ASSOCIATION "POUR UNE
ÉCOLE CRÉATRICE D'HUMANITÉ"
Groupe de Travail "Etablissement Pionnier"
Texte final: Etapes 1 et 2
Rédaction adoptée par le groupe de travail
(votée en séance du 30/11/2000)
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Pour un établissement “ pionnier ”
Notre projet d’établissement pionnier s’inscrit dans les
perspectives tracées par le manifeste de Marie Danielle Pierrelée “ Pour une
école créatrice d’humanité ” lancé en février 2000.
Après avoir dressé le constat des dysfonctionnements
révélateurs de la crise profonde du
système éducatif: non maîtrise des apprentissages essentiels après dix ans
d’école obligatoire pour un nombre important d’élèves, maintien des inégalités
scolaires, refus de l’école et souvent ennui d’apprendre, extension des
situations de violences ces dix dernières années ….. Marie Danielle Pierrelée
demande dans un manifeste :
1 “l’ouverture d’un débat national large et ouvert pour
refonder les objectifs de l’école”
2 “La transformation d’établissements publics ordinaires en
établissements pionniers avec des équipes d’enseignants volontaires pour
travailler autrement”
ces établissements doivent s’inscrire dans le cadre public
de l’Education Nationale. Ils visent d’emblée à inventer, à mettre à l’épreuve,
en grandeur réelle et en situation ordinaire, des formes organisationnelles et
pédagogiques qui reposent sur un projet éthique fort, qui a vocation à essaimer
le système éducatif.
3 “La création d’un organisme public d’évaluation
indépendant du Ministère de l’Education Nationale, chargé d’obtenir, d’analyser, de diffuser les résultats
obtenus par les établissements scolaires, qu’ils soient pionniers ou non”.
LES FONDEMENTS DU PROJET
Principes généraux
La
transformation de l’Ecole est une question résolument politique, au sens de “
vie commune dans la cité ” visant au “ Bien Commun ”, appréhendée à travers les
principes et les valeurs de la République et de la Démocratie. Elle ne peut
être séparée du projet de société qu’entendent inspirer ces valeurs et que nous
voulons promouvoir..
A ce
titre, elle n’est pas l’ affaire des seuls
spécialistes ou professionnels de l’éducation, mais de l’ensemble des
citoyens. Elle est un enjeu du débat public. Et dans ce débat nous voulons être
présents pour réfléchir et infléchir la décision politique, car la mise en
place d’établissements pionniers ne peut avoir une chance de se réaliser sans
une forte volonté politique pour les impulser et les soutenir.
Signataires
du manifeste nous nous sommes regroupés dans une association dénommée : “Pour
une Ecole Créatrice d’Humanité”. L’humanité est ici promue notion éthique
fondamentale et fondatrice de tout projet éducatif scolaire. Elle renvoie à la
prise en compte de la dimension Homme et Citoyen chez l’élève. Ce fil
conducteur suppose une transformation radicale de la relation de l’individu
singulier à son environnement. Il devra nécessairement relier de façon constante,
et sans cesse à approfondir: la dimension politique, les modes de
fonctionnement et d’organisation, les rapport sociaux à l’école et les
pratiques pédagogiques.
Redéfinir des missions claires et
cohérentes …
Pour
contribuer à accomplir la République et la Démocratie dans l’exigence des
principes formulés dans le triptyque: Liberté, Egalité, Fraternité, les
établissements pionniers ont à reformuler et à faire vivre les objectifs et
missions assignés à l’école. Dans leur formulation et dans leur mise en œuvre
actuels, ceux-ci se présentent comme un catalogue général d’intentions
juxtaposées, susceptibles d’interprétations diverses : nous vivons actuellement les incertitudes et
les confusions issues de cette situation.
Qui saurait dire quelle idée directrice organise les quatre
objectifs assignés à l’école par la loi d’orientation de juillet 1989
(instruire, développer la personnalité, exercer la citoyenneté, former en vue
d’une insertion sociale et professionnelle) ?
Quels enseignants pourraient dire avec certitude quel est
le minimum commun qu’ils partagent avec leurs collègues pour donner à penser
qu’ils travaillent dans la même institution ?
Que veut on apporter comme formation dans une société
dominée par “le marché”, où apprendre
ne signifie pas entrer dans une aventure personnelle et intellectuelle
fondatrice d’humanité, mais se lancer, dès la maternelle, dans une course après
des savoirs le plus souvent extérieurs à l’élève, faute de sens, destinés à le
faire accéder à des diplômes dûment hiérarchisés. Cette compétition, avec ses
gagnants, ses perdants et ses exclus, est par ailleurs contradictoire avec la
“promesse démocratique” de “réussite scolaire pour tous”, au nom de ce qu’on
appelle “l’égalité des chances”.
Que signifie “développer la personnalité”, quand la
dimension intellectuelle de la personne est quasiment la seule qui soit prise
en compte dans les évaluations, examens et concours. Comment, dans ces
conditions, prétendre sérieusement développer les dispositions à la sensibilité,
à la relation, à la sociabilité et à l’éthique, dès lors que chacun se rend
compte qu'elles sont en fait exclues de la notion de “Réussite scolaire” ?
Comment vouloir “éduquer à la citoyenneté” quand les droits
des enfants, dûment énoncés dans la Convention Internationale des Droits de
l’enfant (ratifiée par la France en 1990), ne sont pas appliqués dans la
classe, sinon à la marge ? Ces droits, et les devoirs afférents à ces droits,
énoncent pourtant des “pouvoirs” de citoyenneté, véritable formation à un
“vivre ensemble”, susceptible d’humaniser tout projet d’enseignement, de la
maternelle à l’université.
... pour une éducation scolaire
humanisante.
