Pour mieux vivre ensemble,

Pour mieux vivre ensemble,

 APPEL  POUR  UN  AVENIR  HUMAIN

(Substituer à l’espace de la violence un espace relationnel)

Denise DROIN *                                          

 

      « L’homme est capable du pire comme du meilleur»  -

  Comment aider le jeune à favoriser le meilleur ?

 

            Que constatons-nous  de plus en plus concernant la jeunesse  ?

§        Des valeurs s’imposent à nos enfants. Ce sont essentiellement des critères économiques de profit, de vitesse, d’efficacité, de compétition, plus valables pour les machines et les robots  que pour la complexité des Humains qui ont tendance à se déresponsabiliser et à perdre confiance en l’avenir

§        Trop de jeunes sont soumis aux seuls critères de la société de consommation, de gaspillage et d’exclusion où l’argent est  le maître incontesté. Ces jeunes sont abandonnés, faute de repères ou de limites claires à un désarroi éthique dont nous sommes tous responsables. Ils pensent que tout se vaut, et que tout est bon pour se défendre.

§        On fait de moins en moins confiance en l’être humain ! Cela n’est pas dû à un changement de la nature humaine, mais à un environnement social de guerre économique et de loi du plus fort qui incitent « au chacun pour soi », engage à  être égocentrique et à se faire plaisir sans se préoccuper des autres.  

§        Beaucoup de familles, désorientées,  démissionnent plus ou moins, ne sachant  pas quels conseils donner, sinon d’être loup parmi les loups, ou  persuadées de leur impuissance, s’effacent et laissent faire…

          Les graves maux dont nous souffrons semblent avoir des racines communes qui nous interpellent sur notre comportement d’êtres humains et touchent directement au domaine du qualitatif de la vie, à notre état d’esprit et à notre façon de penser et d’agir…

         Pourtant, grâce aux sciences et aux techniques, nous avons aujourd’hui les moyens de produire suffisamment pour satisfaire les besoins essentiels de tous les peuples.[1] Aussi, le  problème à résoudre est moins un problème quantitatif de biens à produire qu’un problème qui touche à la qualité de la vie, c’est à dire un problème de  répartition, de redistribution, de formation, d’information et de choix qui dépend de nous tous, de notre sens de la justice, de notre plus ou moins grande aspiration à la liberté pour tous, à notre fraternité, à notre cohésion…Aussi, nous constatons le tragique de continuer d’organiser les sociétés sans se soucier de la nécessité d’apprendre à vivre ensemble.

          Nous négligeons trop les problèmes humains de prévention, de relation, de comportement,   qui peuvent provoquer des troubles réactionnels d’hostilité à l’adulte ou des blocages du développement qui créent stress, angoisse, anxiété , déséquilibre …

Comment faire évoluer positivement cet état de fait ?        

L’enfant possède en lui-même un élan vital, un désir de grandir, que nous adultes, avons le devoir de reconnaître et de soutenir.  Aidons-le à découvrir et  faire vivre le potentiel d’humanité que tout enfant possède, pour développer le meilleur de lui-même.

 

         C’est l’expérience avec des élèves en situation d’échec scolaire qui nous a conduits à comprendre que les réussites éducatives s’appuyaient sur un certain nombre de potentialités humaines auxquelles il fallait donner vie. Mieux, ces potentialités se révélaient être de véritables besoins constants de sécurité, d’identité et d’intégration dont la satisfaction est nécessaire à l’équilibre psychique de l’enfant.

           Prendre en compte les besoins humains fondamentaux de sécurité , d’identité et d’intégration, c’est se situer dans le cadre d’une autre cohérence, celle du respect des valeurs humanistes et des droits et devoirs des hommes  et des enfants…qui donnent sens à la vie et créent la joie de vivre …                                     

en accord avec notre nouvelle législation depuis l’adoption par le Parlement de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

           Le moment semble venu de revendiquer pour tout enfant, à côté de l’indispensable minimum vital quantitatif, un minimum vital de type qualitatif, non imposé par la contrainte, mais qui résulte du vécu par l’enfant, au moins à l’école, d’expériences relationnelles intériorisées qui le conduisent à un mieux être naturel provoqué par la satisfaction de ses besoins humains fondamentaux.

Nécessité de répondre à des besoins essentiels qui sont à la base de tout développement humain positif

                    QUELS SONT LES BESOINS FONDAMENTAUX A SATISFAIRE

QUI CONSTITUENT DE SOLIDES POINTS DE REPERE POUR LE VIVRE ENSEMBLE ?

BESOINS  HUMAINS

A  SATISFAIRE

POUR  FAIRE  NAITRE    ET  DEVELOPPER

POUR  PREVENIR

Besoin de sécurité par l’instauration d’un climat de confiance

Un sentiment de sécurité intérieure

Plus d’honnêteté,  d’authenticité

Refus du mensonge.

