Enquête sur un système scolaire qui peut faire rêver les Suisses

Enquête sur un système scolaire qui peut faire rêver les Suisses

La Finlande a développé le système éducatif le plus performant du monde.

LE TEMPS Journal suisse du Mardi 26 mars 2002

    La Finlande a obtenu les meilleurs résultats de l'étude PISA comparant les compétences scolaires des élèves âgés de 15 ans dans 32 pays de l'OCDE. Et de loin... Meilleurs élèves en fin de scolarité, numéro un en lecture, médaille de bronze en sciences et quatrième place en mathématiques. Conséquences: les délégations étrangères défilent à Helsinki pour percer les secrets de cette réussite finnoise. Depuis six semaines, des délégations allemandes vont chaque semaine en Finlande visiter écoles et enseignants. Par contre, l'Office central de l'enseignement (OCE) n'a connaissance d'aucune annonce de visite suisse. 

    Le Temps a fait le voyage et livre son regard sur un système scolaire original. Consensus national sur la définition du rôle dévolu à l'école, grande autonomie accordée aux établissements, mise en place de régulières évaluations nationales pour mettre à nu les établissements défaillants qui reçoivent immédiatement appuis, grandes exigences dans la formation des enseignants et le choix des directeurs d'école, une seule filière sur neuf ans, aide ciblée aux élèves en difficulté, autant de caractéristiques qui, ensemble, donnent jour au système éducatif le plus performant du monde riche. Une expérience qui mérite attention...

Leçon finlandaise

Une enquête  de François Modoux envoyé spécial du journal «Le Temps» publiée le 26 mars 2002

1°) Les écoliers finlandais ne sont pas champions du monde par hasard

2°) «Toutes les forces vives comptent pour encore progresser»

3°) Le professionnalisme, une vertu intacte

4°) Des évaluations à tous les niveaux

1°) Les écoliers finlandais ne sont pas champions du monde par hasard

    Au pays des rennes et du Père Noël, les écoliers sont des champions. Les performances des petites têtes blondes finlandaises, en lecture ou en maths, ne tiennent pourtant pas du miracle. Soulignés par la désormais fameuse étude PISA (Programme International du Suivi des Acquis des élèves), les excellents résultats de la Finlande découlent d'une politique de l'éducation poursuivie avec obstination et clairvoyance depuis trois décennies. Une prime à la durabilité de l'action politique, en quelque sorte. 

 

    Il n'existe pas un modèle finlandais, qui serait exportable, par exemple en Suisse. Mais on peut apprendre de l'expérience finlandaise. La Suisse en particulier, qui partage plusieurs similarités avec le plus petit nordique: les deux Etats reconnaissent plusieurs langues, protègent des minorités et doivent veiller à corriger les disparités régionales qui mettent à mal la cohésion nationale. Entre Zurich et le fin fond du val Münster, l'écart est aussi grand qu'entre Helsinki et les forêts lapones d'Inari.

 

    Les deux pays sont réputés pragmatiques. Vraiment? Seuls les Finlandais le sont en matière d'éducation. Et c'est même une clef de leur succès. Helsinki a défini des objectifs ambitieux et clairs qu'il poursuit de façon conséquente. L'école finlandaise, c'est le contraire de l'égalitarisme au rabais: des compétences élevées pour tous. Cela suppose des moyens importants: donc pas d'économies dans l'éducation. Comme le facteur humain est décisif, les écoles et leur personnel, le corps enseignant sont responsabilisés au maximum: de la liberté en échange de résultats. La confiance est soignée en même temps que les exigences sont élevées: les politiciens n'insultent jamais «l'Ecole» publiquement, et le professionnalisme de ses serviteurs est une vertu cardinale. Depuis longtemps, la Finlande a enterré tout préjugé. Une leçon pour nos cantons, qui se disputent comme des Byzantins pour savoir lequel lit le mieux alors que PISA nous classe au 17e rang, à peine au milieu du classement du monde riche.

