Henri CHARPENTIER *
La publication des résultats de l'enquête du
programme ‘PISA’ [1]
réalisée en 2000 a permis de mettre en
évidence l'influence déterminante de l'organisation des systèmes scolaires sur
les résultats scolaires moyens des
élèves. Il a ainsi été démontré qu'une orientation/sélection précoce défavorisait particulièrement les enfants issus de
milieux familiaux modestes, alors que l'orientation
repoussée au-delà de la 9e ou de la 10' année scolaire réduisait les
écarts tout en assurant une meilleure réussite scolaire pour tous.

On remarque notamment le faible écart entre les
performances des élèves finlandais socioéconomiquement défavorisés (zone
gauche du graphique) et les élèves socio-économiquement favorisés (zone droite)
[2].
Au contraire, cet écart est particulièrement important pour les élèves allemands. Or les systèmes scolaires de ces deux
pays représentent deux conceptions diamétralement
opposées : tandis qu'en Allemagne les enfants sont majoritairement orientés dès
la fin des années de l'école primaire
vers trois types d'établissements différents selon leurs acquis scolaires, en Finlande, l'orientation n'intervient
qu'à l'issue de 9 années communes à tous les élèves.
Ce mauvais classement de l'Allemagne fut, dans un
premier temps, mis au compte de l'existence des
Gesamtschulen — ou écoles intégrées [3]
regroupant l'ensemble des élèves du primaire et du secondaire - : l'organisation du système scolaire
par Länder permet en effet la création, à la demande des familles,
d'écoles publiques échappant au système sélectif général. Ces écoles sont
regroupées au niveau national dans la fédération Gesamtschulverband (GGG)
; elles sont l'objet de fréquentes attaques
de la part des tenants du système majoritaire. Pour en finir avec cette polémique,
les experts du programme PISA ont publié séparément les résultats des deux
systèmes sous deux rubriques : « sélection précoce » et « sélection repoussée
après la scolarité obligatoire ». A la grande surprise des autorités, les Gesamtschulen
étaient les mieux classées ! A l'époque PISA 2000 fut un événement
largement commenté dans la presse allemande, autrichienne et suisse [4].
De nombreux reportages et voyages d'études eurent lieu..., mais rien n'était
plus éclairant en matière d'ambiance et de
plaisir d'aller à l'école que le témoignage d'élèves allemands ou finnois ayant
suivi une partie de leur scolarité dans l'un et l'autre pays.
Le rapport officiel de l'OCDE note à ce sujet : « Il
est inquiétant de constater entre les écoles, en particulier dans les pays très
stratifiés où la sélection est précoce, des écarts importants liés à des
inégalités socioéconomiques devant les possibilités de formation. »
|
Le programme PISA Il s'agit d'un projet mené
par l'OCDE. Il porte sur trois domaines : - La compréhension de
l'écrit - La culture mathématique - La culture scientifique. Il
porte moins sur les connaissances des élèves que sur leurs capacités à les
utiliser dans des situations variées. Il a été remarqué, par exemple, que si les élèves
français avaient souvent des connaissances
disciplinaires, ils ne savaient que peu les utiliser en dehors du contexte
scolaire. Trois grandes enquêtes sont prévues : En 2000, 2/3 des épreuves
ont porté sur la compréhension de l'écrit En 2003, 2/3 des épreuves
ont porté sur la culture mathématique En 2006, 2/3 des épreuves
porteront sur la culture scientifique. Le PISA doit permettre de
répondre aux quatre questions suivantes : - Les jeunes sont-ils
prêts à relever les défis de l'avenir ? -
Sont-ils en mesure d'analyser, de raisonner et de communiquer efficacement
leurs idées ? -
Possèdent-ils la capacité de continuer à apprendre tout au long de leur vie ? - Certains genres
d'enseignement et d'organisation scolaire sont-ils plus efficaces que
d'autres ? PISA 2000: www.alter-education.org (rubrique Documentation / 342 pages /
fichier pdf) PISA 2003 : www.alter-education.org (rubrique Documentation / 493 pages /
fichier pdf) |
En 2003, plus de 250 000 élèves de 15 ans
appartenant à 41 pays ont pris part à cette enquête. Concernant la dernière
question, les projets PISA 2000 et 2003 apportent déjà des éléments de réponses
concordants.
