Danièle BLIN et Michel
PORTAL *
Entre le libéralisme économique et la liberté
"à la mode Bush", il n'est pas évident de parler de liberté et
d'éducation à la liberté. Pourtant il n'y a pas de liberté sans responsabilité,
ni de responsabilité sans liberté.
Le pouvoir politique actuel et le précédent ont
montré leur incapacité ou leur absence de volonté pour prendre en mains la
question éthique[1] base de l'éducation. - L'éducation est
complémentaire, mais différente de l'enseignement -.
Actuellement, tout se passe comme si l'éthique
devait devenir (ou rester via une certaine Europe) la chasse-gardée des
religions; du moins de celles, toujours
trop instrumentalisées, qui ont "cathédrale sur
parvis". Aussi, en matière d'éthique publique, à l'école (et ailleurs), nous
devons compter sur les volontés citoyennes. Elles sont majoritaires mais
dispersées.
C'est le sens de nos interventions en collèges dans
le cadre de notre groupe de parents, de professeurs et ex-professeurs
expérimentés. Pourquoi au collège? Parce que c'est le maillon faible de
l'éducation confrontée à l'adolescence.
(A.é.r.é., Association déclarée et reconnue en
octobre 81 pour l'éthique, l'éducation à la responsabilité.
41 rue du Château 56400 Auray T02 97 50 80 82).
Si vous connaissez des personnes intéressées (Celles
qui organisent "Semaines de la
citoyenneté, Portes ouvertes, Fêtes", celles qui travaillent pour une pédagogie active,..) nous sommes prêts à
examiner avec elles les interventions possibles et adaptées. Nous ne
sommes pas riches (d'argent) mais beaucoup de choses sont possibles dans la
simplicité écologique et sociale.
Rappeler à chacun son
caractère unique (démontré par la science), et sa valeur. Par son
fonctionnement même, notre corps exprime des capacités (vue, ouïe, marche, digestion, etc...) dont
on néglige trop l'extraordinaire et le complexe à cause de l'habitude. La
complexité est en nous, c'est un fait. Les réglages fins de la marche, par
exemple, existent pour tout autre activité.
Une certitude: nous avons tous des aptitudes magnifiques. Le problème éducatif
est d'entrer en contact avec elles.
A partir
d'une situation scolaire ou familiale ordinaire, il s'agit d'indiquer (de
révéler?) à chaque être humain présent, au-delà des
catégories (enfant, jeune, femme, homme, vieux) sa capacité de choisir (au moins intérieurement) dans toutes
les situations qu'il ou elle est amené à vivre.
Qu'est-ce que je réponds à ce qui m'arrive? Quelles sont les
conséquences? Nous proposons 5 ou 6 réponses. Cela permet d'engager un remue-méninges, une discussion sur
les valeurs en jeu et les moyens employés. Cohérence des deux ou pas? Ensuite
on inventera des variantes, d'autres réponses, on interrogera des situations
vécues.
Chaque situation, dite
ordinaire, étale sa réelle complexité. Pour simplifier, nous proposons une
"caricature" des conséquences en quatre cas: j'y gagne,
l'autre y perd; J'y perds, l'autre y gagne. Nous y perdons tous les deux. Nous
y gagnons tous les deux. Cette "meilleure réponse" nécessite le respect des
protagonistes et de l'environnement; l'utilisation du dialogue, de la réflexion
et de l'imagination (créativité).
--> Au-delà de toutes les
contraintes (psychologiques, sociales, économiques, etc...) nous conservons des
marges de liberté. Un mini-pouvoir et la responsabilité qui va avec.
La personne qui en a pris
conscience, peut progressivement accroître son entraînement à choisir parmi ses
"possibles" là où elle est. Elle devient davantage capable de conduire
sa vie, en relation avec les autres. Vers un individu, et ce n'est pas
contradictoire, autonome et citoyen. Joyeux car il est agréable de ressentir et
d'augmenter notre capacité d'action, sur notre propre vie.
L'éthique de la réponse (responsabilité) est laïque.
Elle ne dépend d'aucune croyance ou incroyance particulières. Elle n'est ni pro, ni anti, ni a-religieuse, ni a-thée. Elle
demande de prendre un peu de temps pour cela, de croire en la vie et de
renoncer à la violence physique et morale; contre l'autre, contre les
autres ou contre soi.
