Jean-Daniel
ROHART*
Avant d’entrer dans le vif de l’échange, je voudrais
poser un cadre, définir mon intervention, en disant ce qu’elle ne sera pas.
Le titre prévu de ma prestation est : « Une
éthique éducative : l’approche rogérienne ».
Je suis professeur d’espagnol. J’enseigne en lycée
depuis maintenant trente ans et Carl Ransom ROGERS est, en effet, un des
hommes qui a inspiré ma pratique enseignante et éducative pendant toute cette
période.
Je voudrais m’adresser à vous à partir de cette
pratique et en m’autorisant de l’expérience que cette pratique jalonnée de
succès, mais aussi d’échecs, m’a permis d’acquérir au fil du temps. L’échec,
tout autant que la réussite, permet un enrichissement de notre expérience. Il
faut en tirer des leçons. Pour Rogers, tranquillement, sans défaitisme. Je
voudrais partager cette expérience avec vous, tout en la confrontant avec votre
expérience à vous. Que nous confrontions en somme nos expériences. La
difficulté de mon entreprise tient au fait que, évoquant l’esprit rogérien et
l’attitude rogérienne en éducation (je préfère cette expression à celle d’idée
rogérienne ou de théorie rogérienne), je voudrais expérimenter avec vous un
mode de communication et d’exposition, un style qui soit, lui aussi
« rogérien ». Je voudrais, en somme, faire en sorte qu’il y ait une
adéquation, l’adéquation la plus parfaite possible, entre le fonds et la forme.
Quand ont lit un livre, il existe toujours un
contrat sous-jacent, un contrat plus ou moins explicite qui lie l’auteur
et le lecteur.
Lorsqu’une personne comme moi, par exemple,
s’adresse verbalement à d’autres personnes, il semble préférable qu’existe
aussi préalablement un contrat minimum.
Vous avez forcément des attentes. Des présupposés.
Des besoins, peut-être ? Des interrogations. Moi qui vais m’adresser à
vous, j’ai forcément un projet minimum, des intentions plus ou moins
« didactiques ». Un « message » à faire passer, même si ce
mot de message ne me plait guère.
Cette première prise de contact et ces premiers
instants passés ensemble devraient, il me semble, tenter de faire émerger un
contrat minimum.
Je me pose forcément la question de savoir :
Quelles sont vos attentes ?
Je me demande à moi-même : Quel est mon projet
en prenant maintenant la parole ?
En tout premier lieu et pour que les choses soient
bien claires, sachez que je n’ai pas l’intention de prononcer une conférence,
non que j’ignore les vertus intrinsèques à ce genre.
Mon choix obéit peut-être inconsciemment à ma
paresse et à ma fatigue de fin d’année scolaire, car, en effet, je suis
« prof » : professeur d’espagnol en lycée.
Mais, il ne s’agit pas uniquement d’un choix
négatif. Le genre de la conférence a aussi ses inconvénients et ses limites,
surtout dans l’optique « rogérienne » que je pense adopter ici.
Lorsqu’elle réussit, une conférence satisfait
légitimement le moi narcissique du conférencier, ainsi que celui des auditeurs
qui aiment à entendre exprimées avec clarté et talent, leurs propres idées. Une
harmonie s’établit, une reconnaissance mutuelle peut-être un peu illusoire,
provisoire et tissée peut-être de malentendus ? Mais cette harmonie, cette
complicité, a l’inconvénient de reposer sur la séduction et sur un certain
rapport de pouvoir établissant une hiérarchie stricte entre celui qui
sait et ceux qui désirent savoir, bloquant toute dynamique, tout imprévu, le
surgissement de nouvelles perspectives.
J’ai le désir d’établir avec vous un autre type de
relation, m’inspirant de ce que Raimón PANIKKAR appelle le dialogue dialogal.[1]
C’est un dialogue qui peut être violent, mais
demeure toujours courtois et constructif. Respectueux de l’adversaire qui n’est
pas considéré comme « l’homme à abattre » ou celui que l’on se
propose de soumettre à ses propres idées et convictions.
Ce type de dialogue qui ne nie pas la passion et la
force des convictions personnelles ne s’inscrit donc pas dans une logique de
domination intellectuelle.