En 2000, la Finlande se classait en tête de tous les
pays étudiés, avec les écarts les plus réduits entre élèves des différentes catégories socio-économico-culturelles. En
2003, elle récidive, égalant en mathématiques et en sciences les
résultats des pays asiatiques les mieux classés : la Corée, Hong-Kong et le
Japon.
Ces résultats sont évidemment
dus à une volonté politique forte de la part des responsables de l'Ecole en
Finlande. Monsieur Jukka SARJALA, l'un des co-fondateurs de l'actuel système
d'éducation finlandais, déclarait en 2000: « Nous avons une école pour tous les enfants,
car nous avons besoin de chacun d'eux dans
notre société. Nous ne pouvons pas nous permettre d'écarter ne serait-ce
qu'un seul de nos élèves. Chez nous, aucun enseignant, aucune école n'a le
droit de se débarrasser d'un enfant ou d'un
adolescent au motif de sa non-conformité pour telle ou telle forme d'enseignement scolaire. Cette position de
principe conforte à la fois les élèves, les parents et les enseignants dans
leur conviction de participer à égalités de droits au processus éducatif et d'en
assumer leur part de responsabilité...
Tous les élèves suivent la
même filière de base durant neuf ans. Les élèves en difficulté reçoivent une
aide ciblée. L'intégration l'emporte sur la sélection. Autonomes, les écoles
marient fantaisie et souplesse avec un sens aigu des responsabilités. Le professionnalisme
des maîtres est une vertu cardinale.
L'évaluation généralisée des résultats poursuit deux buts : corriger les
faiblesses et élever la qualité moyenne du système éducatif national.
L'enseignement est d'abord
dispensé par un «maître de classe» polyvalent (niveaux 1 à 6) puis par des maîtres relativement
spécialisés (bi ou trivalents ; niveaux 7 à 9) dans une structure unique
formant « l'école fondamentale » (PERUSKOULU) . Les notes n'apparaissent
qu'en 7e année. En principe, il n'y a pas de redoublement. Après les
6 premières années de l'«école de base», l'élève compose une part de son programme
en choisissant des options : 2 « périodes » sur 30 en 7e ; 10 périodes sur 30 en 8e et 8 périodes
sur 30 en 9e . Cette individualisation du plan d'études anticipe l'orientation
après la 9e, soit vers la filière professionnelle, soit vers le lycée
(gymnase).
L'ambition de concilier des
exigences élevées avec moins d'inégalité des chances est poursuivie de façon conséquente : les
effectifs des classes sont modestes (jusqu'à 20 élèves) ; deux maîtres peuvent se partager la classe grâce à la présence
fréquente d'assistants ; le travail par petits groupes respectant les
différents rythmes d'apprentissage des enfants est la règle. Et surtout, les
écoles finlandaises organisent un appui
individualisé pour tous les élèves en difficulté, il s'agit de "stimuler
au lieu d'éliminer". Même les cas «impossibles», comme dit un recteur,
sont pris en charge à l'intérieur de
l'école par des maîtres spécialisés. La présence permanente de ces derniers dans l'établissement explique sans doute aussi
pourquoi le remplacement d'un enseignant ne pose aucun problème.
On notera que les
apprentissages scolaires débutent à 7 ans – et non à 6 comme en France – et que
cela n'empêche
pas les jeunes Finlandais d'obtenir des résultats remarquables. Ils évitent
ainsi le « forcing », cause fréquente, mais
évidemment pas unique, des échecs scolaires précoces, les plus graves à terme. Trois langues [5]
(finnois, suédois, anglais) y sont enseignées avant la fin du primaire.
Les systèmes scolaires de ces
trois pays scandinaves sont proches les uns des autres. Un premier regard sur leurs systèmes
éducatifs respectifs montre clairement que ces trois pays partagent les mêmes
idées sur les questions de structure et de contenu pédagogique qui se posent
dans un système éducatif Dans les années
1970, une conception commune de la liberté et de la démocratie les a
conduit a l'abandon, durant la scolarité obligatoire, du système à filières
ancien, proche du système dominant en Allemagne de l'Ouest [6],
pour un système éducatif intégré. Ce système, n'a cessé de se développer jusqu'à nos jours sans le moindre compromis avec
le système antérieur ; il est conforme aujourd'hui aux exigences de
notre temps et capable d'affronter l'avenir.