Danièle BLIN et Michel PORTAL
Nous intervenons à deux adultes devant une classe de
30 élèves dans le cadre d'une semaine de citoyenneté. Est aussi présent
le professeur habituel de la classe à cette heure de l'emploi du temps.
"Nous allons vous parler de la
responsabilité parce que cette semaine est celle de la citoyenneté et que, pour
être citoyen (c'est quoi un citoyen ?...) il faut être responsable.
Mais pour être responsable, il faut savoir que l'on
est intéressant, important, que l'on a un
rôle à jouer...
Qui croit être intéressant et pourquoi?
"Attention; j'envoie une balle vers l'un de
vous et vous devez me la renvoyer en me répondant."
Il s'agit d'une intervention dans une classe
d'élèves que nous ne connaissons pas. La balle lancée et renvoyée est un moyen
ludique, réciproque et rapidement débloquant. Moyen qu'on peut interrompre dès
que la discussion s'est bien engagée.
« Réponses possibles:
- parce que je suis jeune, beau, amusant, rigolo.
- parce que je suis dynamique.
- parce que je sais réparer un vélo. (Moi, je ne
sais pas le faire.).
- parce que je sais faire un gâteau au chocolat.
- parce que je parle bien anglais avec mi bon
accent.
- parce que je cours vite.
- parce que je tape bien sur l'ordinateur.
- parce que je peux vous chanter quelque chose.
Bref
la liste serait longue de tout ce que vous êtes capables de faire, de tout ce
que vous avez d'intéressant.
Et nous, nous trouvons intéressant de venir vous
parler tout particulièrement parce que vous êtes des jeunes, des ‘’presque
grands’’, les futurs adultes qui aurez en charge la société de demain. Vous
avez un rôle à saisir, dès maintenant, dans le collège, chez vous et
ailleurs. »
Je
suis intéressant => je suis
important. Important dans le groupe => Ce que je fais compte
=> importance de ma responsabilité.
Si je suis tout cela : intéressant important,
citoyen ; si j'ai à devenir responsable, je dois comprendre ce que le mot
"responsabilité" veut dire car je l'entends souvent
Tous nous avons entendu:
"Il ou elle n'est vraiment pas.
responsable."
"Il
ou elle oublie de faire ses exercices de maths ou de français une fois sur
deux."
"Il est totalement irresponsable en
chahutant dans les escaliers. Cela fait deux fois cette semaine qu'il fait
tomber quelqu'un et cette fois-ci, il y a un bras de cassé!"
"Elle est irresponsable. C'est chaque fois la
même chose, elle quitte le cours en laissait sa table couverte de papiers froissés et de
déchets de crayons… et c'est le suivant qui va nettoyer."
"Mon voisin bavarde sans arrêt et ça me gêne
pour écouter."
Alors, pour vous la responsabilité c'est quoi ?
Distribution de la feuille polycopiée à tous.
"Vous
avez quelques minutes pour compléter
Pour moi la responsabilité c'est...
dans le
cadre prévu sur la feuille.
"Cette
feuille est pour vous (pour votre gouverne personnelle). Elle ne sera ni ramassée, ni
notée à la fin"
"Nous
n'allons pas utiliser tout de suite vos définitions mais d'abord réfléchir
ensemble. Réfléchir ensemble à la situation que la feuille propose. Cette
situation, ou une situation voisine, peut ou a pu se produire dans votre
classe, dans votre collège."
"Lisez-la et voyez ce que vous choisiriez de
répondre si c'était vous... Vous êtes important et c'est peut-être votre stylo
préféré..."
"Choisissez
votre réponse préférée parmi les cinq solutions proposées."
Moment
individualisé de silence, de réflexion.
"Pouvez-vous
imaginer d'autres scénarios (comme au cinéma), d'autres façons de régler cette
affaire?"
"Il y a évidemment plus de cinq réponses
possibles ! Vous pouvez chercher, seul ou à deux, d'autres réponses. Que vous
pourriez faire d'autre? ou bien des variantes de celles proposées?"
"Il est entendu qu'il n'y a pas une bonne
réponse et des mauvaises._ Mais certaines solutions vous plaisent plus que
d'autres,.. semblent préférables.
Toutes n'ont pais les mêmes valeurs, les mêmes suites ou conséquences."