 

    La Finlande a obtenu les meilleurs résultats de l'étude PISA comparant les compétences scolaires des élèves de 15 ans dans 32 pays de l'OCDE. Tous les élèves suivent la même filière de base durant neuf ans. Les élèves en difficulté reçoivent une aide ciblée. L'intégration l'emporte sur la sélection.

    Autonomes, les écoles marient fantaisie et souplesse avec un sens aigu des responsabilités. Le professionnalisme des maîtres est une vertu cardinale. L'évaluation généralisée des résultats poursuit deux buts: corriger les faiblesses et élever la qualité moyenne du système éducatif national.

    A Pukinmäen, un faubourg au nord d'Helsinki, le préau de l'école est figé dans la neige et la glace. Une semaine avant Pâques, c'est encore l'hiver. Sans doute que les longues journées froides et sombres favorisent l'étude au coin du feu. Mais pas au point d'expliquer pourquoi les écoliers finlandais sont les meilleurs du monde à la fin de la scolarité obligatoire. Le verdict de PISA, cette étude de l'OCDE qui a comparé les compétences scolaires des jeunes de 15 ans dans 32 pays, tourne au plébiscite pour le plus nordique des pays européens: ses écoliers sont imbattables en lecture; ils obtiennent la médaille de bronze en sciences et un méritoire 4e rang en mathématiques. Le résultat d'ensemble vaut à Helsinki la réputation d'avoir développé le système éducatif le plus performant du monde riche.

    D'un naturel introverti, les Finlandais restent modestes. «Il nous importait surtout de devancer la Suède», plaisante un enseignant. Au pays des rennes, PISA n'a déclenché aucune euphorie. Sûre de ses choix, la Finlande n'est pas surprise. Après tout, elle fut, avec la Suède dont elle faisait partie jusqu'en 1809, la première région alphabétisée du monde, au milieu du XVIIe siècle déjà. Sa première place doit sans doute quelque chose aux pasteurs qui organisaient des concours publics et tenaient une comptabilité des communiants «sachant lire», tenant à l'écart les «insuffisants» pour les inciter à faire mieux.

    Sur ce socle a été édifiée une politique cohérente et durable qui attribue à l'éducation et à la recherche le rang de priorité nationale. Les budgets dévolus à ces tâches sont en tête des comparaisons internationales, et ils ne cessent de croître. «Pour un peuple isolé par la géographie et une langue imperméable, l'éducation est une condition de survie», justifie Jukka Sarjala, le président de l'Office central de l'enseignement à Helsinki (OCE). Un peuple relativement homogène, ce qui aide, même si la Finlande est composée de Finnois, d'une petite minorité suédophone et d'une population «sâme» au nord, en Laponie. Le taux d'étrangers est très bas (2%) mais peut grimper à 20% dans certaines classes à Helsinki.

    Il est midi au réfectoire de Pukinmäen. Comme dans toutes les écoles du pays, les enfants prennent le repas avec leurs maîtres. C'est au programme. Le service est bien sûr gratuit, comme le bus scolaire ou les crayons, et les cahiers. L'atmosphère est détendue; la salle peu bruyante. Le tutoiement est la règle entre maîtres et élèves. Rainer Domisch, un pédagogue allemand devenu conseiller à l'ICE, souligne l'importance de ce «partenariat»: «Les enseignants accompagnent leurs élèves dans une longue épreuve d'obstacles à franchir ensemble.» Chaque école a sa «charte». Les élèves ont des devoirs et des droits précisés dans ce document qui a été discuté puis approuvé par la direction de l'établissement. Dans cette instance siègent des délégués des parents, des élèves et de la commune. L'école est le lieu par excellence où s'exerce le génie d'une société pratiquement sans classes sociales: un mélange de consensus, de pragmatisme et de civisme.

