Projet
pour un collège pionnier innovant
au sein de
l'Education Nationale en Isère
Préambule 3
Pourquoi un collège innovant ?
Avec qui ? Avec quelle organisation ?
Avec
quelles évaluations ? Avec quels
moyens ? Conclusion
Finalités et objectifs 5
Identifier les
facteurs d’une éducation durable.
Définir les
conditions d'une éducation émancipatrice.
Viser la promotion
collective Préciser nos objectifs
Ethique 6
Respect
Convivialité Communication
sans jugement des personnes.
Coopération Solidarité Formation des esprits à la liberté de conscience et de penser
Formation à la
connaissance sans endoctrinement, sans exclusion Coéducation
Pédagogie et didactique 7
Pratiquer ce que l'on enseigne et apprend.
La sociabilité est à la base de tout système social, y compris l'école, et elle est fondée
sur un contrat.
Promotion
collective (ou fraternité) et développement individuel.
Prise en compte
des spécificités des élèves et de leurs besoins au centre d'une
véritable équipe.
Respect des
rythmes et des modes d'apprentissage de chacun.
Participation
des élèves aux décisions, débats, et
discussions.
La pédagogie des projets et
la transdisciplinarité.
Méthode scientifique,
expérimentation, tâtonnement, analyse d’erreurs, auto-évaluation
Entraînement à la recherche
documentaire (Structurer l'apprentissage pour que les
élèves
développent la capacité de réfléchir, de rechercher, et d'apprendre de
manière
autonome.)
Pratique et
développement de l'usage de l'écrit.
Fonctionnalité des apprentissages. Prise en compte du milieu et des savoirs antérieurs.
Cultiver l'émulation, la curiosité, le plaisir, le jeu, et la reconnaissance comme motivations.
Ouverture aux
autres, à l'environnement physique et humain et à soi même.
Systématisation des savoirs
par mémorisation, répétitions en utilisant
des
techniques modernes.
Conditions de
mise en œuvre.
Articulation
entre cette structure et le programme.
Fonctionnement et gestion 11
Fonctionnement coopératif : structures de
décision (conseil d'administration,
conseil d’élèves, cogestion)
Responsabilisation
des élèves dans la mise en place des activités
Communication
interne
Communication externe : parents,
partenaires
Organisation de la journée
scolaire 13
Projet interdisciplinaire.
Groupes de besoin.
Repas suivi d’un temps de
repos.
Travail personnel.
Ateliers.
Moments particuliers.
Concertation
de l’équipe éducative.
Résumé de
l'organisation. Observations
diverses.
Evaluation 16
Evaluation des élèves
Evaluation des professeurs
Evaluation de l'établissement
Analyse des besoins en professeurs Equipe éducative Equipe administrative
Recrutement du
personnel, statut et engagement 18
Le personnel
enseignant Engagement Statut et contrat pédagogique
Emploi du temps Le Chef d'Etablissement Autre personnel
Formation 20
Une formation à l'éducation, à la pédagogie, et à
l'instruction.
Formation continue par la
RECHERCHE-ACTION
Autres aspects de la
formation : stages individuel et d’équipe (approfondissement des
disciplines, didactique et pédagogique)
Installations matérielles
Architecture Locaux Outils et matériel pédagogiques 21
Projet d'établissement dans
son environnement 23
Relations avec le quartier, les
associations d’éducation populaire, la municipalité,
le conseil
général
Finances 23
Etapes
Contacts utiles et Rencontres nécessaires
Etudes préalables Conventions diverses
Annexe 1: Commentaires sur
la manière d'aborder certaines disciplines 24
Annexe 2: sur les Ateliers 26
Annexe 3: Sur les Recherches 28
Annexe 4: Sur la Lecture 29
Annexe 5: Sur les Innovations 30
Chaque élève doit être
considéré comme une personne, dans sa complexité et sa globalité et trouver sa
place dans une société scolaire pour tous.
Pourquoi un
collège innovant ?
Nous savons que chaque
élève a une personnalité et une façon d’aborder les savoirs qui lui est
propre. Nous voulons que les méthodes
d’enseignement s’adaptent davantage à ces différences entre les élèves.