Je me retourne pour interroger le suspect et me fais
punir sans avoir eu le temps de m'expliquer.
A la récré, mon stylo n'est plus dans la trousse et
je "pique" trois stylos à bille parfumés pour compenser.
Je convoque mes copains à la récré pour coincer le
fautif dans un coin et lui faire rendre le stylo. Au besoin avec quelques
coups.
Je le reprends dans la trousse et, le soir, je
m'aperçois que le mien était resté sur mon bureau.
Je fais courir la rumeur qu'untel est un
voleur. II va se plaindre. Ou se mettre à pleurer.
Je suis si déçue que toutes mes copines m'en donnent
un des leurs. J'en ai maintenant 10, 15 ou plus (rêvons un peu).
Je me plains à la maison pour qu'on m'en t'achète
un.
Quelqu'un me dit que c'est bien fait, qu'avoir un
stylo de marque est stupide
Etc...
Remarques: Toutes ces réponses sont différentes.
Chacun réagit à sa manière, suivant son caractère, son éducation, ses
habitudes, son humeur du moment…
Initialement, qui avait choisi quoi parmi les cinq
réponses indiquées?
Point sur les réponses choisies. Dans quel but? Pourquoi? Pour
quelles raisons?
Discussion en commun qui fait ressortir valeurs et
moyens utilisés.
Quelques observations ou repères:
-
Si
je suis petit, si je suis timide, si je me dis que "c'est mon droit",
si je me mets en colère facilement, je ne
vais pas réagir de la même manière.
Réfléchissons
à deux voix : L'un commence , l'autre complète.
Si je choisis de remplacer mon stylo par trois
stylos à bille… Est-ce que je ne deviens pas voleur à mon tour?
Si
je choisis
d'aller trouver le conseiller d'éducation... Et que l'autre est appelé au bureau et puni?
Si je choisis de ne rien réclamer_ Est-ce que je ne
suis pas furieux intérieurement contre l'autre ou
aussi contre moi qui n'ai pas le courage de porter
plainte parce que je me sens inférieur, faible?
Si
je choisis de plaindre le voleur (est pauvre, il a moins de chances que moi)...
Est-ce que je ne l'encourage
pas à recommencer ses
"emprunts" qui sont des vols?
Si je choisis de le tabasser dans un coin de la cour...
Est-ce que je vais être tout à fait content ? Bien sûr j'ai récupéré mon bien
(c'était mon droit) mais je me suis fait un ennemi.
Si je choisis de l'insulter pendant le cours et de
récupérer mon bien sur le champ... Est-ce que des explications n'auraient pas
été nécessaires? Peut-être que je me suis trompé?
Etc._
De la même matière, si j’oublie sans arrêt de faire
mes exercices de maths…
- J'écope de mauvaises notes qui étaient évitables.
- J'emprunte peut-être les exercices faits par un
copain... qui risque d'être agacé par mon manège et, un jour, ne voudra plus
continuer.
Si je laisse ma table dans un état malpropre... d'autres
devront la nettoyer. Si je suis honnête, je n'en suis peut être pas très fier intérieurement.
Quel jugement ai-je sur moi? Meilleur ou moins bon après
mon action?
Action-réaction. Pour réagir face à une situation,
j'ai plusieurs solutions possibles. Suivant le choix que je fais, cela entraîne des conséquences
différentes pour moi, pour l’autre, pour d’autres.
Schéma
avec vecteurs au
tableau.
Mes réponses à ce qui arrive ont
des conséquences. Le résultat n'est pas le même.
Pour
comprendre un peu plus la responsabilité, nous allons résumer les conséquences
par un tableau (caricatural) mais simple, avec quatre cas:
- J'y ai gagné, c'est mieux pour moi maintenant.
L'autre y a perdu.
- J'y ai perdu, l'autre y a gagné.
-
J' y ai perdu et l'autre aussi. Mauvaise pioche. Dérapage possible vers pire...
-
Enfin, et là doit se trouver l'attitude la plus
responsable : J'y
ai gagné et l'autre de même.
Plus
on est responsable, plus on est gagnant. Moi,
l'autre, les autres, l'environnement La
meilleure formule est celle où il n'y a pas de perdant.
"Perdant" ou "gagnant" doivent
se comprendre "dans le temps" et pas seulement "sur le champ".