Il n’use pas de l’arme de la séduction (forme
subtile de domination sur l’autre) et n’entend exercer aucun pouvoir sur
l’autre ; Dans le dialogue dialogal, les points de désaccord permettent à
chacun de prendre conscience de ses contradictions éventuelles, d’aiguiser sa
pensée, d’approfondir sa propre démarche. Autrement dit, ce type de dialogue
suppose un véritable échange et permet un véritable enrichissement mutuel et
réciproque[2].
Un autre argument qui m’a poussé à renoncer au genre
de la conférence, c’est qu’une conférence « rogérienne » est
une contradiction dans les termes. C’est un genre éloigné de l’esprit et de
l’attitude « rogériennes » tels que je les perçois et tente de les vivre.
Je devrais être plus méfiant, mais la méfiance n’est
pas non plus une attitude existentielle rogérienne, laquelle se définit
essentiellement par la confiance… Confiance en soi, confiance en ses
capacités, en son jugement, en sa capacité à s’impliquer dans le présent et à
trouver les bonnes solutions. Confiance en autrui aussi, et certitude confiante
que des relations constructives peuvent s’établir avec les autres.
Pourquoi donc devrais-je être méfiant au moment de
commencer cet échange avec vous ?
Et bien, parce que l’exemple de Carl Ransom ROGERS
devrait peut-être me servir de leçon et me mettre en garde.
Lorsque ROGERS vint en France dans les années 66, je
crois. C’était à Paris et à Dourdan.
Il essaya d’établir avec ses auditeurs des relations
« rogériennes ». Il se présenta comme une personne engagée
dans une recherche personnelle et qui ne voulait pas être confondue, ni avec
ses livres, ni avec ses idées. Or, il déçut l’attente de ses auditeurs qui
voyaient en lui un théoricien patenté, un maître à penser, et un maître
« spirituel » peut-être pour quelques-uns d’entre eux ?
Ce qui joua en sa défaveur et ne devrait pas jouer
ici contre moi et mes intentions avancées, c’est que Carl ROGERS était déjà
connu ! Il faisait à son corps défendant « autorité », comme
l’on dit (c’était au lendemain de mai 68, époque d’espoir, de convictions et
d’utopie). Ses auditeurs avaient des attentes envers lui, face au vide et aux
interrogations « postmodernes ». Ils attendaient de lui des réponses
“ready-made” qui auraient eu l’inconvénient de les priver de leur propre
liberté, de leur créativité. En plus, son auditoire était nombreux, ce qui se
prêtait mal à des échanges de type « rogérien » (je mets toujours le
mot rogérien entre guillemets et si ROGERS récusait l’emploi de ce mot, ce
n’était pas par pure coquetterie).
Je vous fais part de mon intention d’établir avec
vous un dialogue, et voilà un bon moment déjà que je monologue seul et
monopolise la parole ! Je voudrais donc marquer une pause dans mon
« exposé », (mot que je mets aussi entre guillemets) pour vous
demander de dire, si vous le voulez bien, dans quel cadre s’inscrit votre
pratique professionnelle.
Etes-vous professeur, comme moi ? Etes-vous
formateur ? Chef d’établissement ? Thérapeute ? Travailleur
social ? Que sais-je encore ? A vous de nous le dire. Cette précision
me permettra d’orienter notre échange en fonction de vos attentes probables
telles que ce premier échange aura permis de les faire apparaître. Vous
pourriez aussi profiter de ce moment pour nous faire part de vos attentes, nous
poser des questions, nous faire partager vos interrogations, vos doutes, vos
espoirs, vos débuts de solution aux problèmes qui se présentent à vous, dans le
cadre de votre vie professionnelle et de votre vie tout court.
Ensuite, je vous présenterai Carl Ransom ROGERS,
puisque c’est sous sa houlette que je vous propose de situer notre échange. Ce
sera au travers, bien sûr, de ma propre subjectivité et en ayant pris le soin
de vous préciser que ROGERS n’est pas le seul à m’avoir accompagné et éclairé
dans mon parcours personnel. Il y eut, il y a aussi, Carl Gustav JUNG[3].
Brian THORNE[4]
qui reconnaît, lui aussi, une dette envers ces deux hommes, parle
plaisamment des «deux Carl » : Carl Ransom ROGERS et Carl Gustav
JUNG. Des rapprochements existent en effet entre les deux hommes et les deux
approches.
