qui ont atteint un développement exponentiel au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Devant les dégâts humains causés par cette évolution (si bien décrits par Zola dès le 19e siècle) les gouvernants (français en particulier) ont organisé, sous l’impulsion du réformisme socialiste[7], des systèmes de solidarité institutionnalisés (assurances sociales obligatoires) que des initiatives généreuses ont complétées par des systèmes mutualisés de solidarité au sein de groupes socioprofessionnels (la MAIF en est un exemple). Or ces solidarités sont menacées aujourd’hui dans leurs fondements même à la fois du fait des besoins sociaux en progression exponentielle, mais aussi par la bureaucratisation administrative des structures contrôlées par l’Etat ; enfin par les appétits des financiers qui y voient des sources de profits considérables (les assurances deviennent de plus en plus des produits financiers ; les mutuelles sont devenues – ou tendent à devenir – des groupes financiers insérés dans le secteur marchand.)

Ces solidarités anonymisées sont, d’autre part, impuissantes à contrer la solitude de plus en plus marquée des individus perdus dans la foule solitaire (David Riesman, Arthaud, 1992)[8]. C’est dire la nécessité de repenser le sens même du mot solidarité en le faisant évoluer vers celui de fraternité, troisième terme de notre devise républicaine[9]. Tandis que la solidarité humaine traduit un fait, un constat intellectuel, celui de l’interdépendance foncière de tous les êtres humains, celui de fraternité lui ajoute ce supplément d’âme apporté par l’affectivité, le sentiment partagé. La fraternité dépasse donc la solidarité en l’intégrant dans un projet à la fois individuel et collectif de partage, d’échange gratuit, de don[10]. C’est pourquoi nous proposerons plutôt de parler de maisons du don et des échanges fraternels.

Ces maisons n’existeront que si elles sont intégrées dans des projets locaux initiés par des femmes et des hommes déjà engagés dans des actions concrètes (voir plus bas) rompant avec l’idéologie exclusivement marchande qui isole les individus dans un système de compétition de tous contre tous et conduit l’humanité à un suicide collectif. Ce système conduit une minorité à s’approprier la planète pour l’exploiter sans limite à son profit et la rendre inhabitable pour les humains. Cette minorité assoit son pouvoir sur la peur de l’insécurité[11], insécurité qu’il entretient et dont il prétend protéger notamment par les systèmes d’assistance et d’assurance qu’il a détourné de ses objectifs primitifs en les bureaucratisant et anonymisant, et, de plus en plus, en les marchandisant.

Il serait donc illusoire d’attendre de l’Etat qu’il prenne l’initiative de créer de telles maisons : elles seraient immanquablement déviées et récupérées comme le furent jadis les Maisons de la Culture instituées par Malraux. C’est donc bien au niveau le plus local qu’il faut concevoir, construire et faire vivre de telles maisons. Pourtant il ne s’agit pas de nier les apports possibles de ceux qui, aux divers échelons de la société, détiennent quelques pouvoirs politiques : ils peuvent tout aussi bien s’opposer à ces initiatives  ou au contraire créer des conditions favorables à leur émergence. L’engagement politique est donc une action nécessaire, surtout aux niveaux les plus proches des citoyens (depuis la commune jusqu’à la région, en France). Mais « contrairement à toutes les autres questions, la question humaine n’a aucun expert : elle est l’affaire de tous et de chacun d’entre nous ; elle est une affaire d’expérience de vie, de sensibilité, de conscience. Chacun a à apprendre de l’autre »[12].  Chaque citoyen peut et doit se sentir concerné et responsable. Chacun a quelque chose à donner et à recevoir de tous les autres.

Concrètement, il s’agit, pour les initiateurs de tels projets de se rencontrer, de concevoir ensemble les grandes lignes du bâtiment à construire, de faire les démarches nécessaires pour obtenir la mise à disposition d’un terrain municipal adapté. Un plan commun pourra être proposé : le principe sera de faire simple, fonctionnel, si possible en construction éco-biologique (bois, paille, pisé...) La construction du bâtiment en commun constituera une première expérience importante pour la cohésion de ce groupe dont les membres seront, le plus souvent engagés dans des actions militantes variées.