La  violence –  

la rébellion -  1a peur  -  la fuite  - la soumission

Besoin d’être reconnu par l’acceptation de la différence

 

L’identité  de soi et des autres

La tolérance – le respect de la différence - la justice sociale - 

Droits  < --- > Devoirs

Le racisme  - 

la non prise en compte de l’autre

Besoin de comprendre  à son rythme par le développement des capacités d’écoute et de questionnement.

La motivation – le goût de l’effort

Une meilleure compréhension du monde

L’esprit critique – L’action

L’ignorance  -

l’apathie

le laisser aller

le laisser faire

Besoin d’être utile, de s’intégrer par la coopération et l’entre aide

L’intégration,  l’esprit de solidarité, le  vivre en harmonie avec soi et les autres permet la vie collective

L’égocentrisme

L’isolement

Le repli sur soi

Besoin de grandir, de  s’élever par la construction de l’estime de soi

L’autonomie et la paix de la conscience, le savoir être, le contrôle de soi, le sens de l’intérêt général, ce qui donne un sens à la vie

Le  stress

La frustration

La jalousie

 

L’expérience montre, en particulier, que dans les cas difficiles, chaque fois qu’un acte éducatif se révèle efficace, on constate que ces besoins trouvent au moins un début de satisfaction. Chaque fois au contraire, que ces besoins ne sont pas satisfaits, risque de naître une frustration qui peut conduire à la révolte ou à la fuite dans la violence, la drogue, le suicide… l’opposition à l’effort et au savoir …

Si l’adulte intériorise cette vision de l’enfant, s’il se fixe pour règle d’y répondre, s’il parvient à agir en cohérence avec ces principes, son action éducative peut être source de progrès. S’il reste attentif aux besoins de qualité de vie et de relation des jeunes, il a des chances d’être plus efficace.

Quand le jeune n’a pas la chance de vivre dans un milieu qui sache répondre à ses besoins profonds de confiance et de reconnaissance, s’il trouve à satisfaire ces besoins, même en dehors de sa famille, à l’école par exemple, son comportement de passif ou d’opposant peut devenir coopérant…

Conséquences bénéfiques pour le jeune

         L’accomplissement de ces besoins humains profonds horizontaux d’humanisation qui créent la joie de vivre en confiance, d’être reconnu, de comprendre, de grandir et d’être utile répondent en fait à des besoins humains fondamentaux et universels qui substituent à un climat de violence et d’égocentrisme, un climat de non violence et de paix  et  construisent   :        

Une éducation naturelle de prévention

           contre la violence :  par le climat de confiance qui dissipe la peur et rejette la loi du plus fort

          contre le racisme :  par l’identité humaine reconnue à chacun

          contre l’inertie :  par la participation active des jeunes

          contre l’égocentrisme :  par un vécu de coopération et d’entraide qui crée la joie de vivre et donne sens à la vie ;

En conséquence, cette prévention est d’autant plus efficace qu’elle est précoce. Si elle est vécue par l’enfant le plus tôt possible, dès l’Ecole Maternelle et durant tout le parcours scolaire, elle lui apporte une cohérence éducative qui devient une éducation de protection contre les fausses solutions : délinquance, drogues, fuite, suicide, mal être, psychose …

         Cette éducation humanisante de prévention convient à tous les élèves et encore plus à ceux qui n’ont pas la chance de rencontrer dans leur environnement les repères de vie dont ils ont besoin pour leur épanouissement. Cette attitude éducative est généralement bien acceptée car elle éveille et stimule le potentiel d’humanité présent en tout enfant.

Une éducation naturelle de libre adhésion

         L’adhésion du jeune est une voie éducative qui évite l’autoritarisme souvent sclérosant ou le laxisme déséquilibrant. Son adhésion donne au jeune la joie d’être l’artisan de son envie de « grandir » et de participer à son propre épanouissement dans le respect des autres

         Il ne s’agit pas d’un conditionnement imposé de l’extérieur par la société, l’école ou la famille. Il s’agit d’une participation volontaire qui répond à des besoins intimes de libération de la personne pour sa propre satisfaction et qui développe les potentialités d’humanité que chacun possède en lui-même

         La vie en commun exige des lois, des règles à reconnaître, à accepter et à respecter qui établissent un accord sur les limites indispensables pour un fonctionnement efficace de l’ensemble dans l’intérêt de tous. Si ces lois répondent aux besoins de justice, d’équilibre, de cohérence de la jeunesse, elles peuvent être acceptées comme nécessaires et utiles autant à soi-même qu’à autrui

 

Aussi ces règles peuvent-elles, après échanges et discussions, être considérées comme essentielles à la vie personnelle et communautaire pour le bien vivre ensemble de tous

Des sanctions sont à prévoir en cas de non respect des engagements, pour non respect de la parole donnée. C’est alors que le sens de la dignité humaine, de la citoyenneté et de la responsabilité prennent tout leur sens, et qu’une véritable autorité s’intériorise dans les esprits.