En sortant du collège, après dix
ans d’études obligatoires, les élèves doivent maîtriser la lecture, l’écriture,
le calcul et les apprentissages essentiels. Nous voulons bien sûr que chaque
élève puisse maîtriser ces savoirs, mais nous voulons également qu’il se sente
valorisé, prêt à développer son potentiel intellectuel toute sa vie. Chaque
élève doit sortir du collège plein d’énergie, confiant dans ses capacités,
capable de trouver une orientation et plus tard un emploi en rapport avec les
savoirs et les savoir-faire acquis. Nous voulons orienter vers la vie d’adulte
des élèves motivés, prêts à exercer leur rôle de citoyen. Il nous semble normal
qu’on veuille donner à tous les élèves cette chance...
Nous
voulons que le travail scolaire ait un sens et nous croyons que chaque
élève peut y trouver plaisir et intérêt. Nous voulons une école qui
reconnaisse et permette le développement de toutes les formes d’intelligence.
Nous souhaitons que le terme
“ Éducation Nationale ” retrouve son sens plein et que le temps du
collège soit celui du développement physique, intellectuel, social donc
citoyen. Nous voulons que l’orientation
soit positive : l’éducation doit être source d’émancipation.
Si les collégiens sont investis dans des projets socialement utiles, s’ils sont acteurs de leur propre formation, s’ils pratiquent la solidarité au quotidien par le travail en équipe et le tutorat, s’ils sont invités à s’exprimer et à être sensibles à l’expression d’autrui au cours de leur scolarité, on réunit les conditions de l’émergence d’adultes responsables, respectueux des différences, créatifs, à même de pratiquer la démocratie.
On ne peut créer un collège
pour tous qu’en consultant tous les acteurs : les élèves, les parents,
l’équipe enseignante et éducative..
Nous voulons que les collégiens soient impliqués dans toutes les décisions concernant la vie collective. Un fonctionnement coopératif permettra aux élèves, aux parents et à l’équipe enseignante d’élaborer ensemble les règles de vie, les pratiques : chacun pourra participer et discuter des différentes approches possibles dans un respect mutuel.
Avec quelle
organisation ?
Notre philosophie de
l’école mêle étroitement éducation et instruction dans un lieu de culture où
l’on construit, transmet et produit des savoirs et des savoir-faire.
Pour que chaque acteur
s’implique dans la démarche qui concerne sa propre formation, celle de
son enfant ou de son élève, une atmosphère de bienveillance, d’écoute et de
compréhension doit être mise en œuvre
par les enseignants. Ceux-ci devront donc posséder un haut niveau
didactique et pédagogique, des connaissances en psychologie (pour la
communication inter-relationnelle), et se montrer aptes au travail en équipe.
Or, ces exigences ne
peuvent être assumées que par une équipe enseignante et éducative motivée et
prête à s’impliquer pour la réussite du projet et le bénéfice apporté aux
élèves. Une attention particulière sera donc portée aux nominations des
personnes dans un tel établissement. Les premiers participants devraient être
ceux qui auront joué un rôle dans l’élaboration du projet. Il est nécessaire
d’introduire une certaine souplesse dans le système de nomination. Des
dispositifs comme les "postes à besoins spécifiques” peuvent répondre à
cette nécessité.
Tous
les savoirs des programmes officiels sont des outils qui doivent permettre à
l’élève de mieux appréhender le monde
moderne. Les élèves qui ne perçoivent pas le rapport entre ces savoirs et le
monde qui les entoure sont exposés au découragement et à l’échec. Nous voulons que chaque élève s’engage dans
des productions qui le concernent et qui vont lui permettre de faire le lien
entre le savoir qui lui est enseigné et son utilité réelle par rapport à ses
projets. Ainsi l’élève n’est plus un vase que l’on tente de remplir avec des
savoirs, mais devient acteur et va lui-même puiser à la source du savoir par
nécessité.
Le
développement optimum des potentiels de chacun et la mixité sociale sont
possibles. Préserver l'hétérogénéité, atout important dans une pédagogie de
projet, nous amène aussi à créer des groupes pour répondre aux besoins
spécifiques de chaque élève.
L’interdisciplinarité et le travail en équipe révéleront le sens des
apprentissages.
