Projet pour un collège pionnier innovant

Projet pour un collège pionnier innovant

au sein de l'Education Nationale en Isère

 

 

Table des Matières


 

Préambule                                                                                                                              3

            Pourquoi un collège innovant ?  Avec qui ? Avec quelle organisation ?

 Avec quelles évaluations ?   Avec quels moyens ?  Conclusion

 

Finalités et objectifs                                                                                                                      5

Identifier les facteurs d’une éducation durable.

Définir les conditions d'une éducation émancipatrice.

Viser la promotion collective     Préciser nos objectifs

 

Ethique                                                                                                                                    6

            Respect     Convivialité    Communication sans jugement des personnes.

Coopération     Solidarité   Formation des esprits à la liberté de conscience et de penser

Formation à la connaissance sans endoctrinement, sans exclusion      Coéducation

 

Pédagogie et didactique                                                                                                       7

Pratiquer ce que l'on enseigne et apprend.

La sociabilité est à la base de tout système social, y compris l'école, et elle est fondée

             sur un contrat.

Promotion collective (ou fraternité) et développement individuel.

Prise en compte des spécificités des élèves et de leurs besoins au centre d'une

véritable équipe.

Respect des rythmes et des modes d'apprentissage de chacun. 

Participation des élèves aux décisions, débats, et  discussions.

L'importance de l’exemple, de la communication, et de la discipline.

La pédagogie des projets et la transdisciplinarité.

Méthode scientifique, expérimentation, tâtonnement, analyse d’erreurs, auto-évaluation 

Entraînement à la recherche documentaire (Structurer l'apprentissage pour que les

élèves développent la capacité de réfléchir, de rechercher, et d'apprendre de

manière autonome.)

Pratique et développement de l'usage de l'écrit.

Fonctionnalité des apprentissages. Prise en compte du  milieu et des savoirs antérieurs.

Cultiver l'émulation, la curiosité, le plaisir, le jeu, et la reconnaissance comme motivations. 

Ouverture aux autres, à l'environnement physique et humain et à soi même.   

Systématisation des savoirs par mémorisation, répétitions en utilisant

des techniques modernes.

Analyse des raisons de dérives.

Conditions de mise en œuvre.

            Articulation entre cette structure et le programme. 

 

Fonctionnement et gestion                                                                                                    11

Fonctionnement coopératif : structures de décision  (conseil d'administration,

conseil d’élèves, cogestion)

Responsabilisation des élèves dans la mise en place des activités

Communication interne

            Communication externe : parents, partenaires

 

Organisation de la journée scolaire                                                                                               13

Accueil des élèves : (expression orale, rencontres individuelles, expression collective).

Projet interdisciplinaire.

Groupes de besoin.

Repas suivi d’un temps de repos.

Travail personnel.

Ateliers.

Moments particuliers. 

Concertation de l’équipe éducative. 

Résumé de l'organisation.      Observations diverses.

Evaluation                                                                                                                               16            
Evaluation des élèves       
Evaluation des professeurs   
Evaluation de l'établissement

 

Classes et postes à pourvoir                                                                                                          17

Analyse des besoins en professeurs    Equipe éducative       Equipe administrative

 

Recrutement du personnel,  statut et engagement                                                                18

Le personnel enseignant       Engagement      Statut et contrat pédagogique

Emploi du temps    Le Chef d'Etablissement     Autre personnel

 

Formation                                                                                                                               20

Une formation  à l'éducation, à la pédagogie, et à l'instruction.