Il est manifeste que les enfants y occupent une
place centrale ; toute l'institution s'oriente à partir d'eux et non
l'inverse...
Chaque enfant , chaque
adolescent est pris en compte et mérite d'être encouragé, promu et soutenu tout au long de sa formation
et au delà. Les problèmes de performances ou les difficultés pour apprendre
doivent recevoir une réponse positive individualisée ; il ne peut être question
de redoublement ou d'exclusion.
Le plaisir d'apprendre ne doit
pas être étouffé par la peur que peut créer une mise en compétition insensée ou une atmosphère
de concurrence paralysante. Les notes chiffrées n'interviennent que dans les
dernières années de la scolarité obligatoire : elles sont complétées par des
appréciations d'ordre pédagogique concernant
le processus d'apprentissage et l'auto évaluation pratiquée par les élèves.
Les élèves ou adolescents apprennent ensemble
les uns des autres et avec les autres (c'est le fameux « voneinander und miteinander des
langues germaniques) pendant 9 ou 10 ans jusqu'à la fin de leur scolarité obligatoire. Le corps enseignant a une haute
opinion de sa responsabilité et ne se débarrasse jamais d'un élève vers
une autre école.
Les élèves doivent devenir capables d'affronter et
de surmonter les défis futurs. C'est dans une telle perspective que les
enseignants se considèrent de moins en moins comme « instructeur » , mais de plus en plus comme « accompagnateur » d'un
processus d'apprentissage vers l'autonomie, l'intégrité et la
responsabilité.
Le travail en équipe est la
règle ; la coopération sous toutes les formes (entre élèves , entre parents et école, les écoles entre
elles, entre l'école et la commune) est très largement pratiquée.
L'investissement matériel (constructions et
équipements) que nécessite l'enseignement (hors enseignement supérieur) ainsi
que toutes les dépenses de fonctionnement incombent entièrement aux communes (celles-ci regroupent plusieurs localités
à la campagne). Elles sont confortablement subventionnées par l'Etat
central - au dire des responsables locaux.
La planification du développement de l'école étant
du ressort de la commune, cela confère à chaque école un haut degré
d'indépendance et de responsabilité dans le cadre des objectifs locaux ou
nationaux fixés respectivement par la collectivité locale ou l'Etat. Au début
des années 1990 les pays nordiques ont renoncé à toutes les instances
nationales de contrôle
telles
qu'elles existent en France ou en
Allemagne. La haute autorité éducative de chacun de ces pays nordiques semble avoir
changé de rôle. (à titre d'exemple , l'obsession de « faire le programme
prescrit par le ministère » semble étrangère à l'enseignant en Finlande)
La mission de l'enseignement préscolaire dans les
pays nordiques dépasse largement le cadre du « gardiennage » usuel dans de
nombreux pays. Cependant un observateur français constatera à juste titre que notre école maternelle est –
globalement - en avance en ce domaine, du moins dans sa forme
originelle.
En pratique, il existe une grande diversité de
solutions dans chacun de ces trois pays. Ainsi les tout-petits sont accueillis
dans des jardins d'enfants ou des centres (privés ou publics) de séjour journalier ; tous sont bien dotés en personnel. On
y prépare progressivement les enfants à l'entrée en classe préscolaire. On notera qu'en cohérence avec cette mission les
éducateurs et les éducatrices de ces
centres reçoivent une formation pédagogiques de même niveau universitaire que les
enseignants de l'école fondamentale..
Cette première initiation se termine par l'année
préscolaire qui précède l'entrée dans l'école obligatoire à 6 ou 7 ans selon le
pays.
En Finlande et en Suède les communes ont l'obligation
d'organiser un enseignement préscolaire pour
les enfants de 6 ans en vue de leur entrée à l'école obligatoire à l'âge de 7
ans. Cet enseignement est facultatif, mais suivi par plus de 90% de la
classe d'âge concernée.
En Norvège par contre, la scolarité obligatoire
commence à 6 ans et l'équivalent de nos écoles maternelles est payant.
Tout comme pour l'école fondamentale, les communes
ont en charge l'organisation et le financement
de ces structures. Ce dernier est abondé par les subventions de l'Etat et les contributions
- socialement échelonnées - des familles.