Mener de tels projets nous paraît être de
la responsabilité des établissement publics qui sont les seuls à être
accessibles à tous.
Avec quelles
évaluations ?
Nous mettrons
en place un système d’évaluation qui rendra compte des résultats de ce projet.
Nous tenons à ce que les compétences évaluées à l’école soient effectivement
exercées et entraînées à l’école et pas seulement hors de l’école comme c’est
trop souvent le cas actuellement.
Ces
évaluations doivent aider à faire comprendre les effets de pratiques mises en
œuvre à partir de réalisations concrètes que nous voudrons valoriser et faire
connaître.
Nous
évaluerons les effets d’une éducation à court, moyen et long terme non
seulement en termes de connaissances et de savoir-faire scolaires, mais
également en termes de comportements et d’attitudes citoyennes, sociales et
professionnelles. Tous les acteurs de ce projet participeront aux évaluations,
mais il y aura également un regard extérieur plus objectif.
Avec quels
moyens ?
Nous ne demandons ni plus
ni moins de moyens qu’un collège classique. Nous ne cherchons ni à être
privilégiés ni à bouleverser tout le
système : nous voulons, dès lors que le projet expérimental a été avalisé,
qu’on nous laisse le mener avec l’assurance de ne pas devoir tout abandonner
brutalement au nom de la conformité administrative ou de l’exigence soudaine
d’un respect pointilleux du programme.
En
contrepartie, nous établirons un système d’évaluation et de suivi des élèves
qui permettra de rendre compte régulièrement des résultats, système en
cohérence avec le projet en particulier eu égard au court, moyen et long
terme. : les résultats d’une telle action s’évaluent dans la durée. Nous souhaitons consacrer notre énergie à notre
objectif d’éducation et d’enseignement, pas à des luttes administratives en vue
de la pérennisation du projet.
Depuis longtemps des
pratiques différentes sont en place de façon partielle dans beaucoup
d’établissements (comme à Mulsanne, la
Bouture - collège/lycée élitaire pour tous, les lycées cogérés de St.-Nazaire
et de Paris, etc. : voir Annexe 5 " les innovations" pour plus de
détail), mais elles sont jugulées par
des considérations d’ordre administratif ou bureaucratique trop
contraignantes (horaires, répartition
des locaux...) pour qu’elles puissent faire figure d’expériences concluantes
dans des conditions normales. Nous voulons montrer qu’en Isère, une innovation
pédagogique moderne qui respecte la personnalité et l’intelligence de l’enfant
et l’accompagne vers une vie de citoyen épanoui peut exister, sans entrave et
sans moyen supplémentaire, à la dimension de tout un collège.
La construction
du savoir n'est pas un préalable, mais une réponse à un besoin existant ou
suscité. Il est nécessaire de pratiquer
ce que nous voulons transmettre comme comportements à nos élèves. Les élèves apprennent en faisant et en
s’inspirant d’exemples. Il est
important de viser la promotion collective (l'épanouissement de chaque enfant)
comme alternative à l'individualisme et la compétition.
Nous voulons réunir les
conditions préalables à la réussite de tous. Cet objectif implique la
mobilisation des compétences individuelles, le partage du savoir et l'entraide,
la recherche d'informations et de méthodes, la construction et la production de
savoir en vue de la réalisation de projets culturels, sociaux,
environnementaux. Il bénéfice à tous et à chacun, développe le sentiment de
solidarité, et permet la construction d'une culture commune qui intègre les différences
culturelles. Puisque chaque enfant a sa propre histoire et culture, les mêmes
solutions ne s'imposent pas pour tous.
Nous pensons que la
sélection n'est légitime qu'à partir du moment où une génération a reçu une
culture commune de base. Le problème
réside dans la définition de cette culture de base et dans la façon de la
transmettre. Il nous faut au minimum répéter que la maîtrise de la langue
écrite devrait être la priorité des priorités dès l'école maternelle et tout au
long de la scolarité obligatoire.
Nos objectifs : aider les élèves à :
·
savoir s'organiser collectivement, prendre des initiatives et des
responsabilités.
·
savoir échanger et communiquer, s'exprimer et s'écouter, écrire et lire.