Formation continue par la RECHERCHE-ACTION

Autres aspects de la formation : stages individuel et d’équipe (approfondissement des

disciplines,  didactique et pédagogique)

 

Installations matérielles

Architecture  Locaux   Outils et matériel pédagogiques                                                   21

 

Projet d'établissement dans son environnement                                                                        23

            Relations avec le quartier, les associations d’éducation populaire, la municipalité,

 le conseil général

 

Finances                                                                                                                                 23

 

Démarches                                                                                                                              23

Etapes     Contacts utiles et Rencontres nécessaires

Etudes préalables    Conventions diverses                                                                       

 

Annexe 1: Commentaires sur la manière d'aborder certaines disciplines                               24

 

Annexe 2:  sur les Ateliers                                                                                                      26

 

Annexe 3:  Sur les Recherches                                                                                                28

 

Annexe 4:  Sur la Lecture                                                                                                        29                                                       

Annexe 5:  Sur les Innovations                                                                                                30

 


Préambule

 

            Chaque élève doit être considéré comme une personne, dans sa complexité et sa globalité et trouver sa place dans une société scolaire pour tous.

 

Pourquoi un collège innovant ?

 

Nous adhérons aux objectifs de l’enseignement tels qu’ils sont définis par les textes officiels émanant du ministère de l’Education nationale. Nous pensons que le fonctionnement actuel de la majorité des collèges de France ne permet pas la réalisation de ces objectifs. Nous avons la conviction qu’une éducation fondée sur des productions collectives socialement utiles (offres des services d’une bibliothèque de quartier, contributions à des manifestations culturelles comme les festivals, fêtes de la science, etc.)  et sur l’éducation mutuelle permet d’approcher de plus près les objectifs de l’Education Nationale et offre les conditions d’une vie plus épanouissante de tous les usagers du collège.

 

Nous savons que chaque élève a une personnalité et une façon d’aborder les savoirs qui lui est propre.  Nous voulons que les méthodes d’enseignement s’adaptent davantage à ces différences entre les élèves.

 

            En sortant du collège, après dix ans d’études obligatoires, les élèves doivent maîtriser la lecture, l’écriture, le calcul et les apprentissages essentiels. Nous voulons bien sûr que chaque élève puisse maîtriser ces savoirs, mais nous voulons également qu’il se sente valorisé, prêt à développer son potentiel intellectuel toute sa vie. Chaque élève doit sortir du collège plein d’énergie, confiant dans ses capacités, capable de trouver une orientation et plus tard un emploi en rapport avec les savoirs et les savoir-faire acquis. Nous voulons orienter vers la vie d’adulte des élèves motivés, prêts à exercer leur rôle de citoyen. Il nous semble normal qu’on veuille donner à tous les élèves cette chance...

 

Pour parvenir à ce but, nous voulons que les élèves soient investis dans des projets de production Ces productions ont des destinataires et/ou une intention de transformer l'état des choses dans et hors  l'établissement, dans l'écosystème physique et social, c'est ainsi que s'opère la promotion collective et l'apprentissage de la citoyenneté.  Nous voulons qu'ils soient aussi acteurs de leur formation, qu’ils donnent du sens à leurs apprentissages, qu’ils soient curieux du monde qui les entoure. Nous voulons qu’ils pratiquent la recherche et l'analyse des informations, la solidarité au quotidien, la démocratie, le respect des différences, la responsabilité, le travail d'équipe, la coopération, l’expression, la créativité.

 

            Nous voulons que le travail scolaire ait un sens et nous croyons que chaque élève peut y trouver plaisir et intérêt. Nous voulons une école qui reconnaisse et permette le développement de toutes les formes d’intelligence.

           

Nous souhaitons que le terme “ Éducation Nationale ” retrouve son sens plein et que le temps du collège soit celui du développement physique, intellectuel, social donc citoyen.  Nous voulons que l’orientation soit positive : l’éducation doit être source d’émancipation.

 

            Si les collégiens sont investis dans des projets socialement utiles, s’ils sont acteurs de leur propre formation, s’ils pratiquent la solidarité au quotidien par le travail en équipe et le tutorat, s’ils sont invités à s’exprimer et à être sensibles à l’expression d’autrui au cours de leur scolarité, on réunit les conditions de l’émergence d’adultes responsables, respectueux des différences, créatifs, à même de pratiquer la démocratie.