    «Le bien de l'enfant est placé au centre de l'enseignement. C'est à l'école de répondre aux besoins de ses élèves, et non l'inverse», souligne Kari Töyryla, le recteur de l'école de Suutarilan. Son collègue de Pukinmäen, Markhu Holltinen, renchérit: «Nos élèves sont nos clients.» Cette philosophie s'exprime avec force dès l'«école de base»: de 7 à 15 ans, tous les écoliers finlandais suivent un enseignement identique, sans orientation. Une seule filière durant neuf ans: le pari de l'intégration de préférence à la sélection.

    L'enseignement est d'abord dispensé par un «maître de classe» polyvalent (niveaux 1 à 6) puis par des maîtres spécialisés (niveaux 7 à 9). Les notes apparaissent en 7e. En principe, il n'y a pas de redoublement. Durant la deuxième partie de l'«école de base», l'élève compose une part de son programme en choisissant des options: 2 périodes sur 30 en 7e; 10 périodes sur 30 en 8e et 8 périodes sur 30 en 9e. Cette individualisation du plan d'études anticipe l'orientation après la 9e, soit vers la filière professionnelle, soit vers le lycée (gymnase).

    L'ambition de concilier des exigences élevées avec l'égalité des chances est poursuivie de façon conséquente: les effectifs des classes sont modestes (jusqu'à 20 élèves); deux maîtres se partagent la classe grâce à la présence fréquente d'assistants; le travail par petits groupes respectant les différents rythmes d'apprentissage des enfants est la règle. Et surtout, les écoles finlandaises organisent un appui individualisé pour tous les élèves en difficulté. Une gageure surtout que la part des enfants recourant à ces soutiens (en moyenne 17% l'an dernier à Helsinki) augmente. Même les cas «impossibles», comme dit un recteur, sont pris en charge à l'intérieur de l'école par des maîtres spécialisés.

    Ce programme suppose une large autonomie des écoles. En les rattachant aux pouvoirs locaux (les municipalités), l'Etat leur octroie la liberté de s'organiser. A chaque école d'inventer le chemin qu'elle juge le meilleur pour atteindre les objectifs fixés dans ses grandes lignes par l'OCE à Helsinki. Les projets d'établissement fleurissent, le travail en équipe est la règle. Tout cela ajoute au climat favorable. L'Etat s'assure que toutes les écoles du pays soient équitablement équipées. Les communes pauvres reçoivent en moyenne plus d'argent.

    Résultat: au pays de Nokia, l'immense popularité du téléphone portable et de l'ordinateur n'a pas tué le plaisir de lire. Les Finlandais restent les plus grands dévoreurs de journaux du monde et leurs bibliothèques municipales performantes, établies à l'intérieur même des écoles de village ou de quartier, ne désemplissent pas. Outre la lecture, l'informatique n'a pas de secret pour les petits Finlandais: à l'école, ils reçoivent une adresse électronique dès qu'ils savent écrire; ils apprennent comment créer leur propre page Internet et sont formés à «apprendre à apprendre» en se servant de la Toile. L'initiation précoce à plusieurs langues étrangères (dès la troisième année) est l'autre point fort. Le bilinguisme est prisé et dans tous les lieux publics (cafés, gares, magasins, etc.), les employés se débrouillent en anglais. Les plus doués souffrent-ils de l'égalitarisme? Certains le prétendent, quoique timidement. Jukka Sarjala n'en croit rien: «Les meilleurs réussissent toujours à s'épanouir.» L'échec des écoles privées à s'implanter même à Helsinki (1% des élèves) semble lui donner raison.

 2°) «Toutes les forces vives comptent pour encore progresser»

La Finlande sait reconnaître les limites de l'égalité des chances.

Entretien avec le président de l'Office central de l'enseignement à Helsinki, Jukka Sarjala.

Propos recueillis par François Modoux

Le Temps: Que recommandez-vous aux délégations étrangères qui défilent à Helsinki pour percer les secrets de votre réussite?

Jukka Sarjala: Ce qui a réussi en Finlande ne doit pas forcément marcher ailleurs. Chaque pays doit développer son système éducatif selon ses traditions et ses contraintes. Le plus important est de se départir de tout préjugé.