·
comprendre ce qu’ils vivent, penser et juger, élaborer une
représentation du monde personnelle, ouverte, et globale.
·
s'émanciper en apprenant à s'informer, argumenter, réfléchir, prendre
des décisions motivées et étayées.
·
être acteurs et coauteurs de leur propre développement et de leur
formation.
·
pouvoir analyser et transformer leurs difficultés de manière positive ;
savoir apprendre à apprendre, et ainsi
développer les capacités nécessaires à une formation personnelle tout au
long de leur vie.
·
se former à l’auto-évaluation.
·
se connaître, se respecter et
respecter leurs différences ainsi que l'identité de chacun.
·
avoir confiance en eux pour se construire une identité en toute
originalité et aller à la rencontre des autres et du monde, à travers tous ses
cercles d’appartenance.
·
savoir coopérer et s'entraider.
·
acquérir l'esprit scientifique avec ce qu'il comporte de doute
méthodique, d'observation, de rigueur et d'humilité intellectuelle, de refus du
dogmatisme, de remise en question des préjugés, et de prise de conscience de la
complexité.
·
confronter son point de vue avec ceux des autres pour construire une
culture commune, développer une ouverture dans la compréhension et le respect
pour les autres cultures, jauger la complexité des réalités humaines et
sociales, se plonger dans les autres approches de la vie et du savoir comme les
arts, la sensibilité, l'intuition, l'imagination, la découverte, etc.
·
créer eux-mêmes à partir de leurs compétences et de leur imaginaire
acquis en art, littérature, musique ou activités manuelles.
·
savoir bien vivre dans leur corps et s'en servir.
·
vivre d'autres rapports que ceux de la domination des hommes entre eux
et des hommes sur la nature.
· chercher comment vivre de
manière à trouver du plaisir dans le travail.
L’école est l’affaire de tous. Tout citoyen a droit à une éducation de qualité quels que soient son lieu de résidence et son niveau de connaissance. Tout enseignant qui se respecte se doit de porter le savoir plus haut et de permettre à chacun de le reconstituer et de le développer par lui-même. Il s'attache à prévenir l'échec dans l'acquisition des connaissances au lieu de le sanctionner. Il s'engage à solliciter auprès de ses pairs l'étude de la validité de ses méthodes et considère comme une obligation de montrer en ce domaine le plus grand esprit d'initiative possible. Il s'efforce de relier le savoir à une pratique sociale, non seulement pour la réussite aux examens ouvrant droit à l'insertion professionnelle, mais aussi pour l'exercice quotidien de la citoyenneté.
Ces principes fondent notre pratique éducative :
A. Le respect de l'enfant et du jeune, mais aussi de l'adulte. Les adultes ne seront vraiment autonomes et
responsables que s'ils ont été, enfants, les coauteurs actifs de leur
formation. Ils ne seront respectueux
des autres qu'à la condition d'avoir été eux-mêmes respectés dans leurs droits,
c'est à dire d'avoir pu choisir leur propre voie.
B. La convivialité. Le travail et le plaisir peuvent aller de pair. La relation sociale est essentielle. Chacun a le droit d'être lui-même dans le respect d'autrui.
C. La communication sans jugement des personnes.. Un dialogue et une autorité partagés entre tous au lieu d'être
concentrés dans les seules mains du maître.
Un jeune n'apprendra le respect que si l'adulte l'écoute sans le juger, pose
ses propres limites et exprime ses exigences.
D. La coopération et la solidarité. C'est
leur apprentissage actif qui sera la meilleure préparation à une vie
démocratique par laquelle les citoyens désirent maîtriser leur destin
collectif.
E. La formation des esprits à la liberté de conscience et de penser, à la diversité des
cultures et des approches de la vie et du savoir où l'image et la place de la
femme sont autant valorisées que celle de l'homme.
F. La formation à la connaissance de son corps, de ses
sentiments, de son imaginaire...
G.
Une approche où l'élève est actif et met
en pratique
ses connaissances.
H. Aucun endoctrinement politique, religieux, sectaire ou idéologique : nous avons chacun nos
valeurs et chacun s'exprime librement.