Cependant la Finlande ajoute a cet ensemble un
dispositif d'une très grande originalité connu sous le nom de NEUVOLA . Pour
beaucoup d'observateurs cette institution - indépendante de l'école -est à la base même du succès finnois en matière
d'équité sociale et de réussite des élèves même si d'autres facteurs
spécifiques [7] au
contexte finnois y contribuent également.
Il est difficile de trouver ailleurs une entité
comparable : NEUVOLA est à la fois un concept et une institution matérialisée par une cellule ou une équipe à compétences
multiples. Elle intervient auprès des parents AVANT la naissance de l'enfant et
prépare les parents à leur rôle... de parents. Ensuite après la
naissance de l'enfant NEUVOLA reste une instance de conseil et de médiation dans divers domaines (médical, social, sanitaire,
éducatif, etc.) Ce service gratuit et non obligatoire rencontre les
faveurs de plus de 95% des familles et les enseignants apprécient son rôle
dans leurs rapports avec les élèves, les parents et les autres acteurs du
système éducatif (travailleurs sociaux, psychologues scolaire, médecins
scolaire etc)
En marge de NEUVOLA, une autre particularité
distingue la Finlande des autres pays : les collectivités locales ont
l'obligation légale de fournir à midi un repas chaud et gratuit aux élèves. Cette disposition est à placer dans le contexte
finnois ou les femmes au travail sont presque aussi nombreuses que les
hommes (et même plus nombreuses à l'université).
Dans les trois pays nordiques la scolarité
obligatoire est de 9 ou 10 ans et se termine au cours de la 16e
année. Les classes du cycle primaire sont numérotées de 1 à 6 ou 1 à 7 ;
le cycle secondaire de 7 à 9 ou 8 à 10.
Les communes ont le choix de
réunir le primaire et le secondaire en un seul lieu ou non, mais dans tous les cas une même classe
d'âge avance ensemble. En conséquence l'hétérogénéité est la règle . En Suède
le parlement a même voté une loi qui interdit toute forme de regroupement d'une
classe d'âge selon les performances afin de lutter contre l'inégalité
des chances des
élèves socialement les moins favorisés.
Le renoncement dans les pays
nordiques à l'enseignement en groupe homogène pendant les 9 ou 10
années de scolarité obligatoire a aiguisé le regard porté par les enseignants
sur chaque enfant ou adolescent. Cette nouvelle structure de formation a donné naissance à
la fois à une « nouvelle culture
pédagogique » et à une nouvelle manière de concevoir le métier d'enseignant qui
consiste désormais à promouvoir et à stimuler au lieu de sélectionner. Ce
thème est souvent abordé par les enseignants devant leurs visiteurs
étrangers (souvent allemands, autrichiens ou suisses) sous la forme suivante :
« comment pouvez vous concilier le fonctionnement ultra-sélectif de votre
système éducatif avec vos convictions démocratiques ? »
Bien entendu une telle organisation en groupe
hétérogène nécessite quelques aménagements supplémentaires : le nombre d'élèves
par classe est significativement inférieur à celui des autres pays dans les
premières années ; dans certaines disciplines les classes sont dédoublées
; les travaux en équipes sont possible,
etc. En outre en cas de difficulté l'individualisation de l'enseignement est
possible (après concertation avec les parents) pour une durée limitée, la règle
étant le retour au groupe d'âge . Enfin, le
redoublement est proscrit sauf demande insistante de parents Ainsi l'école est son propre recours et conséquemment l' «
industrie du cours particulier » a peu d'avenir dans les pays nordiques. La modestie du « chiffre
d'affaires » correspondant témoigne du degré d'équité sociale du système
éducatif.
D'une manière générale dans les
pays nordiques la dépense publique par élève au cours des premières années de la scolarité obligatoire est bien plus élevée qu'en
France [8] et
diminue progressivement dans les classes supérieures. Ce surcoût semble
lié à la présence systématique de
pédagogues spécialisés dans les cas difficiles et l'importance de l'encadrement
péri- ou parascolaire.
L'acceptation du principe de l'hétérogénéité jusqu'à
la fin de la scolarité obligatoire implique le rejet de la sélection et de la
concurrence..
Il n'y a pas de notes chiffrées avant la 7e
classe en Finlande, avant la 8e classe en Suède et en Norvège.