Albert Jacquard voudrait qu’au-dessus de l’entrée de chaque école, il soit inscrit : « ici, on fait des rencontres ! » Cette phrase résume assez bien la vocation de ces maisons. Il s’agit de permettre aux acteurs de toutes sortes d’initiatives de se rencontrer : SEL (services d’échanges locaux), BLE (bourses d’échanges locales), Réseaux d’échanges de savoirs, Universités populaires et citoyennes, antennes locales d’ONG, Educateurs, Animateurs socioculturels, Associations d’aides aux personnes en difficultés – Emmaüs, ATD Quart Monde, DAL, RESF, etc. -  AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, coopératives de production, de consommation diverses, groupements d’actions écologistes locales, associations culturelles, etc. Ces rencontres favorisées par un lieu spécifique permettront de mettre en lumière les convergences entre les multiples domaines d’actions menées par ces personnes et ces groupes qui ainsi « s’entre dynamiseront ». Des conflits ne manqueront pas de se manifester à l’intérieur de ces structures vivantes : l’expérience d’associations telles que Génération Médiateurs, qui ont fait la preuve de leur efficacité pour gérer sans violence les conflits entre enfants, sera d’une grande utilité pour gérer toutes les sortes de conflits entre adultes. Ces quelques exemples ne représentent qu’un faible échantillonnage des possibilités offertes par ces maisons.

Enfin, ces maisons devront se relier les unes aux autres au sein de réseaux régionaux, nationaux, internationaux. Internet est un outil essentiel pour assurer ces liens et échanges permanents. Elles représenteront des sortes de « têtes de pont » au sein de la société, des ferments d’un changement à la fois individuel et collectif permettant aux interactions entre les transformations personnelles et les transformations sociales de conduire à une métamorphose progressive globale.

 Ces maisons pourront également être à l’origine de maisons de la petite enfance telles que les propose le Pr. Hubert Montagner (voir sur http://assoreveil.org/montagner_maisons-petite-enfance.html et/ou de crèches-écoles enfantines

(http://assoreveil.org/montagner_creches-ecoles-enfantines.html ). Elles pourront aussi soutenir et appuyer auprès des autorités locales et régionales, les initiatives d’éducateurs-enseignants dans leurs efforts pour transformer l’Ecole – initiatives qui ont tant de difficultés à surmonter les obstacles de toutes natures qui leur sont opposés dans le système actuel[13].

Il ne s’agit là, bien entendu, que de quelques propositions et suggestions qui devront être discutées, amendées, complétées, au sein des réseaux et groupes intéressés, et surtout au sein des groupes locaux désireux de se lancer dans cette aventure !

Un service civil européen :

L’idée d’un service civil ouvert aux jeunes filles et jeunes gens a été lancée en France il y a quelques années, après la suppression du service militaire obligatoire, sans que les pouvoirs publics ne lui aient donné suite, malgré des sondages d’opinion qui paraissaient favorables. Edgar Morin propose un service civil obligatoire sans préciser dans quel cadre il pourrait être organisé.

Dans un premier temps, l’obligation risque de poser des problèmes d’organisation difficiles à résoudre. On pourrait donc commencer par un service civil volontaire ouvert aux jeunes, par exemple, aux 18/20 ans ayant terminé leur scolarité secondaire générale ou professionnelle[14]. Ce service gagnerait à être organisé au niveau européen, là encore, pour favoriser les rencontres à un niveau plus large que celui de la nation.

On pourrait s’inspirer du service civil qui, jadis, avait été mis en place pour les jeunes gens astreints au service militaire, mais qui s’étaient déclarés objecteurs de conscience. Le principe consisterait, pour l’instance organisatrice (l’Europe), à verser à chaque volontaire une allocation mensuelle (modeste), la prise en charge matérielle (gite et couvert) étant assurée par les structures d’accueil (associations, maisons du don et d’échanges…). Des accords pourraient être passés avec les sociétés publiques de transport (train, cars, etc.) pour les faire bénéficier de tarifs réduits (comme le « quart de place » des militaires).

Un tel projet devrait être repris, travaillé et soutenu par les députés élus au Parlement européen. Il serait infiniment moins coûteux et plus utile que bien des actions subventionnées par l’Europe qui ne bénéficient qu’à des fractions restreintes – et parfois socialement privilégiées – de la population.

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Interactions, convergences et synergies nécessaires.