 

Avec qui ?

 

On ne peut créer un collège pour tous qu’en consultant tous les acteurs : les élèves, les parents, l’équipe enseignante et éducative..

 

Nous voulons que les collégiens soient impliqués dans toutes les décisions concernant la vie collective. Un fonctionnement coopératif permettra aux élèves, aux parents et à l’équipe enseignante d’élaborer ensemble les règles de vie, les pratiques : chacun pourra participer et discuter des différentes approches possibles dans un respect mutuel.

 

 

 

 

Avec quelle organisation ?

 

Notre philosophie de l’école mêle étroitement éducation et instruction dans un lieu de culture où l’on construit, transmet et produit des savoirs et des savoir-faire.

 

Pour que chaque acteur s’implique dans la démarche qui concerne sa propre formation, celle de son enfant ou de son élève, une atmosphère de bienveillance, d’écoute et de compréhension doit être mise en œuvre  par les enseignants. Ceux-ci devront donc posséder un haut niveau didactique et pédagogique, des connaissances en psychologie (pour la communication inter-relationnelle), et se montrer aptes au travail en équipe.

 

Or, ces exigences ne peuvent être assumées que par une équipe enseignante et éducative motivée et prête à s’impliquer pour la réussite du projet et le bénéfice apporté aux élèves. Une attention particulière sera donc portée aux nominations des personnes dans un tel établissement. Les premiers participants devraient être ceux qui auront joué un rôle dans l’élaboration du projet. Il est nécessaire d’introduire une certaine souplesse dans le système de nomination. Des dispositifs comme les "postes à besoins spécifiques” peuvent répondre à cette nécessité.

 

            Tous les savoirs des programmes officiels sont des outils qui doivent permettre à l’élève de mieux appréhender  le monde moderne. Les élèves qui ne perçoivent pas le rapport entre ces savoirs et le monde qui les entoure sont exposés au découragement et à l’échec.  Nous voulons que chaque élève s’engage dans des productions qui le concernent et qui vont lui permettre de faire le lien entre le savoir qui lui est enseigné et son utilité réelle par rapport à ses projets. Ainsi l’élève n’est plus un vase que l’on tente de remplir avec des savoirs, mais devient acteur et va lui-même puiser à la source du savoir par nécessité.

 

            Le développement optimum des potentiels de chacun et la mixité sociale sont possibles. Préserver l'hétérogénéité, atout important dans une pédagogie de projet, nous amène aussi à créer des groupes pour répondre aux besoins spécifiques de chaque élève.  L’interdisciplinarité et le travail en équipe révéleront le sens des apprentissages.

 

            Mener  de tels projets nous paraît être de la responsabilité des établissement publics qui sont les seuls à être accessibles à tous.

 

Avec quelles évaluations ?

 

Nous mettrons en place un système d’évaluation qui rendra compte des résultats de ce projet. Nous tenons à ce que les compétences évaluées à l’école soient effectivement exercées et entraînées à l’école et pas seulement hors de l’école comme c’est trop souvent le cas actuellement.   

 

            Ces évaluations doivent aider à faire comprendre les effets de pratiques mises en œuvre à partir de réalisations concrètes que nous voudrons valoriser et faire connaître.

 

            Nous évaluerons les effets d’une éducation à court, moyen et long terme non seulement en termes de connaissances et de savoir-faire scolaires, mais également en termes de comportements et d’attitudes citoyennes, sociales et professionnelles. Tous les acteurs de ce projet participeront aux évaluations, mais il y aura également un regard extérieur plus objectif.

 

Avec quels moyens ?

 

            Nous ne demandons ni plus ni moins de moyens qu’un collège classique. Nous ne cherchons ni à être privilégiés ni à  bouleverser tout le système : nous voulons, dès lors que le projet expérimental a été avalisé, qu’on nous laisse le mener avec l’assurance de ne pas devoir tout abandonner brutalement au nom de la conformité administrative ou de l’exigence soudaine d’un respect pointilleux du programme.