Toutefois tout au long de la scolarité, les enseignants donnent des
appréciations et les élèves sont habitués à l'auto évaluation.
Pour connaître les performances du système - pendant
la scolarité obligatoire et au de là - les autorités
nationales organisent des tests nationaux, mais ceux-ci ne font pas l'objet
d'un classement stigmatisant certains établissements. Ces tests, élaborés par
chaque autorité nationale, sont soumis à des correcteurs externes aux
établissements. On constate peu de différence entre les résultats des différents
établissements.
Parmi ces trois pays seule la
Finlande organise un examen national en fin d'études secondaires (12e classe)
comparable à notre baccalauréat. Les sujets sont établis par l'autorité
éducative nationale et corrigés sous sa responsabilité. C'est, comme en France, un événement
national et la presse en donne de larges extraits.
Les trois pays poursuivent le même objectif visant à
intégrer autant que possible les handicapés dans
le système éducatif normal , cependant les modalités concrètes peuvent différer
d'un Etat à l'autre .
D'une façon générale les écoles
spécialisées pour handicapés disparaissent d'année en année ; leurs spécialistes comme
leurs élèves ont donc vocation à être intégrés progressivement au système normal. En Norvège, pays le plus avancé en ce
domaine, leur extinction est déjà légalement planifiée et cela au nom du
respect de la dignité de chaque enfant (préambule de la loi en question).
Selon l'étude PISA-OCDE la Norvège et la Suède
traitent cette question avec succès. En raison du faible courant migratoire la Finlande est moins concernée par cette
question mais les solutions mises en
oeuvre vont dans la même direction dans les trois pays : pour ces enfants
l'initiation scolaire passe par leur langue maternelle dans toute la
mesure du possible. Le premier message – implicite - ainsi adressé à ces
enfants est clair : « soit fier de tes origines, tu n'as rien à renier » ; ensuite seulement viendra le deuxième message -
également implicite - « soit le bienvenu parmi nous, apprend notre langue, deviens à part entière l'un des nôtres ».
Petra LINDEROOS, enseignante en Finlande et invitée au Congrès des Gesamtschulen
à Cologne (mai 2003) mentionnait que
cette disposition mobilisait de nombreuses personnes pour couvrir plus de 200 langues différentes en Finlande ... Dans les trois
pays cette disposition n'est pas appliquée si l'effectif concerné est
inférieur à 4 ou 5 élèves.
A la fin de la scolarité obligatoire chaque élève
peut postuler
-soit pour entrer au Lycée classique (LUKIO)
conduisant
en principe après trois années d'études à l'Université
-soit pour entrer au Lycée professionnel ouvrant
après trois années d'études l'accès à une « Haute Ecole » professionnelle ou
une entrée directe dans la profession.
En Norvège l'entrée au Lycée classique ou
professionnel relève du choix de l'élève ; en Suède
elle est subordonnée à l'obtention de la moyenne sur le bulletin final dans les
matières suivantes : mathématiques, suédois, anglais.
En Finlande chaque élève peut
postuler pour le Lycée classique ou professionnel, cependant c'est le Lycée classique qui prononce
l'admission au vu du certificat de fin d'étude . Il est à noter que le lycéen
(classique) peut -sans avantage ou pénalisation- étaler ou concentrer ses
études sur deux ou quatre ans. Ceci laisse
supposer que l'autodidaxie est fortement développée Le diplôme à la sortie du
Lycée est équivalent à notre baccalauréat , il est obtenu dans des conditions
similaires au nôtre (sujet national,
correction anonyme etc) , toutefois comme dans la plupart des autres pays le «
bac » est une condition nécessaire mais non suffisante pour entrer à
l'Université.
Tous les enseignants reçoivent une formation
universitaire. On distingue les « maîtres de classe » qui enseignent en
principe toutes les disciplines dans le cycle primaire, les enseignants par
groupe de disciplines qui interviennent à l'école et au lycée, les pédagogues
spécialisés.
De plus en plus la formation
traditionnelle des enseignants est abandonnée ; le nouvel enseignant doit
devenir un soutien dans le processus individuel d'apprentissage et savoir créer
un environnement
éducatif stimulant. La formation des enseignants par discipline ne doit pas
être déconnectée des aspects éducatifs.