I. Aucune exclusion, on enseigne à tous. Le collège que nous proposons est un établissement
à part entière :
1. qui accueille les élèves définis par les collectivités concernées.
2. où les enseignants s’engagent à faire
progresser chacun des élèves en prenant en compte de façon fine ses acquis à
l’arrivée au collège dans des groupes formés en fonction des besoins,
3. où les enseignants
conduisent les élèves aux objectifs de fin de collège (brevet d'études fondamentales) et les inscrit dans les procédures habituelles
d’orientation vers le second cycle.
4. où les différences
(entre élèves, entre adultes, entre élèves et adultes) peuvent s’exprimer comme
une complémentarité et une richesse permettant à des groupes de conduire des
projets sur la base de l’hétérogénéité,
5. qui offre à chaque élève
les conditions optimales pour un travail personnel encadré où la solidarité
entre élèves peut s’exercer et où un professeur aide chacun à piloter ses
apprentissages,
6. où chaque élève et
chaque adulte sont acteurs du projet avec des procédures instituées de
concertation, de prise de décision, d’évaluation et de correction possible du
dispositif mis en place,
7.qui prépare
la possibilité d’une orientation positive vers les voies technologiques et
professionnelles…
J. La coéducation.
Le collège que nous voulons est un
établissement dans lequel tous les adultes se sentent collectivement
responsables du devenir scolaire et global de chacun des élèves, en lien avec :
1. les parents,
2. les
professionnels travaillant normalement en partenariat avec l'école,
3. tous les
citoyens qui veulent participer à l'opération.
Si l’instruction a pour but
de "former" le jugement, le contrôle de soi, les connaissances, les
aptitudes à l'intégration sociale et professionnelle, l’utilisation d’outils
pour une autonomie critique, ceci ne sera que plus efficace si l’élève
est accompagné dans un esprit d’aide pour son développement et son
épanouissement. On ne peut pas séparer la transmission des savoirs d'une
relation et d'une pratique sans nuire à l’un et à l’autre.
Nous associons
l’acquisition des connaissances de base et d’autres qui permettront
l’épanouissement de la personnalité : esprit de coopération, de
responsabilité, de comportement social, autonomie, sens artistique… Un élève d’aujourd’hui doit devenir capable
de faire face à des situations imprévues grâce à sa curiosité, son aptitude à
chercher, à analyser des informations, les comparer et les confronter à ses
savoirs antérieurs, et à choisir utilement.
La construction du savoir suppose que l’élève se sente
impliqué : le plus souvent, on
n’écrit pas pour soi-même, mais pour quelqu’un. Le va-et-vient entre la
théorie et l’expérience, un “ tâtonnement expérimental ”, est
essentiel pour enraciner le savoir dans le vécu et l’imaginaire d’un
élève. Un projet exige de la recherche,
l’élaboration d’hypothèses et leur vérification avec conclusions… mais cette
démarche n’a rien à voir avec la non directivité : l’organisation d’un tel
travail est exigeante, rigoureuse. Nous
sommes convaincus qu’apprendre demande efforts et entraînements. Nous sommes
également convaincus que des apprentissages effectués sous la contrainte ou
sans conscience de leur utilité sont infructueux. Chacun apprend selon
des procédures qui lui sont propres, selon son histoire, ses rythmes, sa
maturité. La prise en compte de l’individu est nécessaire contre l’échec
scolaire.
A. Pratiquer ce que l'on enseigne et apprend. Si l’on veut promouvoir une
culture favorisant l’autonomie, la responsabilité, la solidarité,
l’adaptabilité, la mise en œuvre des savoirs, l’honnêteté et la cohérence
exigent que l ’équipe éducative les pratiquent en premier lieu. Les élèves
apprennent en faisant et en imitant le comportement des adultes.
B. La sociabilité est
à la base de tout système social, y compris l'école, et elle est fondée sur un
contrat.
Les activités coopératives à l’intérieur de l’école sont d’excellentes expériences démocratiques dans la gestion d’un atelier. Mais elles ne prendront que peu de signification pour l’élève si la communauté scolaire fonctionne de façon contraire.