 

            En contrepartie, nous établirons un système d’évaluation et de suivi des élèves qui permettra de rendre compte régulièrement des résultats, système en cohérence avec le projet en particulier eu égard au court, moyen et long terme. : les résultats d’une telle action s’évaluent dans la durée. Nous souhaitons consacrer notre énergie à notre objectif d’éducation et d’enseignement, pas à des luttes administratives en vue de la pérennisation du projet.

 


Conclusion

 

Depuis longtemps des pratiques différentes sont en place de façon partielle dans beaucoup d’établissements (comme à  Mulsanne, la Bouture - collège/lycée élitaire pour tous, les lycées cogérés de St.-Nazaire et de Paris, etc. : voir Annexe 5 " les innovations" pour plus de détail),  mais elles sont jugulées par des considérations d’ordre administratif ou bureaucratique trop contraignantes  (horaires, répartition des locaux...) pour qu’elles puissent faire figure d’expériences concluantes dans des conditions normales. Nous voulons montrer qu’en Isère, une innovation pédagogique moderne qui respecte la personnalité et l’intelligence de l’enfant et l’accompagne vers une vie de citoyen épanoui peut exister, sans entrave et sans moyen supplémentaire, à la dimension de tout un collège.

 

Finalités et objectifs

 

La construction du savoir n'est pas un préalable, mais une réponse à un besoin existant ou suscité.  Il est nécessaire de pratiquer ce que nous voulons transmettre comme comportements à nos élèves.  Les élèves apprennent en faisant et en s’inspirant d’exemples.  Il est important de viser la promotion collective (l'épanouissement de chaque enfant) comme alternative à l'individualisme et la compétition.

 

Nous voulons réunir les conditions préalables à la réussite de tous. Cet objectif implique la mobilisation des compétences individuelles, le partage du savoir et l'entraide, la recherche d'informations et de méthodes, la construction et la production de savoir en vue de la réalisation de projets culturels, sociaux, environnementaux. Il bénéfice à tous et à chacun, développe le sentiment de solidarité, et permet la construction d'une culture commune qui intègre les différences culturelles. Puisque chaque enfant a sa propre histoire et culture, les mêmes solutions ne s'imposent pas pour tous. 

 

Nous pensons que la sélection n'est légitime qu'à partir du moment où une génération a reçu une culture commune de base.  Le problème réside dans la définition de cette culture de base et dans la façon de la transmettre. Il nous faut au minimum répéter que la maîtrise de la langue écrite devrait être la priorité des priorités dès l'école maternelle et tout au long de la scolarité obligatoire.

 

Nos objectifs : aider les élèves à :

·       savoir s'organiser collectivement, prendre des initiatives et des responsabilités.

·       savoir échanger et communiquer, s'exprimer et s'écouter, écrire et lire.

·       comprendre ce qu’ils vivent, penser et juger, élaborer une représentation du monde personnelle, ouverte, et globale.

·       s'émanciper en apprenant à s'informer, argumenter, réfléchir, prendre des décisions motivées et étayées.

·       être acteurs et coauteurs de leur propre développement et de leur formation.

·       pouvoir analyser et transformer leurs difficultés de manière positive ; savoir apprendre à apprendre, et ainsi  développer les capacités nécessaires à une formation personnelle tout au long de leur vie.

·       se former à l’auto-évaluation.

·       se connaître,  se respecter et respecter leurs différences ainsi que l'identité de chacun.

·       avoir confiance en eux pour se construire une identité en toute originalité et aller à la rencontre des autres et du monde, à travers tous ses cercles d’appartenance.

·       savoir coopérer  et s'entraider.

·       acquérir l'esprit scientifique avec ce qu'il comporte de doute méthodique, d'observation, de rigueur et d'humilité intellectuelle, de refus du dogmatisme, de remise en question des préjugés, et de prise de conscience de la complexité.