Sachez, par parenthèse, que mon intention est aussi
en m’adressant aujourd’hui à vous, de vous fournir des informations
bibliographiques qui vous permettront, si vous le souhaitez, d’approfondir vos
recherches personnelles dans la direction indiquée par Carl R. ROGERS. Je me
suis même permis d’apporter quelques-uns uns de mes textes rogériens[5],
et je vous signale la parution en 2006, à la Chronique Sociale d’un livre que
j’ai coordonné : Carl R. ROGERS et l’action éducative, livre que
Guy AVANZINI, a eu la gentillesse de préfacer.
Après cette brève présentation de Carl R. ROGERS, je
voudrais vous proposer un cadre dans lequel inscrire notre échange. Un
plan de travail, si vous voulez, dont j’esquisserai le développement, pour me
soumettre ensuite librement à vos désirs, au jeu de vos questions, pour
approfondir tel ou tel point suggéré et évoqué lors de ce premier
développement. Ce moment devrait être le moment fort de notre échange, mais on
ne peut pas tout prévoir et planifier, au risque de stériliser l’échange.
Quelques précisions avant de mettre fin à cet
interminable monologue
Certains seront peut-être surpris de me voir parler
de cadre, alors que je vous dis mon désir de dialoguer librement, au gré de vos
suggestions ! Le nom de ROGERS est souvent associé à la Non-directivité, à
l’absence de tout cadre et de toute contrainte.
Première précision indispensable : La Non-directivité,
expression rogérienne sans doute maladroite ou, en tout cas, mal interprétée au
lendemain de mai 68, époque qui prônait et interdisait d’interdire, mériterait
d’être commentée rapidement.
La Non-directivité en classe (puisque c’est dans ce
cadre que s’inscrit ma pratique professionnelle) est tout sauf le
laisser-aller.
J’y reviendrai, si vous le souhaitez !
Un enseignant s’adressant à des élèves cruellement
dépourvu de Sur-Moi, comme c’est assez souvent le cas aujourd’hui, doit poser
un cadre strict, imposer des limites précises à son action et à leur échange.
Il doit présenter ses objectifs pédagogiques avec clarté. Dire vers quoi il se
propose de « conduire » les élèves.
Quels seront grosso modo les chemins
empruntés ? Quels efforts seront requis de la part des élèves, en prenant
soin, bien sûr, de graduer les difficultés, afin de ne pas angoisser
inutilement les élèves et leur laisser l’espoir raisonnable de les atteindre.
Une table ronde – c’est ainsi que je vous
propose donc d’intituler notre échange et c’est ce qui avait été convenu dès le
début avec Georges Hervé – doit aussi impérativement s’inscrire dans un cadre.
Faute de quoi, ça risque de ne pas « tourner rond » justement.
Deuxième précision
Il faut éviter la naïveté, la fausse modestie, la
démagogie, autre forme de discours séducteur. Il faut éviter le déni des
différences d’âge et d’expérience, dans une vaine tentative de faire “sympa” et
“cool”. Je m’adresserai à vous à partir d’un savoir et d’un savoir-être,
comme on dit aujourd’hui, savoir que j’ai construit peu à peu, patiemment,
douloureusement parfois, au cours de
trente années d’exercice du métier de professeur d’espagnol. Notre époque n’a
que trop tendance à dénier toute différence, les différences d’âge et
d’expérience. Je sais que c’est faux, car j’ai mal aux genoux, étant donné mon
grand âge ! Si je n’ai pas
l’intention d’établir des relations de pouvoir, je revendique, malgré tout, un
certain savoir dont je ne suis certes pas le détenteur patenté et
jaloux. Savoir et pouvoir ne sont pas forcément et maladivement associés, comme
c’est souvent le cas en Occident. Vous disant cela, j’évoque une nouvelle
dette : ma dette envers l’Orient (pour faire vite). Cela n’exclut pas la
passion et la force plus ou moins tranquille des convictions ! Mais, je
suis un incorrigible bavard ! Un moulin à paroles, me reprochait déjà ma
mère. Une élève de terminale me dit un jour : « Monsieur Rohart est
un grand bavard, mais ses bavardages sont intéressants » !
► Dans quel cadre s’inscrit donc votre activité
professionnelle ? Que faites-vous dans la vie, comme on dit ? Quel
est le métier de chacune des personnes présentes ?
