Rentrée scolaire 2006 :
Pour le Cours Préparatoire, le grand dilemme !
--------------
Docteur
d’Etat en Sciences de l’Education,
Le 10_08_06
Beaucoup d’entre nous sont restés pantois
devant les nouvelles directives du Ministre de l’Education Nationale concernant
l’apprentissage de la lecture !
Quoi, reviendrons-nous en arrière d’un
siècle ?
Quelle est donc la profession
qui ferait une telle démarche ?
Cela
sans tenir aucun compte ni des réussites sur le terrain en France et ailleurs,
ni des recherches très sérieuses et si nombreuses menées en Europe et dans le monde, recherches non seulement sur le plan de l’apprentissage
de la lecture mais aussi sur le plan du développement linguistique, cognitif et
neurologique de l’enfant.
Et sans tenir compte, non plus, des conditions nouvelles créées par
l’apparition et l’intégration des technologies de l’information et de la
communication qui modifient radicalement nos pratiques quotidiennes et nos
stratégies pédagogiques !!!
Les nombreux courriers et
démarches de
personnalités éminentes telles que celle en date du 14 décembre 2005 de
Monsieur le Professeur Gaston Mialaret, mondialement
connu, Professeur Honoraire de l’Université de Caen, Docteur Honoris Causa de 16 universités étrangères, ni celle
d’enseignants le 17 mars 2006 ( parmi tant d’autres), qui invitaient Monsieur
le Ministre à venir dans leurs classes pour constater que leur enseignement
« marche » et « qu’il existe d’autres méthodes que le
B.A-BA », ni les suggestions ( car, certes il y en a eu !) de
certains conseillers du Ministre, n’y
ont rien fait !
Eh bien,
nous y voilà ! « l’apprentissage de la
lecture passe par le décodage et l’identification des mots et par l’acquisition
progressive des démarches, des compétences et connaissances nécessaires à la
compréhension »… « Le cours
préparatoire est le temps essentiel de cet apprentissage »… « Les maîtres s’attacheront particulièrement à
un apprentissage du décodage et de l’identification des mots… » ( Programmes d’enseignement de l’école primaire, B.O N° 13,
du 31 Mars 2006) !
Ce qui suppose que :
·
la motivation, l’envie de découvrir un nouveau
texte signifiant, fonctionnel, répondant aux intérêts de l’enfant, sont
ignorées….
De plus, RIEN sur les TIC, (
Technologies de l’Information et de la Communication), pourtant
omniprésents dans l’environnement actuel de tous les enfants, et dont les
études montrent l’efficacité et l’importance non seulement dans le
développement de la lecture mais aussi dans le développement mental de
l’enfant !!!
¨¨¨
Qu’il nous soit permis de donner un autre exemple d’approche
pédagogique qui lui, intègre tous les éléments cités
plus haut.
Il s’agit d’échanges par internet d’enfants de l’école maternelle et élémentaire,
organisés par un ensemble d’enseignants et chercheurs au sein d’une
Association, Loi 1901: « Mini Web,
Multilingue, Maxi apprentissages »,.dite MMM.
L’approche
de MMM, sa stratégie, ses succès
Créée en 1999 avec quatre classes volontaires,
cette association compte maintenant environ 10 pays, 1500 enfants utilisant
quatre langues selon les cas.
MMM organise
et anime ces échanges internationaux :
-
entre classes d’enfants de 3 à 8 ans qui utilisent les TIC pour
communiquer, approcher et développer langages écrit et oral et découvrir
d’autres cultures et d’autres langues ;
-
entre enseignants qui partagent leurs expériences et développent
des projets pluridisciplinaires avec des partenaires étrangers.
Dans les classes maternelles, il importe de
forger très tôt, des attitudes, des comportements de lecteur, des stratégies
d’exploration et de découverte : compétences essentielles dans la maîtrise
future du langage écrit que chaque enfant atteindra à son rythme.
Il nous
faut considérer « lire » et « écrire » comme une forme
d’acquisition du langage (cf R. Söderbergh),
même si les supports et les codes sont différents.
Ainsi,
acquérir le langage écrit, c’est acquérir un nouveau langage : sa fonction
principale est la communication, ce qui signifie l’échange de messages
significatifs, compréhensibles par d’autres.
Comme un
jeune enfant découvre le langage oral, il découvre le langage écrit en
l’utilisant dans des situations familières, quotidiennes, des situations qui
lui sont propres et chères et qui utilisent des mots et des phrases appartenant
à son environnement immédiat, et à sa vie quotidienne.
Il ne
s’agit pas d’une « méthode » mais d’une approche naturelle,
dynamique et fonctionnelle du langage écrit, basée sur la compréhension,
comme l’a été l’entrée dans le langage oral, intégrant une pluralité d’accès,
utilisant à la fois une démarche sémantique et/ou phonétique et dans laquelle
le facteur affectif est présent.
La correspondance par Internet est donc une approche de l’écrit basée sur la motivation, et
la compréhension.
La découverte et l’acquisition du langage écrit par des
jeunes enfants avec d’autres enfants, suit les mêmes lignes de force que celles
de la langue orale : les modes d’exploration s’enrichissent et se
diversifient avec l’âge des enfants et leurs acquis, les sujets sont choisis par les enfants selon leurs
intérêts dans le quotidien de leurs vies.