·       confronter son point de vue avec ceux des autres pour construire une culture commune, développer une ouverture dans la compréhension et le respect pour les autres cultures, jauger la complexité des réalités humaines et sociales, se plonger dans les autres approches de la vie et du savoir comme les arts, la sensibilité, l'intuition, l'imagination, la découverte, etc.

·       créer eux-mêmes à partir de leurs compétences et de leur imaginaire acquis en art, littérature, musique ou activités manuelles.

·       savoir bien vivre dans leur corps et s'en servir.

·       vivre d'autres rapports que ceux de la domination des hommes entre eux et des hommes sur la nature.

·       chercher comment vivre de manière à trouver du plaisir dans le travail.

           


Éthique

 

L’école est l’affaire de tous. Tout citoyen a droit à une éducation de qualité quels que soient son lieu de résidence et son niveau de connaissance. Tout enseignant qui se respecte se doit de porter le savoir plus haut et de permettre à chacun de le reconstituer et de le développer par lui-même. Il s'attache à prévenir l'échec dans l'acquisition des connaissances au lieu de le sanctionner. Il s'engage à solliciter auprès de ses pairs l'étude de la validité de ses méthodes et considère comme une obligation de montrer en ce domaine le plus grand esprit d'initiative possible. Il s'efforce de relier le savoir à une pratique sociale, non seulement pour la réussite aux examens ouvrant droit à l'insertion professionnelle, mais aussi pour l'exercice quotidien de la citoyenneté.

 

            Ces principes  fondent notre  pratique éducative :

 

A. Le respect de l'enfant et du jeune, mais aussi de l'adulte.  Les adultes ne seront vraiment autonomes et responsables que s'ils ont été, enfants, les coauteurs actifs de leur formation.  Ils ne seront respectueux des autres qu'à la condition d'avoir été eux-mêmes respectés dans leurs droits, c'est à dire d'avoir pu choisir leur propre voie. 

 

B. La convivialité.  Le travail et le plaisir peuvent aller de pair.  La relation sociale est essentielle. Chacun a le droit d'être lui-même dans le respect d'autrui.

 

C. La communication sans jugement des personnes..  Un dialogue et une autorité partagés entre tous au lieu d'être concentrés dans les seules mains du maître.  Un jeune n'apprendra le respect que si l'adulte l'écoute sans le juger, pose ses propres limites et exprime ses exigences.

 

D. La coopération et la solidarité.  C'est leur apprentissage actif qui sera la meilleure préparation à une vie démocratique par laquelle les citoyens désirent maîtriser leur destin collectif.

 

E. La formation des esprits à la liberté de conscience et de penser, à la diversité des cultures et des approches de la vie et du savoir où l'image et la place de la femme sont autant valorisées que celle de l'homme.

 

F. La formation à la connaissance de son corps, de ses sentiments, de son imaginaire...

 

G. Une approche où l'élève est actif et met en pratique ses connaissances.

 

H. Aucun endoctrinement politique, religieux, sectaire ou idéologique : nous avons chacun nos valeurs et chacun s'exprime librement.

 

I. Aucune exclusion, on enseigne à tous. Le collège que nous proposons est un établissement à part entière  :

1.  qui accueille les élèves définis par  les collectivités concernées.

2.  où les enseignants s’engagent à faire progresser chacun des élèves en prenant en compte de façon fine ses acquis à l’arrivée au collège dans des groupes formés en fonction des besoins,

3. où les enseignants conduisent les élèves aux objectifs de fin de collège (brevet d'études fondamentales) et les inscrit dans les procédures habituelles d’orientation vers le second cycle.