– Pourquoi la Finlande a-t-elle abandonné son école jadis sélective pour une «école de base» commune à tous les élèves pendant neuf ans?

– Les débats étaient épiques entre la gauche et les conservateurs. En 1968, c'est le parti des paysans, centriste, qui a forcé la décision. Une conviction l'a emporté: la réforme définissait le cadre scolaire le plus apte à réaliser l'égalité des chances entre élèves, indépendamment de la langue, du lieu de résidence et du statut social des parents. C'était un pari au nom de la cohésion nationale. La meilleure décision pour un pays vaste mais avec une petite population très dispersée, deux langues nationales à préserver et des régions très différentes au sud, au nord et à l'est du pays.

 – Le but reste l'égalité des chances, mais pas au rabais ?

– Nos écoles de base sont très orientées sur les résultats. Nous voulons des compétences de base solides pour le plus grand nombre. Nous sommes convaincus que ce qui n'est pas acquis à l'école primaire ne se rattrapera plus. C'est pourquoi les élèves en difficulté reçoivent un encadrement ciblé sur leurs besoins propres. Sans cette aide, ils n'atteindraient pas les objectifs. Personne ne doit être laissé au bord du chemin.

 – Une stratégie onéreuse?

– Notre «école de base» coûte un peu plus cher que la moyenne européenne pour les degrés similaires (ndlr: 4600 USD par élève et par an contre 3500, source OCDE). Mais cet investissement évite des dépenses ultérieures de rattrapage qui seraient bien plus coûteuses.

 – Des écoles cherchent à se faire valoir en se dotant de profils particuliers. Cette concurrence naissante est-elle compatible avec une stratégie égalitaire?

– Cette évolution récente concerne surtout Helsinki. Il est souhaitable que des écoles spécialisent leur offre dans des domaines comme la musique, le sport ou l'intégration des étrangers. Mais la concurrence devient nuisible si sa seule finalité est de répartir les bons élèves et les cas difficiles entre des établissements distincts. J'y suis très attentif.

– Aussitôt l'«école de base» achevée, la sélection rattrape les élèves. L'accès aux lycées, puis à l'université, donne lieu à une compétition nationale.

– Les résultats acquis en 9e année sont décisifs pour l'orientation vers les lycées ou la filière professionnelle. Certains lycées, forts de leur spécialisation ou d'une longue tradition, sélectionnent les meilleurs candidats du pays. La plupart des lycéens fréquentent toutefois l'établissement de leur région. Quand un solide niveau de base est acquis par tous, la différenciation devient un élément décisif de l'efficacité du système éducatif supérieur.

 – Trouvez-vous équitable que la maturité (le bac finlandais), qui fait l'objet d'une épreuve nationale, ne donne pas le droit d'entrer à l'université?

– Le numerus clausus pour presque toutes les disciplines académiques est justifié. Les universités doivent avoir la certitude que leurs étudiants sont les plus capables. Un élève sur trois va jusqu'à l'université, cela me paraît suffisant. La solution consistant à éliminer en cours de route des étudiants pas à leur place est gaspilleuse de ressources. L'autre filière, celle de la formation professionnelle qui peut se poursuivre pour les meilleurs dans une haute école technique, est très valorisée. Nous souhaitons que cette voie attire toujours plus de jeunes.

 – La Finlande peut-elle faire encore mieux?

– La priorité absolue reste la prise en charge des élèves en difficulté à l'école primaire. PISA montre que nos choix étaient justes, et nous en sommes fiers. Mais nous devons encore progresser. Car la Finlande ne peut pas se permettre d'avoir des jeunes sans avenir. Notre population vieillit et nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Car qui veut venir travailler sous nos latitudes, à la périphérie de l'Europe, avec nos hivers froids et sombres ainsi que notre langue impossible? Toutes nos forces vives comptent.

 3°) Le professionnalisme, une vertu intacte

 La formation des maîtres et le choix des directeurs répondent à des exigences sévères. Les salaires médiocres deviennent un obstacle pour recruter les meilleurs.