En Finlande les « maîtres de classe » bénéficient
d'une très haute considération ; leurs qualités humaines sont déterminantes pour décider de leur admission en formation
; d'excellents résultats au bac sont une condition nécessaire mais non
suffisante. La formation continue est obligatoire, elle a lieu les samedis en
dehors du service.
En Suède la formation continue
obligatoire ampute les vacances scolaires de 13 jours et en Norvège une semaine entière
est réservée à cette formation.
Responsabilité
et supervision
Le contrôle hiérarchique centralisé
n'existe plus dans les pays nordiques. Au début des années 90 la responsabilité a été
transférée aux collectivités locales et aux écoles qui ont développé
progressivement des systèmes de pilotage non-hiérarchique.
L'Etat central fixe les grands objectifs
et arrête le budget. Le Ministère s'occupe de prospective, de
développement, de collecte des informations ; il prépare la loi d'orientation
de l'enseignement sur
la base des travaux d'une commission permanente d'élus [9].
Cette loi est votée par le Parlement après
un débat approfondi et se limite à l'essentiel. Ensuite c'est aux collectivités
locales de prendre le relais. Dans une telle structure les
responsabilités locales sont très importantes :
- la commune (entité plus
importante qu'en France) finance, organise, développe et coordonne la totalité
du système éducatif local (personnel enseignants et parascolaire, bâtiments,
équipements, fournitures
scolaires)
- les rapports entre les responsables des écoles et
ceux de la collectivité semblent harmonieux.
De l'école républicaine vers l'école démocratique ?
Une question revient souvent lorsqu'on évoque les
résultats PISA des pays nordiques et de la Finlande
en particulier: Ce système, qui allie performance scolaire et équité sociale,
est-il transposable chez nous ? La
réponse de toute évidence est négative à court terme et même à moyen terme.
Mais l'étude des systèmes nordiques pourrait sans doute nous aider en France à
élargir notre champ de vision sur des questions éducatives :
La plupart des observateurs admettent qu'en matière
d'innovation pédagogique nos écoles expérimentales proches des mouvements de l'
« Education Nouvelle » (au sens générique) ne diffèrent guère des écoles
finnoises les plus avancées.
De plus, la formation universitaire de nos enseignants
est équivalente à celle de leurs collègues finlandais, la question des
bienfaits ou méfaits de la mono-disciplinarité étant ici hors sujet. Les pays
nordiques ne prétendent nullement à l'exemplarité dans tous les domaines du
système éducatif : il en est ainsi en Finlande du statut des enseignants qui
est bien moins sécurisant que chez nous. Ensuite, la très grande autonomie des
autorités locales dans l'interprétation des directives
éducatives nationales peut avoir des effets pervers . Enfin l'évolution de la
composition sociologique en
particulier dans le sud de la Finlande pourrait à terme modifier le climat
paisible des écoles finlandaises .
Mais c'est dans d'autres
domaines -notamment d'ordre méthodologique, structurel ou organisationnel-
que les pays nordiques méritent toute notre attention ne serait-ce que pour
montrer qu'on
peut procéder avec succès autrement dans l'intérêt des élèves :
A ce titre nous évoquons
ci-dessous un seul exemple parmi d'autres : la mise en place en Finlande
au début des années 70 de l'école intégrée (de 7 à 16 ans), les élèves avançant
ensemble par
classe d'âge , l'hétérogénéité étant la règle.
Cette réforme radicale s'est
faite en la programmant sciemment dans le temps et l'espace [10]
c.à d. en
allant progressivement du nord vers le sud.. A chaque stade s'est engagé
un processus dialectique entre l'instance
nationale et l'instance locale, entraînant l'évolution des mentalités à la base et au sommet, et permettant à
« échelle humaine » de parfaire le système ou de le corriger le cas
échéant avant d'aller l'appliquer plus loin.
Imaginons un instant une semblable démarche en
France, un pays au centralisme bureaucratique profondément enraciné. Cela
relèverait actuellement d'une mission impossible malgré la présence dans notre
haute administration éducative de personnalités de 1' envergure de Jukka
SARJALA , cofondateur du sytème éducatif finlandais.