4. où les différences (entre élèves, entre adultes, entre élèves et adultes) peuvent s’exprimer comme une complémentarité et une richesse permettant à des groupes de conduire des projets sur la base de l’hétérogénéité,

5. qui offre à chaque élève les conditions optimales pour un travail personnel encadré où la solidarité entre élèves peut s’exercer et où un professeur aide chacun à piloter ses apprentissages,

6. où chaque élève et chaque adulte sont acteurs du projet avec des procédures instituées de concertation, de prise de décision, d’évaluation et de correction possible du dispositif mis en place,

7.qui prépare la possibilité d’une orientation positive vers les voies technologiques et professionnelles…

J. La coéducation. Le collège que nous voulons est un établissement dans lequel tous les adultes se sentent collectivement responsables du devenir scolaire et global de chacun des élèves, en lien avec :

1. les parents,

2. les professionnels travaillant normalement en partenariat avec l'école,

3. tous les citoyens qui veulent participer à l'opération.

Pédagogie et didactique

En général

Si l’instruction a pour but de "former" le jugement, le contrôle de soi, les connaissances, les aptitudes à l'intégration sociale et professionnelle,  l’utilisation d’outils  pour une autonomie critique, ceci ne sera que plus efficace si l’élève est accompagné dans un esprit d’aide pour son développement et son épanouissement. On ne peut pas séparer la transmission des savoirs d'une relation et d'une pratique sans nuire à l’un et à l’autre.

Nous associons l’acquisition des connaissances de base et d’autres qui permettront l’épanouissement de la personnalité : esprit de coopération, de responsabilité, de comportement social, autonomie, sens artistique…  Un élève d’aujourd’hui doit devenir capable de faire face à des situations imprévues grâce à sa curiosité, son aptitude à chercher, à analyser des informations, les comparer et les confronter à ses savoirs antérieurs, et à choisir utilement.  La construction du savoir suppose que l’élève se sente impliqué :  le plus souvent, on n’écrit pas pour soi-même, mais pour quelqu’un.  Le va-et-vient  entre la théorie et l’expérience, un “ tâtonnement expérimental ”, est essentiel pour enraciner le savoir dans le vécu et l’imaginaire d’un élève.  Un projet exige de la recherche, l’élaboration d’hypothèses et leur vérification avec conclusions… mais cette démarche n’a rien à voir avec la non directivité : l’organisation d’un tel travail est exigeante, rigoureuse.  Nous sommes convaincus qu’apprendre demande efforts et entraînements. Nous sommes également convaincus que des apprentissages effectués sous la contrainte ou sans conscience de leur utilité sont infructueux. Chacun apprend selon des procédures qui lui sont propres, selon son histoire, ses rythmes, sa maturité. La prise en compte de l’individu est nécessaire contre l’échec scolaire.

 

A. Pratiquer ce que l'on enseigne et apprend. Si l’on veut promouvoir une culture favorisant l’autonomie, la responsabilité, la solidarité, l’adaptabilité, la mise en œuvre des savoirs, l’honnêteté et la cohérence exigent que l ’équipe éducative les pratiquent en premier lieu. Les élèves apprennent en faisant et en imitant le comportement des adultes.

 

B. La sociabilité est à la base de tout système social, y compris l'école, et elle est fondée sur un contrat.

Les activités coopératives à l’intérieur de l’école sont d’excellentes expériences démocratiques dans la gestion d’un atelier. Mais elles ne prendront que peu de signification pour l’élève si la communauté scolaire  fonctionne de façon contraire.

 

La sociabilité est à créer sur la base d’un contrat par lequel, de manière explicite ou non, chacun des participants règle son action selon l'évolution de la relation dans laquelle il est partie prenante. Il va de soi que, dans l’évolution de cette relation, l’espoir d’atteindre l’objectif de formation joue un rôle.

 

Tant que cette organisation qui lie les êtres entre eux évitera l’échec, lèvera les inhibitions face au savoir, elle se prorogera d’elle-même. Cet objectif requiert l’implication de chacun des membres de la communauté scolaire dans le respect du contrat. C’est pourquoi l’école doit adopter le principe de fonctionnement démocratique.