Que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la biodiversité, de la pauvreté, de la défense des démunis et des victimes du système socio-économique dominant, (liste non limitative), l’urgence de soulager les souffrances, de tenter de corriger les dérives, de réparer les dégâts est, depuis longtemps (toujours ?) à l’origine de nombreuses initiatives généreuses. Mais, de plus en plus, ces actions s’apparentent au mythe de Sisyphe ou à celui du tonneau des Danaïdes. La conscience s’impose chaque jour d’avantage de la complexité des réalités politiques, sociales, éducatives, de la vie en général, et de leur interdépendance. Nous sommes alors souvent envahis par le sentiment de notre impuissance à modifier le cours d’événements si imbriqués les uns dans les autres. On entend si souvent dire « oui, bien sûr, mais que peut-on faire ? ». Impuissance, lassitude, désespérance, résignation accompagnent souvent les prises de conscience.

Les deux projets présentés ici ont, me semble-t-il, le mérite d’ouvrir réellement de nouvelles perspectives d’avenir, de permettre de rendre possible l’improbable. L’articulation entre ces deux actions concrètes leur permettraient de s’entre dynamiser. Elles rendraient plus efficaces les actions « palliatives »  variées en les reliant les unes aux autres dans une perspective globale convergente pour en faire de véritables creusets de la métamorphose.

Les Maisons du don et des échanges fraternels (MDEF, si l’on veut sacrifier à la mode des sigles « pour faire court) ne devront cependant pas se contenter de constituer des lieux de rencontres : la métamorphose, émergence auto-organisatrice d’un méta-système au sein du système élaboré au cours des 6 ou 7 derniers millénaires ne peut être qu’un processus long[15], progressif, résultant d’un grand nombre de tâtonnements locaux, partiels, (il ne peut exister aucun « modèle » préétabli à réaliser, pas de chemin tout tracé à suivre). Les Maisons, en synergie avec le service civil européen (avant de devenir transcontinental, un jour, peut-être, comme l’expérience canadienne semble le permettre), devront être des creusets où seront imaginées et expérimentées de nouvelles « formes » de vivre-ensemble touchant tous les domaines de la vie tant individuelle que collective (production et distribution relocalisées, aménagements de nouveaux espaces de vie, mise en commun d’équipements, santé, éducation, entraides intergénérationnelles[16], pratiques sportives hors compétition, créations et partages culturels, monnaies locales « fondantes », etc.)

Il s’agit de créer des écosystèmes, locaux mais reliés en réseaux multiples, où pourront se développer de nouvelles dynamiques inter-rétro-actives au sein de la triade mise en évidence par Edgar Morin, représentée par le schéma :

Voire dans un système intégrant la planète Terre elle-même, qui s’invite aujourd’hui clairement dans le vaste système auto-co-organisateur, que l’on peut représenter par un tétragramme (qui invite à repenser les inter-rétro-actions entre les quatre systèmes/acteurs qui le constituent) :

En se multipliant, ces actions concrètes, locales, créeraient de nouvelles voies d’actions concrètes, qui, en s’entre dynamisant, conduiraient à la constitution d’une « masse critique » capable de déclencher la réaction salvatrice globale. Alors la métamorphose encore improbable deviendrait possible : la quatrième naissance de l’humanité, la sortie de l’âge de fer planétaire[17], vieux de 6 ou 7 millénaires, une re-naissance de l’humanité à sa propre humanité, porteuse d’un projet humain rénové (Pannikkar). Le mot postmodernité qui, pour l’instant, ne suggère que la sortie de la modernité (née à la fin du 15e siècle), et l’entrée dans une nouvelle période dont on ne sait rien, prendrait enfin un sens positif pour un nouveau départ.

Georges HERVE, été 2009                

 



[1] Les bombes d’Hiroshima et Nagasaki (août 1945) ont peut-être annoncé la fin de « l’ère planétaire du fer » qui a débuté il y a 6 ou 7 millénaires. Cette ère a vu se succéder plusieurs grandes périodes, la dernière étant la modernité (début du 16e siècle à nos jours). L’expression post-modernité – qui en soi ne signifie rien sinon l’entrée dans un période succédant à la précédente – traduit bien la résistance à penser le changement d’ère que l’humanité est entrain de vivre – entre l’abîme possible et la métamorphose encore improbable.

[2] Sauvetage des grands groupes financiers, plans de relance de la croissance, de la consommation, assortis de promesses aussi vaines que symboliques telles que la « moralisation du capitalisme », la limitation des « bonus » ou la lutte contre les « paradis fiscaux).