Les enseignants finlandais pourraient pavoiser après la publication de l'étude PISA. On les découvre plutôt inquiets. «La crainte que nos écoles soient pénalisées en raison des leurs trop bons résultats s'est infiltrée dans des salles des maîtres», témoigne Tuija Särkkä, enseignante d'allemand à Mikkeli. «Nos maîtres font des prodiges, mais la société sait-elle le reconnaître?» s'interroge le recteur de l'école de Suutarila, Kari Töyryla.

Longtemps, la Finlande a tenu ses enseignants en très haute estime. A tel point qu'elle passe encore pour un pays modèle où seuls les plus brillants choisissent un métier perçu comme prestigieux. Cette image flatteuse mérite d'être nuancée. Le recrutement butte désormais sur la rétribution médiocre des maîtres – en moyenne 2180 euros brut par mois. L'Office central de l'enseignement s'en inquiète. «Un informaticien chez Nokia gagne trois à quatre fois plus. La vocation ne suffit plus pour attirer les meilleurs», admet son président, Jukka Sarjala. Des maîtres spécialistes commencent à manquer dans des régions périphériques. La profession est largement délaissée par les hommes.

Quand l'économie a ralenti, il est arrivé à des communes pauvres de licencier leur personnel scolaire pendant les longues vacances d'été (du 1erjuin à mi-août) pour réaliser des économies. Cette pratique illégale signale une évolution des mentalités: le respect absolu pour l'école est en baisse. La semaine passée, l'association finlandaise des enseignants a réclamé une revalorisation du salaire de tous les maîtres: +15 à 20% sur quatre à cinq ans. Forte du soutien de ses 110 000 membres, elle a d'ores et déjà brandi la menace de grèves. L'épreuve sera un test de la volonté du pays de ne pas gaspiller le capital humain qui entre pour une grande part dans le succès de son système éducatif.

En revanche, le professionnalisme de l'école finlandaise reste intact. On le mesure dans les exigences qui caractérisent la formation des enseignants et le choix des directeurs d'école, les recteurs. Tous les maîtres ont une formation académique spécifique. Leur cursus met l'accent sur la didactique et la pédagogie. Des stages pratiques sont obligatoires. Des tests et des entretiens ont préalablement filtré les candidats pour limiter les erreurs d'orientation. Très prisée, la formation continue se déroule dans de bonnes conditions. Les frais sont pris en charge par les écoles et les sessions se déroulent parfois sur leur temps libre mais le plus souvent à la place de leur enseignement.

Les recteurs sont des enseignants qui ont suivi une formation ad hoc exigeante, avec des cours de management, de psychologie et de gestion du personnel. Les postes vacants font l'objet de concours nationaux. Les candidats – facilement une cinquantaine quand l'école est à Helsinki – subissent un test psychologique. Les meilleurs dossiers sont sélectionnés puis des auditions sont organisées par la direction de l'école où siègent des maîtres mais aussi des parents d'élèves. Cet organe émet un préavis que la commune est libre de suivre ou non.

 4°) Des évaluations à tous les niveaux

 La Finlande est le pays de l'évaluation. Les écoles s'auto-évaluent, elles s'évaluent entre elles et cherchent à s'enrichir des expériences à l'étranger.

 Les colis s'empilent sur des chariots le long d'un couloir au sixième étage du bâtiment de l'Office national de l'enseignement (ONE) à Helsinki. Dans quelques jours, toutes les écoles désignées pour participer au test recevront par la poste le matériel d'évaluation. Les mathématiques sont cette fois au menu. Le même jour et à la même heure, un échantillon de 120 établissements participeront à cette épreuve d'envergure nationale. Seuls les résultats de 5000 élèves – une quarantaine par école, tous choisis par tirage au sort – seront retenus. De la boîte noire qui scannera toutes ces informations sortira une photographie contrastée du niveau de l'enseignement délivré aux quatre coins de la Finlande.