La sociabilité est à créer sur la base d’un contrat par lequel, de manière explicite ou non, chacun des participants règle son action selon l'évolution de la relation dans laquelle il est partie prenante. Il va de soi que, dans l’évolution de cette relation, l’espoir d’atteindre l’objectif de formation joue un rôle.
Tant que cette organisation qui lie les êtres entre
eux évitera l’échec, lèvera les inhibitions face au savoir, elle se prorogera
d’elle-même. Cet objectif requiert l’implication de chacun des membres de la
communauté scolaire dans le respect du contrat. C’est pourquoi l’école doit
adopter le principe de fonctionnement démocratique.
C. Promotion collective (ou fraternité) et
développement individuel.
Ceci implique
de chercher le bien commun et
“l’émancipation” de l’individu par des pratiques coopératives d'entraide
scolaire, de tutorat entre élèves, d'échanges et de partages de savoirs, avec
suppression des notes, des classements et des incitations compétitives. Faire
partager leurs cultures, goûts et compétences
afin de cultiver le respect et la conscience sociale. C’est l’émulation
positive et un rapport intelligent et vivant à des savoirs reliés qui
permettent à chacun d'aller jusqu'au bout de son potentiel intellectuel et
humain.
Dans la
pratique de cette pédagogie, l’expérience montre, surtout quand les
réalisations issues de projets collectifs sont présentées par les enfants
eux-mêmes, que les compétences et la fierté de ceux-ci provoquent un intérêt
réel auprès des parents de tous les milieux. La “réussite” de leur propre
enfant reste tout naturellement prioritaire, mais le désir se trouve modifié,
réorienté. Les "chefs-d’œuvre pédagogiques" les "TPE"
(Travaux Personnels Encadrés) réalisés dans ce climat de promotion collective,
de fraternité, provoquent les mêmes effets.
D. Prise en compte des spécificités des élèves et de leurs besoins au
centre d'une véritable équipe.
Les programmes et le confort des enseignants ont trop souvent la priorité sur les élèves, leurs intérêts, leurs besoins. Il y a moyen de prendre en compte les intérêts et l’expérience des élèves à travers la conduite de projets menés en équipe et marqués par leur caractère inter-disciplinaire et qui les aideront à développer leur autonomie, leurs goûts, leur créativité, leurs capacités sociales, leur conscience des liaisons entre diverses disciplines. Ceci nécessite la mise en place de groupes d’âges et de compétences hétérogènes et une implication personnelle des enseignants. Cette pratique permet une ouverture sur l’environnement social et naturel, un véritable travail d’équipe avec ce que cela suppose en termes d’ouverture, de tolérance, de solidarité et de qualités de sociabilité. Le groupe doit expliciter son accord sur les valeurs qui le concernent et l’enseignant n'est plus seulement représentant d'une discipline, mais il devient également tuteur.
Nous œuvrons pour un climat
de sécurité et d'acceptation de la différence, une attitude pédagogique
favorable à la curiosité intellectuelle, une évaluation qui ne soit pas
sélective, une organisation qui permette à chacun de prendre sa place dans le
groupe et de se sentir responsable.
E. Respect des rythmes et modes d'apprentissage de chacun.
En conformité
avec le principe précédent, il est souhaitable de proposer plusieurs façons de
faire, laisser du temps pour que chacun puisse intégrer les informations et
procéder à son rythme par l'aide individualisée, les groupes de niveaux.
F. Participation des élèves aux décisions, débats, et discussions.
Ceci découle aussi des principes précédents.
Les élèves doivent pouvoir discuter et décider ensemble avec l'équipe
pédagogique pour ce qui concerne la gestion du quotidien, le montage de
projets, afin de laisser se développer
des initiatives, l'expression collective, l’apprentissage de la démocratie...
Exercer ses droits, assumer ses devoirs dans des lieux de parole, de gestion,
de décision forment l'esprit. Ainsi les conseils d'école, la cogestion, un hall
d'information avec affichage, la production d’émissions de radio, des cahiers
de vie, et des journaux d'opinion font tous partie des activités scolaires à
part entière.
Néanmoins, il est
nécessaire d'instaurer une certaine rigueur et intensité de travail pour
préparer les élèves au monde extérieur. L'évaluation, discutée plus loin,
constitue un repère.