Georges HERVE
Si, concernant le civisme, l'école a longtemps
hésité entre instruction et éducation civique, il n'en est pas de même pour ce qui est de l'environnement : il s'agit bien
d'éduquer et non seulement d'instruire.
Une enquête datant de
novembre 2001, réalisée par la SOFRES sur un échantillon de 1000 personnes de
plus de 18 ans représentatif de la population française, est intéressante à ce
sujet. Envisagé sous son aspect de « valeur à
transmettre », le respect de l'environnement arrive en 3e
position (57%) après le respect des autres (91%) et la tolérance (61%), mais
avant la solidarité (54%) et le sens de l'effort (47%). Selon les réponses
à cette enquête, les acteurs principaux de
cette éducation sont d'abord les parents (93%) suivis des enseignants (77%) puis de la télévision (56%), des animateurs sociaux
culturels (35%). Les scientifiques viennent loin derrière (12%) sans
doute parce que leur discours apparaît encore comme trop complexe.
Comment
l'école doit-elle sensibiliser les jeunes à l'environnement ? Plus de 80% des réponses évoquent les
classes vertes, les sorties découvertes. Il s'agit aussi d'aborder certains thèmes environnementaux comme les causes de la
pollution et du réchauffement de la planète ; mais d'autres thèmes
apparaissant comme « polémiques » sont peu cités, comme les OGM, la surexploitation des ressources naturelles,
le tiers monde, le nucléaire ou les conditions de la production agricole
: il semble que bien des parents font plus confiance à la télévision qu'aux
enseignants pour traiter de ces questions citoyennes, mais polémiques.
Restent les gestes
quotidiens écologiquement responsables (jeter les papiers à la poubelle, économiser l'eau et l'énergie, trier les déchets,
etc.) ils sont vus comme du domaine de l'éducation
familiale. Le rôle de l'école est plus dans le domaine des connaissances : connaissance
et respect de la faune et de la flore, des animaux, connaissance des produits
préservant l'environnement ; et encore l'école ne venant qu'en complément de
l'éducation en famille dans ces domaines.
Une circulaire ministérielle
datée d'il y a tout juste 1 an, remplaçant celle de l'été 77, « vise à donner une dimension pédagogique nouvelle à
l'éducation à l'environnement en l'intégrant dans une perspective de développement durable ». Elle précise que « l'éducation à l'environnement
pour un développement durable doit être une composante importante de la
formation initiale des élèves, dès leur plus jeune âge et tout au long de la
scolarité, pour leur permettre d'acquérir des connaissances et des méthodes
nécessaires pour se situer dans leur environnement
et y agir de manière responsable.. .. » Il s'agit de faire prendre conscience « des questions
environnementales, économiques, socioculturelles... avec lucidité, (pour aider
les jeunes) à mieux percevoir l'interdépendance des sociétés humaines avec
l'ensemble du système planétaire et la
nécessité pour tous d'adopter des comportements propices à la gestion
durable de celui-ci ainsi qu'au développement d'une solidarité mondiale.» Les
connaissances sont donc là pour favoriser les prises de conscience qui doivent
entraîner des conduites répondant à une
certaine éthique. Comment mieux définir le lien intime entre instruction
et éducation ?
Plus
encore : l'éducation à l'environnement doit inciter à oeuvrer pour un
développement durable, c'est à dire « un développement qui répond
aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de
répondre aux leurs » (rapport Brudtland de 1987). Encore
faudrait-il s'entendre sur ce qu'on entend par nos «besoins »... Quoi qu'il en soit, la circulaire souligne la richesse de la
dimension éducative d'un tel concept qui conduit à prendre en compte :
·
les
différentes échelles de temps et d'espace ;
·
la complexité d'un domaine dont les différentes
composantes interagissent entre elles, ce qui appelle une démarche systémique ;
·
les différentes composantes d'un développement durable
(environnementales, économiques, sociales, culturelles...) ;
·
les
valeurs associées à un développement solidaire...
Cette éducation doit couvrir
« l'ensemble du parcours scolaire de l'école primaire au lycée » sans cependant
constituer une nouvelle discipline, mais en se construisant « à l'intérieur
de chaque discipline et entre les différentes disciplines » A ce propos, la
circulaire mentionne les « croisements des apports disciplinaires
préconisés par les programmes » qui conduisent à « une approche
systémique ». On peut douter de leur existence réelle dans nos
établissements secondaires... La circulaire évoque aussi « les itinéraires
de découverte au collège, (IDD) les travaux personnels encadrés(TPE) au lycée,
les projets pluridisciplinaires à caractère professionnel
au lycée professionnel. » Hélas,
au cours de cette année scolaire, les IDD ont été rendus facultatifs et les TPE sont aussi en voie de passer à la
trappe. Qu'en est-il des « projets pluridisciplinaires » dans les
LP ?
Il est aussi question des « temps de débats
organisés à l'école, au collège et au lycée dans le cadre notamment des séances de « vivre ensemble » ou d'éducation civique ». Il est fait appel à « des démarches pédagogiques diversifiées
privilégiant les situations concrètes qui développeront chez les élèves la sensibilité, l'initiative, la
créativité, le sens des responsabilités et de l'action » notamment
durant « les sorties scolaires sous toutes leurs formes__ des partenariats
locaux propres à enrichir les démarches pédagogiques »...
Cette
circulaire mentionne enfin que l'EEDD devra être « généralisée dès la
rentrée 2004. » Qu'en est-il vraiment dans les écoles, collèges et lycées ?
Si l'on reprend la
définition du géographe Pierre George, l'environnement est constitué de « l'ensemble des éléments qui, dans la complexité de
leurs relations constitue le cadre, le milieu, les conditions de vie pour
l'homme », ne peut-on considérer que
toute éducation au sens large est une éducation à et par
l'environnement ? Un environnement qui ne se limite pas aux « choses
matérielles » mais qui comprend aussi « l'humain » ? Dès sa naissance, (voire avant...) le petit d'homme est plongé dans un environnement
avec lequel il va inter réagir et qui va le conduire à prendre
conscience de lui-même, des autres, à construire ses repères
spatiaux-temporels, etc. Que deviendrait-il isolé de tout environnement humain
?
On
raconte qu'un potentat oriental aurait voulu savoir, il y a des siècles, quelle
langue parleraient des enfants isolés de tout contact
linguistique. Il avait fait élever des nouveaux-nés à l'écart de tout contact
humain : il n'eut jamais la réponse à sa question, tous les enfants étant morts
malgré les soins physiques qui leur étaient prodigués.
La circulaire de 2004 risque
fort de rester inappliquée tant que notre école sera organisée sous la forme d'un empilement de savoirs disciplinaires
étrangers les uns aux autres. Le pluridisciplinaire ou
l'interdisciplinaire resteront des vœux pieux tant qu'on ne repensera pas tous les enseignements sous une approche
transversale. L'éducation à et par l'environnement ne pourrait-elle pas constituer cette démarche qui
intégrerait instruction et éducation en un tout dynamique, alliant
hominisation et humanisation ?