       Il faut insister sur l’accord conclu et le respect de la parole donnée

                    qui engagent la responsabilité de chacun

Une éducation naturelle à la citoyenneté

Cette attitude éducative basée sur le respect de la dignité humaine permet d’acquérir :

le sens d’une liberté pour tous

Le jeune n’est plus soumis aux seules lois du marché  -  prend conscience d’un choix possible de comportement  -  peut se débloquer et devenir disponible à l’écoute et à l’effort

a  prise sur le changement  -  éprouve de nouvelles joies profondes de bien-être, d’estime de soi…

prend conscience de l’existence de sa vie intérieure…

le sens d’une justice pour tous

par la prise en compte d’une identité humaine (ni supérieur, ni inférieur mais différent), valable pour tous, qui relativise les identités ethnique, religieuse, nationale trop sujettes aux conflits  - 

par la logique de la réciprocité entre mes droits et mes obligations ( mêmes devoirs envers les autres),

le sens de la solidarité

la coopération, l’entraide, contrairement à la compétition qui s’installe dans un statut d’égocentrisme

permettent l’intégration dans le groupe et favorisent des relations saines, fructueuses; bénéfiques                                                                                    

 Une éducation d’humanisation de l’homme et de la société n’est-elle pas une clé essentielle de créativité  pour la construction d’un avenir plus juste, plus heureux   et  ne serait-elle pas aussi une clé pour construire une Europe sociale, politique, démocratique, voire spirituelle qui pourrait réaliser une unité dans la diversité des familles de pensée  pour « vivre ensemble » et créer un espace de paix et de non violence?

Suggestions pour  mieux vivre ensemble

Une proposition 

Des professeurs éducateurs volontaires pour apprendre à bien vivre ensemble                    

 Pour favoriser le « vivre ensemble » l’école doit être un lieu de parole et de rencontres animé par des professeurs expérimentés et volontaires.  Ainsi, il deviendrait possible à des enseignants reconnus pour leur compétence de ne plus se cantonner  à assurer leur service dans leur seule spécialité.  A leur demande, quelques heures de leur emploi du temps seraient utilisées à effectuer des tâches éducatives et relationnelles dont les jeunes ont besoin.

En dehors de toute notation ou évaluation des élèves, ces professeurs-éducateurs se chargeraient, notamment  sous la responsabilité du Conseil d’Etablissement,  de moments de culture commune pour développer l’autonomie, la responsabilité, le respect de la parole donnée, … et la capacité du « vivre ensemble… »  Ce serait une ouverture sur le monde et une amélioration dans les relations et le climat de compréhension, autant entre jeunes qu’entre adultes et jeunes.

Un appel

Aux maîtres et aux familles pour construire un avenir humain

1 – Prendre conscience que des besoins humains fondamentaux doivent être pris en compte et constituent des points de repère stables

2 - Reconnaître la réciprocité de ces besoins humains profonds relationnels de l’enfant qui aspire à la joie de vivre en confiance, d’être reconnu, de comprendre, d’être utile et de grandir …

3 – Utiliser des pratiques non agressives : entraide, coopération, écoute, dialogue, médiation … qui répondent à ces besoins 

4 – Pratiquer une autorité d’adhésion indispensable qui renforce systématiquement les liens de base par des règles acceptées, établies en commun, avec prévision  d’un accord sur les sanctions en cas de non respect de la parole donnée. Ces liens et règles assurent un sens à l’ensemble et facilitent la gestion des conflits en faisant appel à la responsabilité et à la dignité de chacun .

5 - Se mettre d’accord sur l’urgence d’instituer dans la FORMATION DES EDUCATEURS , à tous niveaux, durant tout le parcours scolaire, dès l’école maternelle, une cohérence éducative qui s’appuie sur l’EMERGENCE DE L’HUMAIN.  Cette cohérence éducative a l’avantage de privilégier autant l’intérêt général par le respect de la dignité humaine que l’ intérêt personnel en apportant satisfaction aux besoins relationnels universels de l’être humain , ce qui conduit naturellement à une ATTITUDE DE PAIX ET DE NON VIOLENCE  .

 

 



* Professeur en retraite, Fondatrice-Animatrice du Groupe Pluraliste Pour l’Education

[1] Voir Patrick VIVERET, « Pourquoi ça ne va pas plus mal ?», éd. Fayard-Transversales, 2005

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