Pour
parvenir à cette cohérence des objectifs et à leur réalisation, les
établissements pionniers, comme tout établissement qui s’associerait à cette
éthique, devraient être guidés par :
1- La recherche de l’épanouissement de chaque élève
dans la globalité des dimensions de sa personnalité, unique et singulière, sans
créer, comme le fait actuellement l’école, des hiérarchies prématurées et
artificielles à l’intérieur de chacun (les savoirs intellectuels destinéss à
faire “ réussir ” à l’école ne sont pas, loin s'en faut, les seules preuves
d’intelligence).
2 - La formation des élèves au jugement critique. En
apprenant à penser par eux-mêmes, ils se libérent des conditionnements
éducatifs et sociaux qui les condamnaient à n’être que des “adaptés”
perpétuels.
3 - La laïcité, comme principe fondamental d’ouverture aux
autres, de refus de tous les regards d’exclusion et de soumission à tous les
dogmes, quelqu’ils soient.
4 - La formation à la citoyenneté à travers la
connaissance, et surtout la pratique, des valeurs de Coopération, de Solidarité
et de Fraternité. Ces valeurs et, notamment la Fraternité, devraient introduire
chaque enfant dans sa dignité de “Personne” et de “Citoyen” qu’il est et
deviendra.
Ainsi défini dans ses objectifs, l’établissement pionnier
développera des pratiques en rupture avec celles de la plupart des établissements de l’Education Nationale, et
cela dans tous les domaines :
- I: Dans la
gestion même de l’établissement, où le pouvoir sera effectivement assuré par
l’ensemble des acteurs (administration, élèves, enseignants, parents …).
- II: Dans la relation de l’établissement à son
environnement : l’établissement pionnier n’est pas un sanctuaire, il est partie
prenante de la vie démocratique du territoire où il se situe.
- III: Dans son fonctionnement pédagogique où le respect
mutuel, la reconnaissance de l’autre, les valeurs de coopération et de
solidarité, seront mis en avant.
LES PRINCIPES D'ORGANISATION
Un établissement du secteur public de
l'Education Nationale
L'établissement
respecte les missions qui lui sont légalement confiées dans le cadre du secteur
public de l'Education Nationale. Il s'attache à ce que ses élèves puissent, au
terme de leur cursus, poursuivre des études dans un établissement public de
niveau supérieur. Il s'attache de la même manière à ce que des élèves qui
seraient amenés à intégrer ou quitter l'établissement en cours de cursus
puissent poursuivre sans difficultés leurs études.
Un établissement ouvert à tous
L'établissement a vocation à accueillir, sans
discrimination, ni sélection tous les élèves de son secteur dans le cadre des
règles habituelles de la sectorisation .
Il s’engage à travailler avec les écoles primaires et les
partenaires de son secteur pour faire connaître, expliquer et partager le
projet aux parents et aux enfants
Un établissement engagé dans un projet
global, évolutif et piloté collégialement
L'établissement s'engage dans un projet d'innovation
global et évolutif en mettant en place, tant pour les élèves que pour
les adultes, des formes adaptées d'organisation du travail et de la vie
scolaire.
Il s'attachera au fil des années à réorienter si besoin son
projet pédagogique initial pour lui permettre de demeurer un établissement
réellement ouvert à tous.
Tous les adultes engagés dans la mise en œuvre de ce projet
doivent pouvoir se sentir acteurs à part entière de l'histoire collective de
l'établissement et en particulier de l'évolution du projet pédagogique initial.
Ceci implique la mise en place, au même titre que
l'organisation pédagogique du cursus des élèves, de modes différents
d'organisation du travail des adultes au sein de l'établissement. Ceci implique
également, en dérogation au cadre légal actuel, de redéfinir partiellement le rôle et les attributions du conseil
d’administration.
Cette nouvelle organisation devra assurer une réelle collégialité
des prises de décision au sein de l'établissement et devra assurer aux parents
et aux élèves la possibilité d'une participation réelle à la vie de
l'établissement ainsi qu'à la gestion et à l'évolution de son projet
pédagogique.
Une équipe enseignante volontaire
Les enseignants qui exercent dans l'établissement le font
sur la base du volontariat et en adhésion explicite avec les principes généraux
définis par le projet. Ils s'engagent dans le projet en tant que membres
d'un collectif de travail et non pas en tant que "praticiens
libéraux". L'équipe enseignante ainsi constituée devra par ailleurs
refléter une certaine diversité en termes de sexe, d'ancienneté et
d'orientation pédagogique.
Un projet pédagogique
Le projet
pédagogique s'appuie sur les principes suivants :
·
assurer le respect de la
liberté d'expression des élèves ;
·
permettre réellement à chaque
élève, tout au long de son cursus, de progresser dans les apprentissages
scolaires fondamentaux ;
·
favoriser à tous niveaux la
coopération et l'entraide entre élèves ;
·
permettre à chaque élève de
participer de manière significative à la définition et à la mise en œuvre de
projets dans des domaines variés (scolaires ou extra-scolaires) ; ceux-ci
devront favoriser la mise en situation des élèves, en lien avec les
apprentissages ;
·
associer réellement les
élèves à la vie de l'établissement, et en particulier à la vie scolaire et à la
régulation du projet pédagogique.
La mise
en œuvre de ces principes se fera en rupture avec le système traditionnel de
découpage du cursus en classes d'âge.
Le
descriptif qui suit n'est qu'une mise en œuvre possible de ces principes . Il
appartiendra à chaque équipe pédagogique, en fonction de sa nature, de la
taille de l'établissement et du secteur d'implantation, de définir, en relation
avec les parents, le type précis d'organisation pédagogique qu'elle souhaite
mettre en œuvre.