Transition
Un tel échange, pour structuré qu’il se propose
d’être, doit laisser place à la liberté, à la fantaisie, à la subjectivité de
tous (ce qui n’est pas forcément complaisance narcissique). L’Art, la
difficulté, c’est de concilier ordre et désordre, liberté et
contrainte. JUNG parle de conciliation des contraires.
Qui suis-je ?
Après vous avoir entendu un peu, je me permettrai de
me présenter rapidement. Je voudrais insister sur la place capitale jouée pour
moi par la confiance.
Carl Ransom Rogers était à la fois paysan,
professeur, chercheur et thérapeute.
Qui était Carl Ransom ROGERS ? Procédons par
touches successives et dressons un portrait subjectif de l’homme et du
psychologue :
Un psychologue nord-américain, un
écrivain-théoricien. On ne peut vraisemblablement pas parler chez lui d’une théorie globale de la personnalité ou
d’une description détaillée du fonctionnement psychique. Ses recherches ne sont
pas abstraites, elles s’enracinent dans une pratique, dans un désir d’aider
(relation d’aide) ses clients/patients ou ses élèves et étudiants.
Un thérapeute doublé d’un enseignant et d’un homme
soucieux de pédagogie et d’enseignement. Soucieux d’efficacité, recherchant les
résultats objectifs de sa pensée et de son action, plutôt que des
considérations trop spéculatives.
Futilité de la connaissance encyclopédique
développée pour elle-même en vase clos, loin de la vie. La conceptualisation
excessive risque de nous enfermer. Son idéal d’unité de soi-même, d’intégration
de la personnalité, l’apparente aussi à la sagesse orientale. Retrouver le
sens profond de l’être, grâce à la mise en œuvre d’un sentiment de
lucidité : « la blessure la plus proche du soleil ». Ainsi
définissait la lucidité le poète René CHAR.
Tout le monde connaît « l’expérience des pommes
de terre » que fit ROGERS dans la ferme de ses parents. Sa démarche est
expérimentale. Sa formation, scientifique. Il cherche à fonder des intuitions
(à vérifier des hypothèses) pour asseoir celles-ci sur des faits dûment
repérés.
Un esprit « religieux » ! Sa
conception de la confiance l’apparente d’une certaine manière au
bouddhisme et à la sagesse orientale. Sa démarche aussi, car pour lui
« les faits sont des amis » (voir KRISHNAMURTI et Swami
PRAJNANPAD). Sa conception de la personne l’apparente au personnalisme, celui
d’Emmanuel MOUNIER[6], par
exemple, et le fait renouer avec le fonds chrétien de notre civilisation[7].
La confiance est un trait saillant de sa
personnalité et de son élaboration « théorique » : la tendance
actualisante. Qu’est-ce que la confiance rogérienne[8] ?
Il se méfiait tout comme JUNG des théories érigées
en dogmes. Il a su éviter les pièges de l’intellectualisme outrancier. Il
récusait fortement l’adjectif « rogérien ».
► Les « mots-clefs » de Carl
ROGERS
La confiance est, sans aucun doute, le mot qui revient le plus
souvent dans les écrits de Carl Ransom ROGERS. C’est le moteur de son action,
ce qui structure toute sa pensée et qui vient alimenter différents types
d’attitudes à mettre en œuvre, afin d’aider soit l’étudiant, soit le client,
soit la personne que la vie met sur son chemin.
L’empathie. Citation de Marie-Louise BRUNEL (op.cit).
L’Amorevolezza de Don Bosco. La charité paulinienne.
L’acceptation inconditionnelle d’autrui, laquelle n’est pas
l’approbation inconsidérée.
La Non-Directivité, qui n’est pas la démission,
le laisser-faire et le laxisme.
La relation d’aide.
L’ apprentissage authentique évoqué par M.L. BRUNEL.
A
« l’idée » de confiance est associée celle de tendance
actualisante.
Rogers a pratiqué et « théorisé » ce qu’il
appelle la relation d’aide.
Tout cela débouche sur une manière d’être, une
éthique que l’on pourrait dire personnaliste, altruiste et oblative, avec le
risque inhérent, qu’il ne faudrait pas se cacher, d’ignorer la dimension du Mal
et l’inconscient, ignorance à laquelle Carl ROGERS ne semble pas avoir cédé.
► Quelques propositions. Quelques
directions pour orienter et nourrir notre échange
Dans le désordre et à titre indicatif, on pourrait
aborder les questions suivantes :
L’attitude
« rogérienne » en classe est adaptée au contexte et aux
difficultés de l’Ecole actuelle.