Ces évaluations nationales – deux tests par année scolaire – existent depuis huit ans. Le législateur les a imposées après que la Finlande eut décidé de confier le pilotage de l'éducation aux communes. En échange d'une grande autonomie, les établissements doivent répondre de leurs résultats. Seule la dernière volée de l'école de base (la 9e) participe aux épreuves nationales. Toutes les matières sont testées à tour de rôle, avec un accent particulier pour les mathématiques et la langue première (le finnois ou le suédois pour la minorité suédophone), qui le sont une année sur deux.

«Les écoles jouent le jeu. Elles considèrent ces épreuves comme des instruments nécessaires pour s'améliorer», témoigne Kari Töyryla, le recteur de l'école de Suutarilan. Cette adhésion s'explique aisément. L'évaluation à la finlandaise n'a rien à voir avec le «ranking» à l'anglo-saxonne, qui distingue les meilleurs établissements et pénalise les moins bons. Hannu-Pekka Lappalainen, expert des évaluations à l'OCE, souligne la philosophie poursuivie: «Le succès est atteint si les écoles les moins performantes s'interrogent sur les raisons de leurs faiblesses et se mobilisent pour se corriger.» Pour éviter les effets négatifs d'une comparaison publique des résultats, ceux-ci ne sont jamais publiés dans leur intégralité. Chaque école a connaissance de ses propres performances ainsi que de la moyenne nationale pour s'y référer; la municipalité est aussi informée. A elle de mettre la pression si l'école y rechigne.

L'idée de récompenser les meilleures écoles est totalement étrangère à la démarche. Les grandes communes font plutôt l'inverse sans que personne se plaigne. Ainsi Helsinki pratique-t-elle la «ségrégation positive». Après les tests, des ressources sont parfois soustraites aux meilleurs établissements pour être réallouées aux moins bons. L'école de Suutarilan vient de l'apprendre à ses dépens. Son recteur a dû céder un poste d'assistant à une école du même district qui fait face à de graves difficultés découlant d'un pourcentage anormalement élevé d'élèves socialement défavorisés. «C'est bien sûr frustrant, mais c'est aussi un défi. A nous d'innover pour maintenir nos performances avec moins de moyens», déclare Kari Töyrila devant des maîtres qui acquiescent. Une admirable démonstration du civisme finlandais.

 

 

Systèmes éducatifs et équité sociale

 

 

 

 Le faible écart de la Finlande (*) entre les performances des élèves socio-économiquement favorisés (sur l'échelle de  -2.5 à 0) et les élèves socio-économiquement favorisés (sur l'échelle de  0 à +2.5) témoigne d'un système éducatif socialement plus équitable;

pour l'Allemagne c'est le contraire;

la France et les USA se trouvent dans une position intermédiaire.

Ce graphique fait partie du diaporama d'Andreas SCHLEICHER conférencier lors du congrès GGG à Cologne.

         Source des informations à la base de ce graphique: les  tableaux chiffrés annexés au rapport PISA 2000 ((344 pages) .


 

Déclaration de Jukka SARJALA un des plus éminents co-fondateurs de l’actuel système d’éducation  (Actuellement Président de la plus haute autorité éducative de Finlande) :

 « Nous avons une école pour tous les enfants , car nous avons besoin de chacun dans notre société .

Nous ne pouvons pas nous permettre d’écarter ne serait-ce qu’un seul de nos élèves.

Chez nous aucun enseignant, aucune école n’a le droit de se débarrasser d’un enfant ou d’un adolescent au motif de sa non-conformité pour telle ou telle forme d’enseignement scolaire.

Cette position de principe conforte à la fois les élèves, les parents et les enseignants dans leur conviction de participer à égalités de droits au processus éducatif, et d’en assumer leur part de responsabilité..»

 

 


(*) Nota:

Pas de sélection en Finlande durant la scolarité obligatoire (ni officielle, ni rampante)

Cette scolarité obligatoire se termine à 16 ans depuis 1921 (dix neuf cent vingt et un)

Pas de note chiffrée avant la 7ème année de la scolarité obligatoire.       

 

retour à la page précédente.