Le plaisir
et la joie des enfants, le résultat de leurs performances, quels que soient les
pays, les milieux socio-économiques, les langues, prouvent bien que ce
sont là des activités parfaitement adaptées à leurs âges et à leurs besoins
d’expression et de communication…
Pourquoi les TIC ? (Technologies de l’Information et de la
Communication)
Il
n’existe pas un âge plus favorable qu’un autre pour permettre à un jeune enfant
de « jouer » avec un ordinateur, activer les touches du clavier afin
d’en observer les effets. Mais ce n’est pas parce qu’un ordinateur est placé
dans la classe (même déconnecté) que cela produira des effets dans
l’apprentissage ou l’évolution des enfants: l’activité de l’adulte, les
stratégies pédagogiques mises en œuvre sont essentielles.
Les
ordinateurs ne sont pas des outils nouveaux pour enseigner de manière
traditionnelle mais des outils puissants qui ouvrent de nouvelles voies
d’apprentissage, fondées sur l’exploration et la
créativité, le travail personnalisé ou en groupe, le partage des connaissances
et la collaboration entre apprenants d’âges différents.
Ces travaux peuvent commencer dès le plus
jeune âge et permettent aux enfants de construire leurs connaissances de
manière ludique.
Dans le processus de
découverte du langage écrit, la correspondance interscolaire par Internet est
une situation privilégiée.
Elle
est très motivante pour les enfants: non seulement les échanges rapides
suscitent la curiosité et l’envie de lire et d’écrire, mais ils font prendre
conscience à l’enfant de la fonction de l’écrit comme mode de communication. De
plus, la construction et la réception des messages élaborés par toute la classe, constituent un terrain
précieux pour la découverte et l’acquisition et l’enrichissement du langage
tant oral qu’écrit.
Enfin,
rappelons, la possibilité, même pour les très jeunes enfants, d’écrire et de
recevoir des messages, clairs, lisibles par tous, d’effacer sans avoir peur de
l’erreur, et la possibilité du travail en équipe par le fait que plusieurs
enfants peuvent collaborer devant un écran, ce qui est un facteur important
d’échanges et d’apprentissage.…
MMM constitue ainsi le premier
pas conduisant nos enfants aux compétences qui leur seront nécessaires dans la
société de la connaissance qui les attend et qui s’établit à grands pas aujourd’hui.
En conclusion,
Il serait trop facile d’incriminer
UNIQUEMENT les méthodes de lecture pour expliquer le taux toujours si élevé des
« non-lecteurs » dans notre pays ( dont le taux reste inchangé depuis les statistiques de
1975 !!) : il faudrait aller bien plus loin …
Et le travail fructueux et
positif de MMM, comme celui de tant d’équipes sur le terrain, montrent qu’il y
a bien d’autres solutions que le retour au B.A_BA et bien d’autres
chemins qui mènent plus sûrement à l’égalité des chances, car, ne l’oublions
surtout pas, « tous les enfants
sont des surhommes en potentiel », comme le dit si bien A. Jacquard!
Pour
plus d’informations sur MMM : écrire à : mmm.secretariat@wanadoo.fr ou
consulter le site : http://www. mmm-ec.org( à
partir de septembre 2006)
Docteur d'Etat en Sciences de
l'Education en fonction à l’Université Paris-Nord
jusqu’en 1992, Rachel Cohen a commencé sa carrière comme institutrice d'Ecole
Maternelle..
Elle a dédié toute sa vie
professionnelle à comprendre et à développer les potentialités latentes
existantes chez tous les jeunes enfants, sans distinction de milieux
socio-économiques, nationalité, langue maternelle, dans une perspective de
prévention de l'échec scolaire et de l'illettrisme. Elle a prouvé , avec de
très nombreuses équipes sur le terrain, en France comme dans d’autres pays, que
TOUS les enfants sont capables de réussir, à condition que soit mise en place,
dès le plus jeune âge, une pédagogie permettant à chaque enfant de développer
toutes ses fabuleuses capacités intérieures.
Convaincue des possibilités des tout
petits, elle a expérimenté les effets des apprentissages les plus divers :
langue seconde, bilinguisme, concepts mathématiques ,
et surtout découverte et construction du langage écrit avant six ans . Depuis,
1980, elle a exploré, avec diverses équipes, en différents milieux, les
horizons qui s'ouvrent grâce à l'apport des Technologies de l’Information et de
la Communication (TIC), toujours dans la perspective de l'épanouissement de
l'enfant et le succès scolaire, ce qui est le prélude au succès dans la vie.
Ses actions et ses recherches, sont
publiées dans une dizaine d’ouvrages, fréquemment réédités, traduits en
plusieurs langues et sont pour la plupart, le fruit de la collaboration de
diverses équipes sur le terrain. Elle a aussi publié de très nombreux articles parus dans des
revues scientifiques françaises et étrangères.
Le
27 Janvier 2005, elle a été promue au Grade de Chevalier dans l’Ordre des
Palmes Académiques, distinction qui « consacre un engagement remarquable
au service de l’Education Nationale ».
http://perso.wanadoo.fr/rachel.cohen