Elle a le mérite de corriger les excès commis par
les didacticiens purs et durs.
Liberté et responsabilité. L’élève est aussi une personne.
L’enfant co-responsable de son éducation. Le professeur a un respect intégral
des tendances actualisantes présentes chez les élèves.
L’attitude « rogérienne » remet au centre
du débat sur l’Ecole et l’éducation, l’aspect relationnel et
souligne l’importance des facteurs
émotionnels. Dans les situations
d’apprentissage, la qualité de la relation éducative est primordiale.
L’attitude rogérienne est adaptée aux nouveaux lycéens.
L’attitude rogérienne en
classe aide au surgissement d’une nouvelle image de père, différente du père
surmoïque, elle permet l’émergence d’un père qui a retrouvé le féminin en lui[9].
L’attitude rogérienne nous permet de comprendre
qu’en étant authentique, on est unifié, ce qui aide à la résolution des
conflits et de la violence en classe. Etre congruent, c’est accepter
sans crainte ses sentiments, même les plus négatifs.
L’attitude rogérienne peut contribuer à la
résolution de la crise que connaît la relation adulte-jeune, comme elle peut
contribuer aussi au surgissement d’une nouvelle forme d’autorité. Rogers pose
la question de pouvoir en éducation et en thérapie.
L’attitude rogérienne signe la fin de rapports
exagérément hiérarchiques (voir l’inspection et l’idée, que j’ai développée
ailleurs, de la nécessité d’un compagnonnage de tous les acteurs de la
relation éducative[10].
Dans cette logique relationnelle et communicationnelle, il n’y a ni gagnant ni
perdant. Enseigner ainsi est l’occasion d’un développement personnel. Eduquer /
S’auto-éduquer. Devenir une personne unifiée. L’idéal de l’homme
fonctionnant pleinement, tel que l’a “théorisé” Carl ROGERS.
► Vers une éducation postmoderne, une
nouvelle éthique, éducation, instruction, développement de la personne. Rogers
est un précurseur ! Il actualise des archétypes dont notre civilisation a
besoin pour résoudre ses difficultés et se survivre à elle-même.
► « Ne pas céder sur l’éthique »[11]
Nous pourrions réfléchir à cette question. Préciser
ensemble les contours d’une éthique rogérienne. Voir les champs d’application
de cette éthique en dehors de l’éducation, thérapie, profession de
l’aide : assistants sociaux.
La question de la violence dans les quartiers.
La question de l’intégration. L’immigration.
► La formation : autre direction
possible à notre échange.
Application et extension de l’attitude rogérienne au
domaine de la formation des enseignants. De la formation en général, savoir-être,
développement de qualités transversales. On retrouve la dimension de l’éthique
qui s’impose désormais d’elle-même.
Qu’est-ce donc que l’Empathie ?
Pour Carl ROGERS, cité par Marie-Lise BRUNEL[12],
« l’empathie ou la compréhension empathique consiste en la capacité
d’entrer dans le monde perceptuel privé de l’autre, de devenir à l’aise, chez
soi là-dedans. (…) Cela signifie de vivre temporairement la vie de l’autre, de
rentrer à l’intérieur du monde d’autrui avec délicatesse, sans faire de
jugement, sentant les significations dont l’autre est difficilement
conscient (…) « Etre » avec un autre de cette façon, signifie que, durant cette période, vous
suspendez les points de vue et les valeurs qui sont les vôtres, de façon à
entrer sans préjugé dans le monde intérieur de l’autre ». Cette
attitude relationnelle, éloignée d’une simple technique, est, certes, exigeante
et difficile à mettre en œuvre.
Elle rejoint ce que Don BOSCO appelle L’Amorevolezza[13],
forme d’affection inconditionnelle faite d’indulgence (mais pas de
laxisme !) et de confiance envers les élèves, attitude bienveillante sur
laquelle insiste, à son tour, Jacques MARITAIN, qui parle d’«une sorte
d’attention aimante et sacrée à (l’)identité mystérieuse (des élèves) qui est
une chose cachée qu’aucune technique ne peut atteindre »[14].