Supposons enfin que nous ayons su surmonter
tous les
obstacles d'ordre juridique propre à la République et gommer
toutes les différences
concrètes d'ordre méthodologique, structurel ou organisationnel par rapport aux
systèmes éducatifs nordiques , il n'en subsisterait pas moins une différence majeure entre nous et les nordiques: le
REGARD11 que nous portons très majoritairement en France sur le système scolaire est à des années
lumières de celui qui a cours dans les pays nordiques.... et cela est
infiniment plus déterminant .
En France, comme dans la
plupart des pays développés l'élève peut bénéficier de cours particuliers «
quand papa peut payer » et cela ne choque plus personne [11]
alors qu'en Finlande, par exemple, l'élève
(riche ou pauvre) en bénéficie gratuitement à l'intérieure de son école « quand il en a besoin ».
C'est l'écart entre ces deux « mentalités » qui rend
toute transposition à cours ou moyen terme illusoire,
et c'est cet écart qui donne une idée du chemin à parcourir pour aller d'une
école réputée « républicaine » vers une école réellement « démocratique
» .
Sources et Bibliographie:
Suède : www.skolverket.se
Finlande : www.oph.fi
Norvège : www.ls.no
Publication GGG « Lânger
gemeinsam lernen » article „Der nordische Weg"
Notes prises par H. Charpentier, représentant ECE au
Congrès GGG à Cologne en mai 2003.
Les
Cahiers Pédagogiques : « Apprendre aujourd'hui, réussir demain : premiers
résultats de PISA 2003 » par Marie-Christine Chycki (mars 2005)
Francine Vaniscotte, Les Ecoles de l'Europe, Systèmes
éducatifs et dimension européenne, 1NRP – IUFM Toulouse
ON POSE :
____________ON ADMET : ______________ON
DÉNONCE : ___________ON PRÔNE :
|
1°
conception — Pas d'intérêt pour l'équité : positions « naturelle
» et libertarienne |
||||
|
|
La naissance, la
force ou l'appartenance à un
groupe particulier
détermine les droits. La liberté ne peut
souffrir de redistributions
contraintes. |
La reproduction et
le maintien de l'ordre
"naturel" et des différences basées
sur des acquisitions
justes. |
Eventuellement, les
inégalités dans les groupes de pairs Les interventions
contraires à la liberté. |
Un ordre stable, un
partage des fonctions (société
de castes, d'ordres...) ou un
système basé sur la liberté des
acteurs. |
|
2e
conception : Egalité d’accès ou des « chances » |
||||
|
|
L'existence de
dons, de potentialités ou d'aptitudes
naturelles. Celles-ci
définissent le niveau ou seuil que l'individu peut espérer
atteindre. |
Des résultats
inégaux, à Condition qu'ils
soient proportionnels aux aptitudes de départ. L'existence de
filières de Valeur inégale. Une inégalité de
traitement. |
Le fait que le
mérite ne soit pas le seul critère
d'accès aux filières nobles. Les biais
socioculturels affectant les tests
d'orientation. Les imperfections
des évaluations
responsables du fait qu'à valeur égale, tel élève réussisse et tel autre
échoue. |
Une détection
objective ou scientifique des
talents, et des procédures
scientifiques d'orientation. Une égalité d'accès
aux filières longues, à
aptitudes égales, pour les enfants de
milieux favorisés et
défavorisés. Une école sur
mesure, c'est-à-dire un système
d'options variées et des filières
d'enseignement adaptées aux
aptitudes des élèves. Une aide aux
défavorisés doués (bourses, etc.). |
|
3e conception – égalité de
traitement |
||||
|
|
La capacité de tous
à réaliser les apprentissages fondamentaux et donc à
bénéficier d'un enseignement de
base. |
L'existence de
dons, de potentialités ou d’aptitudes naturelles L'inégale qualité
de l'enseignement,. Des résultats
inégaux à condition que les
élèves aient pu bénéficier de conditions d’apprentissage de qualité
équivalente. niveaux, les filières
explicites |
L’inégale qualité de l’enseignement responsable
d’acquis inégaux. Les écoles sanctuaires et les écoles-ghettos, les
classes de niveaux, les filières explicites et implicites qui engendrent une
inégale qualité d’enseignement. |
L'École Unique ou
l'enseignement compréhensif et,
notamment, le tronc commun pour l'enseignement
secondaire inférieur. |
|
4°
conception — Égalité des acquis ou de réussite scolaire des
acquis ou de réussite scolaire |
||||
|
|
Des potentialités d'apprentissage extensibles. Des caractéristiques individuelles
(cognitives et affectives) modifiables. Des différences de
rythme d'apprentissage. |
Des différences de
résultats au-delà des
compétences essentielles. |
L'idéologie des
dons. Les discriminations
négatives (parmi lesquelles
les classes de niveau, les
filières, les écoles sanctuaires et les écoles
ghettos) c'est-à-dire toutes
les situations où
l'inégale qualité d'enseignement
amplifie les inégalités de
départ. |
L'égalité des
acquis pour les compétences
essentielles. La discrimination
positive, la pédagogie moderne,
l'évaluation formative ainsi que
tous les dispositifs de soutien qui
visent à réduire les inégalités de
départ. |
|
5°
conception — Egalité de réalisation sociale ( output social) |
||||
|
|
Des
caractéristiques
individuelles,
motivationnelles et culturelles différentes, mais sans
qu'il
existe de hiérarchie
entre
celles-ci.