[3] Voir aussi note n°13.

[5] Edgar Morin, op. cit.

[6] Edgar Morin, op. cit.

[7] Rappelons qu’au lendemain de la deuxième guerre, aucun parti politique participant au gouvernement du Général De Gaulle qui décréta ne se déclarait « de droite », conservateur, même pas le MRP. Tous se réclamaient du Conseil national de la Résistance qui était imprégné des idées généreuses du socialisme.

[8] L’isolement des individus par rapport aux pouvoirs économiques est un trait caractéristique de politiques françaises menées depuis la Révolution de 1789. Cf. les décrets d’Allarde et la loi Le Chapelier – mars et juin 1791

[9] Il serait trop long, dans le cadre de ce texte, d’évoquer les tribulations de cet éternel oublié de la triade qui orne nos frontons. Rappelons simplement que le solidarisme prôné par Léon Bourgeois visait à substituer le mot Solidarité à celui de Fraternité. Les lecteurs intéressés pourront se reporter à un texte présenté sur le site de Réveil consacré à cette question. http://assoreveil.org/les_tribulations_de_la_fraternite.htm

[10] Ici, nous renvoyons à Marcel Mauss dont l’essai est téléchargeable gratuitement sur le site canadien http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/2_essai_sur_le_don/essai_sur_le_don.html

Signalons aussi le Mouvement Anti Utilitariste dans les Sciences Sociales (M.A.U.S.S.) dont les travaux prolongent ceux de Marcel Mauss. http://www.revuedumauss.com/ 

[11] Ressort, aussi ancien que les sociétés historiques, qui permet à certains individus et groupes de prendre le pouvoir et d’assurer la durabilité de leur domination sur ces sociétés.

[12] Edgar Morin, op. cit.

[13] Nous venons d’apprendre la fermeture définitive du Collège Pionnier Rural de St Martin Valmeroux (Cantal). Des 4 Collèges pionniers ouverts en 2001/2002, deux seulement ont réussi à survivre aujourd’hui. Deux n’ont pas pu résister à l’hostilité de l’administration – et de certains syndicats d’enseignants.

[14] Dans certains pays, comme au Danemark, par exemple, il semble qu’une pratique courante consiste pour les jeunes « bacheliers » à prendre une année sabbatique et à aller à l’étranger, dans diverses structures comme les chantiers de jeunesse, dans les domaines humanitaires ou de (re)construction. Au Québec, les jeunes de 15 à 30 ans peuvent vivre des expériences diversifiées : voir sur http://www.cj.qc.ca/fr/index.html . André Giordan suggérait naguère que cette possibilité d’année sabbatique pourrait être offerte aux collégiens de 15/16 ans (voir son ouvrage « Une autre école pour nos enfants ». On peut aussi imaginer que ces services civils volontaires ne soient pas limités aux seuls jeunes, mais ouverts aux adultes de tous âges dans des domaines variés et pour des durées adaptées à leurs situations propres. 

[15] Le terme de métamorphose évoque la transformation préprogrammée de la larve en un insecte définitivement « parfait ». Appliqué à l’humanité, son sens doit être profondément élargi : son évolution ne répond à aucun programme prédéfini. Système auto-organisateur ouvert dans un système plus vaste – et même auto-co-organisateur comme le suggère le tétragramme proposé ci-après – l’humanité n’atteindra jamais un « état final » prédéfini (son histoire n’a pas de fin autre que sa propre mort). L’idée d’une métamorphose de l’humanité doit donc être comprise à la fois dans son acception de transformation globale et radicale (et même de transformations successives sur le très long terme) et d’auto-co- transformations progressives locales de ses éléments constitutifs (individus et groupes sociaux) ; la somme de celles-ci et leur(s) convergence(s) pouvant seules entraîner le « saut qualitatif » que représente une métamorphose globale qui elle, peut se situer dans un temps relativement bref, à l’instar d’une révolution.

[16] L’un des symboles marquant de l’hyperindividualisme égoïste, destructeur des liens sociaux sous les oripeaux d’une fausse solidarité et d’une convivialité superficielle, est constitué par la multiplication des ghettos où se réfugient certaines catégories de populations qui vivent entre elles : les « Sénioriales » vantées – et vendues – par la publicité, en sont un bon exemple.

[17] Edgar Morin

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