Une telle attitude relationnelle est difficile à
mettre en œuvre, disions-nous ; cependant, par-delà les convictions
éthiques de chacun et ses capacités à vivre cette haute morale, l’attitude
empathique paraît être la mieux adaptée au contexte relationnel actuel, et
il semble que le professeur ait un intérêt personnel à tenter de la
faire sienne, au mieux de ses possibilités personnelles. Cette attitude
empathique correspond d’ailleurs aux attentes des élèves, telles qu’elles
s’expriment dans leurs témoignages écrits[15] et des chercheurs ont montré que, dans
certaines circonstances, elle pouvait être un facteur de survie[16]
pour celui qui savait la mettre en œuvre dans ses relations avec autrui.
Dans des relations de groupe difficiles,
conflictuelles, ou “limite”, l’intérêt bien compris de l’individu, son instinct
de survie le plus élémentaire inclut la compréhension intuitive qu’il doit
respecter les autres (malgré tout) et les aider à trouver un sens à
leurs relations mutuelles au sein du groupe, même si ces dernières sont
difficiles à vivre, voire apparemment absurdes et sans autre issue, au départ,
que violentes, agressives et destructrices…
Action éducative et éthique. Pour un compagnonnage
des acteurs de la relation éducative. Editions L’HARMATTAN, février 2001
La VIE et l’éducation. Suivi de : Comment
réenchanter l’école ? Editions
L’Harmattan. Décembre 2005
Carl ROGERS et l’action éducative. (sous la direction de Jean-Daniel ROHART) – Préface de Guy AVANZINI.
A paraître en 2006.
JUNG et l’(auto) éducation (Inédit à ce jour).
Crise de l’Ecole ? (Inédit à ce jour).
Réenchantement et remythologisation du monde (littérature, éducation,
culture et psychologie des profondeurs). Avec une préface de Michel MAFFESOLI.
(A paraître).
Ethique (et esthétique) de l’enseignement des langues. Publié par
l’Association VOIES-LIVRES / SE FORMER +
S.67, 16 pages, Juin 1995.
ANNEXE
(perspective
rogérienne)
(témoignage d’un professeur d’espagnol)
« Quoique distincts et publiés de Juin 1992 à
mai 2005, ces six brefs fascicules publiés par l’Association VOIES-LIVRES[17]
et dont chacun a sa spécificité, manifestent une profonde unité et constituent,
en quelque manière, la présentation
synthétique d’un traité de pédagogie. Fort d’une trentaine d’années
d’enseignement de la langue espagnole au lycée, l’auteur expose avec talent et
clarté une philosophie de
l’éducation. Aussi bien, c’est la conviction du besoin et même de
l’urgence de celle-ci qui anime tout son propos.
Celui-ci consiste, en définitive, à rechercher
comment, aujourd’hui, adolescents et corps enseignant – chacun ayant ses
problèmes et ses fragilités – peuvent se trouver, s’entendre et se comprendre
en vue de la démarche d’apprentissage qui finalise leur rencontre dans
l’établissement. Se plaçant dans la dynamique de la pensée de Carl Rogers –
dont au demeurant le cahier n° 60 est la traduction du texte et dont il expose
la pensée en sachant ne pas la réduire à une conception caricaturale de la
« non- directivité » - Jean-Daniel
Rohart montre avec force et conviction que cette jonction du professeur et des
élèves suppose, voire exige, de la part du premier, l’adhésion à une éthique personnaliste.
Beaucoup plus que de technique, c’est de morale,
« de morale sans moralisme », que l’institution scolaire a soif. Car
c’est elle qui seule permet d’induire et de gérer sainement la relation
éducative, sans laquelle qualité il n’y aurait ni apprentissage intellectuel ni
développement personnel. C’est la misère de la relation qui est à la fois une
cause et un indice de la crise de l’école et, au-delà, de l’entreprise
éducative. Et sans doute est-ce pourquoi ses réformes successives induisent des
effets pervers, plus qu’elles n’atteignent leurs objectifs. C’est pourquoi
l’auteur est fondé à dénoncer les illusions et la vanité d’une formation
professionnelle du corps enseignant que l’on ne sait, en définitive, à quoi
former, en vue de quelles finalités. Tout se passe comme si l’on en parlait d’autant plus qu’on sait moins le faire.
S’inscrivant ainsi dans le mouvement global de redécouverte des valeurs,
Jean-Daniel Rohart développe avec clarté et concision des thèmes que notre
société devra bien se résoudre à prendre en compte, même si cela requiert
l’abandon de certaines chimères. »
Guy AVANZINI
Professeur émérite
Université Lumière Lyon 2.