|
Des différences de profil des résultats
|
L’existence d’une norme unique.
Une culture « noble » et une
« sous culture ».
|
Une
pédagogie différenciée.
|
* Ingénieur, Professeur émérite des Universités, ancien Directeur de l’I.U.T. de Villetaneuse, webmestre de trois sites Internet consacrés à la transformation de l’Ecole : www.changeonslecole.org, www.collegeunique.org et www.alter-education.org
[1] Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves
[2] Source s diaporama élaboré à partir des données du rapport PISA 2000 par Andreas Schleicher (PISA-OCDE) et présenté par lui au Congrès GGG à Cologne en mai 2003
[3] Dans une école « intégrée » tous les élèves sont accueillis dans les mêmes classes, contrairement aux écoles qui se divisent en « filières » séparées. Les classes d'une école intégrée sont hétérogènes par principe ; celles des filières sont fondées sur la recherche d'une certaine homogénéité.
[4] Les réserves exprimées par les autorités éducatives françaises ne rencontrent aucun écho dans les autres pays ; il est vrai que dans le monde entier aucune organisation ultra-centralisée ne supporte un regard extérieur.
[5] La langue maternelle, l'autre langue nationale et l'anglais (moins de 10% de la population est suédophone)
[6] A cette époque il existait en Allemagne de l'Est la Grundschule (école fondamentale) dont les caractéristiques étaient proches de la nouvelle école fondamentale finlandaise. On notera cependant que c'est un gouvernement conduit par un centriste –suite à de longues discussions- qui a obtenu le consensus national pour réaliser cette réforme en Finlande.
[7] En Finlande la nuit tombe vite , cela explique en partie le maintien d'une vielle tradition de lecture (multitude de bibliothèques ) unique en Europe depuis deux siècles ; de plus l'élève faiblement bibliophile -nolens volens- est amené à lire car la télévision présente tous ses films en version originale sous-titrée en finnois dont l'écriture est strictement phonétique ... (quelle facilité pour apprendre l'orthographe !)
[8] Ce surcoût est en rapport avec la présence systématique de pédagogues spécialisés dans les cas difficiles .
[9] Un récent rapport de la commission parlementaire française (rapporteur Piere-André Périssol) cite la Finlande à ce sujet en notant qu'une telle commission permanente d'ÉLUS existait autrefois sous la IIIè République en France (voir www.alter-education.org
[10] « Ne généraliser jamais » c'est aussi la recommandation -trop peu suivie- de Bertrand SCHWARTZ aux gouvernants en France Ce regard n'est rien d'autre que la partie « souterraine » du paradigme éducatif, notion complexe, qui gouverne -souvent à notre insu- notre façon de penser , de comprendre et/ou d'agir.
[11] L'auteur du texte ci-dessus ne méconnaît nullement l'admirable travail et le dévouement des enseignants des ZEP (Zônes d'Education Prioritaires), mais cela reste une structure de remédiation impensable en Finlande où des enseignants spécialisés dans la prise en charge des cas difficiles sont systématiquement présents dans chaque école publique en nombre suffisant . Cette remarque concerne également, en France, le personnel du RASED (Réseau des Aides Spécialisées aux Enfants en Difficultés)