-
Par
la discussion, je récupère mon stylo. L'autre est un peu vexé, mais n'est pas
puni par le CPE.
-
Je
récupère mon stylo. Il est puni par le CPE mais il comprend la leçon et ne
recommencera pas.
-
Je
laisse à l'autre mon
stylo, je suis perdant. L'autre semble
gagnant, mais risque de compter sa conduite comme "bonne" et de recommencer la même pratique pour des
actes plus graves. La responsabilité, ne consiste pas à être "gentil", niais à
avoir le souci de ce qui est juste.
-
Je
récupère mon stylo par la force. Pour l'avenir l'autre est devenu ennemi.
Question de fond : les moyens que j'emploie ne doivent-ils pas être
cohérents avec les valeurs que j'aime?
Mon
choix a des conséquences (un résultat) pour moi et pour l'autre. Les deux
parties sont en fait inséparables. La responsabilité pour soi s'étend à l'autre
et au-delà aux autres, à l'environnement.
C'est
au moment de mon choix d'action-réponse que j'engage ma responsabilité.
Je
suis responsable de ma décision, pas de celle de l'autre.
Je ne suis pas responsable de ce qui m'arrive (a priori),
mais de ce que je réponds à cela.
Si
la situation est simple, je compte sur moi.
C'est
exactement
la définition du dictionnaire pour la
responsabilité : Capacité de prendre
une décision sans en référer préalablement à une autorité supérieure.
Pour me réveiller à l'heure, je peux tout simplement
me procurer un réveil. L'acheter ou m'en faire prêter un.
Si la situation est plus compliquée:
- Je peux prendre le temps de réfléchir (Réfléchir est
déjà une action).
Pourquoi est-ce que j'oublie souvent de faire mer exercices?
Est-ce que je note correctement ce qui est à faire?
avec une date précise?
- Je peux mieux connaître mes réactions personnelles
(timidité, impatience, colère) pour les prévoir et commencer d'imaginer
d'autres conduites possibles à la prochaine occasion qui se présentera.
- Je dois savoir aussi que je ne suis pas seul.
Je
peux demander conseil à mes meilleurs copains, à un adulte en qui j'ai
confiance. Au collège: CPE ? surveillant ? infirmière? professeur?).
A la maison: un parent, un frère, une sœurs, un
voisin.
Sachant un peu mieux ce qu’est la responsabilité
maintenant, vous avez un cadre pour écrire votre nouvelle définition.
Ou donner un sens à votre responsabilité:
Qu'est-ce qui pourrait être amélioré dans la vie au collège?
Pour vous? Quelle suggestion pour votre classe? Pour l'établissement en général?
Cherchons
peut-être le plus urgent ou le plus immédiatement faisable.
***
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Je suis unique. Je suis intéressant. => Je suis
important |
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Pour moi la responsabilité c'est : |
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Situation proposée Ton stylo de marque a disparu et tu t'aperçois que
ton voisin de derrière a exactement le même. a) t'arranges pour quitter la classe le dernier,
ouvrir sa trousse et prendre le stylo. b) l'insultes pendant le cours et tu récupères
l'objet sur le champ. c) tu dis adieu à ton stylo. d) Tu penses que ton voisin a moins de chance que
toi. Tu t'en feras acheter un nouveau par ta mère à l'occasion de ton
anniversaire proche. e) A l'inter-cours tu expliques à ton camarade que
tu as perdu un stylo auquel tu tenais et tu lui demandes s'il ne se serait
pas trompé. f) g) h) i) j) k) l) m) |
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Et maintenant,
la responsabilité pour moi c'est : |
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* enseignants en retraite, présidente et trésorier de l’association Aéré
[1] Voici la définition de l'éthique par Edgar Morin en novembre 2004:
"L'éthique
se manifeste à nous de façon impérative, comme exigence morale.
Son impératif naît d'une source intérieure à l'individu,
qui ressent en son esprit l'injonction d'un devoir. Il provient
aussi d'une source extérieure: la culture, les croyances, les normes d'une
communauté. Il y a sans
doute une source antérieure, issue de l'organisation vivante, transmise
génétiquement.
Ces trois sources sont corrélées, comme s'il y avait une
nappe souterraine commune."
(La méthode -6- Ethique, édition du Seui