(Les Cahiers BINET-SIMON)
SIX FASCICULES
Quid de la Non-Directivité rogérienne ?
Contribution à une nouvelle éthique de l’action enseignante. Publié par l’Association
VOIES -LIVRES / SE FORMER + S.16, 23 pages, 1992
De l’inévitable morale des enseignants. Edité par l’Association
VOIES – LIVRES, n° S.20, Lyon, 16 pages, 1992
Ethique (et esthétique) de l’enseignement des
langues. Publié
par l’Association VOIES-LIVRES / SE FORMER +
L5, 16 pages, Juin 1995
L’élève au centre des apprentissages. Texte de Carl ROGERS.
Traduit de l’espagnol par Jean-Daniel ROHART et publié par l’Association
VOIES-LIVRES / SE FORMER + S.60. 36 pages, Avril 1996
Action éducative et éthique (Carl ROGERS, Carl
Gustav JUNG et l’éducation). Publié par l’Association VOIES-LIVRES / SE FORMER +
S.67. 16 pages, Juin 1997
L’attitude « rogérienne » en classe.
Contribution à la gestion de la crise de l’école. Publié par l’Association
VOIES-LIVRES / SE FORMER + S.99. 31
pages, Mai 2005
* Professeur agrégé d’espagnol
[1] PANNIKAR Raimón.- L’éloge du simple. L’archétype
universel du Moine. Editions A. Michel.
[2] Charles MACCIO écrit : « Parce que je suis un être de relation et que j’opte pour la liberté et l’égalité avec tous, je m’enrichis dans l’affrontement de toute rencontre avec des personnes » in : Carl R. ROGERS et l’action éducative (Sous la direction de Jean-Daniel Rohart). Chronique Sociale, 2006.
[3] ROHART Jean-Daniel.- JUNG et l’(auto) éducation. (inédit)
[4] Thérapeute anglais et auteur d’un beau livre sur Rogers intitulé : Pour comprendre Rogers. Ed. Privat.
[5] L’association VOIES-LIVRES / SE FORMER + a publié 6 fascicules rogériens sur l’éducation. Voir annexe.
[6] LUROL Gérard.- Emmanuel MOUNIER. Le lieu de la personne. (2 tomes). L’Harmattan.
[7] THORNE Brian.- Pour comprendre ROGERS. Editions PRIVAT.
[8] Voir ROHART Jean-Daniel.- Carl ROGERS et l’action éducative. La Chronique Sociale (à paraître en 2006).
[9] FORT.- La fin du dogme paternel. Editions Fayard.
[10] ROHART Jean-Daniel.- Action éducative et éthique. Pour un compagnonnage des acteurs de la relation éducative. L’Harmattan 2001.
[11] La citation
de Mireille CIFALI, tirée d’un livre intitulé : Le lien éducatif.
Contre-jour psychanalytique (PUF) où elle parle d’un enseignant qui,
certes, a ses folies, ses humeurs, mais qui reste vivant et ne cède rien
sur le plan éthique.
[12] BRUNEL Marie-Lise : L’empathie en counseling interculturel, article paru dans : Santé mentale au Québec, volume XIV, n°1, juin 1989.
[13] Education et pédagogie chez Don BOSCO, présentation par Guy AVANZINI, Colloque interuniversitaire, Lyon, 4-7 avril 1988, Ed. Fleurus, Paris, 1989.
PETITCLERC Jean-Marie : La pédagogie de Saint Jean BOSCO, Ed. Don Bosco, 4 impasse Clair Soleil 14000 Caen, col. « Terre Nouvelle », n°2.
[14] MARITAIN Jacques : Pour une philosophie de l’éducation, Librairie Arthème Fayard, 1969.
[15] Voir les divers témoignages écrits que nous ont remis nos élèves à notre demande. Notamment un début d’enquête sur : Qu’est-ce qu’un prof idéal ?
[16] Voir l’article cité de M.L. BRUNEL. Notamment le paragraphe intitulé : L’empathie, un facteur de survie, où l’auteur cite, en note, plusieurs chercheurs : Plutchik R., Kohut H., Agosta L., Baston C.
[17] Association VOIES-LIVRES 13 quai Jaÿr 69009 LYON Tél. : 04 78 83 53 83