 

C. Promotion collective (ou fraternité) et développement individuel.

Ceci implique de chercher le bien commun et  “l’émancipation” de l’individu par des pratiques coopératives d'entraide scolaire, de tutorat entre élèves, d'échanges et de partages de savoirs, avec suppression des notes, des classements et des incitations compétitives. Faire partager leurs cultures, goûts et compétences  afin de cultiver le respect et la conscience sociale. C’est l’émulation positive et un rapport intelligent et vivant à des savoirs reliés qui permettent à chacun d'aller jusqu'au bout de son potentiel intellectuel et humain.

   

Dans la pratique de cette pédagogie, l’expérience montre, surtout quand les réalisations issues de projets collectifs sont présentées par les enfants eux-mêmes, que les compétences et la fierté de ceux-ci provoquent un intérêt réel auprès des parents de tous les milieux. La “réussite” de leur propre enfant reste tout naturellement prioritaire, mais le désir se trouve modifié, réorienté. Les "chefs-d’œuvre pédagogiques" les "TPE" (Travaux Personnels Encadrés) réalisés dans ce climat de promotion collective, de fraternité, provoquent les mêmes effets.

 

D. Prise en compte des spécificités des élèves et de leurs besoins au centre d'une véritable équipe.

              Les programmes et le confort des enseignants ont trop souvent la priorité sur les élèves, leurs intérêts, leurs besoins. Il y a moyen de prendre en compte les intérêts et l’expérience des élèves à travers la conduite de projets menés en équipe et marqués par leur caractère inter-disciplinaire et qui les aideront à  développer leur autonomie, leurs goûts, leur créativité, leurs capacités sociales, leur conscience des liaisons entre diverses disciplines. Ceci nécessite la mise en place de groupes d’âges et de compétences hétérogènes et une implication personnelle des enseignants. Cette pratique permet une ouverture sur l’environnement social et naturel, un véritable travail d’équipe avec ce que cela suppose en termes d’ouverture, de tolérance, de solidarité et de qualités de sociabilité.  Le groupe doit expliciter son accord sur les valeurs qui le concernent  et l’enseignant n'est plus seulement représentant d'une discipline, mais il devient également tuteur.

             

            Nous œuvrons pour un climat de sécurité et d'acceptation de la différence, une attitude pédagogique favorable à la curiosité intellectuelle, une évaluation qui ne soit pas sélective, une organisation qui permette à chacun de prendre sa place dans le groupe et de se sentir responsable.

 

E. Respect des rythmes et modes d'apprentissage de chacun.  

En conformité avec le principe précédent, il est souhaitable de proposer plusieurs façons de faire, laisser du temps pour que chacun puisse intégrer les informations et procéder à son rythme par l'aide individualisée, les groupes de niveaux.

 

F. Participation des élèves aux décisions, débats, et  discussions.

 Ceci découle aussi des principes précédents. Les élèves doivent pouvoir discuter et décider ensemble avec l'équipe pédagogique pour ce qui concerne la gestion du quotidien, le montage de projets,  afin de laisser se développer des initiatives, l'expression collective, l’apprentissage de la démocratie... Exercer ses droits, assumer ses devoirs dans des lieux de parole, de gestion, de décision forment l'esprit. Ainsi les conseils d'école, la cogestion, un hall d'information avec affichage, la production d’émissions de radio, des cahiers de vie, et des journaux d'opinion font tous partie des activités scolaires à part entière.

 

G. L'importance de l’exemple, de la communication, et de la discipline.

En tant que personne, il est souhaitable que le professeur soit sincère, épanoui, vivant, et stimulant dans sa façon d'être et de présenter son savoir. Rendre un cours agréable lie le travail au plaisir et donne envie aux élèves de pratiquer l'émulation.  Écouter et respecter l'élève pour établir une véritable relation avec lui est essentiel pour sa motivation.

 

Néanmoins, il est nécessaire d'instaurer une certaine rigueur et intensité de travail pour préparer les élèves au monde extérieur. L'évaluation, discutée plus loin, constitue un repère.